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fredericgrolleau.com


Jacques Lemesle, 3000 ans de chasse au sanglier

Publié le 16 Juillet 2012, 20:43pm

Catégories : #ESSAIS

Littérateurs et artistes de tous poils doivent aider le rustique sanglier à préserver son instinct de bête sauvage

Le propos surprendra sûrement nos lecteurs : quoi donc, un texte pour chasseurs consacré au vil sanglier dans les colonnes du parisien Le Litteraire ? Frédéric Grolleau, Isabelle Roche et Karol Letourneux (a priori réputés pour leur sérieux, envoyons-nous quelques fleurs) seraient-ils devenus fous à lier, pour soudain ouvrir leur porte à un sujet sans commune mesure avec l’ambition affichée de leur support critique ?
Mais justement, répondons-nous, ce livre de belle facture est avant tout un "beau livre" (avec ce que cela implique de recherches, de photos - prises par l’auteur lui-même -, schémas et autres précisions didactiques). Par ailleurs, en dépit des préjugés et autres résistances à l’hétérogénéité des genres livresques, nous remarquons que le sanglier, loin d’un cochon sauvage égaré dans les halliers de la France d’en bas, ou d’un verrat promis au couteau du boucher local - s’inquiétera-t-on jamais assez de l’image funeste qui en est donnée à la fin de chaque album d’Astérix & Obélix ? - , doit bien plutôt être assimilé à la fois à un noble emblème interrégional de la campagne de notre beau pays (disons ce qu’il en reste) et à une icône, assez inattendue certes mais icône quand même, d’une certaine geste littéraire.

 

Qu’on en prenne pour témoin les récents Le Cri du sanglier (roman, Denoël, 2004 - commis par votre humble serviteur, qui ne chasse pas que des cibles germanopratines à haut talon) et Les sangliers de Véronique Bizot (nouvelles, Stock, 2005 - Prix renaissance de la Nouvelle 2006), la "bête noire" - tel est le surnom du bestiau - ne fascine pas que les chasseurs rêvant d’en extraire civet et pâté.
Par sa puissance sauvage et son intelligence, l’imposant sanglier imprègne depuis des siècles l’imaginaire des hommes, toutes civilisations confondues, qui voient en lui, en ce qui concerne l’art de la chasse, un adversaire de haute volée, qu’il ne convient pas de sous-estimer. Jacques Lemesle ne fait pas ici d’ailleurs que retracer trente siècles de traque, il revisite, sanglierophile convaincu, l’histoire même de cet animal d’abord destiné à devenir le gibier des rois pour en faire le symbole inattendu de la vie et de la résistance à l’ingéniosité humaine.

 

Regorgeant de détails et d’anecdotes historiques - la chasse des grands animaux se pratiquait déjà sur le continent européen bien avant la période de la glaciation de Würm, au paléoli­thique moyen, il y a presque cent mille ans, apprend-on -, l’ouvrage qui s’orne de nombreuses représentations iconographiques et d’un utile glossaire in fine (à l’instar de celui qu’on trouvait déjà dans Le Cri du sanglier) plaira certainement aux amateurs de l’affût et aux adeptes de saint Hubert, mais il peut tout aussi bien être lu par tout esprit curieux de savoir pourquoi le monde moderne continue d’honorer, sous toutes les formes artistiques d’ailleurs, l’animal qui, du marcassin au quartanier en passant par le ragot, alimente toujours les peurs, les fantasmes et également l’émerveillement de ceux qui le contemplent. Au détour d’un bois, dans un tableau ou au coin d’une enluminure.

 

Sans doute, comme le stipule Hubert Buiron dans la préface, les compagnies et solitaires qui perdurent ont-ils sauvé, dans les trente dernières années, la chasse française. C’est pourquoi il appartient à nos contemporains, aux chasseurs, aux littérateurs comme aux artistes de tous poils de faire en sorte que le rustique sanglier préserve son véritable instinct de bête sauvage.
Vive le sanglier libre donc !

   
 

frederic grolleau

 

Jacques Lemesle, 3000 ans de chasse au sanglier, Crépin-Leblond, 2006, 210x297, 232 p. - 45,00 €.

 
     

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