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fredericgrolleau.com


Entretien avec Alain Absire

Publié le 16 Juillet 2012, 18:38pm

Catégories : #ROMANS

Plus on avance dans une oeuvre, plus on est dans un rapport de vie ou de mort avec le livre.

 

La Société des Gens de Lettres (SGDL) résonne pour beaucoup comme une nébuleuse : référence incontestable pour la chaîne du livre, ces 4 lettres sont le sigle de la plus importante association d’auteurs en France, avec 10 0000 membres. Lelitteraire.com a voulu présenter à ses lecteurs l’envers de l’endroit de cette institution culturelle devenue un de ses partenaires depuis le mois de mars 2005.
Retour avec Alain Absire et le fondateur du litteraire.com.

 

Pourriez-vous préciser dans les grandes lignes quels sont le rôle et le fonctionnement de la SGDL que vous présidez ?
Alain Absire :
La SGDL est la seule association d’auteurs en France, gérée par des auteurs : à la différence d’autres sociétés d’auteurs, qui ne sont pas des associations loi 1901, mais des sociétés de perception et de redistribution de droits comme la SCAM, la SACD. Privés et indépendants, reconnus d’utilité publique, nous ne poursuivons aucun but lucratif, et agissons dans trois domaines complémentaires :
1) La promotion des auteurs et le travail d’action culturelle autour de l’écrit. Puisque la SGDL rassemble toutes les familles d’auteurs de l’écrit. D’abord, les auteurs de livres : romanciers, nouvellistes, poètes, auteurs jeunesse, traducteurs... etc. Ce groupe, le plus important, représente à peu près 70 % de notre fichier.
2) Le second collège regroupe les auteurs de l’écrit dans l’audiovisuel (principalement les scénaristes), et le multimédia (les créateurs de sites).
3) La troisième famille rassemble les auteurs radio, auteurs de documentaires ou de fictions.

 

Et comment fonctionne la structure au jour le jour ?
Notre conseil d’administration est l’émanation du vote annuel, en assemblée générale, des sociétaires. Il faut savoir qu’il y a trois niveaux de membres à la SGDL : les stagiaires qui ont publié un livre (à compte d’éditeur, car nous sommes exclusivement une association professionnelle), ou qui ont réalisé un travail qui a fait l’objet d’un contrat d’exploitation commerciale (pour le cinéma ou la radio par exemple). Au bout de trois oeuvres, on devient adhérent et au bout de six on passe sociétaire. Le conseil d’administration est constitué de vingt-quatre auteurs (tous bénévoles) qui sont renouvelables à raison d’un quart tous les ans.
Parallèlement, une structure administrative de neuf salariés assure concrètement le fonctionnement de notre Société. Actuellement, douze des membres du comité représentent les auteurs de livres, huit les auteurs de l’audiovisuel et du multimédia et quatre la radio. Ce conseil désigne lui-même son bureau, soit les responsables de commissions (il y en a un par collège), le secrétaire général, le trésorier, le trésorier-adjoint, le rapporteur et le président. Ainsi que, depuis l’année dernière le président de la commission des affaires européennes, en l’occurrence François Taillandier.
Le président, quant à lui, est élu pour un an, et son mandat est renouvelable à trois reprises successives. Il peut donc rester en poste pendant quatre ans.

 

Pourriez-vous indiquer en quoi consiste votre mission culturelle au juste ?
Notre mission cultuelle relève à la fois de la promotion des livres, de la reconnaissance et de l’aide à leurs auteurs, et du soutien actif à la langue française : rencontres thématiques ou publiques, bourses d’auteurs (en particulier à destination des nouveaux talents), décernées en novembre et permettant d’attirer l’attention du public et des médias sur une vingtaine de jeunes auteurs, lesquels bénéficient en outre d’une aide financière substantielle, les prix de printemps, qui sont notre grande manifestation culturelle de l’année, et qui ont lieu dans les jardins de l’Hôtel de Massa à la mi-juin.
Une dizaine de prix prestigieux (regroupés par genre) sont alors remis à des auteurs souvent confirmés. À charge pour chaque sociétaire de sélectionner le, ou les livres qu’il souhaite voir figurer au palmarès. D’où des listes de départ assez longues, et des sélections successives, qui aboutissent à trois ou quatre livres par catégorie, entre lesquels nous votons.

Rentre dans cette action culturelle le travail que nous faisons au niveau européen, international et de la francophonie (nous serons d’ailleurs partenaires du grand festival de la francophonie l’année prochaine). Nous travaillons aussi avec des radios et des libraires, comme la FNAC par exemple, pour organiser des événements et des rencontres.
Notre deuxième centre d’action concerne l’action juridique et le droit d’auteur, domaine dont nous NOUS efforçons d’être les "éclaireurs". Il faut savoir que le droit de prêt en bibliothèque est né ici, dans ce bureau. Il y avait quand même huit millions d’ouvrages achetés par les bibliothèques en France chaque année, sans que ni les auteurs ni les éditeurs, ni les libraires (supplantés par les grossistes avec leurs "importantes remises") ne perçoivent le moindre centime. Attention ! Partisans de la lecture publique, nous avons réussi à promouvoir un système qui enracine le principe de gratuité pour les millions de lecteurs inscrits en bibliothèque. C’est aujourd’hui le cas... Au terme de dix ans de débat acharné, ce droit de prêt permet désormais à tous les écrivains et traducteurs de toucher des droits sur l’achat de leurs livres par les bibliothèques.
En outre, grâce à lui, les affiliés volontaires à l’Agessa (la caisse de sécurité sociale des écrivains et traducteurs, créée par la SGDL au milieu des années 70), bénéficient enfin de leur premier système de retraite complémentaire, dont les cotisations sont prises en charge à 50 %, sur les sommes issues du droit de prêt... C’est la caisse de retraite complémentaire la plus avantageuse de France !
Il faut savoir que, jusque-là, nous étions les seuls créateurs en France à ne pas bénéficier d’un tel soutien social. Au niveau des droits d’auteur nous luttons, en particulier, pour maintenir le principe du droit moral. C’est la spécificité de notre droit à la française qui stipule que, sans l’autorisation de l’auteur ou de ses ayant droit, il est illégal de faire tout et n’importe quoi d’une oeuvre. À l’inverse, il faut savoir que le copyright anglo-saxon ignore cette propriété morale de l’essence et de l’esprit de chaque œuvre. Le copyright stipule en effet que l’œuvre est cédée dans sa totalité à son producteur (ou éditeur), qui se réserve le droit de l’utiliser sous la forme qui lui convient, et de la commercialiser comme bon lui semble.

 

La SDGL permet-elle aux auteurs d’avoir une relation privilégiée avec une instance juridique au cas où il y a infraction au droit d’auteur ?
Nous employons ici à temps plein un excellent juriste, spécialiste de la propriété littéraire et artistique : Guillaume Marsal. Il est l’interlocuteur de tous les auteurs qui souhaitent avoir des renseignements, par exemple sur leurs contrats d’édition, ou être conseillés en cas de différend - l’aide de la SGDL peut aller jusqu’à soutenir financièrement un auteur réclamant le respect de ses droits devant la justice. Ce service est gratuit pour tous membres.

 

Et votre intervention en ce qui concerne le domaine international ?
Nous réfléchissons en ce moment sur l’affaire Google qui souhaite numériser 15 millions d’ouvrages des bibliothèques américaines, et les mettre gratuitement à disposition sur le web, dans le monde entier. Nul n’arrêtera le progrès des technologies, mais, face au cancer du piratage informatique, il revient à une association telle que la nôtre d’obtenir que tous les usages soient encadrés, dans le respect de nos droits.
Enfin, le troisième secteur dans lequel nous intervenons, c’est le secteur social. La SGDL salarie la seule assistante sociale en France qui se consacre à 100% aux problèmes des écrivains, traducteurs et tous auteurs de l’écrit. Face à une population de créateurs en voie de paupérisation, nous apportons donc un conseil unique en son genre... Une majorité d’auteurs ne sont au courant ni de leurs droits ni de leurs devoirs. C’est pourquoi nous organisons des journées d’information sur le statut public de l’écrivain en France. Nous communiquons aussi sur le devenir de la création par l’écrit dans le milieu éditorial et juridique via notre lettre mensuelle, nos plaquettes et notre site. 
À cela s’ajoute notre Commission des aides, qui se réunit une fois par mois pour aider financièrement les auteurs qui traversent de graves difficultés. Pour disposer de fonds de secours d’urgence plus importants, nous venons de fusionner nos ressources, consacrées à cette aide sociale d’urgence, avec celles du Centre National du Livre, qui est lui-même l’émanation du ministère de la Culture pour promouvoir et aider les écrivains en France. Nous disposons maintenant d’une commission mixte qui nous permet de traiter encore plus de dossiers.

 

Quels sont d’ailleurs les moyens financiers dont dispose la SGDL ?
C’est essentiellement le reliquat des legs et donations enregistrés en notre faveur, depuis 1838, année de notre création. Cela représente un fonds social assez important - une sorte de trésor de guerre - affecté à des actions très précises, selon les volontés exprimées par nos donateurs. Ce fonds placé génère des plus-values non négligeables, que nous consacrons à nos frais de fonctionnement. Mais, en tant qu’établissement reconnu d’utilité publique, nombre de placements nous sont interdits, comme l’immobilier par exemple...
Participent également de nos ressources les cotisations de nos milliers d’adhérents, et les services (comme les dépôts de manuscrits - dépôts papier et dépôts numérique, grâce au système CLEO, dont la souplesse et la fiabilité s’imposent). Entrent aussi en ligne de compte, nos séminaires de professionnalisation des auteurs (journées de formation, cours d’anglais... etc). À propos du service CLEO, je précise qu’il ne concerne pas seulement les textes d’écrivain, mais toute forme de document, par exemple les plans d’architectes ou les partitions musicales, dont les données sont scellées, protégées et garanties juridiquement contre toute utilisation frauduleuse.
Pour plus d’informations il suffit de consulter le site de la SGDL.

 

 

Pour terminer avec vous-même, Alain Absire, en tant qu’auteur et président de la SGDL, vous avez encore le temps d’écrire ?
Voyez, je suis arrivé à 11 heures ce matin pour vous rencontrer, c’est le signe que j’ai pu écrire avant, pendant deux bonnes heures. J’en suis venu à occuper ce poste un peu par hasard : j’ai été salarié pendant vingt ans dans une agence de communication, où j’étais directeur de la création (avec des fonctions prenantes, pour ne pas dire plus, et la charge d’une équipe importante). J’ai quitté ce travail il y a six ans, parce qu’il faut savoir "changer le disque" de temps en temps. Le fait d’avoir bien gagné ma vie pendant des années, me permet aujourd’hui de m’engager "à temps plein", bénévolement, pour la SGDL.
Donc, j’étais sociétaire depuis quinze ans, j’ai été coopté, il y a de cela un peu plus de cinq ans, par le conseil d’administration. Puis, conformément à nos statuts, j’ai été élu par notre assemblée générale. Au bout de quelques mois j’ai pris la responsabilité des affaires littéraires, tâche qu’assure aujourd’hui Christiane Baroche. Et quand mon prédécesseur et ami, Georges-Olivier Châteaureynaud, a souhaité ne pas se représenter à la présidence, les regards se sont tournés vers moi. J’ai accepté en pensant avoir deux atouts : mes trois années d’étude de droit, dans ma jeunesse, et la pratique de la gestion d’une équipe, et d’un budget, en entreprise.

Cela dit, même si je viens ici quasiment tous les jours (soit environ 25 heures par semaine), je rédige mon courrier et mes rapports, de même que je prépare les conseils d’administration mensuels chez moi. Il est vrai que je suis souvent en province pour représenter la SGDL, mais j’arrive tout de même à écrire. J’ai publié fin août 2004 mon roman Jean S. ; qui faisait quand même 600 pages, je publie un recueil de nouvelles (Au voyageur qui ne fait que passer) en janvier prochain : il s’agit pour moitié de textes que j’ai publiés à droite et à gauche depuis plusieurs années et que j’ai retravaillés, et pour moitié des textes nouveaux.
Et je suis en train de travailler sur un roman qui sortira pour la rentrée littéraire, en août 2006, Corps à corps. C’est un roman inspiré par la relation entre le peintre Francis Bacon (dont l’œuvre me fascine) et son modèle et amant George Dyer qui s’est suicidé à Paris, la veille de l’inauguration de la première grande rétrospective de Francis Bacon au Grand Palais. Plus on avance dans une oeuvre, plus on est dans un apport de vie ou de mort avec le livre. C’est un travail "prenant" dans tous les sens du terme.
Vous savez, quand j’étais en entreprise, je partais à 7 heures le matin de chez moi et je rentrais le soir à 20 heures, et ça ne m’a pas empêché de publier un livre tous les ans depuis 1979. En revanche, mis à part quelques modules de formation professionnelle en communication, que j’assure auprès de l’Institut Supérieur du Marketing, je n’ai plus guère le temps de bien gagner ma vie...

 

NB - Lire un premier entretien qu’Alain Absire nous avait accordé à l’occasion de la publication de Jean S. et notre chronique de Lapidation.

   
 

Propos recueillis par frederic grolleau à l’Hotel de Massa le 10 mai 2005.

 
     
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