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fredericgrolleau.com


Monnaie de verre (revue de presse)

Monnaie de verre

Editions Nicolas Philippe, 2002, 431 p.

 

Quatrième de couverture
Murano, 1672: le vacarme qui règne dans les ateliers de verrerie couvre les chuchotements des conspirateurs, le râle des mourants et les soupirs des amants. Dans cette atmosphère où le verre est enjeu de pouvoir, le destin de Leonara, fille d'une grande famille de verriers, se noue au gré des machinations et des faux-semblants.

 La passion et le verre, la passion du verre, la jettent sur les routes incertaines d'Italie et de France, de Murano à Versailles, de Venise à Paris. Monnaie de verre entraîne le lecteur dans un parcours à la fois historique et littéraire où la frontière entre fiction et document se redéfinit à chaque coin de ruelle. Professeur de philosophie et de culture générale, Frédéric Grolleau a présenté les émissions littéraires de canalweb.net. Éditeur et critique littéraire, il vit à Paris.

 

SDM
Roman historique bien documenté qui a pour décor Venise et la France à la fin du 17e siècle. Ce sont les secrets des maîtres verriers de Murano, ardemment convoités par Colbert qui veut relancer l'industrie française de la verrerie, qui fournissent la trame de cette histoire où complots, passion et vengeance forment une sauce relevée.

 

 

 

Revue de presse

 

      Dimanche 23 juin 2002

 

 

 

Nancéien d'ailleurs

 

Romancier en capitale

Frédéric Grolleau, jeune, trouvait la Place Stanislas fantastique. « Pour un enfant né à saint-Dié, Nancy était une découverte fabuleuse. » Aujourd'hui encore, il avoue conserver une grande affection pour la ville. Lycée et théâtre furent les lieux de sa jeunesse et émaillent mille et un souvenir d'adolescence. Sa vie se partagera ensuite entre Paris, où il étudie la philosophie, et la Cité Ducale. Puis les voyages vont se raréfier. La capitale a des atouts avec lesquels il est difficile de rivaliser. L'exploitation des nouvelles technologies fut de ceux-là.
Passionné par les possibilités d'Internet, Frédéric quitte son poste de professeur de philosophie et de culture générale pour une réorientation originale : critique littéraire on-line. Pages philo ou BD, sciences humaines ou science-fiction, il marque de son éclectisme le site internet paru.com.
Mais comme il faut se renouveler, expérimenter, il se lance dans l'aventure canalweb où il animera une émission jusqu'en 2001. Participant en parallèle aux revues le Philosophoire et Res Publica, intervenant sur divers sites et magazines, le Lorrain perce les hauts-lieux du Paris littéraire.
Mieux, il prend une longueur d'avance en occupant le poste de responsable éditorial pour manuscrit.com, maison d'édition électronique où les écrits sont jugés par un comité de grands lectrues. Une révolution pour le microcosme parisien.

 

« La transparence devient opaque. »

S'il se plaît à lire les autres, Frédéric Grolleau, n'hésite pas à prendre la plume. Auteur de trois essais philosophiques à destination des classes préparatoires, son premier roman « Monnaie de verre » s'adresse à un large public.
« Je me suis interrogé sur la manière d'intéresser les gens à l'histoire du verre et j'ai opté pour le roman historique. » Deux ans auront été nécessaires pour finaliser le projet, deux ans de recherche, d'écriture, de corrections, parfois même de doutes, d'angoissses. Au verre de son enfance, qu'il soit belle pâte nancéienne ou cristallin de Baccarat, Frédéric Grolleau a préféré l'exotisme vénitien.
Au final, un plongeon de 320 pages dans le 17ème siècle italien. Complot politique sur l'île de Murano aux abords de la majestueuse Venise. Les verriers
expatriés par les nobles sur ce morceau de terre forment une caste exceptionnellement prolifique.
Le contexte est avéré historiquement, n'en reste pas moins une intrigue imaginaire fidèle bien ficelée. 1672, Leonara assiste à la mort de son amant assassiné par une épée de verre. L'ambiance est campée, peuvent suivre les pérégrinations du personnage avide de vengeance dans un monde empli de faux-semblants, de machinations. Jeu permanent sur la transparence et le miroitement, le verre comme enjeu de pouvoir est au coeur du roman. Tour à tour acteur, sujet à la réflexion philosophique, l'histoire du verre s'offre au lecteur de la manière la plus ludique qui soit. En guise de prélude à une romance sur du verre d'ici ?

Nicolas Durand


                                www.parutions.com
femme chat rencontre rencontre homm

 

Souffleur d’histoire(s) 

Deux amants italiens issus de familles rivales, obligés de s’aimer dans la clandestinité, ça rappelle tout de suite quelque chose. Si par son postulat de départ, Monnaie de verre évoque irrésistiblement un certain chef-d’œuvre de Shakespeare, le parallèle, pourtant, doit être vite abandonné. Car ici, Frédéric Grolleau fait mourir son Roméo dès les premières lignes du roman. Et qui plus est, assassiné par la famille de son aimée, Leonora. Les deux clans, les Neri et les Vettori, ne s’aiment pas : tous deux verriers de père en fils à Murano, ils gardent jalousement les secrets de leurs techniques. Et n’entendent pas risquer de les voir éventés. Leonora, pourtant, vole ce qu’elle peut dans la cachette de son père et prend la fuite. Comme par fidélité à Taddeo qui a payé leur amour de sa vie, elle part pour Altare, entre Gênes et Savone, où ils avaient rêvé d’ouvrir boutique à deux. Elle y sera seule, pour s'initier au métier de souffleuse. En même temps qu'au statut de femme, et de fugitive. Entre l’Italie et la France, entre le trop séduisant Bruno et la cour de Louis XIV, elle entend bien, enfin, décider de son destin.

On pourrait croire, à lire ce qui précède, avoir affaire à un classique roman historique. Certes, ce livre en est un, mais aussi bien davantage. L’intrigue est menée avec application et tous les rebondissements nécessaires pour tenir le lecteur en haleine sont habilement distillés. Mais le plus déroutant, c’est le reste, tout le reste. Car dans ce roman à tiroirs, Frédéric Grolleau se plaît à brouiller les pistes. Il écrit autant une histoire que l’Histoire, quasi-scientifique voire pédagogique, de la fabrication du verre. Incises, notes de fin de volume - qui auraient peut-être gagné à être en bas de page -, le lecteur plonge dans des techniques qui lui sont inconnues avec une curiosité vorace.

Ces histoires de nature différente, entremêlées, sont évoquées dans un style fleuri, franchement osé tant il dénote dans la vague actuelle où le langage s'appauvrit toujours plus. Ici, on retrouve des mots oubliés, des "mithridatiser", des "algarades", des "opalescence" maniés avec justesse mais aussi distance. Car Frédéric Grolleau n’est pas un de ces nostalgiques de la langue d’hier. S’il l’utilise, c’est autant pour rendre hommage à un genre disparu que pour s’en amuser. Cette parodie qui s’avoue à peine donne le ton exact qu’il fallait à un roman ambitieux où le plaisir de la fiction vient épauler la pédagogie de la science.

Thomas Bronnec (Mis en ligne le 28/06/2002 )



www.lemague.net

Monnaie de verre : rendons à son auteur la monnaie de sa pièce cristalline.
par Frédéric Vignale
   
 Sur le papier des intentions littéraires, l’idée était plutôt séduisante. Prendre comme décor romanesque l’île de Murano en 1672, son ambiance surannée et glorieuse, ses bassesses et ses mesquineries de salon et le verre comme enjeu de toutes les convoitises - comme le sera l’or noir quelques siècles plus tard - était même diablement machiavélique : philosophie, quand tu nous tiens ! Encore fallait-il y mettre la manière, ne pas tomber dans la caricature grossière, éviter une intrigue trop opaque, n’être ni ennuyeux ni transparent, avoir un style coloré et surtout ne pas trop abuser du chianti. Mission réussie pour le fin stratège Frédéric Grolleau, qui ressuscite le drame historique new-wave sans trahir le passé, rend un bel hommage aux lettres classiques et modernes avec un roman qui brise la glace de la banalité et ne manque ni de verve ni de second degré ou de cynisme déguisé.

Ce " road-movie " haletant en diligence tient avec maestria toutes ses promesses ; c’est un patchwork inspiré qui ne ressemble à aucun autre produit sur le marché du livre. Une vraie découverte qui pourtant sera mal comprise, mal lue, vite cataloguée roman historique ou pis encore. Car Monnaie de verre est encore plus novateur qu’il n’y paraît, c’est un livre-objet, une encyclopédie à tiroirs, à trappes, à passages secrets dont la première lecture n’est qu’une étape.

Bienvenue dans le premier livre interactif qui saura vous distraire, vous informer, vous parler d’amour et vous faire rêver. Monnaie de verre, c’est un cédérom livresque comme il n’y en avait encore jamais eu, car peu d’écrivains ont su comprendre aussi bien que Grolleau les mécanismes intrinsèques des mondes virtuels. Ce livre a réussi à transposer de manière littéraire le principe de l’hypertexte, ce qui est une prouesse qui vaut le coup d’épée et qui mérite d’être soulignée à sa juste valeur.

Alors que ses semblables se noient dans la modernité du contemporain, dans le trash et la réalité sordide, cet ancien professeur de philosophie bien dans son siècle a choisi pour son premier roman d’en évoquer un autre. Ce jeu de masques, cette mise à distance nous montrent notamment que, malgré l’évolution du décor, la mutation géopolitique et le passage des années, les hommes sont égaux à eux-mêmes dans leur humanité, leurs maladresses ou leur propension à faire le mal. L’amour des vieilles dentelles est là, jamais singé ni forcé ou plagié abusivement. Malgré le travail d’historien fort documenté qu’il a fallu à son auteur pour mettre au point le canevas de ce drame, on ne sent pas l’effort, la démonstration est brillante, les mots coulent comme le verre en fusion. Sans tomber dans le théâtral ou le grand-guignol, Grolleau lui rend hommage en demi-teintes : on est en pleine commedia dell’arte, avec souffleurs - de verre. L’auteur sait créer une atmosphère, une ambiance pleine de sous-entendus. Le jeu de dupes permanent que ce livre met en œuvre ne prend pas le lecteur en otage ; il l’emmène dans un imaginaire, une création de l’esprit - dont il ne manque pas d’ailleurs ; on surfe et on en redemande.

Frédéric Grolleau, aspirateur malin du monde et de l’histoire des hommes, rend grâces à l’Italie de ses amis Di Sarno et Di Folco, entourés d’invités prestigieux comme Hobbes, Barbey d’Aurevilly, Saint-Denys, Morandini ou Musset au travers de citations savamment introduites, car c’est un art de savoir choisir une citation et de la placer en exergue. On se plonge dans cette fresque avec une réelle jubilation, car Grolleau a su transcender son concept initial, qui aurait pu être ennuyeux sans cet art que possède l’auteur pour donner des coups d’épée juste aux bons endroits, sans cette justesse d’effets de matière mesurés ou moirés.

Grolleau est un esthète du style ; il fait partie de ces rares auteurs adeptes du dandysme des syntagmes ; chaque phrase sonne juste, il y a chez ce garçon-là une élégance précieuse qui force le respect. Un charme désuet et efficace accompagne tout le roman, qui n’est autre qu’une course pour survivre dans un milieu hostile où chacun ne fait que chercher sa place.

Soyons clair : cette plongée dans le corporatisme verrier n’est bien évidement qu’un prétexte. Un joli prétexte plutôt ingénieux, qui appelle toutes les métaphores, les champs lexicaux les plus subtils. Le titre même de l’ouvrage pourrait bien être la clef de tous les secrets...

Mais parlons plus avant de l’intrigue qui remplit l’escarcelle de cette Monnaie de verre. La princesse au soulier de verre de cette " conterie " - spécialité verrière - répond au doux prénom de Leonara. Cette fille d’une illustre famille croisera le destin du beau Taddeo. Détail astucieux, l’homme droit et vertueux n’est pas physiquement le Latin que l’on pourrait imaginer trouver dans pareille histoire. Ce grand gaillard blond et loyal deviendra l’amant de la belle et sera assassiné devant ses yeux.

Contrainte à une fuite tragique afin de sauver son existence menacée, elle prendra des chemins de traverse qui l’entraîneront vers des exils où elle trouvera trouver la vengeance et l’aventure. Chaque épisode de ce drame humain très crédible, où aucun ingrédient ne manque, n’est qu’une des pièces éparpillées qui nous amèneront vers une révélation finale pour le moins inattendue.

Au-delà de toute contingence, historique ou autre, Frédéric Grolleau nous parle d’amour et de sentiments forts. Tout cela n’est qu’un vaste travail sur l’humain avec un grand H, sa psychologie, son cœur amoureux et exalté.

Cet hommage discret à La Princesse de Clèves porte en lui une véritable réflexion philosophique sur les destinées et les passions brisées... comme le verre.

 

 

le 01/06/2002

Revue Res Publica (P.U.F)

Venise – plus exactement Murano – , à la fin du XVIIe siècle ; voilà pour le décor et l’époque. L’intrigue, maintenant : une jeune fille – belle et intrépide, comme il sied à une héroïne – dérobe par vengeance à son maître-verrier de père les précieuses formules dont dépend la qualité de ses productions. Il faut dire que l’auguste patriarche avait ordonné à ses trois fils d’assassiner l’amant de sa fille. Rivalité entre familles oblige. Tandis qu’on est emporté par les développements de cette tragédie mâtinée d’espionnage, on apprend, à l’occasion, à partir de quoi se fabrique le verre, ce qui conditionne sa finesse, sa transparence, ses couleurs…

Mais qui limiterait sa lecture à celle d’un thriller historique associant avec brio suspense et érudition commettrait une erreur et se priverait de l’aspect peut-être le plus séduisant du roman. Monnaie de verre est en effet éminemment ludique ; moins par les multiples rebondissements et péripéties que par les références dont le texte regorge. Références qui d’ailleurs vont du simple clin d’œil – tel le titre du premier chapitre, «Arsenic et belles dentelles» – aux mises en abîme plus subtiles ; ainsi les jeux de transparences et d’opacités dont le verre se fait le creuset se transposent-ils aisément dans le texte, où les nombreuses épigraphes, les locutions non traduites en fin de chapitre et les notes font assaut d’ambivalence en offrant des clefs tout en obstruant la lisibilité. Il y a surtout le style, léché à l’extrême, précis, nourri de tournures complexes et de mots rares, longs en bouche, goûteux à souhait ; un style qui ménage, par petites touches ironiques, une distance rédhibitoire entre le narrateur et le texte et, partant, entre celui-ci et le lecteur ; un style aussi qui manie les métaphores brillantes et audacieuses, telle celle appliquée au viol – trois mots dont la puissance est accrue par l’ellipse verbale : «Un autodafé anatomique.»

Enfin, il faut évoquer le joyeux brassage de clichés littéraires qui, mis au service de l’intrigue, n’en sont pas moins déconstruits par l’ironie du ton ou bien les astuces de construction. Ainsi, pour satisfaire aux attendus du polar, l’action commence-t-elle dès la première phrase : «A plusieurs reprises, les trois assaillants plongèrent leur lame dans le corps du malheureux.» Mais cette fracassante entrée en matière se complexifie aussitôt ; le moment de l’agonie est étiré aux dimensions d’un chapitre entier, dilaté à coups d’acrobaties chronologiques insufflant ici et là toutes sortes d’informations qui ancrent le récit dans un contexte à la fois historique et narratif.
Tout concourt donc à rendre impossible une posture de lecture stable : l’on est entraîné de droite et de gauche, bousculé à l’envi dans ses habitudes de lecture. Mais avec, à la clef, cet indicible plaisir de se laisser prendre à un jeu dont on n’est pas tout à fait dupe – sans être certain pour autant de quoi que ce soit…

Le plus bel hommage à Monnaie de verre eût sans doute été un article au énième degré, maniant pour mieux les moquer tous les poncifs de la critique littéraire. Nous nous contenterons de céder à l’un des attendus de celle-ci – sans recul aucun, et avec un enthousiasme pleinement assumé – en invitant les lecteurs à se plonger sans tergiverser dans ce livre tant sa lecture est jubilatoire, hautement jouissive et enrichissante.

Isabelle Roche


L'Idéaliste littéraire/Librairing

 

Le transparent et l'opaque

A un lecteur pressé, il peut sembler que ce premier roman de Frédéric Grolleau appartienne simplement au genre historique : la Venise de la fin du XVIIème siècle en constitue effectivement le cadre. Toutefois, on rencontre dans ce roman beaucoup de pièges à déjouer et plus d'un compartiment à double-fond. Ou pour mieux dire, la pièce de monnaie de verre qui en constitue l'enjeu trouble, a son revers secret. La fuite de Leonara, héritière d'une illustre famille de verriers de Murano, les Neri, et témoin impuissant du meurtre de son amant Taddeo, héritier de la famille des Vettori, l'entraînera dans une série de péripéties dont la signification et la vérité se dévoileront progressivement aux yeux du lecteur, de même que le secret ultime de la pièce à conviction qu'elle détient par devers elle. Par sa fuite, l'héroïne réussira-t-elle à sauver sa vie ? Parviendra-t-elle à se venger ? Ou bien ne serait-elle pas la victime d'une machination de plus grande ampleur ?

Or il s'agit aussi d'un roman d'amour bien sûr, la complexité des sentiments n'ayant d'égal que la perversité des combinaisons que la raison ourdit. Ce récit est également un roman parodique, parodie du roman et roman de la parodie qui nous renvoie ironiquement du rêve à la réalité et de la réalité au rêve, de la précision historique du "fait vrai" (à grand renfort de notes et de savantes bibliographies) aux envolées romanesques propres au monde de la fiction et de l'imaginaire. Et ce texte est encore un roman d'initiation à sa façon, initiation au métier des verriers dont la technique et le savoir-faire nous deviennent plus familiers à mesure que nous pénétrons les pensées et les sentiments de l'héroïne. Les perpétuelles métamorphoses liées à l'art de la verrerie y servent de substrat à la rêverie. Mais il y a plus : initiation à l'art du mensonge et aussi bien de la vérité, c'est une véritable initiation philosophique par conséquent, où les infinis reflets et autres miroitements du verre nous rappellent à la nécessaire vigilance du jugement. Présence de Descartes : la clarté transparente et la distinction cristalline de nos pensées y sont obtenues au prix d'une série d'épreuves qui passent par le doute, la peur ou l'angoisse, et qui confinent parfois à la déraison, dans un imbroglio qu'il nous revient à coup sûr de démêler.

A l'image de la pâte molle et siliceuse, réminiscence du morceau de cire, qui est soufflée au bout d'une tige et qui prend forme peu à peu sous les yeux de l'artisan-verrier (la fragile "paraison"), le roman de Frédéric Grolleau emprunte donc tour à tour plusieurs visages qui lui sont comme autant de masques : celui de l'intrigue policière, du roman historique, de l'histoire d'amour ou de l'initiation philosophique. Pourtant, sous toutes ces formes contrapuntiques, nous jugeons bien qu'il s'agit d'un seul et même fil narratif. N'avons-nous pas là en effet un bel exemple de cette oeuvre "polyphonique" que Milan Kundera appelait de ses voeux dans L'Art du roman ?

Jean-Claude Poizat

 

 

 

Un secret de lame pèse sur l’île de Murano, en cette fin de 17e siècle : le verre. Emules et autarciques, les noblesses de cristal qui le détiennent se préservent jalousement. C’est pour cela que Léonora Neri, fille d’une influente famille de verriers, décide de s’enfuir. Elle dérobe à la volée le cahier de formules de son père, ainsi qu’un mystérieux objet de verre. Pendant cet exil, qui la mène de Venise à Versailles (en passant par la sublime ville de Paris), elle va se découvrir une passion pour les intrigues et, paradoxalement, pour la transparence.

Bienvenue dans l’univers enchanté des verreries ! Monnaie de verre est le premier roman de Frédéric Grolleau, professeur de philosophie et de culture générale. Avant toute chose, nous sommes en droit de nous demander pourquoi l’auteur a choisi ce thème. En faisant des achats dans une boutique spécialisée, celui-ci découvre qu’en 1291, les verriers de Venise furent exilés sur l’île de Murano, afin de protéger l’armada vénitienne menacée par le feu. De ce fait “ils bénéficièrent du droit de battre leur propre monnaie… de verre ! ”

Mené sous forme de tiroirs à fonds multiples, l’intrigue n’a pas fini de nous surprendre.

Italie, 1672. Le rideau se lève sur une scène à forte connotation Shakespearienne. Toutefois, le parallèle meurt avec le beau Roméo dès les premières lignes. De quoi ravir les lecteurs blasés de lyrisme ! Ce n’est donc pas un livre romantique, mais une œuvre contemporaine où les cités de verre y sont décrites avec souci. Véritable sac à malice, nous ne pouvons non plus le classer uniquement dans le genre historique. Car malgré le décor et l’époque, on découvre également que l’auteur alterne brillamment fiction et Histoire.

Léonora Neri s’enorgueillissant d’exercer un métier d’hommes (surréaliste pour l’époque !) nous impressionne par sa capacité à déjouer les complots, autant politiques, économiques, qu’amoureux. L’héroïne a bien du caractère et le thème est enchanteur quand de toutes parts, l’enjeu reste le même : la domination de l’homme par l’esthétisme.

Ce roman s’inscrit donc dans un genre particulier, où réalité et littérature se redéfinissent et s’alternent à chaque fin de paragraphe. Le pari est osé. Le résultat est soufflant. Monnaie de verre est un premier acte. On espère qu’il ne restera pas sans suite.

Carine Pigny

 


www.sitartmag.com

Fabriquer un verre solide, à la forme harmonieuse, transparent et aux couleurs chatoyantes c’est ce qu’aimeraient savoir faire les artisans français en cette fin de 17e siècle, mais les secrets de fabrication restent jalousement gardés sur l’île de Murano…
Ce livre se présente sous la forme d’un thriller historique ou Léonara, fille d’une grande famille de verriers italiens, cherche à venger la mort de son amant, ce qui la conduira sur les routes d’Italie et de France, instrument involontaire d’une machination politique.

Dans les premiers chapitres, alors que l’intrigue se met lentement en place et que l’on découvre le monde impitoyable de Murano, où s’affrontent trois familles de verriers, ce roman est d’abord un documentaire où l’on apprend beaucoup de choses (un peu trop ?) sur la fabrication du verre, tandis que l’auteur emploie un style quelque peu fastidieux ; utilisant de nombreux mots italiens ou un vocabulaire ‘vénitien’ inutile pour se plonger dans l’ambiance du roman (« des pupilles qui hésitent entre le topaze et le vert de la lagune », « le corsage au lacis complexe ainsi que la longue jupe en soie qu’elle porte lui semblent aussi pesants que le sommet du campanile »), de même qu’il ponctue chaque fin de chapitre par des citations latines qui paraîtront peut-être obscures aux non-initiés mais en feront sourire d’autres (« homo allegre post coïtum ») ; par la suite, l’aventure prenant le pas sur le documentaire, la lecture se fait plus légère.

L’aspect historique est néanmoins fort intéressant, on apprend, par exemple, l’existence de «spadassins du verre» chargés de punir les traîtres à la cause de Murano en leur plongeant dans le corps une épée de verre qui se brise en libérant de l’arsenic, plus ou moins dilué selon la durée souhaitée de l’agonie de la victime. Par contre, on regrettera que ne soient pas plus développées les explications concernant la monnaie de verre qui donne son titre au roman : il faut aller fouiller dans les notes en fin d’ouvrage pour comprendre pleinement les rouages de la machination inventée par les Français !
Monnaie de verre est donc un ouvrage
à double tranchant, comportant une intrigue ingénieuse et bien construite qui plaira à la plupart des lecteurs mais qui est alourdie par de trop nombreuses précisions techniques.

Anne Weber  (janvier 2003)

 

 

Venezia in segreto-rivo alto (forum d'amoureux de venise)

Un joyau : Monnaie de verre de Frédéric Grolleau, Paris, Nicolas Philippe, 2002.
 
Murano, 1672 : le vacarme qui règne dans les ateliers de verrerie couvre les chuchotements des conspirateurs, le râle des mourants et les soupirs des amants : promet le quatrième de couverture raccoleur. Comme souvent le paratexte (tout ce qui entoure le texte proprement dit : titre, préface, quatrième de couverture, jaquette... cf Gérard Genette, Seuils, Paris, Seuil, 1987) est trompeur. Ici, le propos suggère une publicité de bazar, un texte écrit à la hâte, une pâle compilation de clichés. Rien n'est plus faux.
Cet ouvrage (s'agit-il d'un roman, d'une étude historique, d'un essai philosophique ?) est une ode à l'écriture, au travail de l'écrivain qui accorde à son sujet et à la création une patience et un soin inouïs. L'intrigue est centrée sur la vie de Léonora, issue d'une longue dynastie de maîtres-verriers, les Neri. A travers son parcours en marge du giron familial comme de la République de Venise, c'est l'éclipse muranaise au profit de pôles verriers plus dynamiques comme la Bohème et la Lorraine dès le XVIIème siècle (au siècle suivant, est fondée la magnifique verrerie de Baccarat) qui est évoquée. Femme, muranaise et citoyenne de Venise, Leonora vit cette lente réclusion de Murano et de Venise sur elles-mêmes. Ce livre, qui pourrait trouver au petit écran sinon dans les salles obscures, une magnifique adaptation (rêvons un peu), a la saveur d'une épure savamment construite où le lecteur impavide chevauchera, haletant, sur la croupe du destrier échu à Léonora et trouvera, au terme de sa lecture, un havre de réflexion assez érudit où les annotations consacrées à l'histoire de la monnaie (romaine, byzantine, vénitienne, muranaise) ou au verre (des murrines au cristal de Bohème) lui apporteront des enrichissements très étayés. Du texte au suspense haletant, la construction limpide, au style irréprochable ou de l'appareil de notes, très dense, le bibliophile pourra avec délices plonger dans ses souvenirs ou dans son antre pour extraire de la pénombre quelques autres glossaires.
C'est en effet ici, hélas, hélas, hélas, que les critiques fusent : le travail de l'éditeur a été bâclé, sans doute en raison de contraintes financières (à sa parution, le prix du livre était de 19,50 euros, ce qui reste raisonnable en grand format). Point de carte pour situer Altare, Savone et autres étapes du périple de Léonora, point de chronologie récapitulative et thématique pour donner au grand public quelques bribes immédiatement accessibles, point de notes supplémentaires pour éclaircir quelques points un peu abscons comme "les ayyoubides", point de planches d'illustrations concernant l'atelier du maître-verrier. Quelques coquilles aussi : fondamenta Sebastiano Nevier au lieu de fondamenta Sebastiano Venier. Quelques impairs un peu plus conséquents : mention est faite du Ponte degli Scalzi au XVIIème siècle, Charlemagne est accolé au début du VIIème siècle !!!
Ces scories n'enlèvent que fort peu à la valeur de l'ouvrage mais illustrent les difficultés d'un auteur débutant à trouver un éditeur confirmé comme le Seuil ou Gallimard, qui le méritait tout autant que Jonathan Littell. Cette frilosité éditoriale qui consiste à ne composer un catalogue qu'à partir de valeurs sûres en confinant le risque à quelques timides tentatives ramène la prise d'audace vers des maisons d'édition plus petites (Agone), régionales (comme Actes Sud) ou confidentielles (Nicolas Philippe). Moins que l'éditeur qui a pris le risque entrepreneurial de publier son livre (ce qui est en soi estimable), il faut ici stigmatiser les étranges logiques d'une industrie culturelle qui au rythme des regroupements, concentrations, pressions sur les libraires et distribution forcée ou aléatoire, c'est selon, a trop bien assimilé celles de l'économie de marché.


condorcet,  18 Mai 2008.

source :
http://venezia-in-segreto.meilleurforum.com/biblioteca-f6/un-joyau-monnaie-de-verre-de-frederic-grolleau-paris-nicolas-philippe-2002-t80.htm

 

 

 

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