Qu'est-ce qu'une chose ?
Publié le 28 Janvier 2026
CHOSE
Ce qui se manifeste et que l'on ne désigne qu'en tant que tel.
I.− Ce qui est, ce qui existe; réalité de toute espèce, envisagée indépendamment de la durée.
A.− Ce qui existe à titre d'appartenance à quelque chose ou à quelqu'un, ce qui concerne quelque chose ou quelqu'un.
1. Au plur. [L'accent est mis sur l'appartenance à un tout dont les choses sont les éléments]
a) Les choses de + subst. abstr. déterminé.Tout ce qui concerne un sujet, une matière, un domaine. Les choses de la nature, de la religion, de l'amour. La France a, dans les choses de la civilisation, l'autorité que Rome avait dans les choses de la religion (Hugo, Actes et paroles, 1, 1875, p. 130).Ils sont sans allégresse et presque sans envie, Ayant beaucoup souffert des choses de la vie (A. de Noailles, Le Cœur innombrable,1901, p. 168):
1. MlleAmpère est gentille, son expression est extrêmement douce et elle a l'air tout à fait étrangère aux choses de ce monde. Elle n'a même pas la plus simple coquetterie extérieure, celle des habillements. Delécluze, Journal,1825, p. 150.
♦ Les choses de Dieu. La religion.
SYNT. Les choses du cœur, de l'esprit, de l'intelligence, du sexe, de la terre; les choses d'ici-bas, d'en haut.
b) Les choses + adj.Les choses humaines. Tout ce qui se rapporte à l'existence et à la vie des hommes. Synon. condition humaine.Des réflexions philosophiques sur la fragilité des choses humaines (Flaubert, La Tentation de St Antoine,1849, p. 385).
SYNT. Les choses corporelles, célestes, divines, éternelles, naturelles, mortelles, pratiques, profanes, matérielles, terrestres, temporelles, sacrées, spirituelles, surnaturelles.
2. Au sing. et, moins souvent, au plur. Propriété, possession, objet dont on fait son usage propre. C'est sa chose, avoir des choses de valeur. Synon. bien3.La guerre contre Carthage était sa chose personnelle; il s'indignait que les autres s'en mêlassent sans vouloir lui obéir (Flaubert, Salammbô,t. 2, 1863, p. 11):
2. ... si mon débiteur aliène la chose sur laquelle j'ai un droit d'hypothèque, celui-ci n'est en rien atteint, mais le tiers-acquéreur est tenu ou de me payer, ou de perdre ce qu'il a acquis. Durkheim, De la Division du travail soc.,1893, p. 84.
3. ... sa main [de l'organiste] se sent en contact direct avec la matière sonore qu'elle pétrit à plaisir et qui devient sa « chose ». Ch.-M. Widor, Techn. de l'orchestre mod.,1904, p. 180.
− DR. Choses corporelles, incorporelles; la chose prêtée, léguée, déposée, mobilière. Une chose mobilière dont la propriété ou la possession est litigieuse entre deux ou plusieurs personnes (Code civil,1804, p. 352).
− Spécialement
a) Fam. Faire de qqn sa chose. Le mettre sous sa dépendance, sa domination :
4. Le pauvre fou Jacques Féray, objet de sa pitié, subit son ascendant, se voue à elle [Sibylle] et devient son serf et sa chose. Sainte-Beuve, Nouveaux lundis,t. 5, 1863-69, p. 27.
b) Choses fongibles, consomptibles, communes, hors du commerce. « La mer, disait-il [le droit romain], est une chose commune comme l'air et l'eau de pluie » (Vidal de La Blache, Principes de géogr. hum.,1921, p. 270).
B.− En gén. Ce qui existe et que l'on ne détermine pas ou que l'on détermine par le contexte.
1. [P. oppos. à ce qui n'existe pas] (Toute espèce de) réalité. De belles, bonnes, grandes, petites choses :
5. Il s'agit de n'être point Mélancolique et morose. La vie est-elle une chose Grave et réelle à ce point? Verlaine, Jadis et naguère,Les Uns et les autres, 1884, p. 336.
− Partic. [Comme obj. ou finalité]
a) [De la connaissance, de la pensée] Fond des choses; connaître, ignorer une chose; la manière de présenter les choses :
6. À force d'écrire quotidiennement sur toute sorte de sujets, de lire beaucoup de journaux, d'entendre beaucoup de discussions et d'émettre des paradoxes pour éblouir, il avait fini par perdre la notion exacte des choses, s'aveuglant lui-même avec ses faibles pétards. Flaubert, L'Éducation sentimentale,t. 2, 1869, p. 12.
SYNT. a) Chose + des. Nature, notion, raison, sens, valeur, connaissance, contemplation, conscience, intelligence nette, vue des choses. b) Verbe + chose. Examiner, étudier une chose; voir les choses telles quelles, comme elles sont, de l'extérieur, de près, de loin, de plus haut, à fond, dans leur ensemble, dramatiquement, en noir, profondément, simplement; apprécier les choses à leur vraie valeur; peser les choses point par point; la manière d'envisager, de considérer, de présenter les choses. c) L'idée et la chose.
♦ Loc. et proverbes. En savoir des choses! Être au courant de beaucoup de détails plus ou moins difficiles ou secrets. Juger d'une chose comme un aveugle des couleurs. Porter un mauvais jugement.
♦ PHILOS. (en métaphysique, en partic. chez Kant). La chose en soi. Ce qui existe en soi, indépendamment de l'esprit qui l'appréhende. Synon. noumène, substance. Anton. phénomène.
b) [De la parole] Dire une chose, toutes sortes de choses; raconter une chose; un tas de choses à dire.
SYNT. Tant de choses; ce ne sont pas des choses à dire; rabâcher les mêmes choses, dire cent fois la même chose; dire des choses aimables, tendres, désagréables, désobligeants; parler de choses graves, indifférentes, insignifiantes, importantes, sérieuses, terre à terre; passons aux choses sérieuses; raconter une chose amusante, piquante; entre autres choses il lui a dit.
(...)
source :
https://www.cnrtl.fr/definition/chose
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