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fredericgrolleau.com


Stephane Marchand, Maëlstrom

Publié le 3 Septembre 2012, 21:58pm

Catégories : #ROMANS

What we play is life

 

N’était le mouvement scopique de l’oeil évoquant déjà le tumulte qui donne son nom au livre, ce thriller de Stéphane Marchand paraitrait assez quelconque : un tueur qui tue en série à l’aide de procédés sophistiqués et machiavéliques, un écrivain amnésique comme désoeuvré et un agent du F.B.I lancés dans une habituelle course contre la montre afin de traquer l’odieux meurtrier, une spécialiste de la médecine légale lesbienne à ses heures, une jeune femme jadis assassinée et servant de leitmotiv explicatif ; tout cela semble constituer la gamme attendue de ce genre d’opus.
J’ecris « paraitrait » cependant car Stéphane Marchand, qui connaît justement ses classiques, offre ici, dans sa réflexion – estampillée de la musique de Louis Armstrong et des chausse-trappe du poker – sur les méandres de la mémoire et des troubles identitaires, plus qu’ un roman haletant dont le lecteur ne peut s’empêcher de tourner les pages.
Et c’est au cours d’un ballet aussi minutieux qu’hallucinant, force est de le reconnaître, orchestré de main de maître par un romancier à la veine musciale obvie, qui aime à jouer des emboîtements du puzzle et du poids des faux-semblants, que vont bientôt apparaître les fondements de la vengeance de l’implacable Maestro, qui pour l’heure égrène les victimes tout en déversant son mantra, lié à une vieille rengaine « Souviens-toi, souviens-toi de ne pas m’oublier »… Nul n’en sortira indemne.

 

De fait, la clef de l’intrigue, les protagonistes vont bientôt le découvrir, est aux confins de l’oubli coupable , de la résilience et de l’indébilité des souvenirs. Le lecteur participe alors à son tour, presque à son corps défendant, à la leçon entêtante : qui pourrait prétendre voir assez clair sur soi-même pour ne se sentir responsable de rien au regard d’autrui ? Ne suffit-il pas d’entendre une balade mélancolique, « Cheek to Cheek », un rien proustienne, pour être aussitôt renvoyé dans un autre rapport à soi et au monde ? Et que faire de ce pouvoir de laisser-aller, de lâcher prise s’il vous amène à vous retourner en toute férocité contre ceux qui vous ont trahi ? Chacun traverse ainsi au long de son existence mnésique les parties clefs de ce roman à tiroirs, « brouillard », « réminiscences », « enfer » mais quid de la « rédemption » ?
« What we play is life » se plaisait à observer, non sans jeu de mots, Louis « Satchmo » Armstrong cité en exorde, « what he writes is novel », peut-on dire désormais du sieur Marchand.

frederic grolleau


Stephane Marchand, Maëlstrom, Flammarion, J’ai Lu, avril 2012, 407 p. – 7,60 €

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