"Notre rapport au monde est-il essentiellement technique ?" (1)
Publié le 19 Octobre 2025
Une relation au monde en crise
S’il est évident que l’être humain occupe une place à part dans la nature, il est en revanche difficile de saisir clairement la différence qui le sépare des autres êtres vivants. Cela tient sans doute à sa manière de se rapporter au monde. Au cours de son histoire, l’homme a en effet instauré une distance de plus en plus grande par rapport à la nature, faisant surgir un univers spécifiquement humain, celui de la culture. Cet arrachement à la nature s’est manifesté de façon de plus en plus marquée avec le phénomène de la technique dont les développements ont scandé l’évolution de l’humanité. Dans cette double et inséparable histoire des techniques et du genre humain, l’avènement des Temps modernes représente un moment clé. Au XVIIe siècle, en effet, à l’époque où Descartes pressentait la puissance que la science moderne donnerait aux techniques et la maîtrise de la nature qu’elles permettraient, un bouleversement majeur a eu lieu. Rompant avec le monde grec et sa vision d’un homme inscrit dans la nature et vivant son rapport à elle sous la forme de la contemplation, une nouvelle modalité du rapport de l’homme à la nature est advenue, celle de sa domination et de son exploitation.
Si ce type de rapport a porté l’humanité à un stade de développement jamais égalé, il est aussi à l’origine de la crise écologique que nous connaissons aujourd’hui, la soumission de la nature et sa surexploitation ayant entraîné de graves déséquilibres mettant en danger non seulement les écosystèmes terrestres, mais également la survie des hommes eux-mêmes. Réchauffement climatique, disparition de la biodiversité, épuisement des ressources naturelles, pollution, risque nucléaire : toutes ces menaces convergent pour signifier que l’humanité est au bord d’une série de catastrophes si rien n’est fait. Il nous faut donc transformer radicalement notre manière de concevoir nos rapports avec la nature et en finir avec l’exploitation intensive de la planète dont les effets incontrôlés mettent en péril les conditions de la vie sur Terre.
Mais comment modifier cette trajectoire dans laquelle l’humanité est engagée et reprendre en main les dynamiques au long cours qu’elle a déclenché et qui risquent de l’emporter ? Quel mode de développement économique et technique nos sociétés doivent-elles adopter pour opérer cette mutation et ouvrir au plus vite une nouvelle ère ?
Le triomphe de l’homme conquérant
La spécificité humaine
Qu’est-ce qui distingue l’homme de l’animal ? Depuis l’Antiquité grecque, on a coutume de penser que c’est la raison qui donne à l’homme sa spécificité et l’éloigne de l’animalité ordinaire. C’est ce que soutient Aristote lorsqu’il définit l’homme comme un « animal raisonnable » [1]. L’une des caractéristiques essentielles de l’espèce humaine est effectivement une capacité que les autres espèces n’ont pas ou qu’elles ont à un moindre degré, l’aptitude à la pensée et au raisonnement. Tandis que la vie animale est mécaniquement déterminée par les instincts et enfermée dans un milieu auquel elle s’adapte, l’homme est en mesure, grâce à ses capacités de raisonnement, de modifier profondément son environnement et de définir par lui-même les règles de son comportement, en posant des obligations, des autorisations ou des interdits.
La possession de la raison n’est pas la seule différence entre l’être humain et les autres êtres vivants. L’anthropologie montre bien que qui fait la singularité de l’être humain, c’est la culture qui témoigne dans ses aspects fondamentaux d’une mise à distance de la nature ou de sa négation. En effet, si dans le monde de la nature le corps est nu, l’alimentation est crue, le langage s’exprime par des cris ou des chants, la terre est sauvage, la matière est brute et les déplacements se font au moyen du corps ; dans le monde de la culture, le corps est habillé, l’alimentation est cuite, le langage s’exprime à travers des paroles, la terre est cultivée, la matière est transformée ou artificielle et les déplacements se font par le biais de véhicules. Autant de différences concrètes qui marquent l’opposition entre deux mondes et montrent la distance irréductible que l’homme a pris avec la nature et l’animalité.
Or, parmi ces différences qui font le propre de l’homme, il en est une qui s’avéra déterminante dans l’évolution culturelle de l’humanité en permettant le détachement progressif par rapport au monde animal et le passage vers le monde humain, c’est l’utilisation d’outils manufacturés. En effet, s’il est vrai que les animaux font preuve de prouesses techniques [2] et se servent d’outils primaires [3], on n’en a jamais observé façonnant des outils secondaires ou composites [4]. Seul l’homme en est capable. D’où sa définition comme homo faber, comme « homme fabricateur d’outils ». L’apparition des tout premiers outils il y a 3,3 millions d’années [5], puis leur perfectionnement grâce à l’évolution de leur technique de fabrication, améliorèrent la qualité de la vie quotidienne des êtres humains en facilitant la chasse, la pêche, l’habillement, le chauffage et l’éclairage. Le développement des techniques a ensuite permis l’agriculture et l’élevage ainsi que la maîtrise progressive de la métallurgie, des progrès si importants qu’ils marquèrent le passage vers les phases décisives de l’histoire de l’humanité que sont le Néolithique à la Préhistoire et l’Âge des métaux à la Protohistoire. Essentielle pour rendre compte de la différence anthropologique, la technique a ainsi joué un rôle moteur dans l’évolution de l’homme, transformant ses conditions matérielles d’existence et le faisant entrer dans le temps de l’invention ininterrompue.
Prométhée, le révolté
Passons de l’histoire à la légende. Symbolisant l’émergence de la civilisation et le début du progrès technique et intellectuel de l’humanité, le mythe de Prométhée a été utilisé dans l’Antiquité grecque par des poètes comme Hésiode (le premier auteur à en faire le récit [6]) ou des philosophes comme Platon (qui s’y réfère dans le Protagoras [7], en l’interprétant à sa manière) pour expliquer le passage de la nature à la culture et l’origine de la technique. La mythologie grecque raconte en effet que Prométhée déroba le feu sacré de l’Olympe pour le donner aux hommes afin qu’ils puissent se défendre contre les bêtes féroces et fabriquer ce dont ils avaient besoin pour vivre, n’étant pas dotés, comme les animaux, de fourrure, de griffes, d’ailes ou de crocs. Pour le punir de son larcin, Zeus le fit enchaîner nu à un rocher dans les montagnes du Caucase. Chaque jour un aigle venait lui dévorer le foie, et pour que le supplice soit plus terrible encore et dure à l’infini, chaque nuit, alors que Prométhée agonisait, son foie se régénérait. Au lieu de geindre et de se plaindre, il continua à défier son bourreau. Prométhée apparaît ainsi non seulement comme un protecteur de l’humanité, mais également comme un rebelle, un révolté. Intelligent, il incarne le triomphe de l’homme conquérant et son émancipation à l’égard de l’ordre naturel et divin. Symbolisée par le feu, la technique offre en effet aux hommes la possibilité de s’arracher au règne de la nature et leur confère un pouvoir illimité leur permettant de rivaliser avec la puissance des dieux.
La domination universelle de la nature
Avec les grandes ambitions techniques qui l’anime, sa foi dans l’homme et dans le progrès, le monde moderne est clairement prométhéen. En effet, depuis la révolution scientifique du XVIIe siècle, qui opéra un tournant dans l’histoire de l’humanité en marquant son entrée dans la modernité, l’homme s’est assigné sans trêve d’accroître sa capacité d’emprise sur la nature pour améliorer ses conditions d’existence. Il agença alors son rapport à la nature non plus sur le mode de la contemplation, comme dans la civilisation traditionnelle, mais sur celui de l’appropriation et de la domination. À cette époque, René Descartes a ainsi été l’un des premiers savants, avec Francis Bacon, à exprimer le souci de mettre les résultats de la science au service des hommes afin de leur permettre de devenir « comme maîtres et possesseurs de la nature » [8] toute entière. Le projet cartésien de maîtrise de la nature grâce à l’application des sciences aux techniques est aujourd’hui accompli, mais sa manière brutale d’envisager le rapport au monde suscite désormais de plus en plus de craintes, car la promesse de bonheur dont il était porteur s’est inversée en menace. On le voit avec l’énergie atomique. Donnant à l’homme la possibilité de capter l’énergie première de l’univers, le nucléaire (civil et militaire) l’incite à « jouer avec le feu ». N’est-ce pas d’ailleurs parce qu’il a offert aux hommes un pouvoir qui risque de les mener à leur perte que Zeus punit Prométhée ?
On sait qu’Héraclès mit fin à son supplice en le délivrant, mais les humains reçurent en revanche du roi des dieux un présent funeste, une femme, belle et séduisante, parée de tous les dons : Pandore. Avant qu’elle ne se rende sur terre, Zeus lui avait remis une magnifique boîte dans laquelle étaient concentrés tous les maux de l’univers, la faim, la soif, les maladies et la mort. Il lui recommanda de ne l’ouvrir sous aucun prétexte mais, une fois sur terre, ne pouvant résister à la tentation de savoir ce qu’elle contenait, Pandore souleva le couvercle. Aussitôt jaillirent tous les malheurs, toutes les misères qui affligeront la vie des humains jusqu’à la fin des temps [9].
Et si les Grecs étaient visionnaires en pressentant le destin que la technique réserve à l’humanité ? La puissance que l’homme moderne possède entre ses mains ne risque-t-elle pas en effet de devenir une malédiction pour lui ? N’a-t-il pas ouvert une boîte de Pandore en s’en emparant ?
L’ambivalence de la technique
Une ambiguïté constitutive
La technique se présente ainsi sous un double aspect. Travaillant à l’avènement d’une vie plus heureuse sur terre et facteur incontestable de progrès dans tous les domaines, elle peut également provoquer des catastrophes humaines et environnementales, comme l’a montré le cortège de guerres et de désastres écologiques vécus au cours des XXe et XXIe siècles. Doit-on alors s’en émerveiller et louer ses bienfaits ou la redouter et en craindre les retombées ?
Entre la technophilie qui exalte la technique et la technophobie qui la dénonce, il semble que nous soyons obligés de choisir notre camp. Or cela n’aurait pas de sens, car célébrer la technique en n’y voyant qu’une source de progrès, ce serait être aveugle aux dangers auxquels elle expose l’humanité, mais la diaboliser en estimant qu’elle est responsable de tous les maux, ce serait oublier la dette immense qu’on lui doit en ne mesurant pas l’aide précieuse qu’elle n’a cessé d’apporter à l’amélioration des conditions de la vie humaine. Plutôt donc que de choisir un camp, il nous faut assumer l’ambiguïté fondamentale de la technique et comprendre comment son pouvoir, à la fois bénéfique et néfaste, a pu transformer radicalement le rapport de l’homme au monde.
Les vertus du machinisme
L’histoire du développement de la technique a été marquée par l’essor prodigieux du machinisme depuis les débuts de la révolution industrielle en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle. Symbolisant la maîtrise de l’homme sur la nature, la machine se distingue de l’outil ou du simple instrument qui réclament l’un et l’autre une manipulation. Elle consiste généralement en un dispositif matériel agencé de telle sorte que le jeu de ses pièces produise de lui-même un effet déterminé, à l’image de l’horloge ou du moteur, par exemple. L’idée de machine implique en ce sens celle d’un automatisme qui, sans se substituer complètement à l’action humaine, la facilite considérablement.
Les machines permettent en effet aux hommes d’atténuer leur peine et d’accroître leur puissance. Moins fragiles et travaillant plus rapidement, elles augmentent la productivité du travail humain, exploitent efficacement les richesses naturelles et améliorent les capacités de subsistance de l’homme en écartant la menace de la pénurie. Mais ce qui fait l’intérêt principal des machines, c’est sans doute leur portée libératrice. Grâce aux machines, les hommes se sont en effet libérés de nombreuses contraintes naturelles, celles de l’espace et du temps notamment, en accélérant les échanges et en favorisant les déplacements. En émancipant des travaux pénibles et des tâches fastidieuses de la vie quotidienne, elles leur ont également fait gagner du temps libre leur permettant de s’instruire, de se consacrer à des disciplines sportives, artistiques ou intellectuelles qui représentent autant d’occasions pour l’être humain de s’éduquer.
On ne saurait donc contester les services que le machinisme a rendus aux hommes. Son application à l’industrie, à l’agriculture, aux transports, à l’information et à la communication, a réalisé des merveilles et ouvert une nouvelle ère, celle de la mécanisation et de l’automatisation, reconfigurant le rapport de l’homme à la nature en renforçant formidablement sa puissance.
L’époque de tous les dangers
Si le développement du machinisme moderne a été positif en permettant la maîtrise et la domination quasi-totale de la nature, force est cependant de constater que, depuis plus de deux siècles, les effets de la révolution industrielle sur l’environnement ont été désastreux. À tel point que, selon certains chercheurs en sciences de la Terre, l’espèce humaine s’est élevée par l’impact de ses activités au rang de force géologique capable de décider de l’avenir de la planète.
Lorsqu’en l’an 2000, en effet, le prix Nobel de chimie néerlandais Paul J. Crutzen [10] introduisit avec le biologiste américain Eugene F. Stoermer le terme « Anthropocène » [11], ils inventèrent ce néologisme pour désigner une nouvelle époque géologique, celle qui débuta selon eux à la fin du XVIIIe siècle, en 1784 précisément, date du dépôt du brevet de James Watt sur la machine à vapeur, symbole du commencement de la révolution industrielle, une nouvelle séquence de l’histoire de la Terre au cours de laquelle l’influence de l’homme sur les écosystèmes est devenue si vaste et si intense qu’elle rivalise par son ampleur avec les empreintes laissées par le passé par d’autres basculements tels que les glaciations, le réveil de volcans ou la chute de météorites [12].
Théorisé sous le nom de « Grande accélération » [13], un concept établi en 2015 par le climatologue australien Will Steffen et ses collègues du Programme international géosphère-biosphère (IGBP) pour caractériser la trajectoire de l’Anthropocène depuis 1950, on constate durant les soixante-dix dernières années un emballement de la perturbation des cycles biogéochimiques profonds et globaux de la planète, du fait du caractère de plus en plus massif des activités humaines et de la démographie mondiale. Des études scientifiques permettent en effet d’attester non seulement l’augmentation accélérée dans l’atmosphère de la concentration en dioxyde de carbone (CO2), en protoxyde d’azote (N2O) et en méthane (CH4), ces gaz à effet de serre (GES) émis principalement [14] par les humains et dont l’accumulation cause le réchauffement climatique, mais également l’effondrement de la biodiversité [15], la hausse de l’acidification de l’océan, la montée en flèche de la pollution chimique de l’eau, de l’air et des sols, ainsi que la modification croissante d’autres processus complexes du système Terre [16].
Par-delà l’ampleur inouïe de ces transformations en cours depuis le tournant productiviste de l’après-1945, ce qu’il nous faut comprendre, si l’on veut tenter d’infléchir les conséquences dramatiques de l’agir humain, c’est ce qui est à l’origine de l’Anthropocène. Or, ce qui nous a conduit au bord d’une rupture majeure du système de fonctionnement de la Terre, c’est moins le développement de la technique qu’une manière de donner sens au monde et aux choses, comme l’a montré la philosophie heideggérienne de la technique. En effet, dans la célèbre conférence intitulée « La question de la technique » qu’il prononça à Brème en 1949 et dont le texte, légèrement remanié, parut en 1954 dans le recueil Essais et conférences, Martin Heidegger identifia ce qui enclencha le processus de ce que l’on appelle aujourd’hui l’Anthropocène, considérant que les dangers de notre époque ne tiennent pas tant aux objets techniques, ni même à leur utilisation, qu’à « l’essence de la technique ».
N’ayant elle-même rien de technique, « l’essence de la technique » renvoie selon Heidegger à la façon de penser qui structure le rapport de l’homme au monde depuis la révolution scientifique du XVIIe siècle et qui, cherchant partout l’utilité et le profit, pose la nature comme un complexe calculable de forces que l’homme peut exploiter à volonté grâce aux nouvelles applications techniques de la science moderne. Après l’avènement de cette dernière, le rapport des hommes à la réalité s’est profondément modifié. Abandonnant la contemplation pour la puissance, il est devenu intéressé et calculateur. Pour le comprendre, Heidegger donne l’exemple d’une centrale hydroélectrique construite sur le Rhin [17]. L’action de cette centrale est celle d’une violence exercée contre le fleuve qui, sommé de livrer de la pression hydraulique à des turbines, est transformé en un « fonds » [18] disponible pour produire de l’électricité et intensifier la puissance humaine.
Or, sous le régime de « l’essence de la technique », tout tend à devenir une réserve d’énergie exploitable au gré des projets et des intérêts humains. La nature entière n’est plus qu’un immense réservoir de ressources dont l’homme se sert à son profit personnel, provoquant à plus ou moins long terme sa destruction ou sa disparition, comme actuellement la forêt amazonienne. L’homme lui-même n’échappe pas à ce règne du fonds disponible. Qu’on pense au monde du travail où il est transformé en ressource humaine à se procurer au meilleur prix et à exploiter, ou bien au domaine de la médecine où l’on a été jusqu’à utiliser son corps pour alimenter le tourisme de transplantation d’organes [19]. L’essence de la technique, ce gigantesque dispositif d’« arraisonnement » [20] commandant à l’homme de traiter tout ce qui est, y compris lui-même, comme utilisable, est ainsi devenue une source de menaces mortelles.
Non contente d’exercer une violence contre les humains et la nature en ne voyant en eux qu’un capital à exploiter, « l’essence de la technique » provoque également un appauvrissement dans notre manière de penser la réalité, selon Heidegger, car elle réduit notre regard sur les choses en nous enfermant dans une pensée utilitaire qui nous empêche de contempler le monde pour lui-même, de réfléchir au mystère de sa présence et au sens d’une vie authentique. Cette manière de se représenter le monde uniquement sous l’angle de l’utilité et du profit est, à ses yeux, un péril pour la pensée car, en devenant la seule manière de comprendre la réalité, elle conduit l’homme au vide spirituel qui caractérise les sociétés occidentales actuelles, marquées par la prépondérance des valeurs matérialistes et consuméristes.
Le véritable danger, met ainsi en garde Heidegger, c’est que « la pensée calculante » [21] (celle des ingénieurs et des techniciens) l’emporte définitivement sur « la pensée qui médite » [22] (celle des poètes, des artistes et des philosophes) ; que l’homo technicus (l’homme technicien, qui compte et planifie) détrône définitivement l’homo sapiens (l’homme penseur, qui s’interroge sur le sens). Son règne exclusif dévasterait la Terre et créerait un véritable désert spirituel.
lire la partie 2
Notes
[1] Aristote, Les Politiques, Livre VII, chap. 13, 1332b, trad. P. Pellegrin, Paris, Gallimard, coll. « GF » (n° 490), 2015, p. 500.
[2] Qu’on pense à leurs techniques de camouflage ou de construction, voire d’« agriculture » et d’« élevage » chez les fourmis.
[3] Fréquemment utilisés par certaines espèces animales comme les chimpanzés qui se servent de pierres pour casser la coquille de certains fruits durs, on entend par outils primaires les objets qui, sans transformation, sont employés comme outils.
[4] Les outils secondaires sont fabriqués avec l’aide d’un autre outil : une pierre utilisée comme percuteur permet, par exemple, de façonner une autre pierre et d’en faire une lame. Les outils composites sont quant à eux fabriqués à partir de plusieurs éléments qui forment un seul outil, comme la hachette de pierre.
[5] En mai 2015, l’équipe internationale du West Turkana Archaeological Project co-dirigée par Sonia Harmand (membre du CNRS et chercheur associé à l’Université Stony Brook de New York) a annoncé la découverte dans la région du lac Turkana au nord du Kenya de blocs de pierre taillée datant de 3,3 millions d’années, soit 700 000 ans avant les outils taillés de l’Oldowayen datés de 2,6 à 2,3 millions d’années trouvés en Éthiopie et qu’on considérait jusqu’alors comme étant le tout premier outillage lithique. Le nom de Lomekwien a été proposé pour désigner cette industrie lithique dont l’auteur ne serait pas Homo habilis mais un Australopithèque, voire un Paranthrope. Voir Sonia Harmand et al., « 3.3-million-year-old stone tools from Lomekwi 3, West Turkana, Kenya », Nature, vol. 521, 21 mai 2015, pp. 310-315.
[6] Voir Hésiode, Théogonie, vers 535-616, trad. P. Mazon, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Classiques en poche » (n° 88), 2008, pp. 58-67.
[7] Voir Platon, Protagoras, 320c-322b, trad. E. Chambry, Paris, Flammarion, coll. « GF » (n° 146), 1967, p. 52-53.
[8] R. Descartes, Discours de la méthode, Sixième partie, in Œuvres philosophiques de Descartes, t. 1, Édition F. Alquié, Paris, Bordas, coll. « Classiques Garnier », 1992, p. 586.
[9] Voir Hésiode, Les Travaux et les Jours, vers 42-105, trad. P. Mazon, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Classiques en poche » (n° 121), 2018, pp. 8-13.
[10] Le prix Nobel de chimie lui fut attribué en 1995 pour avoir expliqué l’effet destructeur de certains agents chimiques sur la couche d’ozone.
[11] Succédant à l’Holocène, cette ère de stabilité environnementale et climatique que la planète a connu depuis 11 500 ans et qui a vu l’émergence de l’agriculture et de la sédentarisation de l’être humain, l’Anthropocène (du grec ancien anthropos [Άνθρωπος], « homme », et kainos [καινός], « nouveau ») est le nom proposé en 2000 par le chimiste de l’atmosphère Paul J. Crutzen et le biologiste Eugene F. Stoermer pour changer la dénomination de notre époque et l’appeler « l’âge de l’homme ». Le 6 mars 2024, la Sous-commission sur la stratigraphie du Quaternaire (SQS) de l’Union internationale des sciences géologiques (UISG) a voté contre la reconnaissance officielle de l’Anthropocène en tant que nouvelle époque géologique. Ce vote a été validé par la Commission Internationale de Stratigraphie (ICS) et le comité exécutif de l’IUGS, rendant la décision irrévocable.
[12] Voir P. J. Crutzen et E. F. Stoermer, « The Anthropocene », IGBP, Global Change Newsletter, n° 41, mai 2000, p. 17-18.
[13] W. Steffen et al., « The trajectory of the Anthropocene ; The Great Acceleration », The Anthropocene review, vol. 2, n° 1, avril 2015, pp. 81-98.
[14] Présents naturellement dans l’atmosphère, les GES y ont été démultipliés par les activités humaines puisque la combustion des énergies fossiles (le charbon, le gaz et le pétrole) constitue l’une de leur principale source de production.
[15] Les biologistes parlent de la « sixième extinction » depuis l’apparition de la vie sur Terre, la cinquième étant celle des dinosaures à la fin du Crétacé, il y a 65 millions d’années. Voir A. D. Barrnosky et al., « Approaching a state shift in Earth’s Biosphere », Nature, vol. 486, juin 2012, pp. 52-58.
[16] Le dysfonctionnement du cycle de l’azote et du phosphore et la destruction de l’ozone stratosphérique notamment.
[17] Voir M. Heidegger, « La question de la technique », in Essais et conférences, trad. A. Préau, Paris, Gallimard, coll. « Tel » (n° 52), 1988, p. 21-22.
[18] « Der Bestand », en all. Ibid., p. 23.
[19] On pense ici aux prélèvements forcés d’organes sur des prisonniers politiques (les pratiquants de la spiritualité Falun Gong principalement) par les autorités chinoises dans les années 2000, provoquant la mort de ces derniers et constituant une industrie très lucrative, un rein valant 45 000 euros, un cœur, de 95 000 à 120 000 euros.
[20] « Das Gestell », en all. Voir M. Heidegger, « La question de la technique », op. cit., p. 27 sqq.
[21] M. Heidegger, « Sérénité », in Questions III, trad. A. Préau, Paris, Gallimard, coll. « Tel » (n° 172), 1990, p. 136.
[22] Idem.
source :
https://chevalier.lycee.ac-normandie.fr/spip.php?article799
/image%2F1077344%2F20251019%2Fob_c915d8_tech1.jpg)