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John Katzenbach, L’Analyste

Publié le 16 Juillet 2012, 21:59pm

Catégories : #ROMANS

Un inquiétant courrier signé Rumplestilskin conduit le psychanalyste Frederick Starks dans un machiavélique jeu de piste...

John Katzenbach n’y va pas par quatre chemins pour planter le décor de ce thriller psycho-psychanalytique original qui a obtenu en 2004 le Grand Prix de littérature policière... Le jour de son cinquante-troisième anniversaire le psychanalyste Frederick Starks trouve une lettre dans la salle d’attente de son cabinet qui lui annonce sa mort imminente. Signé "Rumplestilskin", le mauvais génie des contes d’Andersen, ce courrier laisse le choix suivant au docteur : soit il retrouve l’auteur de la lettre dans les quinze jours qui viennent, grâce à un jeu de piste machiavélique, soit il se suicide ; faute de quoi un des membres de sa famille sera exécuté chaque jour qui passe.

L’essentiel de l’intrigue, abondamment documentée au sujet de la cure par la parole, du transfert et des vertus de la méditation, tient au vacillement soudain des repères de Starks, veuf aux habitudes bien installées qui découvre littéralement un autre monde à partir du moment où il ouvre le fatidique courrier. Rumplestilskin, lui reprochant d’avoir détruit de façon indirecte sa vie en soignant mal un de ses patients autrefois, s’acharne bientôt à tel point sur le pauvre psychanalyste que celui-ci perd tout pied avec la réalité et se retrouve condamné à disparaître de la société. Sa vie est alors néantisée...

Si on laisse de côté l’haletante course contre la montre qui permettra au docteur de devenir à son tour chasseur après avoir été proie, avec au passage un retournement des plus suggestifs, L’Analyste est intéressant en ce qu’il révèle des failles mêmes de celui qui a pour habitude de mettre le monde à distance, d’en disséquer les scènes comme les niveaux de parole et qui est précipité sans coup férir du haut de ce haut lieu du psychisme inexpugnable dans la plus vertigineuse des machinations, où la transgression des lois, morales autant que sociales, est monnaie courante. Notre docteur saura-t-il venir à bout de ce traumatisme-là hérité du passé ? telle est la question de ce jeu pervers, qui n’est pas sans faire penser à la formule de Freud : "Montrez-moi quelqu’un de normal et je le soigne."

Une chose est sûre : John Katzenbach parvient à faire parler l’inconscient comme un livre ouvert et insiste férocement sur les dérives mentales que peut provoquer une analyse mal menée.

   
 

frederic grolleau

 

John Katzenbach, L’Analyste (traduit de l’américain par J-C Provost), Pocket, janvier 2007, 658 p. - 7,60 €.
Première publication : Presses de la Cité coll. "Sang d’encre", mai 2003, 500 p. - 19,80 €.

 
     

 
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