Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

fredericgrolleau.com


Apocalypse now (exposé CPES)

Publié le 23 Octobre 2012, 12:11pm

Catégories : #Philo & Cinéma

Exposé n°1 par  Vladimir Canonne, Saint-Cyr,  CPES, année 2012-2013  

APOCALYPSE NOW

Synopsis :

   Cloîtré dans une chambre d'hôtel de Saïgon, le jeune capitaine Willard, mal rasé et imbibé d'alcool, est sorti de sa prostration par une convocation de l'état-major américain. Le général Corman lui confie une mission qui doit rester secrète : éliminer le colonel Kurtz, un militaire aux méthodes quelque peu expéditives et qui sévit au-delà de la frontière cambodgienne.

 

        Comment est-on passé dans la culture cinématographique américaine du film le Jour le plus Long de Ken Annakin réalisé en 1962, avec John Wayne et qui retrace glorieusement le débarquement à des films tels que Platoon en 1986 ou Apocalypse Now en 1979 ?

C’est la guerre du Viet-Nam de 1969 à 1975 qui ébranle l’opinion publique américaine. Ce sont les enfants du Baby-boom qui partent en guerre, comme leurs pères. L’opinion publique ayant rejeté cette guerre, les jeunes qui en revienne et qui ont vécu l’horreur sont montrés du doigt voire eux-mêmes rejetés, par exemple Rambo I en 1982. Dans la culture cinématographique, les années Carter sont des années de contestation de l’armée et de la société à travers des films plus philosophiques que guerriers.

Un grand film de cette époque est Apocalypse Now, présenté au festival de Cannes en 1979, où il est honoré de la palme d’or. Avec ce film le réalisateur Francis Ford Coppola a connu de nombreux déboires notamment parmi le casting composé de Martin Sheen, Marlon Brando, Dennis Hooper ou encore Robert Duvall, Coppola a failli se suicider. Finalement le film a abouti pour nous offrir une œuvre cinématographique aussi géniale que dérangeante.

Des grands enjeux philosophiques sont soulevés dans ce film, les deux principaux sont la folie et la morale.

En quoi le capitaine Willard est-il le représentant d’une forme de folie traversant une guerre sans morale ?

Je commenterai la scène d’introduction du film puis la scène du massacre de la jonque et enfin la mort du Colonel.

 

 

 I La scène d’introduction

3min00-7min30

     La première phrase de l’extrait est tirée de la chanson The End des Doors « tous les enfants sont fous », elle peut être rapprochée de la phrase du philosophe anglais Ronald Laing (1927-1989) qui faisait partie du mouvement antipsychiatrique: « un enfant qui naît aujourd’hui en Grande-Bretagne a 10 fois plus de chances d’être admis en institut psychiatrique qu’à l’Université »

Cette phrase de Laing me permet d’introduire la folie qui prône dans cette scène. Mais avant cela nous allons aborder la contradiction historique qui règne dans les pensées du capitaine « Je suis encore à Saïgon….. Seulement à Saïgon », alors que tous les jeunes américains veulent rentrer aux Etats-Unis lui veut retourner dans la jungle vietnamienne. Peut-on pour autant dire qu’il est fou ? Avant tout il faut définir la folie, pour ce faire nous allons voir trois définitions, -la première de Freud : la folie est à la fois pathologique et commune à tous, c’est un comportement dicté par les forces de l’inconscience.                                               -une définition plus primaire, voire primitive : pour l’homme la pluie ou le vent sont des signes divins, la folie exprime donc l’intervention du mauvais esprit (=force mauvaise prenant possession de l’esprit de l’individu) pour punir l’Homme. Dans ce film le mauvais esprit peut être la guerre. D’ailleurs le capitaine, dans cette scène où il paraît en transe qui donne l’impression d’être possédé, c’est pour cela qu’il va briser le miroir. Miroir qui représente son image hors il le brise, ne se reconnaissant plus. Il est donc comme un animal puisqu’il ne reconnaît même plus son image, il n’a plus conscience de lui.                 –On peut dire que la folie est une déviance du normal, le fou a une représentation différente de la réalité qui peut être vue comme irréelle ou folle. Nous avons plusieurs fois une vue de la réalité de Willard, c’est représenté dans le film par la superposition de plans, on voit que son esprit est enflammé et sombre de plus il a une vision prémonitoire de la mission. Willard s’enfonce encore plus dans une réalité différente grâce à l’alcool, c’est en s’imbibant qu’il entre dans cette réalité.

Dans la fin de la scène Willard se roule dans des draps blancs, qui peuvent représenter la conscience immaculée des jeunes soldats arrivant au Viet-Nam, c’est souillé par le sang de l’autodestruction puisque c’est le miroir représentant sa conscience brisée qui le fait saigner.

Cette scène introductive nous met dans une ambiance très sombre, on en est mal-à-l’aise car la folie prend un visage dès le début de l’œuvre, ce qui nous empêche de voir ce film comme un cheminement vers la folie.

 

 

     II Le massacre de la Jonque

     Ce passage est réalisé de telle sorte que la tension est progressive, il y a une gradation avant une apogée violente froide et sanguinaire, le coup de feu de Willard car il met en exergue les contradictions des membres de l’aviso.

C’est le passage des oppositions, des antagonismes. L’antagonisme majeur est la dissociation entre un massacre sans pitié, presque jouissif puisque tous les soldats vident leurs chargeurs, maquillé par une tentative de sauvetage et le meurtre de sang-froid. Cela nous amène au sujet de cette scène, la morale et l’éthique.

-la morale est une doctrine raisonnée indiquant les fins que l’Homme doit poursuivre et les moyens d’y parvenir.                                                     

 -l’éthique est vue de plusieurs manière en fonction des époques : Aristote dit que c’est une science pratique ayant pour objet l’action de l’homme en tant qu’être de raison et pour fin la vertu dans la conduite de vie. Pour Hegel la vie l’éthique est la réalisation effective de l’idée de bien à travers l’unité du moment subjectif (la volonté) et du moment objectif (les mœurs)

Plus nous remontons le fleuve plus ces valeurs s’atténuent, voire disparaissent. Il y a une volonté de bien au début de la scène avec la fouille qui a pour but de détecter la présence de munition. C’est le bien pour les troupes américaines évidemment. Mais ces valeurs disparaissent bien vite.

Nous voyons qu’il n’y a aucune morale, pourtant nous allons essayer de comprendre par quel instinct « moral » les américains décident, après avoir charcuté tout le monde, de soigner une vietnamienne blessée. Ces hommes ont perdu tout certitude, ils savent qu’ils n’ont pas affaire aux Viet-Cong donc c’est un massacre inutile, comment peuvent-ils tenter de se refaire une morale avec leurs doutes ? La réponse est chez Descartes avec la morale de provision. C’est une théorie de la liberté, Descartes se donne un champ d’action en attendant de trouver des certitudes. Il veut mettre en doute les certitudes pour rebâtir la morale avec quelques maximes telle que « prendre le certain comme probable ». Dans ce film les soldats sont lâchés dans ce fleuve, ils remontent vers l’inconnu, ils n’ont plus aucuns liens avec les mœurs américains, ils n’ont donc plus l’objectivité citée par Hegel dans sa définition de l’éthique. Ils cherchent donc des certitudes. Willard détruit cette création, ce chantier de la morale en achevant la vietnamienne. Il y a du ressentiment

-Pour Nietzche le ressentiment est l’attitude réactive par laquelle les faibles, impuissants dans l’action s’efforcent de neutraliser les forts en les culpabilisant.

Enfin il y a du remord, le seul survivant est un chiot, il y a donc une déshumanisation de l’Homme, c’est le chien qui va servir d’exutoire à ce remord.

-Le remord c’est le sentiment douloureux d’avoir commis une faute, c’est un sentiment durable

Cette scène, l’une des plus violentes du film, appuie les contradictions de la guerre, la recherche intérieure de notions telles que la morale ou l’éthique

 

III La mort du Colonel

     C’est une mort théatrale, psychédélique. Le jeu d’ombres est l’arme principale de F.F.Coppola, on ne verra jamais Kurtz en pied, toujours la tête ou une partie du corps.

Le dernier contact du capitaine avec la civilisation est l’élément déclencheur de l’action. C’est la première fois qu’on voit Willard agir militairement, avant il traversait les champs de bataille sans combattre.

Ce passage n’est pas sans rappeler la scène d’introduction puisque Kurtz ne cessera de bouleverser Willard par son charisme, il le compara même à lui. Donc lorsque le capitaine tue le Colonel c’est comme lorsqu’il brise son image dans le miroir. Ce film est donc le parcours initiatique parcours initiatique d’un homme que l’on croit fou au début mais qui se découvre. Ronald Laing a écrit dans Raison et Violence « le fou est dans son angoisse conduit à monter des stratégies spéciales qu’il invente pour survivre dans des conditions impossibles » donc le fou aurait une réponse sensée dans un monde fou, la réponse n’est certes pas conforme mais elle a un sens. Willard crée une stratégie pour tuer Kurtz, sa partie maléfique qui le ronge depuis le début du film, c’est une libération. Lorsqu’il y a un sacrifice il y a attente d’un retour de la part de la divinité, c’est pour cela qu’après la mort de la vache sacrée les vietnamiens s’agenouillent devant Willard.

-le sacrifice est une offrande rituelle aux divinités. On peut y voir un rapprochement, voire une conclusion de la scène I avec le mauvais esprit qui rend fou le capitaine Willard au début mais suite à l’offrande sacrificielle il est libéré de ce mal.

Cette scène est aussi comparable à la première par son rapport à la folie, de plus il y a un effet miroir avec la conclusion de cette scène et les derniers mots du colonel « l’horreur, l’horreur » oui l’horreur a un visage, celui de Willard.

 

 

     Ce film est plus un film présentant une épreuve initiatique pour le capitaine Willard plutôt qu’un film de guerre. C’est d’ailleurs sur les épaules de Martin Sheen que repose Apocalypse Now. Le miroir entre la destruction de sa propre image et la destruction de Kurtz, symbolisant le mal de Willard, ouvre et clôt le film, ce qui appuie encore plus le sentiment d’initiation. Willard se libère de sa folie avec la mort de Kurtz, alors que les autres personnages deviennent de plus en plus fous, le capitaine fait le cheminement inverse.

Le fleuve est la dorsale de l’histoire, en le remontant les personnages deviennent de plus en plus fous, à l’image de Lance. C’est le fleuve du questionnement, des doutes et des certitudes.

Le retour au pouvoir de R. Reagan avec sa politique « America is back » est un retour de la puissance américaine partout et même à Hollywood avec la sortie en 1985 de Rambo II qui contraste totalement avec le premier.

 

Annexes :

Bibliographie :-Larousse des nom commun 

 

Filmographie : -Apocalypse Now, 1979 F.F.Coppola

                        -Platoon, 1986 Oliver Stone

                        -Rambo I, 1982 Ted Kotcheff

                        -Rambo II, 1985 Georges Pan Cosmatos

                        -Le jour le plus long, 1962 Ken Annakin

      

Sitographie :   -Allociné

 

Auteurs : -Ronald Laing, Raison et violence

               -Descartes, Discours de la méthode 

               -Freud

               -Nietzche, La généalogie de la morale     

               -Aristote, Ethique à Nicomaque  

               -Hegel, Encyclopédie des Sciences philosophiques 

Commenter cet article