Sujets Bac Blanc n°1 - lycée naval de Brest - novembre 2025
Publié le 3 Décembre 2025
Sujets Bac Blanc n°1 - lycée naval de Brest - novembre 2025.
« L'homme est-il un être à part dans la Nature ? »
Introduction :
En concevant la Nature comme un système clos régi par ses propres lois, et en considérant que l'homme, minuscule comparé à elle, en fait partie intégrante, alors il est possible de penser qu'il n'en constitue pas une exception, il est tout comme le reste des êtres vivants, soumis à ses lois, et ne peut ainsi, pas être distingué à la manière d'un « élu ». Pourtant, toujours en considérant l'homme d'un point de vue biologique, mais en ne lui négligeant pas ce qui constitue bel et bien une spécificité en lui étant propre, à savoir la « conscience », un problème se pose puisqu'il ne nous serait plus possible de l'intégrer totalement à une liste d'êtres vivants ordinaires.
La conscience serait dès lors ce qui constituerait sa plus forte démarcation du reste de la Nature, elle l’élèverait au-dessus des autres par l'aptitude qu'elle lui offre, qui n'est autre que celle d'être conscient de sa propre présence. Mais bien qu'étant à la fois corps et esprit, l'homme peut-il tout de même être considéré comme étant « à part », tout en étant incapable d'échapper à sa condition ? Il s'agirait donc de se demander quelle qualité supplémentaire lui offre le fait d'être esprit.
I. L'homme, un être spécifique dans la Nature
D'un point de vue biologique, on peut considérer l'homme comme un être à part. En effet, observer la Nature, c'est bien constater que l'homme subit ses lois, mais il semble impossible de le limiter dans l'absolu à un être soumis aux dites lois, puisque bien au contraire, il s'agit cet être capable de les connaître. Ceci s'explique en ce que l'homme n'est pas simplement matière, mais aussi esprit, et cette distinction en fait déjà un être spécifique. C'est ainsi qu'Aristote distingue dans la Nature, différents types de vivants, dont l'homme qu'il définit comme un « animal doué de raison ». Cette définition tient à ce que, pour Aristote, l'homme est le seul à posséder une âme intellective. Et posséder cette âme lui permet de connaître ce qu'il l'entoure et donc de constituer un être concret et réel.
D'autre part, l'âme intellective, ou la pensée en d'autres termes, donne en même temps à l'homme la connaissance de sa faiblesse vis-à-vis de la Nature. C'est le constat de Pascal qui définit la pensée comme constituant l'essence de l'homme. Même faible, dit Pascal, l'homme s'élève au-dessus de la Nature par la simple connaissance de sa faiblesse. Il est un « roseau pensant ». L'animal, est tout aussi faible, et peut, tout comme l'homme, être détruit par l'Univers tout entier, mais ne le sait pas, contrairement à l'homme qui acquiert de ce fait une « dignité ».
La conscience lui fait également acquérir une autonomie, et une identité. Kant, dans son Anthropologie d'un point de vue pragmatique, démontre que la capacité de dire « je », est révélatrice de l'élévation de l'homme au-dessus de la Nature. Quand l'homme dit « je », il révèle sa conscience de lui-même et son autonomie. C'est le «je transcendantal» par lequel l'homme acquiert une dignité et le droit à être respecté. L'animal, lui ne possédant pas la raison, peut, selon Kant, être utilisé comme simple moyen. Tandis que l'être humain, intelligent, ne peut être considéré comme simple moyen, mais toujours comme fin. Dès lors, on ne peut considérer l'homme autrement que comme cet être à part, pour les raisons que nous venons de mettre en évidence.
Transition :
Pourtant, si l'homme semble se distinguer des autres par la capacité de réflexion, il reste difficile de le détacher pour autant de sa condition. Etre en partie un corps physique, est un fait pour lui, il ne le choisit pas. La question est dès lors de savoir si l'illusion ne repose pas justement sur une contradiction sur le rôle de son mode d'être; la conscience, dans son existence. Il s'agit alors de se demander si le monde n'influence pas l'homme d'autant plus qu'il pense influer sur celui-ci.
II. Qui n'échappe cependant pas à son influence
La Nature, en premier lieu, se présente comme l'ensemble de ce qui existe dans l'espace et le temps. Cette définition inclut non seulement l'homme, mais aussi tous les êtres vivants. L'ensemble des êtres vivants, dont l'homme fait partie, sont eux tous déterminés par les lois présentes dans cette même Nature. Ainsi l'homme aura-t-il besoin d'oxygène pour vivre et assurer le bon fonctionnement de son système biologique ou encore sera-t-il soumis à la loi de l'attraction terrestre lui aussi.
Que la nature constitue une entité supérieure à l'homme, cela signifie qu'en aucun cas il ne puisse la dépasser. C'est ainsi que Spinoza en arrive à la conclusion que, la liberté que certains prennent de placer l'homme au centre du monde en ne se fiant qu'au fait qu'il possède l'aptitude à penser, est excessive, voire erronée. Sans affirmer que l'homme n'est pas un être spécifique, Spinoza pense qu'il n'est pas un « empire dans un empire ». Car la Nature, est en elle-même, un ensemble irréductible à l'unique pensée humaine. Elle est un système plus complexe auquel l'homme ainsi que tous les êtres vivants participe. C'est que Spinoza donne une place très importante à cet empire qu'est la Nature, puisqu'il la considère comme « Dieu ». Or, ce statut suppose déjà que la Nature détermine tous les êtres vivants, donc et en même temps, les actions humaines qui n'échappent pas à son emprise. Nous nous pensons libres, dit Spinoza, par simple méconnaissance des causes qui nous déterminent à vouloir ce que nous voulons. L'erreur consiste selon Spinoza à refuser cette réalité inévitable, et la sagesse résiderait au contraire, dans l'acceptation et l'accord avec le mouvement même de la Nature.
Enfin, l'homme n'échappe pas à la possibilité d'une étude. On peut, comme cela a été mis en évidence au cours de l'histoire, le réduire comme tous les êtres vivants, à un ensemble de phénomènes psychiques, biologiques, et sociaux. C'est ainsi que le matérialisme de Karl Marx conçoit l'homme : comme le résultat d'un ensemble de phénomènes sociaux. L'impression d'être l'auteur de nos actions n'est qu'une illusion puisque de même que la matière est en mouvement, ainsi notre conscience suit son mouvement et est influencée par celui-ci. Ce n'est donc plus « la conscience qui détermine l'existence sociale, mais l'existence sociale qui détermine la conscience». Comme, les animaux, nous sommes alors déterminés par les lois de notre environnement et ne sommes pas « à part », mais en plein dans le mouvement.
Transition :
A ce stade-ci, nous en sommes à réduire la conscience à l'ensemble des influences de la Nature, qui, dans son mouvement, emporterait avec elle l'homme, qui ne ferait rien d'autre que suivre le mouvement. Le problème qui se pose, c'est de savoir comment l'homme pourrait se réduire lui-même à l'ensemble des phénomènes qui l'entourent, sans en même temps prouver qu'il choisit lui-même s'il est déterminé ou non. La conscience ne serait donc plus une somme d'influences, mais influerait d'elle-même la Nature.
III. Mais la dépasse en y déposant le « sens »
Rappelons que, littéralement, la Nature désigne également l'état de la matière avant que celle-ci ne reçoive la marque de l'homme. Or, une telle conception suppose que le concept même de « Nature », nécessite la présence d'homme pour être construit, et en même temps, que dès lors que l'homme apparaît, toute Nature disparaît. Si l'on dit de l'homme qu'il n'a pas de nature, c'est justement parce que sa présence dans la Nature, tous les actes qu'il y accomplit, sont toujours culturels. C'est l'idée défendue par Merleau-Ponty dans sa Phénoménologie de la perception ; il n'y a rien dans les agissements de l'homme que l'on puisse qualifier de « naturel », bien au contraire, tout est conventionnel, car tout chez lui est à inventer. C'est ce par quoi l'homme se détache de la Nature.
Ce détachement, ou cet échappement, n'a pas d'autre nom selon Sartre, que la liberté. C'est dans L'Etre et le Néant qu'il développera en profondeur cette idée, en partant du principe selon lequel l'homme est irréductible à une somme de déterminismes naturels sinon son milieu social. Mais parler de déterminisme est encore ici user d'un bien grand mot puisque Sartre n'entend par tout cela qu'un « héritage » duquel l'homme aura à faire quelque chose. Si l'homme a ainsi à se déterminer sans cesse, c'est parce qu'il n'est d'abord rien, il n'a pas été choisi par la Nature et n'est pas non plus à son service pour accomplir quoi que soit, mais a à devenir quelque chose par ses actions.
Dès lors, ce qui fait de l'homme un être « à part » dans la Nature, c'est justement son détachement total de celle-ci, il est cet être qui ne trouve sa place nulle part, et a à s'en créer une. C'est là le sens même de cette citation culte de Sartre affirmant que : «l'existence précède l'essence». Elle n'a pas d'autre sens que celui-ci : l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il aura choisi d'être, il n'a au départ aucune essence, c'est-à-dire aucune raison d'être, mais a à s'en inventer une, à se créer une place par son existence et ses choix et la Nature n'est autre que la situation dans laquelle il a à se choisir.
Conclusion :
En somme, bien que l'homme se distingue par le fait d'être conscient, l'influence de la Nature sur lui n'est pas négligeable. Mais pourtant, se limiter à un tel fait, reviendrait aussi à objectiver cet être bien spécifique qu'il est, et qui, comme on l'a vu, se trouve être à part dans la Nature par le rapport bien particulier entretenu avec elle. Elle est n'est pas seulement une entité qui le dépasse, mais aussi le lieu d'exercice même de sa liberté, et sur laquelle il dépose le sens. Il est par conséquent « à part » dans la Nature, car il est son dépassement ; il est culture.
Source :
https://www.philosagesse.com/2014/12/lhomme-est-il-un-etre-part-dans-la.html
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« L'homme est-il un animal dénaturé ? »
Version 1
La nature de l’homme, renvoie à tous les caractères innés et instinctifs de l’homme. Plus généralement, la nature d’un être vivant renvoie à tous les caractères instinctifs de cet être vivant. La nature humaine se transmet de façon héréditaire, elle est immuable, peu importe le contexte dans lequel l’individu se trouve. La nature ne prend pas en compte les nombreuses évolutions de l’humanité. La nature animale de l’homme est la nature originelle de l’homme. C’est l’essence de l’homme : un ordre totalement extérieur aux choses et qui n’est pas le produit d’une culture et/ou d’une Histoire. Par opposition à la nature, la culture est l’ensemble des normes et des valeurs propres à une société. Elle est le produit de nombreuses évolutions historiques. La culture s’ingère par tous les membres d’une collectivité pour que, ensuite, les membres de cette société répondent à des demandes bien précises. Une fois qu’un homme est soumis à cette culture, il devient une personne civilisée, formatée.
Dans le conscient collectif, la culture se superpose à la nature et emprisonne celle-ci. On dit alors qu’elle dénature la nature de l’homme, c'est-à-dire qu’elle dénature l’instinct de l’homme en l’éloignant par les évolutions culturelles auxquelles il est soumis. Néanmoins, si les animaux agissent par instinct et que l’homme a des caractères communs avec les animaux, il est possible que l’homme ait conservé une partie de son instinct animal. De plus, il est également plausible que l’homme évolue et fasse évoluer la culture de façon instinctive. L’évolution de la civilisation humaine est, peut-être, le résultat d’ « enchaînements » successifs d’actions innées. Ce que l’on croit être « dénaturé » n’est qu’une nature en évolution, et cette évolution présente des rapports étroits avec la véritable nature humaine.
Finalement, l’homme est-il dénaturé par la culture humaine et ses évolutions ? Ou bien, est que l’homme a toujours conservé son instinct ; et c’est cet instinct, caractéristique de la race humaine, a-t-il permis les évolutions historiques et la présence de la culture d’aujourd’hui ?
I. La culture éloigne l'homme de la nature
L’homme est conditionné depuis sa naissance par une culture donnée, généralement celle de ses parents. La culture peut représenter l’ensemble des normes et des idéologies propres à une société. Elle s’impose alors à nous de façons formelles, c’est-à- dire par l’éducation, les médias, la religion, la politique, l’art, etc.… Cette civilisation se doit d’être ingérée par l’ensemble des individus d’une société afin que chacun trouve sa place dans la communauté. Les personnes qui désirent se mettre à l’écart de cette culture globale, qui ne respectent pas les conventions collectives, sont mises rejetées. La culture est le résultat d’une évolution permanente que l’on peut appeler Histoire.
Cette culture, et l’ensemble des règles qu’elle implique, emprisonnent la nature de l’homme, et donc son instinct. De cette manière, une personne qui ne se base que sur son instinct agira sans doute de façon totalement contraire à une personne qui possède une culture très avancée. On citera l’exemple de l’allaitement. En effet, durant des millénaires, il a été une évidence pour une mère d’allaiter son enfant sans que personne n’ait eut besoin de lui dire comment faire. Néanmoins, on constate qu’au 21ème siècle, des normes telles que la pudeur et l’hygiène font que de plus en plus de mamans sont réticentes à l’idée de nourrir leur nouveau-né en public. La civilisation qui évolue depuis la création de la espèce humaine nous éloigne un peu plus tous les jours de ce qu’était la nature humaine, de nos réactions spontanées et irréfléchies qui nous qualifiaient en tant qu’homme-animal. On pourrait dire que chaque jour, une couche de culture supplémentaire, en s’associant à l’Histoire, nous dénature.
Néanmoins, on peut se demander ce qui « crée » la culture, et donc ce qui provoque la dénaturation de l’homme. Sans doute la pensée. La pensée est propre au caractère humain ; elle fait que l’homme se met à réfléchir, à peser « les pour et les contre » dans son esprit, elle le pousse à choisir ce qu’il pense être mieux pour lui. Dès qu’un homme se met à penser, à réfléchir, il laisse de côté son instinct et ses réactions spontanées afin d’agir le plus possible en son intérêt. L’homme ne se contente plus d’obéir aux lois de la nature mais il modifie son comportement en considérant des valeurs d’ordre moral. Prenons l’exemple du piège ; un animal se laissera prendre à un piège pendant un temps infini alors que, rapidement, l’humain cherchera à analyser, à comprendre et déjouer le stratagème afin d’optimiser ses chances pour s’en dégager. Son interprétation du monde, sa réflexion, le développement de concepts et de symboles, la création d’une Histoire propre à une société sont un ensemble de choses qui créent les normes et les valeurs d’une société et qui découlent de la pensée. Ces valeurs, par la suite, fonderont la culture de la race humaine. L’évolution et l’Histoire de cette pensée fondent l’évolution et l’Histoire de la culture.
Naturellement, la culture est le pur fruit de la pensée. La pensée, qui nous différencie des animaux, nous dénature-t-elle de notre nature originelle ? À partir de ce moment-là, est-ce qu’un homme qui pense est un homme dénaturé ?
II. La société éloigne l'homme de la nature
Pour répondre à cette question, il faut, cette fois encore, se demander ce qui engendre l’apparition de la pensée chez l’être humain, donc l’apparition de la culture et ainsi, l’apparition de la dénaturation de l’homme.
Il est utile de rappeler qu’un homme qui pense est un homme qui a conscience de lui-même. Un homme qui a conscience de lui-même doit avant tout avoir conscience des autres et du monde qui l’entoure pour avoir conscience de lui. La conscience amène donc l’homme à intercaler entre lui et le monde un espace d’interprétation que l’on nommera la pensée. Ainsi, un homme qui vit avec d’autres personnes de son espèce est un homme qui pense, car à partir du moment où un homme se retrouve en société, il apprend qu’il existe et il apprend que les autres existent. Il développe dès lors le langage, et la mise en application de concepts afin de traduire au mieux sa pensée et de communiquer.
C’est donc la société, la mise en groupe des différents humains, qui provoque l’apparition de la réflexion. Et c’est là que l’être humain se différencie de l’animal. Un animal a beau vivre dans une collectivité hiérarchisée et ordonnée d’êtres vivants semblables à lui, il ne prendra jamais conscience de qu’il est vraiment. Il n’a pas de conscience réflexive mais une conscience immédiate. Et c’est ceci qui est le handicap qui l’empêche de penser. Les fourmis par exemple ont toujours le même système de vie depuis leur création. Leur hiérarchisation fait qu’il existe une seule et unique reine dominante et, sous la domination de celle-ci, tous les sujets qui ont un rôle très précis et déterminé dans l’activité du groupe.
La société humaine, quant à elle, évolue depuis toujours grâce à la pensée. L’homme cherche à acquérir le plus de connaissances possibles afin d’optimiser sa façon de vivre, et modifie de cette façon sa culture globale. Ainsi, l’homme désire sans cesse faire évoluer sa société et donc sa façon de penser, à la différence des animaux qui eux vivent toujours au sein des mêmes systèmes d’organisations. Au contact d’autres humains, l’homme peut évoluer à sa guise… Cette évolution semble d’ailleurs sans limites.
Tout ceci nous amène à la conclusion suivante : la mise en société d’un groupe d’humains pousse ce groupe à la conscience et à la pensée et ceci entraîne la création d’une culture. Et cette culture est supposée dénaturer l’Humanité
III. Mais culture et société font évoluer l'homme, plutôt que le dénaturer
Pour savoir enfin ce qui pousse l’être humain à dénaturer sa culture, il faut savoir ce qui pousse L’humain à vivre en société. D’une façon plus générale, il convient de se demander ce qui pousse les êtres vivants, quelle que soit l’espèce, à se mettre ensemble. La réponse est simple : c’est l’instinct de survie. En effet, la survie d’une espèce est un caractère propre à tous les êtres vivants. La survie et la force d’un individu passent avant tout par la mise en communauté de cet individu avec d’autres de ses semblables. En groupe, les êtres vivants répondent plus facilement à leurs besoins qu’individuellement. La chasse, la défense d’un territoire, la reproduction passe par la mise en collectivité de ces êtres vivants. Ainsi, quelle que soit l’espèce, l’être animal et humain reconnaît instinctivement ses semblables et s’associe à eux de façon évidente.
Voilà qui réfute la thèse initiale qui voulait que la culture humaine dénature l’homme! On constate, après mûre réflexion que c’est l’instinct qui « dénature » l’homme. Il est d’ailleurs incorrect de parler de dénaturation, il faut donc parler d’évolution puisque l’homme agit par instinct en évoluant ; il ne peut donc pas se dénaturer par nature : ceci est paradoxal, car l’instinct est l’essence même de la nature. L’évolution semble s’imposer à l’homme comme une évidence, on peut aller jusqu’à dire qu’un être humain dénaturé serait un être humain non évolué. Prenons l’exemple de Victor, l’enfant sauvage, en étant privé de contacts sociaux, il a perdu la faculté de penser normalement comme un humain et donc sa faculté d’évoluer. De cette manière, en évoluant, il s’est dénaturé. Un homme ne peut que se dénaturer en vivant seul.
La vraie nature de l’homme apparaît une fois que celui-ci possède le pouvoir de la pensée et de la réflexion. Ainsi, il peut envisager toutes les possibilités qui s’offrent à lui dans son existence. C’est lorsqu’il a conscience de cette liberté de choix qu’il peut vraiment dévoiler sa réelle nature. La nature de l’homme correspond à l’aboutissement de la culture et puisque la culture est en constant changement. La nature de l’homme est en constante évolution également. Chez les animaux, l’universalité fait l’essence même de l’espèce tandis que, chez l’homme, c’est la diversité qui est le fondement de la nature de l’humain.
Conclusion
En conclusion, l’homme ne s’est pas dénaturé : il a évolué et il évolue encore aujourd’hui. Et c’est dans sa nature d’évoluer, ainsi la culture n’est que l’aboutissement de son instinct de développement. La culture est donc instinctive chez l’homme.
Pour arriver à cette conclusion, il a fallu montré que la culture est engendrée naturellement par la création de pensée, elle-même engendrée de façon innée par la mise en société d’humains. Enfin, cette mise en collectivité révèle de l’instinct de survie commun à toutes les espèces. On a également soulevé l’idée que l’homme a le pouvoir de penser grâce à la prise de conscience des autres et de lui-même qu’il acquièrt lorsqu’il se sociabilise avec des personnes de sa même espèce. Avec l’exemple de Victor, l’enfant sauvage, il a été établi qu’un homme qui n’acquiert pas la culture est un homme non civilisé, dénaturé.
Source :
https://www.20aubac.fr/corriges/892-homme-est-il-animal-denature
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Version 2
D’un côté il semble évident que nous possédons une nature humaine puisque l’être humain est un être naturel, un animal parmi les autres animaux, pourvu de certaines qualités naturelles qui le distinguent justement des autres animaux. Mais d’un autre côté, quand nous observons les êtres humains, nous voyons parmi eux tellement de différences que définir cette nature humaine semble difficile, voire impossible tellement la culture semble influer sur nous et nous modifier.
Y a-t-il une nature humaine ? Ou bien la culture transforme-t-elle à ce point la nature qu’elle finit par l’anéantir complètement ? Et n’est-ce pas finalement dans la nature de l’homme que d’avoir cette capacité spécifique d’échapper à la nature en se modifiant par la culture ?
Nous verrons dans un premier temps que dire qu’il existe une nature humaine, cela implique de donner une définition de l’homme naturel. Mais dans un deuxième temps nous verrons que cette définition est difficile, que ce qui passe pour naturel n’est peut-être au contraire que le produit de la culture et de l ’éducation. Enfin nous verrons que la nature de l’homme, c’est de se cultiver et que par conséquent tout en nous est à la fois naturel et culturel, sans que l’on puisse dissocier clairement ces deux aspects.
Au premier abord, il semble donc évident qu’en tant qu’être naturel, nous possédons une nature. Mais en quoi consiste-t-elle donc et comment la définir ? La nature d’une chose, c’est son essence, c’est-à-dire l’ensemble des caractéristiques qu’elle doit posséder nécessairement et sans lesquelles elle ne serait pas ce qu’elle est. S’il est dans la nature de l’oiseau de posséder des ailes, alors une espèce animale qui ne possède pas d’ailes ne pourra pas appartenir à la catégorie des oiseaux. Si donc l’homme possède une nature, nous devons pouvoir faire la liste de ses caractéristiques essentielles, en déterminant celles qu’il possède en commun avec les autres animaux, mais aussi éventuellement celles qu’il est le seul à posséder, celles qui constituent le propre de l ’homme. Il semble assez facile d’établir le début de la liste et de mettre en évidence les caractèristiques biologiques ou purement physiques de notre espèce Homo Sapiens. C’est le travail des anthropologues. Cependant, ne définir l’humanité de l’homme que par son appartenance à l’espèce Homo Sapiens semble bien trop réducteur. Nombre de philosophes ont donc tenté de déterminer ce qui faisait en propre l’humanité de l’homme, humanité qui est à chercher du côté de ses qualités intellectuelles ou morales, donc du côté de son esprit. Aptitudes rationnelles à la morale et à la politique chez Aristote pour qui l’homme est « un animal politique », conscience de sa finitude chez Pascal pour qui l’homme est « un roseau pensant », questionnement métaphysique chez Schopenhauer pour qui l’homme est un « animal métaphysique », autant de qualités qui distingueraient radicalement l’humain des autres animaux. Mais la diversité de ses réponses révèle une difficulté puisque les hommes vivent en société et que les sociétés humaines sont diverses. De même que le zoologue David Mesh, qui avait avancé la théorie longtemps admise que les loups vivent en meute guidée par un couple dominant, a finalement reconnu s’être trompé car il avait pris une caractéristique des loups vivant en captivité pour une caractéristique naturelle de l’espèce, de même nous pouvons encore plus facilement produire des théories erronées sur la nature humaine, car nous n’observons pas d’hommes « naturels », mais toujours des hommes « socialisés ». C’est pour cette raison qu’à partir du XVIe s., des philosophes comme Hobbes et Rousseau ont eu recours à une fiction théorique que l’on appelle « l’état de nature » et qui consiste à imaginer ce que serait l ’homme s’il ne vivait pas en société. Rousseau observe par exemple que les hommes vivant en société sont jaloux, égoïstes ou hypocrites, bref plutôt méchants ou mauvais sur le plan moral. Mais ces comportements et ces sentiments sont-ils naturels ou sont-ils produits par la société ? La thèse de Rousseau dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes est que les hommes sont naturellement indépendants et bons : si on enlève la société, il ne peut régner entre les hommes que des inégalités assez limitées et la nature a donné à l’homme une qualité permettant à l’ensemble de l’espèce de survivre même en l’absence de lois, à savoir la pitié qui est un sentiment portant spontanément l’être humain à aider, s’il en a les moyens, un autre être humain qu’il voit souffrir. Au contraire selon Rousseau, la société, qui s’est développée pour que les hommes puissent accumuler plus de richesses, a produit de grandes inégalités entre les êtres humains, ce qui a pour conséquence le développement de l’amour-propre et des mauvais sentiments égoïstes.
Cependant, la même volonté d’imaginer l’homme « à l’état de nature », a conduit Hobbes à développer une thèse diamétralement opposée selon laquelle l’état de nature est un état de guerre permanent, ce qui explique le développement de la société qui permet aux hommes de se protéger les uns des autres en se soumettant aux mêmes lois. Ainsi ni l ’observation scientifique, ni la spéculation philosophique ne semblent capables de nous assurer d’une définition de la nature humaine. Et si celle-ci n’existait pas ?
Dans un deuxième temps, nous allons donc voir quelles sont les raisons qui peuvent nous amener à douter de l’existence de la nature humaine et à penser que tout ce que nous estimons « naturel » n’est en fait que le fruit de la culture et de l’éducation.
On utilise souvent l’expression « c’est une seconde nature » pour évoquer un trait de caractère, un comportement ou une habileté qui est si bien acquise ou si bien ancrée dans nos habitudes qu’elle semble naturelle. Par exemple, nous écrivons de manière si spontanée et sans réfléchir au moindre de nos gestes, que cela semble naturel. Pourtant nous savons à quel point cela a mis de temps et nous a demandé d’efforts pour acquérir le geste d’écriture. Aussi on peut se demander s’il n’en va pas de même de certains traits de ce que nous pensons être notre nature humaine, notre humanité. L’humanité peut en effet ici avoir deux sens. Au sens neutre, c’est l’ensemble des qualités (au sens de « caractéristiques ») propres aux êtres humains. Mais au sens moral, il s’agit de nos belles qualités humaines, de nos vertus morales qui font de nous des êtres bienveillants envers notre prochain, comme quand on dit de quelqu’un qui est bénévole dans une association humanitaire qu’il « fait preuve d’humanité ». Or nous avons vu que selon Rousseau la pitié était une vertu parfaitement naturelle. Sauf qu’on ne peut que constater qu’une bonne partie de nos actes vertueux, comme laisser sa place dans le bus à une personne âgée ou tout simplement faire preuve de politesse, ont souvent pour origine des règles morales acquises par l’éducation. C’est ce que soutient John-Stuart Mill dans son essai intitulé La nature. Pour lui en effet, « ce n’est qu’après une longue pratique d’une éducation artificielle que les bons sentiments sont devenus si habituels, et ont si bien pris le dessus sur les mauvais, qu’ils se manifestent spontanément quand les circonstances le demandent ». Mill se situe donc plutôt dans la lignée de Hobbes : il ne nie pas l’existence d’une nature humaine, mais si celle-ci existe, elle est très loin d’être morale et vertueuse. Il en va pour lui de la morale comme de l’écriture : elle n’est pas du tout innée, mais acquise par un long travail éducatif et devient pour nous une seconde nature, ce qui expliquerait la méprise de Rousseau. Notre « humanité » ne serait donc pas du tout naturelle, mais fabriquée par la famille, la société et l’éducation.
Notre humanité serait purement culturelle et s’opposerait en fait diamétralement à notre nature humaine mauvaise. Cependant les études en psychologie, notamment celles du professeur Baron-Cohen, montrent que nous ne sommes pas du tout égaux en termes d’empathie : certaines personnes bien éduquées pourront agir de manière vertueuse sans réellement éprouver ce sentiment d’empathie, alors que pour d’autres le sentiment sera ressenti comme le véritable moteur de leurs bonnes actions. Il semble que la vertu peut s’apprendre, mais pas ce sentiment d’empathie qui correspond à la pitié rousseauiste. Si bien qu’on peut se demander s’il est vraiment pertinent de vouloir distinguer radicalement en l’homme ce qui vient de la nature et ce qui vient de la culture.
Ainsi, dans un troisième et dernier temps, nous envisagerons les raisons qui nous poussent à dire qu’il est dans la nature de l’homme de se transformer par la culture et que tout en nous est à la fois naturel et culturel.
La culture est un terme polysémique. Le premier sens de cette notion correspond à l’agriculture, au fait de travailler la terre pour en quelque sorte forcer la nature à produire plus ou à produire autre chose que ce qui pousserait naturellement. Le second sens est figuré : quand je dis de quelqu’un qu’il est « cultivé », ou quand on parle de « culture générale », on parle du fait pour un être humain d’avoir travaillé « son esprit » pour lui faire développer ses qualités intellectuelles et accumuler des connaissances. Enfin on parle aussi de la culture en un sens collectif : la culture à laquelle j’appartiens, c’est un ensemble de règles, d’habitude, de croyances qui sont propres à la société dans laquelle je suis né. On peut au contraire penser que la culture ne fait que développer des capacités naturelles communes à tous les hommes. Certes, il y a des centaines de langues différentes, mais toutes ces langues sont des développements de notre même capacité au langage. Certes tous les peuples et toutes les sociétés n’ont pas nécessairement la même opinion de ce qui est bien ou de ce qui est mal et n’obéissent pas aux mêmes règles ou aux mêmes lois, mais toutes les sociétés possèdent un système de règles qui incarne cette capacité à parler du bien et du mal, du juste et de l’injuste qu’Aristote considère comme le propre de l’être humain et fait de lui un « animal politique ».
Ainsi la culture modifie la nature, mais ne crée rien qui ne vienne pas de la nature. Ce qui fait dire à Maurice Merleau-Ponty dans la Phénoménologie de la perception : « Il est impossible de superposer chez l’homme une première couche de comportements que l’on appellerait « naturels » et un monde culturel ou spirituel fabriqué. Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme. » Merleau-Ponty prend l’exemple de l’expression des émotions qui n’est ni entièrement naturelle, ni entièrement culturelle. S’il est naturel d’exprimer la colère, elle ne s’exprimera pas de la même manière si je suis Français, si je suis Anglais ou si je suis Japonais, parce que nos cultures respectives ne nous ont pas imposé les mêmes règles de maîtrise de nos émotions. Et la culture parvient même à modifier ce qui nous paraît hors de sa portée. Les chercheurs en ethnolinguistique ont montré que la langue que nous parlons influe étonnamment sur notre perception des couleurs : pour les Himbas de Namibie qui ont cinq mots pour décrire les couleurs, il est très facile de distinguer des nuances de vert que l’oeil d’un Français ne parviendra pas à percevoir parce que le mot « vert » en français regroupe des nuances que la langue himba distingue. Et inversement, il sera très difficile pour un Himba de distinguer le bleu du vert, car la langue himba ne possède pas de mots différents pour ces deux couleurs. Ainsi on peut conclure que la perception des couleurs est à la fois naturelle et culturelle, ce qui va dans le sens de la thèse de Merleau-Ponty.
En conclusion, il est dans la nature de l’homme de transformer le monde naturel qui l’entoure et de se transformer lui-même. Une chaise en bois vient à la fois de la nature, car le bois est produit par la nature, et de l’homme car c’est lui qui a donné au bois la forme d’une chaise. Or l’homme semble transformer sa propre nature de la même manière : la nature lui a donné un corps et des qualités naturelles qu’il développe par la culture. Grâce à elle, il peut se modifier et se donner une autre forme que sa forme naturelle. Il y donc bien une nature humaine, mais qui est développée et transformée par la culture, parce que c'est justement dans la nature de l'homme de se cultiver. En effet, de même que les transformations que l’homme fait subir à la nature mettent en danger l’équilibre environnemental, de même les hommes commencent à dépasser certaines limites dans l’usage de la technologie appliquée à l’homme : c’est ce qu’on appelle le transhumanisme. L’idée du transhumanisme, c’est de compenser les déficiences naturelles de l’être humain et d’en augmenter les capacités jusqu’à le transformer en une forme hybride de corps naturel et de machine artificielle (le cyborg de la science-fiction). On peut donc se demander : quand la culture ne tend plus à développer le potentiel humain, mais à repousser les limites de ses capacités naturelles, ne tend-elle pas vers la fin de l’être humain ?
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"Y a t il une nature humaine ?"
Des études scientifiques récentes montrent qu’un des principaux éléments qui caractérise psychiquement l’homo sapiens concerne la présence chez lui d’un esprit artistique, dont on ne retrouve pas la trace chez son proche cousin, l’homme de Néandertal. Ce type d’exemple peut donner à penser que l’homme moderne bénéficie naturellement de capacités qui participent d’une nature propre. La nature renvoie en effet à une idée d’origine, d’où son étymologie « nascor », qui signifie « naître ». Elle correspond alors à tout ce qui est inné. L’idée de nature humaine se traduirait donc pour l’homme comme un potentiel inné auquel il a accès indépendamment de son vécu. Or, cette idée de nature humaine peut paraître paradoxale. Dans un régime politique, elle peut revêtir un aspect protecteur de la dignité de l’homme, notamment du fait que les droits qui lui sont reconnus ne se fonderaient plus forcément sur la religion, mais sur l’analyse de la nature. Toutefois, l’idée d’une nature de l’homme peut être l’indice d’une limite au-delà de laquelle il ne peut aller, qui peut alors l’enfermer ou le contraindre.
Pour ces raisons, et dans la mesure où l’homme peut même se définir comme un être qui a vocation à vivre en société pour développer ses potentiels, peut-on à juste titre parler de nature humaine ?
Ainsi, si la notion de nature humaine est avant tout revêtue d’un paradoxe, elle peut servir à faire état, en creux, du fait que l’homme a des manques qu’il a besoin de combler par la vie en société.
I. La notion de nature humaine peut paraître paradoxale pour définir ce qui est commun à tous les hommes
Pouvant être à la fois protectrice et limitatrice, la notion de nature humaine apparaît comme étant paradoxale.
A. Entre protection et limite, une notion variable
Il existe plusieurs interprétations de l’idée de nature humaine. Elle peut avant tout suggérer que l’homme naît homme, c’est-à-dire qu’il a en lui de façon innée tout ce qui caractérise un être humain. Toutefois, il est difficile de donner un contenu précis à ces propriétés innées et universelles, surtout quand on s’interroge sur les caractéristiques psychiques et morales de l’homme. Dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), lorsqu’il essaye de penser l’homme indépendamment de ses acquis sociaux (rôle, travail…), c’est-à-dire à l’état de nature, Rousseau le considère comme un être sensible, affectif, naturellement porté vers le respect de la vie et du bien-être. Néanmoins, Rousseau imagine que l’homme à l’état de nature est un homme ayant suffisamment d’espace pour être indépendant et subvenir à ses besoins grâce à une nature extérieure suffisamment généreuse. Ainsi, pour Rousseau, si « L’homme est bon par nature, c’est la société qui le corrompt ».
L’idée de nature humaine peut aussi renvoyer à la raison de l’homme. Pour Descartes, la raison apparaît même comme une capacité innée qui caractérise l’homme autant, voire plus, que son corps. Cette raison fait alors la dignité de l’homme. Elle nous différencie des animaux par une aptitude à penser. Comme le soulignait déjà Aristote dans l’Âme, les animaux peuvent émettre des sons pour exprimer une sensation immédiate, mais ils ne peuvent pas combiner des sons pour produire des pensées abstraites, complexes et détachées de la réalité sensible immédiate. Du point de vue politique et moral, les conséquences d’une telle idée de la nature humaine sont capitales, car c’est parce que l’on reconnaît que les hommes sont universellement dotés de raison que l’on va pouvoir affirmer que tous les hommes sont égaux en nature. Dès le XVIe siècle, l’École de Salamanque conçoit ainsi que les sources du droit ne doivent plus être recherchées dans les textes sacrés ou les traditions, mais dans l’examen de la nature à la lumière de la raison. Ce processus, incarné par le jusnaturalisme, conduira progressivement à la déclaration d’un ensemble de droits inaliénables, que les juristes appellent des droits naturels. La notion de nature humaine peut donc apparaître importante car elle est porteuse de valeurs universelles et entraîne des conséquences politiques.
Toutefois, d’un autre côté, reconnaître que les hommes sont liés à une nature humaine pourrait signifier qu’ils ne sont pas pleinement libres.
En effet, la raison de l’homme n’apparaît pas, par exemple, comme une limite face à la violence. Pour l’anthropologue Françoise Héritier, c’est justement parce que l’homme érige des systèmes de pensée intelligibles et transmissibles qu’il a pu construire des systèmes validant la violence jusqu’au meurtre à l’égard des femmes. Cela l’amène ainsi à dire que l’espèce humaine est la seule espèce dans laquelle les femelles peuvent être tuées par leurs congénères, malgré le gaspillage en termes d’évolution que ce comportement induit. Or, si l’on compare la notion de nature humaine avec celle d’instinct animal, il apparaît que la liberté de l’animal n’est qu’apparente, car il est totalement déterminé et n’a pas le choix d’aller contre son instinct, contrairement à l’homme.
B. Le concept de condition humaine apparaît comme un dépassement du paradoxe autour de l’idée de nature humaine
L’idée de nature humaine reste paradoxale. Elle suppose un potentiel en chacun mais fait abstraction des conditions qui sont nécessaires pour développer ce potentiel. Ainsi, lorsque Claude Levi-Strauss analyse que la prohibition de l’inceste est à la base de la construction de toute société humaine, il reconnaît qu’elle n’est pour l’homme ni fondamentalement naturelle, ni un acquis culturel.La thèse de la philosophie existentialiste de Sartre, largement développée dans l’ouvrage L’existentialisme est un humanisme, paru en 1946, constitue une critique de l’idée de nature humaine. Sartre va jusqu’à dire que ce qui définit l’homme, c’est sa liberté, entendue comme son absence de nature. Ainsi l’homme n’est pas déterminé à être homme et doit se faire lui-même selon un modèle d’homme à choisir. L’idée de condition humaine a ainsi l’avantage de conserver la notion d’universalité et aussi de conserver la possibilité de liberté, alors que la notion de nature humaine va empêcher la liberté. Cette idée est le cadre au sein duquel toute existence individuelle va se développer en un ensemble de faits imposés par le seul fait d’être humain. Être en relation avec les autres, prendre position, travailler mais ne pas être autosuffisant, font partie de la condition humaine. Elle est ce qui est commun aux hommes en dehors des cultures mais elle n’empêche pas la liberté. Et de toute manière, il serait impossible d’être totalement libre puisque cela supposerait de vivre dans le vide, sans tenir compte de rien ni de personne.
Néanmoins, philosophiquement, la notion de nature humaine peut tout de même servir d’hypothèse d’étude, pour permettre de considérer que l’homme est justement un être qui par définition a vocation à quitter la nature, afin de pouvoir coexister convenablement avec ses semblables et de développer ses potentiels.
II. L’idée de nature humaine pourrait surtout servir à montrer les manques que l’homme a besoin de combler par la vie en société
L’état de nature de l’homme est une hypothèse de travail qui souligne la vocation de l’homme à vivre en société, dans la mesure où il a besoin de ses semblables pour développer son potentiel et qu’aucune nature ne vient combler ce manque. A. L’état de nature de l’homme est illusoire et souligne la vocation de l’homme à vivre en société. ’idée de l’état de nature correspond peut-être plus à un fantasme ou une utopie qu’à une réalité. L’état de nature paisible que dépeint Rousseau cesse à partir du moment où la démographie augmente et que les hommes n’ont plus de place pour être indépendants. Rousseau rejoint alors d’une certaine manière la théorie de Hobbes. Dans le Léviathan (1651), il considère que l’état de nature peut devenir un état de menace permanente, où « l’homme est un loup pour l’homme ». Pour lui, l’homme est violent et mauvais par nature, car il ne se détermine qu’en vue de la satisfaction de son intérêt immédiat, sans se soucier des autres. Cela le fait nécessairement rentrer en conflit et conduit alors à un état de guerre permanent où règne la loi du plus fort. Or, dans un tel état de nature, la liberté naturelle apparaît finalement comme la plus menacée qui soit, car elle reste relative à la force des uns par rapport aux autres. Seul le plus fort serait vraiment libre, mais sa liberté cesse dès l’instant qu’il trouve plus fort que lui.
Il faut donc reconnaître, comme Rousseau et Hobbes, qu’il n’y a pas de liberté sans loi, ni lorsque quelqu’un est au-dessus des lois. Ainsi, concernant l’état de nature qu’il dépeint, Rousseau affirme que nous ne savons pas si pareil état n’a jamais existé et même s’il peut exister. Pour lui, c’est avant tout une hypothèse de travail qui a pour fonction d’essayer de penser l’homme tel qu’il est naturellement et pas tel que la société l’a fait. De plus, à supposer que cette idée de nature rende possible une liberté naturelle, s’agirait-il vraiment d’une liberté humaine ? En effet, une telle liberté suppose seulement une existence biologique. Or, Aristote écrit dans l’Éthique à Nicomaque, que celui qui ne peut pas vivre en société ou qui n’a de rien parce qu’il se suffit à lui-même « est une brute ou un dieu ». Cela vient à reconnaître que l’homme ne peut revendiquer ce genre de liberté car il n’est pas autosuffisant. C’est un être dénaturé, un « zoon politikon ». Il a besoin de la relation aux autres, de la vie en société, pour actualiser un potentiel qui n’existe d’abord en lui qu’en puissance. Aristote considère aussi que la vie en société s’impose comme une nécessité naturelle pour la reproduction de l’espèce, tout simplement.
B. L’homme a besoin de ses semblables pour développer son potentiel et aucune nature ne vient combler ce manque
L’idée de nature humaine devient critiquable lorsqu’elle suppose un potentiel inné de l’homme. En effet, un minimum d’apprentissage, notamment du langage, est nécessaire pour développer ce potentiel. L’homme n’est donc peut-être pas entièrement un être naturel car il se construit et structure son existence à travers le dialogue et la délibération avec ses semblables.Les écrits de Lucien Malson, publiés en 1964 et qui font la synthèse des études menées sur les enfants sauvages au XIXe siècle, peuvent conduire à remettre en question l’idée selon laquelle l’homme serait, au fond, un être naturel. Les enfants sauvages sont des enfants abandonnés très tôt dans la nature et qui ont survécu tant bien que mal sans l’aide d’autres. Incapables de marcher correctement, ils souffrent d’un ensemble de dysfonctionnements physiologiques, notamment digestifs et pulmonaires, dus au fait que leur corps ne se soit pas redressé. Malgré les soins qu’ils reçoivent, ils s’avèrent même incapables de développer la fonction de pensée et de langage et décèdent rapidement pour la plupart. Il peut donc être considéré que ces enfants ne témoignent pas de l’existence d’une nature humaine, mais plutôt d’un manque qu’aucune nature ou essence n’est venue combler.
Comme le souligne Jacques Lacan dans Les complexes familiaux dans la formation de l’individu, l’homme à la naissance est un être prématuré. Il est alors possible d’affirmer que l’homme naît « en puissance » et que la raison ne serait qu’un potentiel qui reste en friche si aucune culture ne vient en prendre soin. Ainsi, la vraie nature de l’homme serait de ne pas avoir de nature ou du moins d’avoir une nature très malléable. Au demeurant, la notion de nature humaine garde un certain intérêt pour expliquer, en creux, ce phénomène.
Source :
https://www.editions-ellipses.fr/index.php?controller=attachment&id_attachment=46476&srsltid=AfmBOoo46z6jWmUfDQbspEybIsXwiJP3Z4UP_qAr059PAU3X-8TLT_qe
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Commentaires de texte
Pour les deux commentaires, voir le texte d'Heidegger ici et celui de Freud en pièce jointe
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