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fredericgrolleau.com


A quoi reconnaît-on la vérité ?

Publié le 30 Mai 2013, 14:02pm

Catégories : #Philo (Notions)

Proposition de traitement par Thomas Normand, TS, Saint-Cyr, 2012-2013

 

 

On dit souvent que « la vérité sort de la bouche des enfants ». Par cette expression, on n'accorde pas que tout ce que dit un enfant est vérifiable et correct mais que son esprit n'est pas "embrouillé" par l'envie de mentir ou de tricher. On pourra lui accorder la vérité car il n'a aucun intérêt à ne pas la dire.

            Cependant, même si un enfant ne ment pas, il ne peut pas toujours dire des choses vraies puisqu'il ne connaît pas tout. Il exprime sa propre conception de la vérité, celle qui lui est personnelle.

            Mais alors, on peut se demander s'il existe une vérité ou plusieurs ? La vérité est-elle personnelle ou transcendante ? De même, est-il possible de reconnaître quelque chose ? Si oui, peut-on reconnaître la vérité ? Mais quelle vérité ? Comment pouvons-nous la reconnaître ? Par dessus tout, pouvons-nous reconnaître qu'elle n'est pas reconnaissable ? Ainsi, est-elle ?

            Nous verrons donc d'abord que la vérité est en effet un pluriel, et qu'il est possible de reconnaître sous deux angles. Ensuite, il sera possible de voir que les vérités sont difficiles à reconnaître. Enfin, nous verrons que la vérité n'est peut-être pas reconnaissable car elle n'est peut-être pas.

            En somme, la vérité n'est-elle pas reconnaissable ou reconnaissons-nous qu'elle n'est pas ?

 

 

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            Avant même de se demander s'il est possible de reconnaître une vérité, en existe-t-il une ? La vérité est-elle universelle ou chacun peut-il lui faire sens ? De même, reconnaître fait-il sens ? Doit-on avoir connu avant ou est-ce seulement une chose que l'on sait d'avance, une vérité ?

 

            Effectivement, la vérité semble être une notion difficile à saisir puisque ne pouvant être toujours vérifiable. En effet, quelque chose que je pense vraie n'est pas pareil pour une autre personne. Alors on pourrait se demander si la vérité peut être individuelle. Il est vrai que ma vérité est peut-être fausse mais je peux dire que c'est une vérité à partir du moment où je la considère comme telle. Pour certains philosophes, toute chose ne serait que le résultat de notre pensée, en soi, quand je pense, je pense le monde et c'est ainsi que je le preçoit. Alors ma vérité serait en adéquation avec ma perception et donc avec ma pensée. En somme, puisque je pense le monde, la vérité est dans ma pensée.

           On peut également penser qu'une vérité collective puisse exiter, elle serait l'adéquation d'une pensée collection. Par exemple, les choix dans une démocratie seraient des vérités puisqu'étant les choix résultants de l'accord de plusieurs consciences qui donnent à une chose une véracité. On pourrait parler d'une vérité de groupe car acceptée par l'ensemble.

            Cependant, en philosophie, la vérité a été définit en trois sens. Le premier est celui exprimé par Saint Thomas dans sa Somme Théologique, « La vérité est l'adéquation de l'esprit et de la chose ». Pour lui, la vérité serait perceptive, ainsi le fait de voir quelque chose, de sentir quelque chose qui serait perçue par mon esprit, donnerai par conséquent statut de vérité à cette chose. En somme c'est ce qui est résumé dans la célèbre formule « Je ne crois que ce que je vois ». Le deuxième sens qui est donné à la vérité est celui logique. Ainsi, est considéré comme vrai tout ce qui est l'objet d'un lien logique, tout ce qui ne peut donc pas être réfuté. Une démonstration basée sur une information considérée comme vraie, induit donc une autre vérité, cependant il est déjà possible d'y voir le problème. De plus, cette définition de la vérité considère comme vrai tout ce qui n'est pas démontable, c'est-à-dire prouvé comme étant faux. Enfin la dernière définition est ressemblante à celle donnée plus haut comme liberté individuelle puisque c'est la vérité pensée qui se retrouverait dans la perception, toute proposition farfelue ou étrange serait réfutée.

            Outre ces définitions, existerait-il d'autres définitions qui seraient transcendantes aux hommes ? Existe-t-il une vérité que l'on pourrait qualifier de divine ? Il est possible de trouver plusieurs philosophes qui accorderaient cette proposition. En effet, quand Alain pense que les codes moraux sont dispensés par Dieu en personne, il laisse entendre que la vérité liée à ces codes est promulguée par Dieu. De même pour Rousseau qui écrit « Toute justice vient de Dieu », si la justice est la vérité qui juge les actes de manière impartiale, alors Dieu serait à l'origine de la vérité. Ce qui reviendrait à objectiver chaque vérité, en effet, si Dieu est l'instigateur de la vérité, alors la pensée du sujet -l'homme pensant- ne peut définir une vérité. La vérité devrait alors toujours s'objectiver.

            Mais au-delà de la vérité, on peut tout de même se demander s'il est possible de reconnaître. Qu'est-ce que cela implique ? Peut-on reconnaître ? Dans la composition du mot, reconnaître signifie connaître à nouveau, tel que réessayer qui veut dire essayer de nouveau. Alors si on suit  cette définition, une chose reconnaissable serait forcement une chose connue. On ne peut reconnaître ce que l'on ne connaît pas. Cela ferait donc appelle à la mémoire qui stocke les pensées mais également les sensations. Cela voudrait donc dire qu'une chose n'est pas reconnaissable par tout le monde puisque la condition est de l'avoir connue. En somme, deux hommes ne pourraient pas reconnaître la mère de l'autre puisqu'ils ne se seraient jamais vu, cependant une personne qui n'est pas reconnue ne change pas, cette reconnaissance n'influe en rien sur une personne ou une chose. Cette définition de reconnaître serait totalement soumise à la subjectivité d'un individu. D'autre part, on pourrait penser qu'il y a un deuxième sens au mot reconnaître, celui d'une identification immédiate et irréfutable. On pourrait penser que certaines choses sont reconnaissables, au sens où elles sont indiscutables, telle qu'une vérité. Alors le deuxième sens de reconnaître serait possible face à la vérité, une vérité, mais quelle vérité ?

 

            On a donc pu voir que la vérité avait un sens, ou des sens ne se résumant pas en un mot, ainsi il semblerait qu'une seule vérité n'existe pas, mais un ensemble. De plus, reconnaître a également un double sens puisqu'on pourrait reconnaître quelque chose que l'on a pas connu. Alors est-il possible de reconnaître la vérité ? Par quels moyens ? Quelle vérité ? Quel sens de reconnaître est impliqué ?

 

                                                          

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            Pour commencer, il semblerait qu'au premier sens de reconnaître, le fait de reconnaître une vérité impliquerait qu'on ait déjà connu cette dernière. Alors cela voudrait dire qu'une chose est considérée comme vraie une fois sera toujours considérée comme telle. Ce serait la partie objective du terme reconnaître, en effet, s'il a été dit qu'une chose est vraie alors objectivement une chose similaire l'est aussi. Mais comment reconnaître une chose pour la première fois si cela est possible ?

            En effet, pour les vérités évoquées plus haut, il semblerait qu'on ne puisse pas toute les reconnaître. Pour la vérité individuelle, qui serait liée simplement à notre entendement, la seule personne qui pourrait reconnaître cette vérité serait l'homme qui pense lui-même et cette vérité serait reconnaissable presque intuitivement, du moins en ne se référant qu'à la pensée. De même, une vérité collective ne serait vraie que par son unanimité, alors le seul moyen de reconnaître une proposition comme vraie serait l'altérité. Tout ce qui est pensé par d'autres comme vrai est vrai. Pour ces deux vérités totalement subjectives, il faut penser que reconnaître signifie établir pour vrai quelque chose. Ici, on établit donc pour vrai une vérité personnelle, ce serait une vérité qui s'impose à une autre.Elle serait donc improbable à reconnaître car la vérité individuelle serait de considérer une vérité pour vraie reconnaissable car elle est vraie. Ce qui relève totalement de la subjectivité. De même, la vérité perceptive de St Thomas serait reconnaissable car perceptible cependant Descartes dans Le Discours de la Méthode a évoqué le fait de la tromperie. Il explique que l'on pourrait être trompé par nos sens sans même nous en rendre compte. Alors le fait d'affirmer comme vrai tout ce que l'on perçoit est faux. Ce n'est pas parce que quelqu'un reconnaît quelque chose comme vrai que ça l'est automatiquement. Les sens peuvent nous tromper, il arrive souvent que les gens hallucinent, alors la perception ne suffit pas pour reconnaître la vérité. Pareillement, la vérité fondée sur la logique pourrait être reconnaissable par son sens logique, cependant pour démontrer quelque chose, il faut que la base soit fondée sur une vérité, le problème reste le même, peut-on reconnaître comme vrai quelque chose fondée sur une vérité non-reconnaissable ? Alors, je pourrais reconnaître qu'une vérité qu'on ne peut démonter est vraie, cependant personne n'est omniscient, trop de paramètres entre en compte pour cela. En effet, je peux dire que mon professeur de philosophie est au soleil pendant que j'écris dans ma salle de DS. Je pourrais reconnaître cela comme vrai car je ne peux le nier, cependant, je ne sais pas où est mon professeur et encore moins ce qu'il fait. Il semblerait difficile de reconnaître une vérité car le terme vérité ne désigne pas toujours quelque chose de vrai. En effet, pour Nietzsche, nous avons été trompés par les mots. La grammaire a créé des choses qui n'existeraient pas et en a détruit qui existaient. Ainsi notre monde ne serait que la représentation des mots, nous vivons dans un monde qui n'est pas le notre, la vérité est donc dans le « vrai » monde. Il n'est alors pas possible de reconnaître une vérité dans un monde où il n'y en a pas. Platon et sa théorie des deux mondes propose une possibilité de reconnaissance. En effet, Platon considère que nous vivons dans un monde qui est faux, parallèle à celui des Idées. Le seul moyen de remonter dans le monde où tout es vrai serait par la pensée. Ainsi pour lui, il est possible de reconnaître la vérité par la métaphysique et l'élévation de l'esprit. Si on en revient à la vérité divine, il semblerait qu'elle soit reconnaissable par son caractère indiscutable, ainsi une vérité divine serait innée et ne serait donc pas reconnaissable. En effet, une vérité que l'on a en nous et qui est forcement vraie n'a pas à être reconnue. Reconnaître une vérité signifierait la considérer comme juste, or il est inutile de reconnaître quelque chose d'assuré.

            Alors, les vérités semblent difficiles à reconnaître, en effet lorsque l'on reconnaît une vérité cela implique qu'on l'ait auparavant connue, cependant reconnaître une chose qui est incertaine n'est pas reconnaître. On peut retourner le problème et se demander si lorsque l'on reconnaît une vérité, en est-ce vraiment une ? Si la vérité est reconnaissable nous accorde-t-elle une légitimité ? Le propre de la vérité n'est-il pas ne pas être reconnaissable ? Si on reconnaît est-ce vrai ?

 

 

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            Pour les croyants, il est inutile de reconnaître pour croire. En effet, pour Pascal « la foi vient du cœur, non pas de la raison ». Alors la vérité pourrait être sans reconnaissance. Alors faut-il reconnaître pour que quelque chose existe ?

            Il semblerait que oui car la croyance, qui n'est pas basée sur une justification est considérée comme subjectivement suffisante et objectivement insuffisante. La croyance repose sur le fait de savoir que l'on croit à quelque chose d'irreconnaissable. Alors si la croyance est une vérité on l'a reconnaît car on ne peut la reconnaître. Mais alors faut-il qu'une vérité soit reconnaissable pour en être une ?

            On pourrait penser que oui, une fois encore puisque ce qui est considéré comme une vérité dans le monde est quelque chose de justifiable « le feu brûle », « la pierre est dure ». Notre vérité est basée sur des faits affirmables. Cependant, on a vu précedemment que les différentes vérités qui pourraient être reconnaissables n'étaient pas forcement vraies. Alors le fait de reconnaître confère-t-il une vérité ? C'est un retour à la vérité individuelle, en effet, un daltonien croit voir les couleurs mais il ne voient pas les bonnes, ainsi ce n'est pas en reconnaissant une chose qu'elle est considérée comme vraie. La seule vérité viable serait-elle transcendante ?

            Cette dernière hypothèse pourrait être acceptable, telle une vérité dépassant toute chose qui ne peut être démontée car indémontrable. Cependant, pour Marx « La religion est l'opium du peuple », là où certains voient une vérité transcendante, d'autres pensent à une illusion qui permet aux gens de vivre dans le mensonge en étant heureux. Mais alors si on ne reconnaît pas ce qui est vrai, est-il possible de reconnaître ce qui ne l'est pas ?

            En effet, si nous vivons dans un monde où la vérité ne définit rien, le mensonde est présent plus qu'autre chose. Cependant, les choses qui composent le monde paressent bien réels, perceptibles et compréhensibles. Mais le réel est-il vrai ? Dans ce cas, si oui, toute chose serait vraie par son insertion dans une réalité. Mais si ce ne l'est pas, tel Descartes, il est alors possible de douter de tout, penser que la vérité ne se trouve pas ici, alors la première question se retrouve être la dernière, y-a-t-il une vérité ? Si tout est réfutable, rien n'est explicable, peut-on penser qu'une vérité existe vraiment ? Dans l'allégorie de la caverne de Platon, il y a la caverne qui est le faux et le vrai est à l'extérieur. Mais si en réalité il n'y avait qu'une caverne, si le monde tel que nous le concevons n'avait rien de vrai. L'Homme cherche à reconnaître les choses, il croit pouvoir trouver des points communs aux choses afin de les catégoriser. Si la vérité n'était jamais universelle, jamais vérifiable ? Pourquoi le mensonge collectif ne serait pas notre vérité ? A-t-on besoin de se reconnaître pour être vrai ? En reconnaissant que le mensonge est notre vérité, ne serions nous pas plus dans le vrai ? La vérité pourrait être la fausse image d'une chose fausse qui n'existe pas, alors on ne la reconnaitrait pas. On reconnaitrait simplement qu'on ne la reconnaît pas. Mais alors si elle n'est pas reconnaissable, voir si elle n'est pas, si elle n'est nulle part. Alors on pourrait la reconnaître à ne pas être.

 

 

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            Alors, il semblerait que les vérités qui pourraient être envisagées soient reconnaissables par leur propre définition. Cependant, lorsqu'elles sont reconnaissables, elles sont souvent réfutables. Une vérité pourrait donc être quelque chose d'irreconnaissable pour être irréfutable. Mais alors si elle est irreconnaissable, elle peut également ne pas être et donc elle serait reconnaissable car si on la reconnaît pas c'est qu'elle n'est pas, elle est donc reconnaissable car elle n'est pas.

            Mais si la vérité légitime l'espèce humaine et ses actes, pouvons-nous nous reconnaître comme légitimes ?

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