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fredericgrolleau.com


Olivier Bruneau, "Dirty sexy valley"

Publié le 1 Juillet 2017, 08:55am

Catégories : #ROMANS

Olivier Bruneau, "Dirty sexy valley"

Qu’elle était porno-trash ma vallée !

Autant mettre les pieds dans le plat tout de suite : âme sensibles et autres thuriféraires des élans romantiques s’abstenir !  Avec le so frenchy Oliver Bruneau on nage de facto en pleine U.S Dirty sexy valley et rarement livre aura porté une dénomination aussi judicieuse, à l’aune des horreurs gore, foutraques et perverses ici narrées !
Sur fond d’été torride, d’érotisme hardcore mais pas has been,  de cul sublimé et de partouzes teen movie sans limites,  deux récits, on devrait dire deux épopées féroces, se croisent, avec comme dénominateur commun le sexe sous toutes ses formes : classiques, tendancieuses, libidineuses, pornographiques, débiles, mutantes,  zoophiles etc.


D’un côté, six étudiants (trois garçons et trois filles) copains comme cochons qui décident de s’adonner, façon American Pie, à une mémorable orgie  dans une cabane isolée au fond des bois afin de fêter leur récent diplôme ;  de l’autre,  une famille de pervers dégénérés (la vieille mère, les deux ogres jumeaux neuneus en salopettes – Jules & Jim (sic), la petite dernière nympho en diable) vivant dans une décharge  rouillée et qui littéralement culbutent et massacrent tout ce qui passe au coin de leur pinède reculée.
Sexe paisible, un rien poétique et expérimental versus sexe destructeur, un poil crasseux et im-monde. Voilà, le funeste et fort cinématographique décor grindhouse  est planté.

En mêlant, à la bétonneuse livresque cradingue, le sexe, l’horreur et l’humour noir, autant dire la pisse, le foutre et la sueur, Dirty sexy valley, foin de toute limite et hors de toutes bornes,  assume sa jouissive relecture de la dualité freudienne entre Eros et Thanatos. Sur le modèle explicite de « Tucker and Dale Vs Evil » (2010) d’Eli Craig, parodie de film d’horreur hilarante reprenant les clichés du genre pour mieux les détourner, le potache Bruneau s’empare des canons fondateurs du film d’horreur au pays des tarés  (on pense évidemment à Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper) et du slasher gore pour livrer sa propre version country style de la décadence américaine.
Sur fond de poncifs du cinéma porno italien  70’s et de musique ringarde au possible, on a droit à la bonne vielle rasade pas rasoir pour un sou de crasseuses chemises de bûcheron, de méchantes casquettes vissées sur l’occiput (pour ne pas dire l’os qui pue)  au surplomb de chicots bien destroy, de pick-ups surdimensionnés à l’instar du vit en rut  de ces bons messieurs ultra-violents et amateurs de tortures en tous genres, of course !

Sans vouloir défleurer l’inventivité narrative et délirante de Bruneau, qui repose avec maestria sur une plume trempée dans moult sécrétions et excrétions,  disons que le lecteur curieux pourra découvrir en ces pages nanar-poisseuses fort olfactives et visuelles, et notamment aux confins pestilentiels de la cave muséale macabre de nos consanguins rednecks,  d’intenses gorges profondes, des pénétrations compulsionnelles diverses et variées (parfois avariées), des viols tous azimuts (dont certains à l’aide d’outils DIY), des sodomies hénaurmes (osera-ton citer un désormais anthologique perforage d’anus au gode-perceuse ?), du bondage forcené, de la castration artisanale, des élans aussi incestueux que nécrophiles, des éjaculations faciales dont l’une fatale et de la zoophilie frénétique (au choix, avec mouches, chèvre, gel vache et même un ours tardif mais qu’on suppose bien doté par dame nature).

A l’enseigne du désir et de la lascivité, l’hémoglobine et la cyprine coulent donc à flots dans cette série  d’X devenue Z (rien d’étonnant quand l’on sait que céans certains vagins se découpent au couteau de chasse avant de baigner dans des bocaux à formol) et qui met à bas sans état d’âme l’ensemble des codifications moralo-sociales régissant nos communautés.
En cette montagne farcesque-cauchemardesque, le naturel bestial autodestructeur, chassé par l’oppressive culture WASP, revient bien au galop et traque sans pitié aucune le moindre rudiment de représentation consciente et rationnelle. Portrait à l'huile de vidange de l'Homme en dégénéré ? C’est celui qui dit qui l’est.

frederic grolleau

Olivier Bruneau, Dirty sexy valley, Le Tripode, 01/06/2017, 250 p. – 16,00 €.

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