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fredericgrolleau.com


“Le monde est-il donné ou construit ?”

Publié le 11 Novembre 2020, 14:27pm

Catégories : #Philo (textes - corrigés)

“Le monde est-il donné ou construit ?”

Proposition de traitement par Mlle Marie Mauron, lycée Jean Macé de Rennes, TG2, novembre 2020 :

Il y a ce pommier au milieu du champ. Je le vois. J'entends le bruissement de ses feuilles causé par le vent. Je sens l'odeur de ses pommes, au sol, en décomposition. Et je sais que, si je m'appuyais sur son tronc, l'écorce pourrait me griffer, et la sève coller à mes mains. D'où me viennent ces certitudes ? Alors qu'elles semblent évidentes, données, elles sont pourtant issues d'un processus de connaissances (acquises par mon éducation, mon expérience de la vie...) appliqué au monde. Monde, du latin « mundus », ce qui est arrangé, net, pur, désigne en premier lieu l'ensemble des choses et des êtres existants. Mais ce monde tel que je le perçois est-il universel ? Reçoit-on le monde de la même manière qu'on nous donne la vie ? Ou au contraire façonnons-nous le monde au fil de nos expériences ? Ainsi, "le monde est-il donné ou construit ? "

Dans une première approche, on pourrait  penser que le monde qui nous entoure nous est donné. Cependant, cette affirmation est remise en cause par le fait que la notion même de monde unique est discutable. De ce fait, il en découle que, même si l'existence d'une base donnée est indubitable, le monde que l'on connaît est fait d'un nombre infini de constructions par l'action d'une multitude de populations et de sociétés dont les points de vue et interprétations divergent en tous points.

 

            Tout d'abord, nous pouvons affirmer qu'il existe bel et bien un monde donné. En effet, il représente l'ensemble de tout ce qui existe, de façon réelle et concrète. Ce que l'on appelle l'univers, et qui a comme support la Terre à notre échelle, est un globe terrestre de cinq-cents dix millions de kilomètres carrés. C'est la nature, tout ce qui constitue l'environnement des êtres humains. En tant que matière, c'est un monde purement scientifique, donné, et qui d'un certain point de vue est indiscutablement le même pour tous : les lois de la physiques qui régissent le monde sont équivalentes pour les différents individus, c'est incontestable. De nombreuses affirmations, résultats d'expérimentations de tous temps sont indubitables. Il existe une multitude de simples faits dont la véracité de ne peut être remise en cause. En premier exemple, on peut indiquer que l'eau liquide mouille. Aucun homme, peu importe son emplacement temporel ou physique, ne pourrait affirmer le contraire ; il n'existe aucun contre-exemple qui pourrait prouver la thèse inverse à cette loi. De même, un homme, sans l'aide extérieure que pourrait apporter une technologie, ne peut prétendre avoir les capacités physiques de voler. Il est régi par les mêmes lois physiques que tous, et donc ne possède pas d'aptitudes supplémentaires qui pourraient le lui permettre. Enfin, quand on laisse tomber un objet, il tombe, et il n'y a aucune possibilité qu'il parcoure une trajectoire inverse afin de regagner sa place initiale. Et de tout temps, cette loi a toujours été vérifiée.

            Ce monde est accessible aux hommes par le biais de l'expérience, dont le résultat est perçu par les sens. La théorie de l'objet jeté qui tombe est expérimentée dès le plus jeune âge par l'enfant. Fréquent – voir inévitable – est le moment où il va tester les limites de son monde pour le découvrir. Pour cela, après avoir lancé pour la énième fois une peluche ou un objet quelconque au grand désespoir de ses parents, il le verra stagner au sol sans espoir de le voir revenir vers lui sans l'intervention d'une tierce personne. Il ne connaîtra pas l'explication scientifique de ce fait, mais l'aura observé à l'aide de son expérimentation et des résultats qui en découlent, perçus pas ses cinq sens. L'ouïe, le goût, l'odorat, le toucher et la vue nous permettent de conceptualiser le monde qui nous entoure, d'en percevoir ses différentes facettes. Ils sont des facultés essentielles à la perception du monde. Les différents éléments comme le tympan, le pavillon, le marteau, l'enclume ou la cochlée, qui additivement constituent le système complexe qu'est notre oreille, nous permettent d'accéder à l'ouïe : sans elle, nous ne pourrions pas entendre les sons ou la musique, qui sont des ondes qui se propagent dans l'air, et son interprétation serait donc rendue totalement impossible. Il en va de même pour la vue : les cônes microscopiques que contiennent nos yeux présentent une sensibilité différente aux couleurs rouge, verte et bleue. Ils peuvent alors les reconnaître et, à partir de cela, par synthèse additive, une certaine partie de notre cerveau va pouvoir reconstituer le reste du spectre de la couleur. C'est ainsi que nous sommes capables de percevoir ces différentes couleurs. Chacun de nos autres sens, le toucher, l'odorat et le goût, sont eux-mêmes permis par d'autres mécanismes physiques de notre corps.

            On peut donc se demander ce que sont nos sens, concrètement. D'où viennent-ils ? Ce qui nous permet de ressentir et de percevoir tout ce qui nous entoure est quelque chose de physique et de matériel. Ainsi, notre conscience n'est rien sans la matérialité de notre être. Cabanis dit, dans le Rapport du physique et du moral, que « Le cerveau sécrète la pensée comme la foie la bile ». Il étudie scientifiquement, et donc biologiquement, l'activité intellectuelle. Il donne à la conscience un point de vue purement matérialiste, qui réduit la pensée à un mécanisme physique du corps humain, au rôle d'un organe physique. Pour les empiristes, toute notre connaissance viendrait de l'expérience sensible. Sans perception, qui est l'accumulation de ces sensations, l'esprit serait vide de toute idée. L'ontologie défend que tout ce qui est en rapport avec notre conscience part de la matière, puisque nous sommes nous-mêmes constitués de matière. S'il n'y avait pas de monde, de ce point de vue, la conscience ne pourrait donc pas exister. Or, nous nous posons toutes ces questions, ce qui est finalement une preuve que notre conscience existe. En effet, c'est le principe même du « Cogito » de Descartes. Au XVIIème siècle, il emploie dans Le discours de la méthode le doute hyperbolique et constant : chaque chose qu'il perçoit depuis des années comme sûr et certain, part de son monde, doit être remis en question, pour ne pas risquer de faire valoir de fausses choses. Les faits factuels, provenant de son instruction, de sa perception et de son expérience sur Terre, à partir desquels il avait bâti toute sa réflexion ne sont alors plus vérifiés : c'est toute sa conception du monde qui s'effondre par la même occasion. Il en arrive à une conclusion, « Cogito ergo sum », du latin « Je pense, donc je suis ». Certain de cette dernière affirmation, il en découle qu'il est doué de conscience. Les matérialistes affirment que la conscience est faite de matière. Ainsi, en se basant sur ces deux théories, on peut affirmer parallèlement que la conscience existe, et qu'elle est constituée de matière : c'est donc que la matière existe.

 

            Il existe donc au moins une part du monde qui est donnée, immuable (comme les lois physiques par exemple) et inchangeable. Elle est la même pour tous. Cependant, même certaines facettes de cette base « donnée » est discutable : peut-être pas son existence même, mais les différentes perceptions que l'on peut en avoir nous prouvent qu'il n'y a pas un monde unique, et donc qu'il ne peut être défini avec une telle simplicité.

 

            Ce monde donné n'est pas interprété de la même manière par tous, il en existe donc une multitude d'interprétations. En effet, pour commencer, notre perception du monde est différente en fonction de nos sens : ils sont les intermédiaires entre le monde et notre conscience. Les sens humains ne sont pas développés de la même manière que les autres espèces. Par exemple, le chien a une vue bien moins performante que l'homme sur la distance et les objets immobiles, mais il possède une vue panoramique ainsi qu'un odorat un million de fois plus développé qui lui permet d'avoir accès à des choses qui nous sont inaccessibles. A la naissance, le bébé humain a un champ visuel limité à trente centimètres. Ce n'est qu'en grandissant qu'il devient plus performant. On peut aussi insisté sur le fait que nos sens sont limités, et qu'ils peuvent nous tromper. Seule une partie du monde nous est donnée par nos sens, et elle est parfois altérée. Selon Descartes dans Méditation I, il existerait un Malin Génie dont le rôle ne consisterait qu'à nous tromper, à nous faire percevoir des choses fausses pour nous mener loin de la vérité. Il brouillerait nos sens, et ainsi, il ne faudrait plus s'y fier, et plutôt voir avec les yeux de l'esprit que ceux du corps. Par exemple, en se positionnant près d'une tour, on pourra observer qu'elle est de forme carrée. Pourtant, en s'éloignant, même si la tour n'a pas changé, on la verra ronde. Il en est de même avec une rame, droite, qui une fois plongée dans l'eau nous apparaît comme brisée. L'illusion des sens est donc une perception déformée de la réalité, dont il faut se méfier si nous souhaitons rester dans la vérité. La perception ne nous donne accès qu'à des apparences, trompeuses. Nous ne pouvons jamais être certains d'être dans le vrai. De plus, la perception est toujours celle d'une certaine perspective : elle est partielle et éphémère, puisque nous ne voyons jamais un objet sous toutes ses faces. Tous les êtres humains n'ont pas non plus la même faculté de perception. Certaines personnes sont privées de certains sens, ou alors ceux qu'ils possèdent peuvent être altérés. Il en va ainsi pour les personnes qui souffrent de handicaps, comme la cécité ou encore la surdité. Dans ces cas, toute une partie du monde devient inaccessible. Cependant, on observe chez ces personnes un sur-développement des autres sens. L'aveugle aura souvent une ouïe plus fine, et un toucher plus aiguisé, ce qui lui permettra par exemple de décrypter le morse sans difficulté, alors qu'un individu doté de la vue aura plus de mal à s'y initier. Privé de la perception de certaines choses, l'aveugle aura en revanche accès à d'autres que le commun des mortels ne pourrait percevoir. L'absence d'une réalité est alors compensée par d'autres, qui sont elles refusées à de nombreuses personnes. La plupart des humains qui perçoivent les couleurs sont subjuguées par la beauté d'un coucher de soleil. C'est un sentiment universel, partagé par beaucoup dans tous les coins du monde et à toutes les périodes de l'histoire. Pourtant, une personne dite daltonienne, qui ne voit pas les couleurs de la même façon que nous et en confond certaines, ne ressentira pas les choses d'une manière équivalente puisqu'il ne pourra pas les voir comme nous. Si d'autres encore sont en pleine possession de leurs sens, il arrive qu'elles soit touchées par des maladies mentales. Peut en découler l'expression « Il est dans son monde » : l'individu n'est pas en capacité de le mettre en commun avec d'autres, puisque la maladie interprète les choses du monde différemment. Ainsi, leurs visions du monde est différente. Si nous étions dépourvus de sens, nous ne percevrions rien, et le monde n'existerait pas pour nous. La perception apparaît alors comme source de connaissance. En effet, que serait le monde si nous ne pouvions pas le percevoir ? Il existerait alors à travers la représentation que nous pouvons nous en faire.

            Notre compréhension du monde est aussi construite par notre environnement culturel et social. Notre perception peut changer en fonction de ces paramètres. Nous avons vu que la perception était l'acte par lequel nous appréhendions un objet au moyen des cinq sens. Cependant, il est aussi la représentation que nous avons de lui dans notre esprit. Il en ressort donc qu'il dépend de notre subjectivité : certains n'ont pas la même perception d'un fait que d'autres, ils ne se le représentent pas de la même manière, alors que les sens le font pourtant parvenir de manière équivalente. Cette perception peut ensuite être interprétée de manière différente. Du latin interpretari, le verbe interpréter est défini par l'action de « prendre dans tel ou tel sens ». On dévoile le sens caché d'un texte ou d'un geste, on dévoile sons sens figuré à partir de son sens littéral. Ce besoin d'interpréter renvoie au désir de trouver la vérité. Il existe une multitude d'interprétations pour chacune des perceptions possibles, elles aussi multiples comme nous l'avons vu précédemment. Notre environnement culturel représente l'ensemble des traditions, religions, techniques, mœurs, productions artistiques, musicales, littéraires, scientifiques, communs à un groupe d'hommes, qui accompagne notre évolution. Pour commencer, l'environnement physique modifie notre perception des choses. Un inuit, habitué à l'étendue blanche des paysages glacés qui constituent son habitat, peut déceler tous les détails qui s'y trouvent, là où un occidental n'y verrait qu'un même paysage à perte de vue, de la neige à profusion. Autre exemple, la musique est faite d'ondes sonores, qui sont physiquement les mêmes pour tous les hommes. Deux individus en bonne santé sont dotés du même appareil auditif. Pourtant, si l'un est un chef d'orchestre et est baigné dans la musique depuis sa plus tendre enfance, il parviendra à reconnaître d'infimes différences d'interprétations que le commun des mortels ne pourrait pas. Notre système de références culturelles joue aussi un grand rôle dans la différence de perceptions en fonction des individus. Celui qui est obnubilé par sa croyance dans un dieu pourra parvenir à expliquer n'importe quel phénomène par cette entité supérieure. Dans la Grèce ou la Rome antique, toutes les choses inexplicables sans les avancées scientifiques nécessaires en étaient remises à l'existence de dieux tout puissants qui représentaient les éléments. Un violent orage ? Il fallait s'en remettre à Zeus. Une tempête qui avait noyé de nombreux navires ? Poséidon était vexé. De la même manière, si on espérait quelque chose ou si on voulait agir pour que notre souhait se réalise, on priait le dieu correspondant. Il y a donc interprétation de certains signes qui pour d'autres ne seront que de pures et simples manifestations de la nature scientifiquement explicables. Dans l'ouvrage République VII, Platon nous expose « L'allégorie de la caverne ». Il décrit une scène où des hommes sont immobilisés dans une caverne, le dos à l'entrée, enchaînés. Ils n'ont jamais vu la lumière du jour, seulement indirectement celle d'un feu qui projette sur le mur en face d'eux les ombres d'objets et d'eux-mêmes. Ils sont alors convaincus que cette réalité est la seule existante. Pour eux, ce n'est pas l'ombre qu'ils voient, mais l'objet même, puisque personne n'a jamais contredit le monde dans lequel il croyait vivre. D'autres facteurs sont donc l'éducation, qui transmet des valeurs et le savoir-être, et l'instruction, qui est de l'ordre de la transmission de connaissances, de savoirs. Une question est de savoir si on peut radicalement les séparer : on serait tenté d'affirmer que les explications d'un grand physicien, auquel on aura inculqué tous les savoirs humains, auraient plus de légitimité que celles d'un membre d'une tribu autochtone. Mais comment expliquer alors que ce-dernier puisse mieux concevoir l'importance de vivre en cohésion avec la nature, alors qu'il ne sait pas exactement ce qu'il adviendrait s'il puisait trop dans ses ressources, contrairement au grand savant ? L'instinct de survie de sa propre espèce, ou un respect plus profond du monde qui les accueille ? En effet, on a observé que lorsque certaines tribus constatent qu'elles ont trop utiliser les ressources, elles s'en vont pour laisser à la nature le temps de se régénérer. Elles n'ont pas une connaissance infinie, mais ont celles qui sont nécessaires à ne pas détruire le monde. Peut-on alors penser qu'elles sont plus ignorantes que nos sociétés actuelles ? Que leur monde est moins vrai que le notre ? Tout cet environnement dans lequel nous évoluons nous permet par la même occasion de développer des capacités d'imagination, qui nous permettent de créer de nouveaux mondes, autant que notre conscience nous permet d'en concevoir. Dans le film Room, une femme violée et son enfant né de ces agressions répétées sont séquestrés dans une pièce. Afin de développer son imaginaire, sa mère l'encourage à personnifier tout ce qui l'entoure : tous les objets (lampe, chaise, etc...) deviennent des sujets. A l'aide de son imaginaire et de sa subjectivité, il les anime pour qu'ils prennent l'allure de véritables sujets ayant un intérêt objectif, ou du moins un plus important que celui qui est normalement le leur. Il leur offre à travers ses pensées une conscience qui leur est propre, et qui n'est en théorie par réelle. Pourtant, elle est véridique pour lui, pour sa conscience, et donc pour son monde. Et c'est finalement le plus important pour sa propre survie.

 

            Nous pouvons donc affirmer que le monde qui nous entoure a bien une base donnée, incontestable, mais qui est en constante évolution par les différentes perceptions que nous avons de lui. Sa diversité est construite et dévoilée à partir des différentes perceptions de chacun. Le monde est donné, c'est-à-dire que la partie immuable telle que les lois physiques est toujours transmise. Cependant, c'est un monde différent qui est transmis à chaque fois, puisqu'il change physiquement, mais aussi puisqu'on y a bâti de nouvelles choses à chaque fois qu'on le transmet. Chaque seconde, le monde évolue, et chaque seconde, un nouveau monde est donné. Un monde qui n'attend que de nouvelles constructions qui le rendront de nouveau différent.

 

            Pour commencer, le monde des idées nous est transmis. En effet, nous ne sommes pas obligés de revenir aux bases de la science à chaque fois. Grâce au langage et aux écrits, de nombreux savoirs théoriques nous sont donnés, et à partir de ceux-ci, nous essayons d'aller toujours plus loin, pour découvrir de nouvelles choses sur le monde qui nous entoure. On dévoile ainsi de nouvelles facettes du monde qui nous étaient jusqu'alors inconnues, on fait avancer la science. C'est pourquoi, à chaque génération, on nous donne un monde différent qui a évolué. On peut avoir bâti de nouvelles recherches sur la base donnée, ou bien avoir remis en cause celle-ci pour découvrir qu'elle était complètement fausse. Il n'y a pas de règles qui commandent cette évolution : le monde peut stagner durant de nombreuses années, revenir en arrière sur certains savoirs qui semblaient indubitables et acquis, ou bien bondir vers de nouveaux horizons que de futures générations pourront exploiter. Sans les lois de la gravitation de Isaac Newton au XIXème siècle, jamais les chercheurs du XXème siècle n'aurait pu être capable d'envoyer des êtres humains sur la Lune. Toutes les générations nous laissent un héritage scientifique, qu'il ne nous reste qu'à exploiter pour découvrir de nouvelles choses. En effet, ces avancées scientifiques nous permettent de connaître des choses qui échappaient à nos sens : de nouveaux mondes s'offrent à nous par la connaissance puisque nos sens limités ne pouvaient pas le percevoir. Par exemple, le microscopique était tout un monde inatteignable avant l'invention d'outils comme le microscope. Nos yeux ne pouvaient pas voir cet infiniment petit, et ils nous ôtaient donc toute une vision du monde. Une fois cette échelle connue, on a pu découvrir avec précision les atomes, les molécules, tout ce qui constituait la matière alors qu'auparavant nous ne pouvions que nous contenter de l'imaginer. L'étude des gênes a permis aussi encore récemment de découvrir de nouveaux horizons : l'homme pourrait parvenir à modifier le code génétique pour empêcher certaines maladies génétiques. Cette idée est exploitée dans le film Bienvenue à Gattaca, scénarisé par Andrew Niccol, mais de manière dystopique. Grâce à cette technologie, les parents peuvent choisir le patrimoine génétique qu'ils souhaitent que leur enfant porte, ce qui leur assure à priori un avenir parfait. Cette dernière notion serait donc potentiellement atteignable dans un monde prochain. Cependant, le terme « parfait » reste à définir, puisqu'il dépend du monde que l'on veut voir se développer dans une future époque. Un autre exemple serait celui des exoplanètes. Ces planètes, dont les caractéristiques les rapprochent de la Terre, sont bien souvent découvertes par des savants qui n'ont jamais pu les voir, mais seulement déduire leur existence par des techniques extrêmement poussées. Elles pourraient constituer le monde de demain, alors qu'hier nous étions absolument incapables de les concevoir. D'après Descartes, les animaux n'avaient pas de conscience, puisqu'ils n'agissaient que par instinct. De récentes et nombreuses études en défendent pourtant l'inverse total à partir d'expérimentations que Descartes n'étaient pas en capacité d'entreprendre. Il n'avait pas toutes les cartes en mains pour construire un raisonnement infaillible. Il en va de même pour nous, êtres humains actuels, qui sommes sûrement loin de vérités, inaccessibles pour le moment, à notre époque, et qui le demeureront d'ailleurs peut-être à tout jamais.

            De plus, pour contredire la thèse d'un monde purement donné, on peut observer à travers l'histoire que chaque nouvelle génération a été et se trouve confrontée à des problèmes très différents. Alors qu'il y a quatre cent cinquante mille ans, la principale préoccupation était de trouver le moyen de faire du feu, au XVIIIème siècle, les hommes souhaitaient abolir la royauté au profit de la république, ce qui a mené à la Révolution française de 1789. En 1914, c'était la première guerre mondiale qui occupait les esprits. Avant la seconde, on assistait à l'avènement de dictatures par le moyen de nouveaux modèles d'oppression des populations. Par la suite, dans le début des années 80, c'était une crise économique sans précédent qui frappait le monde entier, la récession. Ces dernières décennies, les préoccupations écologiques sont devenues un des combats les plus importants et urgents. Enfin, en 2020, alors que personne n'aurait pu s'en douter il y a encore quelques mois lorsque l'on souhaitait à tous ses proches une heureuse année, c'est la pandémie de covid-19 qui frappe les sociétés, et qui mène à des mesures que l'on peut qualifier de « jamais vues », comme le confinement ou l'utilisation quotidienne de masques. Il y a eu par le passé des crises majeures qui peuvent servir de modèles, mais ce ne sont pas les mêmes. On peut s'appuyer sur les enseignements tirés auparavant, mais pas s'y référer complètement. Elles bouleversent l'ordre établi du monde et demandent de construire de nouvelles solutions pour s'adapter à ce nouveau monde et ses enjeux : le monde n'était pas donné, car sinon, il y aurait des solutions toutes faites qui n'attendraient qu'à être ressorties. Chaque génération doit trouver de nouvelles réponses à des questionnements auxquels personne n'avait jamais eu à faire face.

            En plus du plan générationnel, il y a évolution du monde au plan personnel. En effet, les jeunes pourraient avoir la tentation de suivre au pas les traces de leurs parents et de leurs aïeuls. Ces-derniers, ayant toute une vie d'expériences derrière eux, ont été exposés à de nombreux problèmes et ont du exercer tout un travail pour leur faire face, d'une manière qui leur était propre à chacun. De même, ces anciennes générations pourraient essayer de donner les solutions qu'ils avaient à l'époque trouver, pour faciliter la vie à ces jeunes. C'est pourquoi, s'ils peuvent donner des conseils et des témoignages, ils le feront, mais personne ne connaît l'avenir : il est nécessaire de tracer son propre chemin, de construire sa route dans un monde qui réserve des surprises et qui n'est pas donné tel quel. Fort de ces nouvelles solutions constamment trouvées, il évoluera à travers l’addition de toutes les vies qui ont pu lui apporter quelque chose de par leur existence. Même une minuscule pierre qui peut paraître infime peut changer la donne, et participe de toute manière à la construction du prochain monde que nous serons amenés à transmettre. On parle de « construire son avenir », et ce n'est pas pour rien : chacun agit pour faire évoluer son propre monde dans le sens qui lui convient, de la meilleure manière selon la subjectivité de chacun. Même s'il demeure un fond, une unité dans le sujet, l'enfant, l'adolescent puis l'adulte évolue tout au long de sa vie pour se construire en parallèle du monde qu'il modifie. L'homme vit dans un environnement qu'il ne cesse de transformer.

 

            Nous nous demandions si le monde était donné ou bien construit. Après avoir montré qu'il existait bel et bien une base donnée, immuable, purement scientifique et donc indiscutable de ce monde, qui était rendue accessible à l'humain par ses sens, nous avons noté qu'elle était cependant interprétable d'une multitude de manières, et que donc une définition unique de ce monde qui conviendrait à tous était inconcevable. Elle variait en fonction des facultés sensitives de chacun, ainsi que de l'environnement social et culturel dans lequel un individu était plongé. Ainsi, la diversité du monde est construite et dévoilée à partir des différentes perceptions que nous avons de lui. Au fur et à mesure que nous nous construisons en tant qu'individu, de nouvelles facettes du monde nous sont révélées. De nos jours, l'avènement des nouvelles technologies développe des univers inconnus, à l'aide de la création de nouvelles dimensions, comme la réalité virtuelle. Ce sont de toutes nouvelles couches qui ajoutent une nouvelle épaisseur au panel de celles déjà présentes. Ne peut-on pas ainsi poser l'hypothèse que des mondes d'un autre ordre, dans une dimension virtuelle, sont créés ?

 

Proposition de traitement par Mr Jules Onghena, lycée Jean Macé de Rennes, TG2, novembre 2020 :                                                                                                

   Le monde  peut être défini comme l’ensemble de tout ce qui existe, perçu par un sujet et le plus souvent en opposition avec lui. En effet, le monde pour un individu est l'entièreté de ce dont il a conscience de l'existence, dont il connaît l’existence mais le monde peut également signifier l’ensemble de la communauté humaine ou bien encore la Terre elle même.

   C’est alors que l’ on pourrait se demander si “Le monde est-il donné ou construit ?”, mais cela nous place devant certaines interrogations. Qu’est-ce que le monde lorsque l’on se pose cette question, quel est son sens ? Et lorsque nous nous interrogerons sur la nature de celui-ci, il faudra définir quel sens prend le participe passé “donné” dans ce contexte, qu’est-ce que serait le monde avant une quelconque construction ? C’est ce qui nous amènera à nous demander s’il est réellement possible de construire le monde et, si oui, qui le construit ? Mais alors, l’opposition entre “donné” et “construit” par la conjonction “ou” fait-elle réellement sens ou bien est-ce que le monde donné est de toute manière le fruit d’une construction ?

   Ces questions ont un réel intérêt car elles amènent à remettre en question ce qui nous entoure, ce monde dont il est question. Durant cette réflexion, la définition du monde que nous retiendrons est celle de l’ensemble de ce qui existe, l’espace, le lieu, les choses, selon la perception et la connaissance d’un sujet.

   Dans un premier temps nous nous demanderons dans quelle mesure le monde ou l’espace, pour un sujet est fixé, déterminé. Dans un deuxième temps, nous allons nous interroger sur ce qui induit la construction, ce qui correspond à la transformation amenant à ce monde. Finalement, nous verrons si le monde n’est pas l’ensemble de ce qui est donné et de ce qui est construit sans que les deux puissent être dissociés.

 

   Le monde pour un sujet est donné. Le monde formé de l’espace, du lieu est une base qui existe forcément car sans elle rien n’existe. En effet, comme le souligne Aristote durant sa réflexion quant aux propriétés de l’espace dans sa Physique, le lieu existe car il y a bien un espace à l'intérieur duquel les corps naturels peuvent se mouvoir : ainsi, lorsque de l’air remplace de l’eau, par exemple lors du mouvement d’une rivière, il y a bien un lieu, autre que ces deux corps. De plus, ces déplacements de corps au sein d’un espace indiquent non seulement que cet espace existe d’origine, qu’il sert de base à ces mouvement mais aussi qu’il possède une certaine puissance absolue qui ne dépend en rien d’un sujet. Ainsi, dans cet espace chaque corps est déplacé vers son propre lieu, (un objet plus lourd que l’eau va aller vers le bas lorsqu’il est dans celle-ci…), l’un en haut, l’autre en bas, droite, gauche. Or ces déterminations du mouvement font sens sans qu’un sujet les détermine, elles sont absolues ; le haut n’est pas n’importe quoi mais là ou le léger est transporté, le bas est là ou les choses lourdes le sont. Et, les choses ont une position définie par nature pour laquelle les détermination de position par rapport au sujet (“à ma droite”, “au dessus de moi”) est seulement une interprétation subjective, qui montre bien que l’espace et les positions dans celui-ci existe sans le sujet.

   C’est par ce raisonnement que Aristote est arrivé dans son livre IV, Physique, à cette conclusion:  “Donc que le lieu soit quelque chose indépendamment des corps et que tout corps sensible soit dans un lieu, on pourrait l'admettre [...]. Comme s'il fallait qu'il existât d'abord une place pour les êtres,[...] le lieu n'est pas supprimé quand ce qui est en lui est détruit.” Cette conclusion correspond bien à celle à laquelle d’un espace qui sert de base aux corps et aux sujets et qui est fixé, donné.

 

Cependant, le monde doit être construit, transformé par le sujet pour faire sens : sans une interprétation de celui-ci grâce aux sens, le sujet n’aurait pas connaissance des choses, le monde n'existerait donc pas. En effet, l'espace ne représente pas les propriétés des choses en soi, il ne représente pas la couleur, le poids, la forme, la taille… qui soit inhérente à ces choses et qui subsiste si l’on y retire la perception subjective sensible du sujet. Comme le dit Kant dans sa Critique de la raison pure, l’espace est “la seule condition subjective de la sensibilité sous laquelle il est possible pour nous une intuition extérieure”.  Ainsi, l'espace ne serait que la somme de tous les phénomènes menant à des sensations et l’interprétation de cet espace grâce aux sens du sujet forme le monde.
  Autrement dit, si l’espace entourant un sujet était une prairie de fleurs, il faudrait nécessairement que le sujet construise, en mettant en relation les sensations qu’il perçoit, le monde qui l’entoure : grâce à l’odorat, il sentirait le parfum des fleur, au toucher et à la vue leur forme et matière; Ainsi, ce n’est que grâce à la construction du monde faite par l’interprétation des sensations que le monde existe pour le sujet.

   Nous ne pouvons donc parler d'espace/de monde qu'au point de vue du sujet/de l'homme et donc après une certaine transformation/construction par celui-ci.  Et que si l’on met de côté l’interprétation subjective du sujet sans laquelle il ne saurait déchiffrer les sensations extérieures, car sinon la représentation de l'espace, du monde ne signifie plus rien.


 

   C’est alors que nous nous retrouvons devant un problème : si le monde est bel et bien une construction faite à partir des sensations ressenties par le sujet, ces sensations ne peuvent pas provenir de nulle part, le sujet ne peut pas sentir quelque chose qui n’existe pas. Il faut donc que le monde soit constitué d’une sorte de base grâce  à laquelle le sujet ressent des sensations qui lui permettront par une interprétation subjective de ceux-ci de former son monde qui est donc construit. Les deux ne peuvent donc pas être dissociés, car l’un n’est rien sans l’autre, que ce soit la partie qui sert de base à notre perception, faite de la matière, ou bien le monde construit par transcription des sens, et le monde pour un sujet serait donc la somme d’une partie donnée qui servirait de base à la partie construite par le sujet.

   D’ailleurs, cette explication du monde donne tout son sens à l’expression commune “vivre dans son monde” : en effet, cette expression est utilisée afin de parler de quelqu'un qui n’a pas la même “vision des choses” que le reste de la population et qui vit donc différemment. Or, selon notre définition, ce sujet a bien la même base, la même partie donnée du monde que le reste des gens mais ce qui diffère est simplement son interprétation de ses sens, autrement dit la construction de son monde, et il est ainsi logique que tous les sujet ne “traitent” pas les sensations de la même manière, car avant tout lorsque l’on parle de monde, c’est bel et bien pour un sujet donné.

 

 

Durant notre réflexion nous avons tout d’abord pensé que le monde pour un individu était donné, qu’il était une base nécessaire à la matière et aux corps, puis nous nous sommes rendu compte que le monde en tant que base matérielle pure ne faisait pas sens pour le sujet sans une construction de celui-ci à partir de ses sensations. C’est alors que nous nous avons vu que ces sensations, permettant la construction du monde pour le sujet, devaient forcément provenir de cette base initiale donnée à chaque sujet.
Nous en arrivons donc à la conclusion que le monde pour un sujet se construit à partir d’une partie donnée. Reste maintenant à se demander précisément  par quel processus les sens sont transformés en un monde.

 

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