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fredericgrolleau.com


Faut-il philosopher pour bien vivre ?

Introduction :

La réflexion philosophique est, depuis le condamnation de Socrate, l’objet de réactions les plus contradictoires et les plus extrêmes ; et cela y compris au sein même de la corporation des philosophes ou reconnus comme tels : Pascal ne parle-t-il pas de la misère et de la grandeur des philosophes dans la mesure où ils seraient tentés par l’exercice de la raison critique, de récuser, sinon la foi en elle-même, du moins le dogmatisme religieux qui l’accompagne? Kant ne tente-il pas de démontrer que la métaphysique, science d’une réalité qui échapperait à toute expérience possible, noyau dur, pour beaucoup, de la réflexion philosophique, est une illusion ? Quand ce conflit devient une ambivalence au cœur même de certains discours philosophiques ; il est alors indispensable de se poser la question de sa valeur, non pas comme connaissance positive, ce qu’elle ne peut probablement plus revendiquer être aujourd’hui, mais comme démarche critique nécessaire, voire indispensable, au bien vivre ; Pascal ne disait-il pas qu’elle ne vaudrait pas une heure de peine sans cela ?

 

Pour les philosophes de l’antiquité, la réflexion philosophique serait sous-tendue par le désir de devenir sage en vue du plus grand bien, au double sens : être plus heureux soi-même et plus justes avec les autres ; bref, accéder à un  bonheur moins  illusoire et plus durable grâce à la connaissance et à la pratique de la vertu dans  un rapport plus raisonnable à soi et aux autres et plus rationnel au monde et à la vie. Elle serait, en cela, la mise en œuvre de la raison pour réduire et traiter favorablement les contradictions universelles de l’existence humaine afin de la rendre plus cohérente et plus sensée, en pratiquant le doute vis-à-vis des illusions qui les entretiennent, voire les exacerbent en les masquant. La lucidité que produirait la raison critique quant aux croyances communes irrationnelles, politiques et/ou religieuses, serait la condition pour affronter sereinement les difficultés de la vie et pour s’en rendre moins dépendants. Mais pour beaucoup de non-philosophes, en pratiquant le doute systématique, dans l’ordre des principes fondamentaux du bien-vivre, elle serait dangereuse en cela qu’elle compromettrait radicalement le jeux des croyances collectives, nécessairement suprarationnelles, voire irrationnelles en les délégitimant ; alors qu’elles sont la condition de l’accord entre les hommes d’une même culture nécessaire au bien-vivre ensemble, c’est à dire à la réduction du risque de violence  en assurant la promotion de  la convergence, voire de la coopération des désirs et des volontés individuels. Accusée de subversion de l’ordre culturel, politique et social stable établi, elle serait doublement condamnable :
1) Elle compromettrait le confiance en soi qui accompagne la certitude du rôle et de la valeur socialement reconnue de chacun ; or une telle confiance est la condition du bonheur personnel.
2) Elle favoriserait une attitude sceptique et individualiste (« penser par soi-même ! ») qui ferait courir un risque grave d’anarchie grave ou de rébellion contre les pouvoirs établis dont la légitimité et donc le stabilité non-violente repose sur des croyances communes tout à la fois  indiscutables.

 

Cette contradiction qui, philosophiquement exprimée, traverse la philosophie elle-même, c’est à dire son rapport à elle-même, pose donc la question de savoir si la réflexion philosophique est une condition nécessaire, sinon suffisante, d’ordre logique et/ou éthique, du bien vivre avec soi (le bonheur), avec les autres (la morale) et/ou les deux (l’éthique) ; si non, pourquoi ? si oui, en quoi ? et à quelles conditions et dans quelles limites ?
Ces questions engagent en effet le statut de la réflexion philosophique comme ferment de la pensée dans une société qui ne peut être libérale qu’à la condition que chacun se veuille autonome et donc elles ont pour enjeu la définition  revendiquée de notre société démocratique.
 

1) La réflexion philosophique peut être stérile, voire dangereuse pour le bien vivre.
 

Il est remarquable que le refus de la réflexion philosophique a été précisément et rigoureusement formulé par la philosophie elle-même ; tout au long de son histoire, en effet la les philosophes se sont posé la question de savoir si son projet rationnel en vue du bien vivre n’était pas contestable et si les critiques que les non, voire les antiphilosophes lui adressaient n’étaient pas philosophiquement justifiées ; preuve, s’il en est de la profonde honnêteté intellectuelle de sa démarche critique : se mettre à l’épreuve de l’antiphilosophie et s’efforcer de la surmonter est la seule manière d’établir, d’une manière rationnellement convaincante, sa valeur, voire sa nécessité. Il convient donc à notre tour d’examiner les arguments, philosophiquement reformulés par les philosophes eux-mêmes, des adversaires de la réflexion philosophiques ne serait ce que pour nous demander si et comment elle peut les surmonter, à quelles conditions et dans quelles limites. Nous résumerons ces critiques sous trois arguments : un argument ontologique quant au rapport de la réflexion philosophique avec le réel et l’action efficace, l’argument moral et politique concernant ses effets pratiques dans la vie sociale et l’argument éthique qui met en jeu la question du bonheur personnel et collectif.

1-1) Argument ontologique (voir les positions de Calliclès dans « Le Gorgias » , de Thrasimaque dans « La République » de Platon, de Nietzsche et de Marx contre la position idéaliste de Platon)
En tant qu’elle sépare la théorie de la pratique en prétendant interpréter le monde et la vie rationnellement, elle renonce à mettre en œuvre les seules forces vitales d’interprétation qui comptent pour la vie : celle de nos désirs ; or la vie est puissance du désir et la vie de chacun est désir de puissance pour l’emporter dans la lutte contre la mort, la souffrance, les autres et en vue des seules fins de la vie : survivre et jouir . Elle prétend à une vérité universelle impossible dans les domaines éthique et politique gouvernés par le jeu des passions et dont le fondement est le principe du plaisir et les conditions d’expression sont la puissance et la ruse. Elle se complet à rechercher une réalité idéale, une vérité universelle qui détourne la pensée du souci de mettre en œuvre les conditions empiriques concrètes de l’efficacité que sont la puissance et l’intelligence de la complexité des processus contradictoires et changeants et la mise en oeuvre du meilleur rapport des forces dans la lutte pour la vie ; lesquelles conditions déterminent la conduite et l’exploitation des phénomènes humains et naturels en vue de rendre les actions, finalisées par la recherche du bien vivre pour soi en concurrence avec les autres, plus l’efficaces .
Qu’a t on besoin, sur le plan pratique, de contempler des idées abstraites immuables et des modèles théoriques rigides pour résoudre les problèmes pratiques mouvant et contradictoires que le vie nous sommes de résoudre pour survivre face au danger de la mort ? La vie et le bien vivre (vivre en vue du plaisir) exigent au contraire que nous sachions ce qui à chaque instant compromet ou favorise la réalisation de notre désir propre, de notre point de vue subjectif. De plus une connaissance idéale qui se détourne des sensations et de l’expérience empirique ne peut en rien prétendre connaître le réel dans lequel nous vivons ; elle substitue une réalité rationnellement reconstruite, éternelle et fictive qui n’exige ni action, ni combat pour advenir : une réalité utopique et impersonnelle qui, pour appartenir à tous les hommes - enfin idéalement réconciliés -, n’appartient à personne. Et elle nous détourne de la nécessité de nous affronter au monde sensible et aux actions des autres, de nous battre pour gagner, en exploitant les possibilités (potentialités) des situations empiriques mouvantes et les forces contraires qui l’animent à notre avantage. La réflexion philosophique est oubli du monde de la vie parce qu’elle refuse de voir  que la vie est une lutte pour la vie et donc elle est cause d’impuissance et d’échec. Et c’est en cela qu’elle est dangereuse., et cela doublement, sur le plan politique et moral et sur le plan personnel.

1-2 Argument moral et politique. (voir les positions de Calliclès et de Thrasimaque dans « le Gorgias » et « la République » de Platon, de Pascal dans « Les pensées »)
Toute société a besoin de régler les conflits entre les désirs individuels concurrents pour qu’ils ne débouchent pas sur l’extrême violence généralisée, indifférenciée et autodestructrice. Et pour cela, elle doit, non pas éradiquer la violence et l’égoïsme , car elle font partie de lutte pour la vie dont la victoire est la condition du bien vivre ici-bas, mais la modérer et la contenir dans un cadre régulateur dont les conditions sont : des valeurs collectives indiscutables et une autorité politique stable pour les faire respecter ; celle-ci est l’état ou force publique organisée destiné à garantir l’ordre public tout en permettant à chacun de faire valoir son droit au bonheur (son désir propre) en fonction de sa puissance et de ses capacités propres dans une saine, stimulante et donc dynamique concurrence pour le pouvoir, la richesse, les honneurs et les plaisirs qui constituent les motivations universelles des hommes en vue du bonheur.
Or la réflexion philosophique, en tant qu’elle pratique le doute et la recherche du fondement, remet nécessairement en question ce cadre régulateur pour la simple et bonne raison qu’il n’est jamais rationnel : aucune valeur commune n’est universellement démontrable et, plus grave, efficace ; leur efficacité régulatrice dépend, en effet, comme le rappelle Pascal, des habitudes et des traditions conventionnelles, des situations, des jeux sociaux et des représentations symboliques qu’ils mettent en jeu ; ex : les valeurs de la guerre ne sont pas celles de la paix, les valeurs du commerce, celles de la vie amoureuse ; du sport, celles de la solidarité universelle etc.. Elles sont collectives et transrationnelles car elles visent à répondre au désir de sécurité dans un rapport complexe à l’insociable sociabilité des hommes, relativement à telle situation et à tel type de danger de perte ou telle chance de gain dont l’évaluation est rationnellement toujours discutable. Elles sont toujours des compromis boiteux et ambigus , en effet peu rigoureux et variables, entre des exigences et des intérêts opposés. C’est pourquoi le conformisme plus ou moins aveugle est nécessaire à la paix civile ; une société et des règles et valeurs purement rationnelles (idéaux universels et catégoriques) serait invivable et inhumaine, car le désir philosophique de rationaliser la vie sociale, et la morale commune qui en est le ciment, débouche nécessairement soit sur l’anarchie (penser par soi-même contre toute autorité extérieure et le conformisme ambiant) qui verrait le retour de la violence généralisée, soit sur un totalitarisme rationaliste liberticide, car contraire au jeu du désir et des intérêts qui anime la recherche du bonheur propre de chacun : Le philosophe-roi de Platon doit (re)mettre les citoyens à la raison, par l’éducation programmée dès le berceau par l’état, mais aussi la force et la tromperie si nécessaire, et réprimer la propension naturelle des individus à vivre pour satisfaire leurs passions irrationnelles. Cette vision philosophique de la vie est donc fondamentalement contraire au bonheur de tous ceux, la quasi-totalité, qui ne sont pas philosophes et n’ont aucun goût pour la philosophie ; c’est à dire ceux qui vivent une vie de chair et de sang, qui vivent leur et dans leur corps, sous la détermination de leurs pulsions vitales en vue des plaisirs sensibles.

1-3 Argument éthique (voire les positions de Hobbes dans « Le citoyen »et de Nietzsche dans « La généalogie de la morale » et « La volonté de puissance »)
Un homme est un animal social et conscient de lui-même et il ne peut être heureux qu’à deux conditions :
· Qu’il réalise ses désirs sensibles propres, physiques et sociaux ; ce qui suppose des circonstances biologiques et extérieures favorables et la richesse pour s’approprier, légalement et sans violence dangereuse pour lui aussi, le maximum d’objets de plaisir.
· Qu'il puisse mettre en œuvre en cela son désir essentiel de s’aimer lui-même, de se reconnaître comme valeur aux yeux des autres et à ses propres yeux, que ce soit dans l’obtention du pouvoir, des honneurs et de l’amour, dans l’avoir, le pouvoir ou l’apparence (image de soi) etc..; la vanité est, en effet, la passion naturelle de l’homme en tant qu’il est conscient de lui et capable de se juger et de juger les autres (bien ou mal, c’est une autre question) pour s’estimer comparativement à eux.
Le bonheur suppose confiance en soi, puissance et désir de puissance, habileté technique, ruse et courage pour accéder à la reconnaissance de soi par les autres et par soi, en une compétition dans lesquelles les chances de l’emporter dépendent d’abord de la force de nos certitudes et de la croyance en notre succès, donc de nos passions égocentriques et vaniteuses (mais pas forcément égoïste : un bon usage de la vanité, dans des circonstances favorables, est de pratiquer l’altruisme qui nous fait aimer des autres et peut les rendre dépendants de nous). Or la réflexion philosophique provoque le doute sur la valeur de nos désirs et sur notre propre valeur ; ce doute entretient l’irrésolution, la peur de mal faire ou de se tromper ; voire le refus du monde sensible et du désir passionnel, jusqu’à nous faire espérer que la mort nous libérerait des contradictions de la vie sensible et désirante ; jusqu’à nous faire renoncer au bonheur ici-bas pour la béatitude post-mortem sans désir, ni conflit ; ce qui suppose du reste une foi religieuse bien peu philosophique dans son fondement, car la foi est nécessairement supra, voire irrationnelle ; de plus que signifie pour nous, êtres vivants, de chair et de désir, un bonheur sans plaisir sensible, un plaisir sans désir et souffrance ? C’est non seulement rationnellement indéfinissable aux dire des mystiques eux-mêmes mais inimaginable pour quiconque raisonne sur l’expérience du bien vivre avec soi et les autres.
Plus prosaïquement, la philosophie oppose la vision matérialiste et sociale du bonheur de la foule, fondée sur les désirs sensibles, au concept du bonheur et/ou du bien vivre philosophique, spirituel et contemplatif ; mais, ce faisant elle isole le philosophe et l’oppose au plus grand nombre. Et, à moins de convaincre tous les hommes à la philosophie, elle conduit quiconque s’y livre à s’opposer au jeu social et le condamne à la solitude qui en découle ; mais plus profondément, elle provoque nécessairement l’intériorisation en lui-même de ces oppositions entre corps et esprit, bonheur sensible et bonheur intelligible, raison et passion dont se nourrit et se réclame la pensée philosophique. Donc loin de réduire les contradictions de l’existence elle les aiguise davantage ; comment peut-elle alors prétendre les réduire au bénéfice de la cohérence et de l’harmonie, conditions indispensables, selon elle, du bien vivre et du bonheur supérieur ?

Tels sont donc les arguments les plus radicaux et donc les plus philosophiques que l’on peut opposer à la réflexion philosophique dans sa prétention à être une condition nécessaire du bien vivre. Mais, paradoxalement, la critique philosophique de la réflexion philosophique n'est-elle pas le meilleur argument en sa faveur ? N’est ce pas-là le meilleur témoignage de sa capacité à penser même ce qui lui résiste et s’y oppose ? Pour démontrer la non valeur de la réflexion philosophique, comme le dit Aristote, il faut philosopher et donc en même temps lui reconnaître la valeur qu’on lui dénie. Et si cette valeur échappe à la critique de et chez ceux-là même qui la critique, quelle critique peut-on développer contre les adversaires de la philosophie et leurs arguments les plus forts que nous venons d’examiner et qui ne sont tels que parce qu’ils philosophent? Remarquons en effet que les adversaires de la philosophie ne sont pertinents dans leur critique que parce qu’ils sont aussi philosophes et donc font de la philosophie pour fonder et justifier leur propre conception du bien vivre. Cette justification même ne serait-elle pas l’indice que le bonheur exige réflexion et justification, ne serait que pour être conscient de soi et de sa vie et accroître ce sentiment intérieur de satisfaction de soi en tant qu’être conscient et autonome ?
 
 

2)  La réflexion philosophique comme condition nécessaire du bien vivre

La thèse des adversaires de la philosophie n’est valide que si l’on admet que la vie pratique et sociale, voire personnelle peut être, dans n’importe quelles conditions historiques, régulée par les moyens de la force irrésistible et des conventions, voire des convictions religieuses et politiques incontestés. Or la réflexion philosophique apparaît et se développe justement lorsqu’une crise grave affecte les valeurs dominantes et la légitimité de l’état et des décisions ou des non-décisions dont il est rendu responsable, bref dans une période de trouble et de pluralisme idéologique, éthique et politique sous la pression des influences, des intérêts et des passions contraires. Cela vaut particulièrement en un temps d’ouverture des échanges entraînant des conflits politico-idéologiques, voire un choc des cultures qui génèrent des luttes internes insolubles par la voie du retour à la tradition dont l’autorité devient,, de fait et même en droit, plus ou moins radicalement contestée et contestable, en tout cas impropre à éviter la violence anarchique et autodestructrice de toute vie sociale. La puissance des convictions religieuse opposées devient alors l’obstacle majeur du retour à un ordre consensuel minimal ; elle entraîne plutôt le risque de fanatisme aveugle dont la violence ne trouve aucune fin, sauf à sortir de la logique de la vérité absolue des croyances aveugles pour mettre en place les conditions d’un dialogue argumenté et rationnel, donc développer le mode de penser philosophique. La réflexion philosophique n’est donc jamais la cause de la guerre des Dieux et entre les convictions idéologique et politiques, voire des contradictions internes à chaque individu qu’elle engendre, mais sa conséquence ; et cette conséquence, qui exprime les contradictions sur le mode rationalisé du débat public entre les points de vue, est seule potentiellement bénéfiques en cela, qu’elle seule peut permettre de renouer les fils rompus d’un dialogue rendu impossible par le jeux des croyances irrationnelles et de déplacer le conflit du terrain de la haine, de la violence aveugle et terroriste et de la guerre civile ou inter-ethnique sur celui de la discussion politique en vue de restaurer le bien mutuel et/ou commun. En cela la réflexion philosophique paraît la condition indispensable en une période de trouble et de changements sociaux et culturels rapides parce qu’elle développe pour le mieux vivre ensemble, la réduction du risque de violence et l’accroissement des chances et des possibilités de coopération, et pour le mieux vivre personnel, la capacité de prise de conscience et de cohérence maîtrisées de soi. Précisons les arguments.

 

2-1 Argument ontologique et politique.
La réflexion philosophique ne fait pas de la vérité, du bien, du sens de la vie personnelle et collective des certitudes préalables à sa démarche critique : ils en sont le résultat toujours discutable ; elle n’impose rien mais elle propose à la raison de chacun ce qui peut satisfaire sa recherche des meilleures voies du bien vivre, dès lors que toutes les autres, imposées par les traditions, reposant sur la dépendance inconditionnelle et les conventions bornées, ont fait la preuve expérimentale, de leur stérilité et de leur danger. Le doute ontologique vis-à-vis de la réalité bonne qu’elle met en œuvre est actif, volontaire ; en cela il fait de chacun, en dialogue avec lui-même, un chercheur de vérité et de sens et ce dialogue suppose qu’il intériorise le dialogue avec les autres et se remettent lui-même en cause dans ses préjugés et ses opinions toutes faites. Le dialogue critique, s’il peut prétendre à la vérité rationnelle, ne peut plus en faire l’objet d’un pouvoir politique et idéologique transcendant. En cela Platon avec sa théorie du philosophe-roi s’est trompé et Aristote a raison d’affirmer que la politique et la vie publique bonnes exigent le débat public et que celui-ci ne peut être temporairement tranché que par les citoyens actifs qui se prononcent en conscience , à la majorité, sur fond d’argumentation rationnelle, a laquelle tous peuvent et doivent prendre parti et pour cela philosopher. Descartes n’a pas tort de penser qu’un homme peut toujours philosopher : dès lors qu’il peut parler, il peut raisonner et se raisonner. C’est affaire d’éducation et de désir d’autonomie. Les différences en ce domaine ne sont que relatives et transitoires : ceux qui sont les philosophes reconnus et savants ne peuvent qu’être qu’au service des autres dans cette démarche qui ne vaut comme philosophique que si elle est reprise par chacun pour se l’approprier en vue de son bien vivre, voire de son bonheur propres. Les désaccords philosophiques entre les hommes peuvent-ils être surmontés ? Sûrement pas, mais comprendre les autres dès lors qu’ils peuvent se référer à des arguments rationnels valant pour tous car compréhensibles par tous, c’est déjà être en position de permettre un compromis régulateur entre des désirs et intérêts divergents et fonder une possible coopération. Ce qui exige des conditions éthiques que le dialogue philosophique, justement, permet d’instaurer.

 

2-2 Argument éthique.
Le dialogue philosophique suppose comme tout dialogue authentique le respect et l’écoute attentive des positions en présence et le dialogue philosophique est en droit la plus authentique, puisque tout y est discutable et tout argument doit y être présenté sous une forme rationnelle, c’est à dire universalisable. Donc il exige une éthique libérale qui n’exclut en rien la libre critique mais qui en fait la condition du progrès de chacun dans la prise de conscience de soi et des autres. Seules les idéologies irrationnelles et violentes (éthnisme, nationalisme, racisme ou sexisme par exemple) doivent être réprimées, car elles mettent en danger le bien vivre général et qu’elles ne sont pas réductibles par le seul raisonnement ; elles sont en effet passionnelles, aveugles et extrémistes par nature car elles excluent par définition, tout débat et tout compromis. De plus, ce dialogue avec soi et les autres est d’autre part la condition nécessaire du bonheur personnel ; en quoi ?

 

2-3 Philosopher comme condition du bonheur.
Les philosophes et les sages ont toujours montré que l’expérience de la vie nous enseigne que tous les plaisirs ne font pas le bonheur et que les désirs passionnels conduisent à la désillusion et la violence possessive et/ou destructrice. En effet, parce qu’ils prennent le plaisir comme fin en soi, ils sont illimités en cela qu’ils excèdent sans mesure ce qui nous est nécessaire et se trouvent toujours en conflit avec les désirs des autres et la réalité ; d’autre part ils s’aiguisent à l’infini de par l’impossibilité de les satisfaire d’une façon durable : tout désir satisfait ne laisse après lui que la trace de sa disparition ; ce qui pour compenser la tristesse et la déception que cela entraîne pousse l’individu à désirer toujours davantage. Le désir, livré à sa seule logique, débouche alors nécessairement sur la violence, en soi (dépendance passionnelle), sur soi et sur les autres ; voire fait de la violence elle-même la source ultime et la plus intense du plaisir, car elle est confondue avec la toute-puissance sans limite sur les autres et sur le monde dont le sujet peut temporairement tirer le sentiment, en effet momentanément gratifiant, de sa supériorité et de sa valeur éminente (pouvoir de tuer et de dominer comme forme d’expression apparemment objective de l’amour de soi).
Or ces plaisirs violents et ce désir passionnel de violence fusionné avec toutes les autres formes de désir font le malheur des hommes en cela qu’ils les rendent dépendants de leurs passions, les rendent donc passifs (la drogue est violence sur soi et entraîne la violence sur les autres) et les dégradent à terme dans le sentiment de leur valeur, d’abord par le rejet, voire la haine déshumanisante et à son tour dangereuse des autres, et l’incapacité où ils se placent de se reconnaître dans quelque valeur, nécessairement universalisable et justifiable et donc supérieure à soi : l’estime de soi qui est la condition de tout bonheur durable par delà les circonstances favorables temporaires (génératrices de plaisirs extérieurs) :Nul ne peut être heureux, en effet, sans s’aimer lui-même à travers une valeur généralisable, donc nul ne peut être heureux sans chercher à être respecté et reconnu par les autres. Philosopher c’est donc s’affirmer comme autonome dans ses rapports avec les autres en maîtrisant nos désirs dans le sens de valeurs plus rationnelles, condition d’une reconnaissance positive durable par les autres et par soi. En l’absence de critères religieux hégémoniques pour définir le bon sens et les vraies valeurs de bien vivre ; chacun, pour être heureux, c’est à dire durablement content de lui, est alors appelé à se raisonner lui-même et donc à philosopher pour accroître le sentiment de sa valeur propre qui passe par l’amélioration dialogué de ses relations avec les autres. Quant au bien vivre ensemble il exige, dans une société pluraliste à évolution rapide des modes de vie, des statuts, des rôles et des fonctions, non la régulation autoritaire, conformiste, conventionnelle, voire religieuse et/ou politique, mais l’autorégulation raisonnable des comportements individuels autour de règles plus conscientes et plus rationnelles du bien vivre objet d’un débat public et argumenté dont la forme doit être critique et autant que faire ce peut rigoureuse donc philosophique. Un tel débat ne peut être démocratique que s’il est philosophique ; toute autre forme fait toujours déraper la démocratie vers l’autoritarisme, voire le totalitarisme démagogiques.

Mais, d’une part, la philosophie ne s’est pas toujours inscrite dans l’histoire comme le garant du débat démocratique ; certains philosophes comme Platon ont même explicitement condamné la démocratie, tout en profitant de la liberté de penser qu’elle garantit et en faisant profiter de leur critique le débat démocratique pour en corriger les défauts. D’autre part à vouloir opposer la raison au désir ; la philosophie ne risque-t-elle pas de compromettre la joie qui implique que chacun se sente réconcilié et content de lui (sentiment de sa propre perfection dit Spinoza pour définir le bonheur) en tant qu’individu indissociablement sensible, social et intelligent ?
Si une certaine manière de philosopher prétend à une vérité purement rationnelle unique et donc peut sembler verser dans un totalitarisme idéologique rationalisé une nouvelle forme de dogmatisme froid et mort justifiant certaines critiques des adversaires, y compris philosophiques, de la philosophie, il convient de nous interroger alors sur la question de savoir comment philosopher pour en réduire le risque et accroître le pouvoir de la réflexion philosophique comme condition du bien vivre.
 
 

3) Du bon usage du “ libre penser ” philosophique.
 

Devons-nous retrouver la puissance uniformisante de la tradition religieuse et l’ordre hiérarchique conventionnel sacralisé comme fondement du bien vivre, comme certaines sectes, dont on connaît les pratiques de manipulations dépersonnalisantes, s’y emploient ? Si dans les sociétés modernes pluralistes et laïques qui se veulent démocratiques, cela n’est ni possible, ni souhaitable, ne faut-il pas, alors, que chaque individu se fasse philosophe (libre penseur) pour être acteur autonome de sa vie et citoyen ? Mais comment réduire les dangers du “ penser par soi-même ” pour en faire un meilleur usage ?

 

3-1 Sur le plan politique
Notre société est idéologiquement en crise permanente ; les valeurs de références pour décider des règles du bien vivre ensemble sont hétérogènes et lorsqu’elles ne le sont pas en apparence leurs interprétations et leurs applications, dans les décisions et conditions concrètes, sont plus ou moins contradictoires ; la pensée unique en matière de vie économique et sociale n’est que l’expression d’un rapport des forces entre dirigeants et dirigés, décideurs et “ décidés ”, politiquement contesté et contestable dans ses effets sociaux au regard de l’idée d’ordre public et celle de l’idée de l’égalité des droits et de la réciprocité des avantages. Aucune tradition religieuse, ni aucune convention profane ne peuvent s’imposer, dans les sociétés pluralistes et individualistes, pour faire accepter à ceux d’en bas la domination qu’ils ressentent (à tort ou à raison) de la part de ceux d’en haut ; l’inégalité n’est plus justifiable, ni en droit, ni en fait ; les pouvoirs politique et économiques sont sans fondements symboliques et idéologiques stables dans l’esprit des dirigés. Il est alors stérile de croire que les sociétés modernes peuvent aujourd’hui fonctionner et se reproduire automatiquement par simple imitation unificatrice, car celles-ci, par le fait du développement de la compétition pour l’accès au pouvoir, au savoir et à l’avoir, aiguise les rivalités entre les groupes et les individus : “ pourquoi eux et pas nous ? ” La prévention contre les dérives violentes (vandalisme, grèves incontrôlées, terrorisme) ou autodestructrices (la drogue sous toutes ses formes, légales ou illégales) que génèrent la compétition et les inégalités sociales dans les sociétés de droit égalitaires exigent que chacun philosophe (réfléchisse d’une manière critique sur les fondements) sur les valeurs (vérité, bien, justice) et la manière de traiter les contradictions dont il fait l’expérience pour se construire un projet de vie autonome qui lui permette de s’affirmer comme individu sans aggraver, ni même pérenniser les inégalités insupportables et les violences qu’elles provoquent dont tous seraient alors victimes. Le “ penser par soi-même ” est alors une condition de survie dans les sociétés “ individualistes et non plus communautaires ” dont la légitimité politique ne peut reposer que sur les exigences, à la fois fictives et nécessaires, de la démocratie dont la mise en oeuvre est toujours ambiguë et fragile (démagogie, dépolitisation, technocratie etc..) Cette mise à jour des conditions du débat démocratique, nécessaire à l’explicitation rationalisée des volontés (expression du désir d’être de chacun, en tant que désir d’être heureux), exige de chacun qu’il se fasse philosophe en vue d’un dialogue rationnel permanent avec les autres et lui-même pour savoir ce qu’il veut, peut, et doit faire pour bien-vivre avec soi et les autres en mettant systématiquement en doute ses croyances spontanées et ses préjugés acquis par imitation conformistes; dans un monde aux structures, aux influences et aux rapports de forces changeants, la réflexion philosophique, sur la plan individuel et politique  apparaît comme le seul moyen de réduire le risque de violence généralisée et indifférenciée, il permet en effet de déplacer les conflits sur le plan de la discussion rationnelle et de neutraliser partiellement le libre jeu des rapports de forces, condition nécessaire pour négocier des compromis mutuellement acceptables.

 

3-2. Sur le plan personnel.
La réflexion philosophique prend sa source dans l’exercice systématique du doute ou de l’étonnement ; cela conduit-il forcément au scepticisme dépressif et à l’impuissance induite par la perte de confiance en soi?
Le doute peut être subi ou volontaire ; il est subi lorsqu'il n’est que le résultat d’une situation de crise intérieure irréfléchie induite par une situation extérieure paradoxale: conflits des influences, contradictions entre les autorités ou les conventions, crise des valeurs (guerre des dieux),etc.. Ce doute est angoissant, voire paralysant ; le sujet non seulement ne sait plus que penser ou croire mais il est menacé dans son désir d’être car ce doute subi compromet en lui la possibilité de (se) construire un projet existentiel (qui engage le sens de la vie) valorisé et valorisant. Mais il devient volontaire lorsqu’il est philosophique, c’est à dire lorsqu’il remet en question les valeurs en crise, en examinant les contradictions auxquelles elles conduisent pour tenter de définir une ligne de pensée et de conduite moins incohérente ; Ainsi, la réflexion philosophique a comme première fonction de transformer le doute subi en doute volontaire ; le sujet peut alors se reconnaître comme sujet actif et autonome et, par cette autonomie conquise, s’arracher à la spirale de la dépression. Vis-à-vis de celle-ci quatre attitudes sont, en effet, possibles/
=> Celle de l’autruche qui se met la tête dans le sable et tente de ne pas voir les contradictions de la (sa) vie (tout baigne ; il n’y a pas de problème !) Le divertissement dans la fuite vers les plaisirs immédiats et éphémères est privilégié ; la drogue, légale ou illégale, chimique ou autre, est appelée en renfort.
=> Celle par laquelle le sujet refuse le doute en s’enfermant dans une secte religieuse ou politique ou dans une structure organisationnelle forte sous l’autorité indiscutable de dirigeants ou de maître à penser auxquels il s’identifie aveuglément afin de se protéger contre les autres et le monde extérieur en crise qui l’angoisse.
=> Celle par laquelle le sujet cherche à s’arracher aux déceptions de la vie présente pour accéder à une vie réconciliée ici-bas ou après la mort; c’est la tentation de la fusion mystique avec l’Etre absolu divin (la foi).
=> Celle par laquelle le sujet tente de prendre conscience, d’une manière distancée par la production et la mise en œuvre de concepts rationalisés (anthropologie) ou d’une manière participative par le jeu des symboles et des métaphores de l’imagination sensible (l’art), des contradictions de la (sa) vie pour les comprendre afin d’en faire un usage créateur en se construisant un projet de vie autonome et lucide. C’est le désir de se connaître rationnellement en tant qu’individu particulier (la psychologie) vivant en société à un moment donné (la sociologie et l’histoire) en tant qu’homme participant à l’universel humain (la philosophie). Cette attitude convertit le doute passif en doute actif afin de permettre au sujet de choisir en connaissance de cause, entre les différentes options de vie possibles, celle qui lui paraît raisonnablement la plus avantageuse, c’est à dire la plus personnellement valorisante et la plus universellement sensée.

Les trois premières attitudes dépossèdent le sujet de lui-même pour en faire un être dominé et manipulé par des influences extérieures ; l’attitude philosophique seule rend possible la construction d’un projet autonome de vie, plus satisfaisant dans une société qui valorise l’individu aux dépens de l’identité/appartenance collective.
Elle exige la mise en doute des idées toutes faites, la remise en question de soi et exige que l’on explicite les paradoxes apparents de la vie et de la pensée pour ensuite tenter de définir et d’expérimenter, sinon des solutions susceptibles de résoudre ces contradictions, au moins des projets de vie et de pensée moins illusoires car moins incohérents. Philosopher c’est donc problématiser et conceptualiser les contradictions de la vie qui (et que) mettent en jeu les différentes conceptions de la pensée de l’existence humaine et poser les questions pertinentes qui sont susceptibles de permettre  de régler d’une manière plus cohérente et sensée ces contradictions. Philosopher c’est vivre et utiliser la crise permanente des valeurs et des références idéologiques dans la société moderne en l’approfondissant pour en faire un usage libérateur et donc plus heureux.

Mais la question est alors de savoir comment il faut penser philosophiquement par soi-même pour réduire les dangers de la pensée autonome.

 

3-3 Comment bien philosopher pour bien vivre?
Les dangers de la philosophie prennent tous, nous l’avons vu, leur source dans l’illusion philosophique que la raison serait capable de produire par elle-même, une vérité absolue et définitive sur le sens de l’existence humaine ; des deux dangers que sont le dogmatisme et le scepticisme, le second n’est que l’envers du premier: c’est parce qu'on cherche une vérité absolue, unique et universelle impossible que l’on renonce ensuite à la prétention à juger de la valeur toujours relative des idées, donc à philosopher. Or penser par soi-même exige de philosopher, car cela implique que nous connaissions les fondements de notre pensée et que nous les soumettions à un examen critique pour les faire nôtres, ce qui est proprement philosopher. Il convient alors de considérer que la réflexion philosophique ne peut que proposer des conceptions relativement rationnelles, plus ou moins exclusives, de la vie intellectuelle et pratique dont la valeur tient à leur cohérence interne et à leur robustesse expérimentale quant à la question du bien-vivre avec soi et les autres et entre lesquelles il revient à chacun de faire des choix et de les transformer pour construire sa pensée sa vie ainsi que l’idée qu’il se fait de lui-même ( penser par soi-même => conscience positive de soi). Aucun présupposé métaphysique n’est démontrable, et dans la mesure où l’on ne croit pas pouvoir s’en passer, il ne faut les considérer que comme des hypothèses régulatrices permettant de générer des axiomatiques de la subjectivité humaine ; des modèles rationalisés et discutables de vie. A quelles conditions cela est-il possible ?

 

Elles découlent de nos analyses précédentes. L’illusion de la vérité absolue procède elle-même de la tentation de résoudre en les supprimant les contradictions de l’existence humaine ; or les différentes propositions métaphysiques ne font dans leurs oppositions et leur prétention à l’exclusivité que révéler ces mêmes contradictions en les aggravant ; La métaphysique, prise au sérieux, transforme, en effet, toute contrariété en contradiction logique (morale/bonheur, vérité/fausseté, universel/particulier, raison/désir, théorie/pratique etc..) et cherche, en conséquence, pour la supprimer, à supprimer un des deux membres au profit exclusif de l’autre ; elle refuse de penser les conditions de complémentarité des opposés et par conséquent celles de la gestion positive de leur tension ; il conviendrait à notre sens de faire des thèses philosophiques des instruments opératoires d’exploration des expériences de vie pour expliciter rigoureusement ces contradictions et de soumettre leur visée à l’épreuve de leur fécondité dans les domaines de la connaissance rationnelle et expérimentale et, dans le domaine de l’éthique, à celle de l’expérience du bonheur et de la souffrance tant sur le plan politique que personnel, sachant que la vie est conflit et que la seule forme de sagesse ici-bas est de la mieux penser dans sa complexité pour que chacun devienne plus créateur, plus amoureux de soi-même et des autres, plus efficace dans son projet autonome de vie. Nous proposons ici une pratique de la libre pensée philosophique non tragique, souple et ludique contre toute pratique rigoriste, dénonciatrice, prophétique ou messianique. Une pratique pour nous apprendre à danser la vie dans notre tête et notre corps et non pas pour nous mettre au pas ou dans les cases immobiles de la vérité-illusion de la métaphysique.

 

Conclusion :

Tous les dangers de la philosophie viennent du fait qu’elle n’a pas été jusqu’au bout d’elle-même, jusqu’à renoncer à l’illusion religieuse du salut. Pour bien penser par soi-même, il convient, de refuser et de dénoncer la tentation religieuse mortifère et angoissée de vivre ici-bas pour un au-delà fantasmatique où la vie serait réconciliée et la pensée au repos. La mort n’est rien, seule la vie mérite d’être pensée et c’est à chacun de la penser d’une manière critique pour lui-même dans ses diverses significations et ses fondements régulateurs pour se reconnaître dans sa vie, ce qui est précisément l’expérience la plus authentique du bonheur en ce monde.