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fredericgrolleau.com


P.G. Wodehouse, "Gardez le Sourire, Jeeves !" & "Pas de pitié pour les neveux"

Publié le 14 Mars 2022, 21:45pm

Catégories : #ROMANS

P.G. Wodehouse, "Gardez le Sourire, Jeeves !" & "Pas de pitié pour les neveux"

Rem acu tetigisti

Pour le plus grand plai­sir des ama­teurs de l’humour anglais, les édi­tions 10/18 pro­posent de nou­velles tra­duc­tions (et de toniques 1ères de cou­ver­ture réac­tua­li­sées) des déso­pi­lantes mésa­ven­tures du gent­le­man oisif Ber­tram Woos­ter et de son fidèle, conser­va­teur et phi­lo­sophe valet de chambre Jeeves, sous la plume alerte du maître du genre : P.G. Wodehouse.

Chaque récit suit une trame vau­de­vil­lesque qui est tou­jours la même : le sieur Woos­ter qui ne sait rien faire de ses mains, aime les tenues ves­ti­men­taires flam­boyantes et vit des lar­gesses de ses tantes (notam­ment sa récur­rente Tante Dah­lia) et son patri­moine se trouve à chaque fois dans la panade car il doit régler un pro­blème d’ordre rela­tion­nel ou sen­ti­men­tal.
Comme il n’y par­vient pas tout seul, voire com­plique encore plus la situa­tion ini­tiale, son valet de chambre Jeeves, le « gent­le­man per­son­nel du gent­le­man », inter­vient alors à pro­fit pour trou­ver la solu­tion adé­quate, non sans paraître plus pers­pi­cace et stra­tège que son maître !

Ainsi dans Gar­dez le Sou­rire, Jeeves !, Ber­tie doit-il veiller à ce que les fian­çailles entre la fille de Sir Wat­kyn Bas­sett (grand col­lec­tion­neur et ennemi de l’oncle de Ber­tie) et son ami Gus­sie Fink-Nottle aillent à leur terme. Mais les rela­tions entre tous les pro­ta­go­nistes habi­tuels (et même le chien de ser­vice, le ter­rier d’Aberdeen Bar­tho­lo­mew !) vont rapi­de­ment se com­pli­quer à Tot­leigh Towers, la rési­dence des Bas­sett, et rendre la mis­sion de départ quasi impossible.

Dans Pas de pitié pour les neveux, P.G Wode­house met en scène un Ber­tie qui cette fois-ci se voit contraint par le méde­cin d’aller se repo­ser à la cam­pagne. Loca­taire d’une mai­son appar­te­nant à un éle­veur de che­vaux, Ber­tram se retrouve hélas ! assez rapi­de­ment au cœur d’une riva­lité entre son pro­prié­taire et Mon­sieur Cook, dont les che­vaux doivent se mesu­rer lors d’une très pro­chaine course. Et assailli par Vanessa Cook, une ex-fiancée pour le moins entre­pre­nante. Une inte­nable situa­tion qui repose, sans comp­ter sur le major Plank, ancien explo­ra­teur et ama­teur de rugby obses­sion­nel, sur un autre ani­mal en son centre, un chat objet de toutes les trac­ta­tions et tri­bu­la­tions de l’histoire – éche­ve­lée, of course.

Si l’objet de la nar­ra­tion n’est jamais extra­or­di­naire chez P.G. Wode­house, en revanche le ton et la tour­nure des phrases du héros, sa pos­ture en per­ma­nence entre fri­vo­lité, pusil­la­ni­mité consti­tuent un véri­table régal. Ber­tie n’a en effet tout du long qu’un leit­mo­tiv en tête : main­te­nir ses mœurs de céli­ba­taire endurci et hono­rer chaque fois que faire se peut la suc­cu­lente cui­sine du chef fran­çais Ana­tole qui sévit aux four­neaux chez sa tante Dah­lia.
Tout le reste, entre cocas­se­rie et lou­fo­que­rie, n’est que rup­tures et récon­ci­lia­tions, ren­ver­se­ments abrupts de situa­tions et retour à la normale.

Les moments les plus savou­reux selon nous sont ceux, très régu­liers, où l’égocentrique Woos­ter s’hypostasie à la troi­sième per­sonne (du sin­gu­lier ou du plu­riel) et fait mine, lui dont la mémoire flanche volon­tiers, de cher­cher le sens d’un mot, d’une expres­sion ou d’une cita­tion – sou­vent latine (voir le titre de notre chro­nique) — qu’il emprunte au fort cultivé et non moins fleg­ma­tique Jeeves, lequel, grand apôtre de « la psy­cho­lo­gie de l’individu » et ama­teur des grands clas­siques, lui répond en féru de Spi­noza, de Sha­kes­peare ou de Keats.

On pour­rait repro­cher au roman­cier la struc­ture sys­té­ma­tique de ces récits et son comique de répé­ti­tion un rien kitsch ou old school, mais pour les ama­teurs des péri­pé­ties de Ber­tie and Jeeves (pour être plus précis, Jeeves and Wooster est une série télévisée humoristique britannique en 23 épisodes de 55 minutes, créée par Clive Exton d'après les personnages de P.G. Wodehouse et diffusée entre le 22 avril 1990 et le 20 juin 1993 sur ITV1) dont nous sommes, chaque opus, sur­tout par ces temps de sinis­trose, est tout sim­ple­ment une pure réjouis­sance.
A consom­mer, telle la cui­sine d’Anatole, sans modé­ra­tion aucune donc.

fre­de­ric grolleau

P.G. Wode­house,

  • Gar­dez le Sou­rire, Jeeves !, tra­duit par Anne-Marie Bou­loch, 10/18, sep­tembre 2002, ‎ 190 p. — 7,10 €.
  • Pas de pitié pour les neveux, tra­duit par Claude Alen­gry, 10/18, mars 2022, 256 p. — 7,60 €.

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Filed under Romans

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