Nature humaine & nature environnementale dans "Snow Therapy" (Ruben Östlund, 2015).

Publié le 13 Novembre 2025

Nature humaine & nature environnementale dans "Snow Therapy" (Ruben Östlund, 2015).

...ou la nature humaine mise à nu
 

Synopsis
Une famille suédoise passe ensemble quelques précieux jours de vacances dans une station de sports d’hiver des Alpes françaises. Le soleil brille et les pistes sont magnifiques mais lors d’un déjeuner dans un restaurant de montagne, une avalanche vient tout bouleverser. Les clients du restaurant sont pris de panique, Ebba, la mère, appelle son mari Tomas à l’aide tout en essayant de protéger leurs enfants.


Maîtriser la nature (humaine)  
Le décor, une station de ski, très rarement montré sur grand écran, forme pour l'amateur de ski qu'est Ruben Östlund un terrain  d'analyse des plus propices. Une station presque noyée par la  majesté de la nature qui l'entoure. La nuit, l'Homme, à titre préventif, essaie tant bien que mal de juguler la nature menaçante. Les explosions retentissent dans la vallée et la montagne gronde, comme mécontente. Dans un tel cadre, difficile de ne pas faire un parallèle entre le désir de Tomas  de maîtriser ses instincts naturels, allant jusqu'à refouler ses émotions, et l'acharnement de l'Homme dans sa quête de domination de la Nature.  

 

trailer :
https://youtu.be/u0n21qQVaUM
 

scène de l'avalanche (3mn17)
https://www.youtube.com/watch?v=Y6BWSU27xr0


scène 2 : "Tu es parti en courant" (1m08)
https://www.youtube.com/watch?v=wZkbrBiDX3M

 

FORCE MAJEURE / SNOW THERAPY - analyse du CHEF D'ŒUVRE de Ruben Östlund (20 mn)
Force Majeure - Snow Therapy est selon moi le meilleur film de Ruben Östlund, réalisateur aux deux Palmes d'Or, maître des plans fixes.
Dans cette vidéo je fais une analyse la plus complète possible du film via des angles cinématographiques (surtout par rapport à la mise en scène et à la compositions des plans), philosophique et social.
On aborde des grands auteurs notamment Freud et son Malaise dans la culture mais aussi Hegel et sa vision de la nature humaine (partie 2), Sartre et sa théorique de l'amour (partie 3) et encore Freud pour l'oubli inconscient (refoulement des traumatismes (partie 1)). J'aurai pu creuser plus mais ce n'est pas un cours de philosophie ni de psychanalyse, je ne voulais pas être trop barbant. Dites moi si vous préférez que je creuse plus à l'avenir. 
Ici on analyse aussi beaucoup les plans, ça s'apparente même presque à du plan par plan pour certaines séquences.

https://www.youtube.com/watch?v=kICUG3NYMLg
 
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Turist, le titre original de ce deuxième film de Ruben Östlund, avait pour titre français Force majeure lors de sa présentation au Festival de Cannes dans la section « Un certain regard », dont il est reparti primé. Renommé Snow therapy, il dévoile davantage son jeu : dans la blancheur immaculée d’une station de ski française, une famille modèle suédoise (Tomas, Ebba et leurs deux enfants) va être ébranlée par une déflagration. Sous la carte postale, le psychodrame : à la terrasse en front de neige d’un restaurant, les quatre touristes sont soudain témoins d’une avalanche qui manque de les emporter. « Papa ! » Mais Papa a filé, non sans avoir pris la peine de venir rechercher son téléphone portable, tandis que son épouse tentait de protéger leurs enfants. Magnifiquement cadrée et truquée, l’avalanche est en fait le premier gag de cette comédie nordique décapante : comme pour narguer le lâche et empêcher que sa lâcheté ne soit engloutie dans l’ampleur du désastre, cette semi-catastrophe a en effet le génie de s’arrêter exactement à la balustrade de la terrasse. Plus de peur que de mal ? Pas vraiment, car le mal est fait, le ver est dans le fruit : aux amis logés dans le même hôtel, Ebba, bientôt obsédée par le « délit de fuite » de son mari, soumet le cas de Tomas en attendant un jugement moral.

Östlund navigue un peu dans les mêmes eaux que Le Passé d’Asghar Farhadi, où s’organisait une circulation de la culpabilité autour d’une épouse dans le coma. Mais Snow therapy balaie les causalités psychologiques qui intéressaient l’Iranien, son goût pour les demi-teintes et les révélations à l’étouffée. La blancheur éclatante des pistes, comme l’efficace ronron des brosses à dents électriques du couple, relève ici d’une mise en scène frontale en accord avec un scénario avançant par blocs, répliques marquantes, sans souci d’une lente macération. À Tomas qui lui demande conseil en haut des pistes, l’ami répond que la fréquentation d’un thérapeute pendant deux ans s’est avérée moins efficace que cinq minutes de cri. On est en droit d’entendre là comme un programme esthétique du film : plutôt que d’une comédie dramatique ou de mœurs, Östlund fait en effet le choix d’un burlesque « primal », d’une forme crue, volontiers criarde, pour mettre en crise de manière angoissante et souvent hilarante la masculinité contemporaine. Puisque Tomas n’a pas été assez « homme » le moment venu, son environnement devient soudain empreint d’une virilité hyperbolique, à la limite du fantastique. Ainsi les avalanches délibérément provoquées dans les environs résonnent-elles comme les échos d’une guerre métaphorique, et la surboum d’un groupe de jeunes gens torse-nus qu’on dirait sortis de l’univers des Springbreakers américains apparaît-elle à Tomas errant un soir comme une vision infernale de sa virilité perdue. Même son ami, roux et barbu, a le physique massif d’un parangon de force viking ! Pour sortir de cette crispation obsédante dans l’image d’un sexe vu par un autre, l’épouse inventera un scénario qu’on se gardera bien de dévoiler, mais qui hisse le storytelling en vogue dans la publicité et la politique en substitut crédible à la thérapie de couple. L’humour grinçant, à deux doigts de la satire facile de la dynamique du couple ou de la petite bassesse morale de chacun, pourrait faire croire à un film roublard, si la forme elle-même ne faisait resurgir, un peu comme dans les derniers films de l’étrange Ulrich Seidl une empathie que l’on croyait écartée (ainsi d’une scène de pietà lorsque femme et enfants s’agglutinent autour du père à terre, ou de la fête des jeunes sportifs filmée comme un tableau de Jérôme Bosch traversé par les sautes de lumières du stroboscope). L’ultime réussite de Snow therapy, avec sa sortie astucieusement datée fin janvier, consisterait à être projeté dans les cinémas des villes de sports d’hiver, où un rideau d’affiches publicitaires locales tapissait jadis l’écran avant la séance…

REVUE ETUDES, novembre 2015.

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Critique : Découvert lors de la compétition de la troisième édition du Fifigrot de Toulouse, Snow Therapy, titre français d’un film nommé Force majeure pour le marché international (oui, c’est étrange, je sais), annonce bien son contenu. Nous allons assister pendant presque deux heures à un couple qui fait sa thérapie dans un cadre enneigé de sports d’hiver, celui des Arcs en Savoie. Pour cela, Ruben Östlund a pioché dans son passé où il réalisait des films de commande sur les stations de ski. L’image est superbe, presque documentaire. Le couple formé par Tomas (Johannes Kuhnke) et Ebba (Lisa Loven Kongsli) est beau, ils respirent le bonheur. Ils ont deux charmants enfants. Tomas a un bon travail, ce qui leur permet de mener un train de vie bourgeois et de prendre cinq jours de vacances dans un hôtel de luxe. Tout va bien dans le meilleur des mondes. On prend des photos souvenirs mais tout à coup, le second jour, se produit cette avalanche apparemment contrôlée, cet événement imprévu et l’attitude du père dans ce contexte de survie se révèle ne pas être ce qu’on attend de lui. Ces quelques secondes vont ainsi virer à l’obsession dans la tête d’Ebba. Connaît-elle vraiment cet homme ? Peut-elle continuer à vivre avec lui ? Peut-elle pardonner le déni dont il fait preuve ? Plus il va essayer d’éviter le conflit, plus elle va chercher la confrontation, quitte à trouver des témoins pour faire comprendre l’abandon total qu’elle ressent. Le film pourrait ainsi s’apparenter à un psychodrame ; pourtant, le cinéaste y injecte une grande dose d’humour, un sens du ridicule et aussi une poésie contemplative qui s’éloignent complètement du genre. La virtuosité de la mise en scène, l’excellence des acteurs et de l’écriture et l’atmosphère générale, soulignée par la photographie majestueuse, expliquent en grande partie pourquoi le long métrage a obtenu le Prix du Jury dans la section Un Certain Regard à Cannes et a été sélectionné pour représenter la Suède aux Oscars.

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© Plattform Produktion / Essential Film

L’unité de lieu est un des grands atouts du film, tout se passe soit dans l’hôtel soit dans un environnement naturel blanc et immaculé. Cette épure rend les personnages face à eux mêmes, isolés, avec pour seule compagnie les autres touristes. Ceux-ci jouent aussi un rôle essentiel, notamment pour dédramatiser et apporter un peu d’humour. Ils portent à la fois un regard de spectateurs sur la crise du couple Tomas-Ebba mais eux-mêmes sont aux prises des mêmes malentendus, scènes de ménage ou différences de points de vue, que ce soit la mère de famille qui se paie un jeune Américain de passage (Brady Corbet) ou le couple d’amis norvégiens, Mats (Kristofer Hivju) et Fanni (Fanni Metelius). Les hommes et les femmes ne sont définitivement pas faits pour s’entendre. Querelles, ressassement, règlements de compte, insomnies : rien n’y fait. Le gel se durcit entre mari et femme. La sécurité patriarcale ne devient qu’un leurre dans cette société bien rangée. Au fur et à mesure, la neige devient d’ailleurs plus épaisse, jusqu’à ne plus être qu’un insondable brouillard. Il faudra alors que le père émerge de cette brume pour reprendre la place qui est la sienne dans le cadre familial. Il y a presque quelque chose de religieux dans cette mise à l’épreuve : l’avalanche serait le moment de grâce, et à partir de là tout ne sera que chemin de croix et étapes à franchir. Pourtant, l’approche d’Östlund semble plus anthropologique. C’est le comportement humain qui l’intéresse – comme dans ses films précédents d’ailleurs. Face à des moments de survie, quels peuvent être nos premiers réflexes ? Peut-on avouer une faute quand celle-ci semble impardonnable ? La lâcheté s’accompagne-t-elle toujours du mensonge ? La peur révèle-t-elle notre nature profonde ? Deux dynamiques s’opposent, celle de la femme qui pousse son mari à assumer et celle de l’homme qui s’enfonce dans la mauvaise foi pour éviter cette libération douloureuse qu’est la vérité, jusqu’à un final qui peut laisser libre cours à diverses interprétations.

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© Plattform Produktion / Essential Film

On appréciera aussi la façon dont le réalisateur gère son temps, les silences, les plans fixes, les déplacements des corps dans le cadre. Certains trouveront ces passages trop longs mais pourtant ils créent cet espace nécessaire à la tension, ils cristallisent ce vide de plus en plus grand entre les parents, cette crainte du divorce et de la séparation pour les enfants, cette cartographie du non-dit et des sentiments refoulés, ce rien terrifiant (la musique reprend sans arrêt les mêmes motifs classiques pour signifier la stagnation) qui fait que celui que l’on croit connaître peut devenir tout d’un coup un étranger. Ce séjour de loisirs et de détente dont le but était de rapprocher Tomas de ses enfants car son travail lui prend tout son temps prendra donc une tournure bien plus dramatique, voire métaphysique. Östlund s’est d’ailleurs inspiré d’une histoire vraie : lors d’une attaque à mains armées dans un restaurant, le mari est parti se cacher pour sauver sa peau sans protéger sa femme. D’ailleurs, de nombreux couples victimes de catastrophes naturelles finissent par divorcer. L’avalanche (scène impressionnante) aura donc un effet boule de neige. Elle devient un révélateur et permet d’aborder des thèmes tels que la culpabilité, l’instinct, la confiance bafouée, la peur, l’ego, l’aveu de l’échec, et se joue volontairement des clichés de la mère protectrice et de l’époux chevaleresque. Vous serez prévenus, il est fortement déconseillé de regarder ce film en couple !

 

source : 

https://www.avoir-alire.com/snow-therapy-ruben-ostlund-critique

 

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[...] Patriarcat

Par le biais de ce récit, Östlund dresse surtout un portrait sociologique de la famille moderne et notamment de la place du patriarche. Chaque membre de la famille a son rôle et s’il y déroge, l’équilibre familial en est alors automatiquement perturbé. Le schéma familial est classique : le père est un cadre qui travaille trop, la mère semble être au foyer, ils partent au ski (les vacances typiques de la classe moyenne) afin que le père leur consacre un peu de son temps. En cas de danger, c’est donc lui qui est tenu de se comporter en héros et s’il a le malheur de manquer à ses devoirs, il risque l’ostracisme. Les conventions sociales et les idées préconçues de la virilité et de l’héroïsme (que le cinéma colporte souvent lui-même) sont très habilement remises en question à travers ce petit incident à grande portée psychologique.

La finesse du scénario repose également sur le juste dosage entre le comique et le tragique à travers une écriture subtile, un bon sens du timing porté par d’excellents comédiens (le réalisateur est friand de l’interruption brutale d’une scène afin de créer un effet comique suite à la réaction d’un des personnages) et l’ambivalence de certaines scènes auxquelles on ne sait comment réagir. Seul bémol : Östlund semble parfois s’acharner vis-à-vis du personnage de Tomas, le campant à plusieurs reprises dans certaines situations plus qu’humiliantes qui, si elles suscitent le plus souvent le rire, ne semblent qu’accentuer un peu trop lourdement sa déchéance (scène de drague vexante, craquage en public). À l’inverse, lorsqu’il s’agit de la rédemption finale du personnage, celle-ci est un peu expédiée, résolue en deux temps trois mouvements par deux séquences qui tout à tour le raillent et relativisent sa couardise tout en le réhabilitant. Tel un tableau de Friedrich, l’homme semble petit face à l’immensité de la nature. Il a beau crier, comme le fait Tomas, il sera toujours dominé par elle.

 

 

source :
https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/snow-therapy/

 

 

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Face au surgissement d’un événement hors du commun, catastrophe naturelle ou danger de mort, comment des êtres humains se comportent-ils ? Obéissent-ils au réflexe du sauve-qui-peut ? A quelles conditions des logiques de solidarité se mettent-elles en branle ? Pour évoquer de tels questionnements, le cinéaste suédois Ruben Östlund imagine une fable moderne au charme vénéneux : un couple et leurs deux enfants en vacances à la neige sont confrontés à une avalanche pleine de menaces. Et, sous les apparences trompeuses du fait divers sans conséquence, nous assistons, dans un déluge de poudreuse, à des remises en cause en cascade : fondements de la famille, mise à l’épreuve des valeurs de sang-froid et de courage, vertus de l’affection, solidité des liens de fraternité. A travers la rigueur et le brio d’une mise en scène au cordeau, « Snow Therapy » nous invite, dans le sillage neigeux de ses protagonistes tourmentés, à retrouver notre humaine condition, faite de partage et de solidarité.

Instantanés lumineux

A peine arrivés dans la superbe station française des Arcs, un beau couple de suédois souriants et leurs jeunes enfants rieurs prennent la pose en haut des pistes ensoleillées pour un cliché conformiste d’un bonheur affiché. Les premiers plans de l’ensemble hôtelier fonctionnel construit dans les années cinquante, lové au creux d’une grande masse montagneuse et enneigée, coïncident avec l’impression dominante de calme et de maîtrise. Tout ici respire les vacances confortables de vacanciers aisés loin des tracas trépidants de la vie active. Le récit, étalé sur cinq jours, paraît au début rythmé de façon monotone et normative par les rituels quotidiens d’une famille où se renouent les liens d’amour entre le mari et sa femme et les relations d’affection et de tendresse avec leur progéniture, dans un contexte paisible favorable au partage. Le climat harmonieux manque cependant d’aspérité et d’entrain au point de semer le doute sur l’authenticité des rapports au sein de cette famille ‘modèle’.

Avalanche soudaine, séismes en tous genres

Assise à la table d’un restaurant en terrasse, la famille de skieurs voit fondre sur elle une gigantesque coulée de neige à la blancheur opaque et se rapprocher tout près au point d’envahir le cadre et d’obstruer notre champ de vision. Nous avons cependant le temps, en un éclair, de voir la mère chercher à protéger ses enfants et le père prendre ses jambes à son cou en abandonnant son monde. Ainsi en quelques secondes, les personnages sont-ils passés de l’émerveillement à l’épouvante et, sous nos yeux, le contrat du couple s’est-il brisé en une fraction de seconde. L’alerte a été rude mais la masse neigeuse s’est arrêtée au pied du bâtiment. Le danger est écarté. L’avalanche n’en finit pas cependant de déclencher des catastrophes en cascade. L’homme, Tomas, dans le déni de sa réaction, semble dans un premier temps incapable d’en saisir la portée face à son épouse, Ebba effarée par la lâcheté de son mari. La prise de conscience du caractère révélateur d’un tel comportement entraîne une redéfinition des rôles au sein de la famille. Elle porte en germe également, au fil des rencontres avec quelques couples d’autres vacanciers, des séismes intérieurs et des remises en cause en profondeur sur la nature des relations entre les êtres humains, ce qui les sépare, ce qui les unit. Sans déflorer le suspense de cette fable d’aujourd’hui, il faut souligner l’habileté et la pertinence des épreuves imaginées par le réalisateur et traversées par ‘l’anti-héros’ et les personnages principaux. Au terme d’une expérience hors du commun, dépassant largement la prouesse sportive et la victoire sur les dangers de la nature, « Snow Therapy » nous convie à une marche à pied sur le bitume sinueux d’une route de montagne descendant vers la vallée. Là, chacun chemine à côté d’un autre, bientôt débarrassé de son enveloppe sociale et renoue en silence avec l’esprit de solidarité.

Mise en scène au scalpel

Séquences découpées, recours systématiques au plan large, stylisation des formes rectilignes et des couleurs (accentuation de la blancheur, métallisation du bleu, contrastant avec le marron des constructions), les partis pris esthétiques de Ruben Östlund donnent naissance à un fantastique de la réalité, de l’apparition d’une montagne dans sa majesté tranquille à son mouvement tellurique et terrifiant, du sourire figé au sanglot du père déchu, des masques sociaux des hommes ivres aux visages blêmes des marcheurs débarrassés de la malédiction neigeuse. Au-delà du caractère ostentatoire de la démarche et du perfectionnisme formel, le message philosophique de « Snow Therapy » prend une dimension universelle, à l’heure où des événements tragiques, survenus dans notre pays, portent atteinte à l’idée même de fraternité entre les hommes.

 

source :
https://www.cafepedagogique.net/2015/01/28/le-film-de-la-semaine-snow-therapy/

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Atelier Snow Therapy (Nature / culture)

 

Lycée naval de Brest, T3, groupe : Bo., Go., Pe, J. , T. d. P. & Ve., novembre 2025.

 

Présentation de l’extrait 

La vidéo est un extrait du film de Ruben Ostlund intitulé Snow Therapy. La scène se déroule sur la terrasse d’un restaurant dans les Alpes : on observe un cadre détendu et calme avec des couleurs assez claires et lumineuses, la scène met en avant une famille qui déjeune. Les détonations soudaines qui proviennent de la montagne sont l’élément déclencheur de l’avalanche et de la perturbation du côté paisible de la scène, perturbation accentuée par les cris des enfants. La mère commence à être inquiète et tente d’avertir son mari tandis que lui reste aveuglement confiant et préfère profiter du spectacle. A l’arrivée de l’avalanche, le père, sentant finalement le danger approcher, prend ses jambes à son cou, laissant ainsi les enfants et la mère à leur sort. Le nuage opaque suivant l’avalanche trouble la scène avant de laisser réapparaître les personnages, qui reprennent leurs actions, réinstallant un climat de tranquillité sur la terrasse.

 

Problématisation

Comment l’homme parvient-il à arraisonner la nature, quelles en sont les conséquences, et comment e se retrouve-t-il face à sa nature ?

 

  1. La culture à travers cet extrait

Dans cet extrait l’homme est éminemment en quête de plaisir. Cela nous permet de mesurer à quel point la culture de la nature humaine de l’homme le pervertit

Rousseau, dans sa critique de la société met en évidence l’aspect néfaste de la culture, qui engendre la perversion de la nature humaine. En effet, les hommes se retrouvent dans un milieu hostile à la vie (haute montagne) en dégustant des « bons petits plats », situation pour laquelle ils ont payé. L’homme ne serait jamais aller dans cet endroit non propice à la vie sans cette culture.

Dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Rousseau analyse la distance ente l’homme naturel et l’homme civilisé, ainsi que la perversion issue de la culture.

Cela est illustré dans cert extrait par :

  • l'environnement (haute montagne), le restaurant en terrasse avec vue.

  • Les vacances, quel est le principe ? (issues de la culture)

  • la Société plus qu’évoluée, quels sont les objectifs des hommes dans cette société ?

Cette situation contraste avec les premières considérations que les sociétés se faisaient entre elles. Leur relation étaient qualifiés de « barbares », « sauvages ». On peut qualifier cela d’ethnocentrisme, cette tendance à considérer son peuple et sa culture comme supérieur à tout autres.

Ex : traité de Valladolid

Aujourd’hui, les hommes ont appris à vivre ensemble, comme illustré par la présence des Suédois en France mangeant du parmesan (culture italienne). Grâce à la pudeur, la justice et le savoir-vivre, les hommes arrivent à vivre ensemble, à une « distance moyenne » supportable. Ils sont arrivés jusqu’ici grâce à un partage des techniques et des savoir-faire).

 

II) La Culture humaine face aux forces de la Nature

Cependant, les artefacts utiles par les hommes pour leur plaisir admettent un accent prométhéen. D’après Platon dans le Protagoras, les arts dont la technique fait partie ont été dérobés aux dieux pour être donnés aux hommes, ainsi ces derniers n’ont pu maîtriser les arts et la technique. La scène de l’extrait qui nous est proposé illustre la thèse de Platon car le chalet construit par les hommes se situe au milieu d’une nature complètement hostile à l’humanité.

Si nous gardons la vision grecque de la nature, nous pouvons interpréter le phénomène de l’avalanche comme un châtiment divin. En effet, les Grecs utilisaient les dieux pour justifier les différentes forces de la nature telles que la foudre ou la mer.

Cette punition pourrait être celle de l’insolence humaine, représenté ici par la figure du père qui ne s’inquiète pas malgré l’évidence du danger pour lui (e-videre en latin : ce qui est visible de manière très manifeste). Le père met de côté ce que sa perception de la nature lui indique pour suivre ses convictions. Emil Cioran a dit dans De l’inconvénient d’être né : « n’a de conviction que celui qui n’a rien approfondi ». La technique ici aurait éloigné l’homme de sa nature en effaçant l’importance des perceptions dans son jugement pour favoriser les convictions prônées en société (la doxa en grec : l’opinion publique).
Le retour à la réalité des forces naturelles ne permettrait-il pas aux hommes de retrouver leur nature individuelle ?

 

III) La nature de l’homme face à la Nature

Lorsque que l’on regarde les réactions des personnages face au danger, on peut percevoir deux visions de la nature d’un individu en philosophie. La première est celle soutenue notamment par T. Hobbes dans le Léviathan avec sa célèbre formule : « l’homme est un loup pour l’homme », ainsi que E. Kant dans L’idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique qui défend que l’homme fait preuve d’ « antagonisme » envers ses congénères. Le père incarne cette vision en prenant la fuite face au danger sans protéger sa famille. Tel l’exemple d’Ajax qui prend la fuite, utiliser par Alain dans les Eléments de philosophie pour qualifier la lâcheté humaine - cette dernière est consciente. En effet, pour Alain, l’humain n’a pas de réactions purement instinctives, celle-ci sont réservées aux animaux.

Cependant, d’autres philosophes comme Jean-Jacques Rousseau pensent que « l’homme est naturellement bon », telle la mère qui, voyant le danger, se jette sur ses enfants pour les protéger. Mais contrairement à la vision d’Alain, la réaction de la mère peut paraître instinctive, comme pour n’importe quelle mère du monde animal qui protège ses petits. Ainsi, l’homme se rapprocherait de l’animal - comme le dit Freud dans Malaise dans la civilisation, l’homme ne serait qu’un « animal frustré ».

 

Conclusion

Dans cet extrait, nous avons pu observer la condition des hommes de notre temps, très éloignés de la Nature. Plus les hommes sont dans la culture et plus ils ajoutent des plaisirs à leurs besoins primaires. Ici, les vacances à la montagne sont permises par la technique humaine qui a réussi à arraisonner la Nature pour les désirs de l’homme. Pourtant, comme le montre l’extrait, les humains reste fragiles face aux forces de la Nature. L’action de l’avalanche permet de montrer la futilité des convictions prônées par la société face à la raison (celle-ci devrait être naturelle pour l’homme mais il l'oublie). Ainsi, l’action de la nature permettrait de retrouver la nature animale ou raisonnable, antipathique ou bienfaisante d’un individu.

En outre, si un individu retrouve sa nature en réagissant de manière instinctive ou non, quelle nature retrouve-t-il ? Est-ce celle donnée, que l’homme reçoit à la naissance ou bien celle qui est le fruit de l’évolution en société ? D’après Henri Salvat : « L’homme ne naît pas homme, il le devient grâce à l’action de la société sur lui », aussi la société prône-telle l’antagonisme. Alors, en serions-nous défaits sans cette éducation de la Doxa?

En somme, nous sommes amenés à nous interroger sur l’origine de la nature d’un individu.

 

Publié dans #Ateliers audiovisuels

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