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fredericgrolleau.com


Gilles Vervisch,"Star Wars, la philo contre-attaque"

Publié le 17 Septembre 2015, 11:31am

Catégories : #ESSAIS

Que la philo soit avec toi !

Le décryptage de la saga Star Wars par Gilles Vervisch, professeur de philosophie de son état, est l'exemple même de ce que la rencontre entre l'entertainment d'un blockbuster, films à gros budgets et à gros revenus (ou, en l'occurrence, une série de blockbusters) et l'aridité du concept peut procurer de réjouissant.
Résolument inscrit dans la veine de la « pop philosophie » entendant vulgariser et dépoussiérer à la fois les auteurs comme les textes fondateurs de la tradition philosophique souvent réputée ésotérique - procédé auquel l'auteur de cette critique est tout sauf hostile s'étant lui-même naguère risqué à être le co-auteur d'un essai à la thématique identique : Enseigner la philosophie avec le cinéma (éd. Les Contemporains favoris, mars 2015) -, le moins que l'on puisse dire, au gré de la table des matières et des items qui nous est ici soumise, c'est que « la philo contre-attaque » bel et bien dans cet essai enlevé !

 

 

Considéré à juste titre par l'auteur comme un véritable mythe contemporain fondateur de la « pop culture », la saga de George Lucas se trouve passée au crible, afin d'interroger les personnages célèbres (Dark Vador, Anakin et Luke Skywalker, Obi-Wan Kenobi, Han Solo, Yoda, Palpatine/ Dark Sidious... ) au prisme des réflexions (et des textes !, toujours bien amenés et commentés céans) de penseurs tels que les stoïciens, Platon, Hobbes, Descartes, Machiavel, Kant etc.
Excédant, et c'est tant mieux, le contexte d'anticipation de la série et ne rechignant pas, de manière instructive, à des incursions du côté du cinéma (Apocalypse Now) ou de la bande dessinée (Tintin et le Temple du Soleil), l'ouvrage se penche par ailleurs, à titre de fils directeurs, sur une série de sémillantes questions dialectiques vouées à la liberté, à l'articulation entre bien et mal, à la guerre, à la politique, à religion et la technique.
Claires et efficaces, fort bien corrélées à telle ou telle séquence, décrite et contextualisée, de tel ou tel épisode de la saga scrutée dans tous ses volets, les analyses de G. Vervisch réussissent le double exploit de rendre une seconde jeunesse et une contemporanéité éprouvée à des textes certes universels et ahistoriques, mais souvent occultés, et de donner l'envie de revoir (ou de découvrir pour ceux qui ne la connaîtraient) pas cette épopée Star Wars. Ce, de la même façon enjouée qu'a Francis Métivier, directeur de cette collection au Passeur d'ailleurs, de décoder les chansons et musiques actuelles (rap, rock...) pour en extirper la substantifique moelle philosophique.

 

Ces remarques faites, on reprochera néanmoins à l'auteur de privilégier tout du long du texte un langage relâché - sinon vulgaire à maintes reprises - qui ne sied aucunement à la manière habituelle qu'ont les philosophes de s'exprimer (est-il besoin de vouloir à tout prix « faire djeun », s'installant dans un tel relâchement coupable, pour rendre la philosophie attractive ?, là est la réelle question – mais selon nous « pop » pour populaire ne veut pas dire, erreur à la fois terminologique et marketing, familier ou grossier) et de laisser traîner, ici et là, quelques imprécisions ou erreurs qui nuisent à la rigueur et la cohérence de l'approche.
Il est ainsi dommage que la 4ème de couverture insiste sur la filiation qui va de « Dark Vador à Platon, d’Obi-Wan Kenobi à Jocho Yamamoto » tandis que ce nom de Jocho ne sera pas utilisé dans l'ouvrage, lequel n'évoque qu'un Yamamoto Tsunemoto (moment de l'ouvrage qui nous a le plus intéressé au passage quant au lien entre les moines guerriers samouraïs et les chevaliers Jedi)  : on eût aimé que nous soit précisé que l'ancien samouraï Yamamoto Jocho (1659 – 1719), auteur du Hagakure qui est la référence du Bushido enseigné au Japon, est aussi connu sous le nom de Yamamoto Tsunemoto, son nom avant qu'il ne se retire du monde pour devenir moine. Il est encore plus préjudiciable que Gilles Vervisch écrive à la page 139 : « En 1516, l'année même de la publication du Prince... » quand l'on sait que l'ouvrage de Machiavel dans son ensemble aurait certes été composé entre juillet et décembre 1513 (mais avec quelques ajouts ou retouches postérieures, comme la dédicace écrite entre 1515 et 1516) tout en n'étant publié qu'en 1532, soit après la mort  du secrétaire florentin(1527).

 

Reste que ce Star Wars, pleinement philosophique dans l'esprit quand ce n'est pas toujours dans la lettre, séduira le grand public amateur d'exégèse méta-1er degré, ravira les aficionados du savoir-faire de George Lucas et plaira aux élèves et étudiants de philosophie qui trouveront là une exemplification, imagée et parlante, de philosophèmes autrement plus abstraits.
A lire de préférence avec un sabre laser opérationnel à côté de soi.

frederic grolleau

Gilles Vervisch, Star Wars, la philo contre-attaque, Le Passeur éditeur, coll. Open Philo, septembre 2015, 256 p. -18,90 €.

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