"The Revenant" (Iñarritu, 2016) : analyse cinématographique (thème : Nature et Culture)
Publié le 31 Octobre 2025
Lycée naval de Brest, octobre 2025
En lien avec notre thème : Nature et Culture Le film
The Revenant est à été réalisé par Alejandro Gonzàlez Iñarritu, et sorti le 18 janvier 2016.
Nous analyserons la bande annonce de ce film durant notre séquence.
Plan :
Tout d'abord, nous pouvons remarquer que la scène très courte et que la bande-annonce montre un rythme rapide lors de l'affrontement et lors des scènes d'actions. De plus, nous pouvons remarquer que le metteur en scène décide de faire des "gros plans" sur les personnages, ce qui nous rapproche d'eux car cela permet au public d'entrer dans leur intimité, et de ressentir plus intensément leurs émotions. Le plan panoramique permet d'élargir la scène et de montrer la grandeur de la Nature (du grec physis, les choses qui croissent).
Eclairage : En premier lieu, les scènes de la Nature sont très éclairées, et lumineuses ce qui montre la pureté de celle-ci. Or, les scènes qui montrent l'Homme (lien avec l'humus latin), sont sombres, dans l'obscurité et dans la violence. Ensuite, le contraste pour la Nature est blanc, comme la neige, épuré et simple. Le contraste de l'homme quant à lui est sombre, et remarqué car la nature est épurée. Nous pouvons remarquer que la Nature est tachée par l'homme, par son sang, par l'obscurité.
Rythme et son :
Le son est marqué par des bruits forts, et alternés avec des bruits de pioche, symbole de mort et de travail, mais aussi par la respiration, qui est saccadée par l'anxiété, par l'effort, et par la difficulté éprouvée par l'homme. Cet extrait est ainsi rythmé par la vie et par la mort. The Revenant peut alors monter qu'il y a plusieurs camps qui sont mis en avant : le camp de la Nature, le camp des Amérindiens et le camp des campeurs. On pourrait penser qu'ils sont ensemble, mais ils s'éloignent de la Nature et adhèrent à la violence et à la guerre. Chacun d'entre eux cherchent à dominer les autres.
Réflexion Philosophique :
Ainsi, cet extrait de The Revenant soulève de nombreuses questions : L'Homme est-il un être à part de la Nature ? Etre dans un milieu naturel sauvage (du latin « silvaticus », forestier, de la forêt), met il en difficulté notre nature (natura, fait de la naissance ), notre essence (du grec ousia : la substance ou l'essence d'une chose ) ? Comment la vengeance et l'instinct de survie remettent-ils en cause le kosmos (ordre des choses) ? En quoi la nature de l'homme pousse-t-elle à défier les lois naturelles comme la mort ?
Nous pouvons remarquer, qu'Hugh Glass, le personnage principal de cette bande-annonce, ne se conforme pas à sa destinée (destinare, fixer). En effet, il refuse de mourrir, ce qui est en désaccord avec la citation d'Epictète (philosophe de l’école stoïcienne), dans son ouvrage Entretiens, livre II, chapitre XXIV: " Veuille que les choses arrivent comme elles arrivent et non comme tu voudrais qu'elles arrivent ". Mais cette façon d'agir est aussi en désaccord avec le principe des Stoïciens (penseurs de - IV avant J-C ; Stoa en grec qui veut dire : arche de pierre sous laquelle ils se réunissaient à Athènes), qui se basent principalement sur l'impassibilité, sur le fait qu'il faut accepter sa destinée, de vivre en accord avec elle et de bien vivre avec la situation dans laquelle nous sommes. La conception de Descartes, dans le dualisme cartésien, peut être mise en relation avec cette façon d'agir : le corps ne doit pas prendre le dessus sur l'esprit. Or, chez Glass, ce refus de mourir est aussi une renaissance, une mort intérieure, avec la déshumanisation du personnage principal. Lorsqu'il mange de la viande crue, une part d'animalité le caractérise, et ainsi, il perd tout impact de la civilisation sur lui. De plus, le personnage principal ressent un désir de vengeance, contre les meurtriers de son fils. Cette sensation est là aussi un refus du stoïcisme, car les stoïcisme est basé sur la Sagesse (hokma en hébreu biblique, savoir-faire), l'impassibilité. Sa quête du bonheur (augurium en latin qui veut dire augure, chance) est formée par sa vengeance.
Nous pouvons mettre en relation la vengeance de Glass avec la citation de Julien Offray de La Mettrie, dans son ouvrage Le discours sur le bonheur intitulé Anti-Sénèque : " Le bonheur, c'est l'Île d'Ithaque qui fuit sans cesse devant Ulysse". En second lieu, la conviction d'Hugh Glass pour se venger est forte, et elle correspond à sa quête de vie après sa mort intérieure. La citation d'Emil Cioran dans son essai sur De l'inconvénient d'être né l'explique aussi : " n'a de convictions que celui qui n'a rien approfondi". Cette citation démontre alors que la conviction est ce qui semble nous être rationnel (du grec logos) mais que, principalement, la conviction est liée aux émotions qui la guident.
Ensuite, nous pouvons comparer ce film avec le mythe de Prométhée et Epiméthée (pro : en avant / epi : en retrait / methein : observer ). En effet, les espèces animales ont été créées par Zeus durant sept jours, elles s'adaptent à leurs milieux et correspondent aux volontés du dieu grec. Or, Epiméthée est chargé de l'espèce humaine. Mais au 6ème jour, Epiméthée l'oublie car il n'est pas considéré comme un homme très sophos, malin. Alors, Prométhée intervient et va à l'Acropole dérober le feu à Héphaïstos, le dieu forgeron, et à Athéna les arts, pour que les hommes aient des outils pour survivre. Lorsque les dieux l'apprennent, Prométhée est condamné à être enchaîné sur le mont Caucase ou son foie sera éternellement dévoré par un aigle. Nous pouvons faire un rapprochement entre le film The Revenant et ce mythe, car le feu apparaît à de nombreuses reprises dans le trailer ! si nous suivons la réflexion du mythe du Protagoras de Platon, le feu a été volé par Prométhée. De plus, les arts volés à Athéna apparaissent sous la forme du film même et la discussion entre les hommes est utilisée comme un vice. Ainsi, Hugh Glass passe d'une Nature civilisée à une Nature primaire, ce qui pose la question : cela peut-il être considéré comme une transgression prométhéenne ?
Nous pourrions répondre qu'Hugh Glass réalise une transgression prométhéenne car il quitte sa nature. Cependant, lorsque les hommes n'avaient pas la technique, il n'y avaient pas de nature civilisée. Ainsi, Hugh Glass reviendrait à un retour primaire de l'homme, tel qu'il était lorsque les outils, la technique, le feu, n'existaient pas. Enfin, cet extrait questionne aussi l'action de trouver sa place. Or, Hugh Glass ne la trouve pas, il se bat contre la Nature et, il ne trouve pas sa nature. Ainsi, son comportement bouscule l'ordre des choses. L'attaque des Amérindiens au début de la bande-annonce questionne aussi le fait de trouver sa place dans la Nature, et dans le monde. Cette attaque montre que les Indiens viennent récupérer "leur place" car ils étaient présents dans ce cadre avant les "colonisateurs". Seulement, si nous continuons cette façon de raisonner, la Nature était présente bien avant les Européens, et encore bien avant les Amérindiens, ainsi elle était présente bien avant l'homme. Ainsi, la Nature reprend sa place. C'est ce que nous démontre l'attaque du héros par l'ours, symbole de puissance, et de protection.
La Nature était présente avant tous et reprend ses droits. Cette bataille entre tous représente alors la recherche de la place de chacun dans le kosmos, ce qui correspond à l'essence de l'Homme. Cette guerre est aussi culturelle, elle remet en question la culture de chacun, de chaque tribu. Or, la Nature reprend aussi ses droits sur la culture qui dominait les hommes. Ainsi, nous pourrions nous demander : La naissance est-elle nécessairement biologique ?
Ce film apporte alors une réflexion sur le rapport entre l'homme et la mort, sur le désir de vengeance, sur les notions du bien et du mal, sur la quête afin de trouver sa place parmi un groupe et dans le kosmos.
Elèves : Bo. V., De. V., O. N., J. K., D. T. & V. R.
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