L'entéléchie chez Aristote
Publié le 28 Novembre 2025
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La “puissance” chez Aristote, c’est quoi ?
Les philosophes adorent inventer des termes étranges, mais qui sont essentiels pour comprendre leur pensée. Par exemple, la « puissance », chez Aristote, qu’il oppose à l’« acte » et qui lui permet de comprendre comment les choses se meuvent et évoluent, se réalisent même dans le changement.
Concept central dans la philosophie d’Aristote, la puissance (dynamis) désigne chez lui tantôt ce qui ce qui est en devenir, tantôt ce qui n’est qu’à l’état virtuel. Dans le premier cas, la puissance est dite « active » parce que le développement de l’être est considéré comme interne et naturel. Par exemple, la chenille est un papillon en puissance. Dans le second cas, la puissance est dite « passive » parce qu’elle ne désigne qu’une simple possibilité dans un futur indéterminé. Par exemple, le marbre peut devenir statue mais, sans l’action du sculpteur, il demeure du marbre brut. Couplée au concept d’acte (energeia ou ergon), la puissance permet à Aristote de penser tout d’abord de manière originale les objets de la physique.
La puissance de la matière
Science de la nature (physis), la physique est plus précisément la connaissance de ce qui est en mouvement (déplacement aussi bien qu’accroissement), ce par quoi se distinguent les êtres naturels (des astres aux animaux). Pour parvenir à connaître l’essence de ces êtres, Aristote associe au couple puissance/acte un autre couple conceptuel : celui de la matière (hyle) et de la forme (morphe ou eidos). Un être naturel est en effet ce qui a en lui-même le principe de son mouvement et qui, pour réaliser son essence, s’actualise en « informant » sa matière (hylémorphisme), condition de son individualisation. La puissance est alors ce qui permet le mouvement compris comme passage d’un état à un autre, comme changement manifeste. Si la matière lui est corrélative, c’est parce que la puissance n’est pas ce qui fait advenir un être à partir de rien, mais ce qui permet la transformation de quelque chose en quelque chose d’autre.
Pour Aristote, la nature est ainsi toujours en train de se faire à partir d’une matière qui n’est jamais totalement indéterminée, de sorte que la puissance est moins une possibilité pure qu’une faculté. Chaque être naturel tend en effet vers une finalité qui lui est propre : tomber pour la pierre, croître pour la fleur, voir pour l’œil. C’est pourquoi d’ailleurs l’acte se traduit aussi par entelechia, terme qui souligne que l’actualisation de la puissance est orientée vers une fin (telos) déterminée. Le couple dynamis/entelechia se retrouve par exemple en psychologie : dans son traité De l’âme, Aristote définit l’âme comme « l’entéléchie première d’un corps ayant la vie en puissance », car l’âme est ce qui donne vie et sens à la plante, à l’animal, à l’homme par la nutrition, la locomotion, la pensée.
Au commencement était l’acte
D’un point de vue métaphysique (science de ce qui est séparé et éternel), l’analyse de la puissance s’enrichit de considérations évaluatives. Aristote soutient en effet que ce n’est pas la puissance mais l’acte qui est premier, priorité qui est à la fois logique et axiologique. Pourquoi ? Parce que tout en étant finalisé dans la nature, c’est l’acte qui détermine ce vers quoi tend ce qui est en puissance. Aussi lorsqu’Aristote écrit : « L’acte est antérieur à la puissance, en définition, en temps et en substance » (Métaphysique, livre Θ, chapitre 8), faut-il comprendre qu’il y a pour lui une prévalence de l’acte sur la puissance dans la mesure où ce qui est achevé, actualisé, vaut toujours plus que ce qui est en train de s’accomplir et qui peut échouer à atteindre son but comme on le voit dans l’étude qu’Aristote consacre aux monstres (tératologie), comme par exemple la naissance d’un poussin à quatre pattes qui témoigne d’un accident de la nature dans la réalisation d’un membre d’une espèce. Et l’on comprend alors que Dieu, « premier moteur immobile » qui rend possible le mouvement, puisse être défini aussi par Aristote comme « acte pur ». Pour l’être parfait en effet, tout est accompli et rien n’est en puissance. L’acte pur, détaché de toute matière et de tout changement, est une pensée pure qui se prend elle-même pour objet, « pensée qui se pense elle-même en saisissant l’intelligible » (Métaphysique, livre λ). Ainsi, parti d’une observation minutieuse de la nature, de son mouvement, de la mutation des phénomènes, Aristote en vient-il progressivement à faire de la puissance, révélée par l’acte, un concept décisif pour comprendre comment ce qui se meut et évolue peut conserver son essence tout en établissant que cette faculté signale une certaine imperfection qui oblige à élever la réflexion à un rang supérieur en spéculant sur ce qui rend la puissance elle-même possible.
France Cuture Le professeur Rolin / L'Oeil du larynx | 10-11
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-oeil-du-larynx-10-11/entelechie-9516049
...il semblerait bien que le mot du jour soit le mot en...té...lé...chie. Qu'est-ce que c'est que ce bazar ? Entéléchie ? Donc, apparemment, ça vient du grec entelekheia qui signifie « énergie agissante et efficace »... Oui... Intéressant... Alors : « Dans la tradition aristotélicienne, l'entéléchie désigne la réalisation de ce qui était en puissance, réalisation par laquelle l'être trouve sa perfection »... Mmmouais... je continue... « Autrement dit, l'entéléchie est l'état de perfection, de parfait accomplissement de l'être, par opposition à l'être en puissance, inachevé et incomplet ». OK... ça ne nous avance pas tellement plus... Je crois qu'il vaut mieux attendre le professeur... il va arriver d'un moment à l'autre... pour nous parler de l'entéléchie, donc... Bon, je ne sais pas ce qui se passe... Je vois ici une autre définition... « l'entéléchie, c'est le principe métaphysique qui détermine un être à une existence définie ». Très bien... Ah ! alors, un peu plus loin je vois une définition littéraire des entéléchies... qui seraient donc des « choses abstraites qui contentent l'esprit »... avec un exemple, ça c'est bien, j'aime bien les exemples... Balzac a écrit dans les Illusions perdues : « Quant à Rousseau, il n'a fait qu'habiller des raisonnements et des systèmes. Julie et Claire sont des entéléchies, elles n'ont ni chair ni os ». C'est qui Julie et Claire ? Mystère ! Ah non, je vois là, en dessous, c'est précisé : « Julie et Claire sont, avec le précepteur Saint Preux, les principaux protagonistes de la Nouvelle Héloïse ». Moi, je croyais que c'était un restaurant, La Nouvelle Eloïse... ce serait donc plutôt un bouquin... de Rousseau, apparemment... un bouquin que Balzac n'aimait pas... encore des embrouilles... Qu'est-ce qu'il fait, qu'est ce qu'il fait ?? Bon... à ce moment-là, en général, il nous met un peu de musique... je vois qu'il a prévu « La Marche des Mousses », par la Flotte de Toulon... Pourquoi ? ça je n'en ai pas la moindre idée... on, peut toujours l'écouter, ça ne mange pas de pain... Marche des mousses, de 0,42 à 1,06 Bon ben voilà...
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