La droiture selon Marc Aurèle (Philippe Roy, "Marc Aurèle", 2025 ).

Publié le 7 Septembre 2025

La droiture selon Marc Aurèle (Philippe Roy, "Marc Aurèle", 2025 ).

"Toutefois, dans les domaines qui sont donnés en exemple de son engagement philosophique, comme l'esclavage, le sort de la plèbe et le « droit » des femmes, on constate qu'il s'y est en fait illustré dans le plus simple conservatisme, guidé par son sens de l'humain, un certain sens de l'histoire et cette option philosophique proprement stoïcienne de mise en accord de soi-même avec la nature. Cette pensée ne mettait pas l'accent sur les aides qui facilitent l'existence matérielle et n'ont vocation qu'à la rendre plus confortable, ce qui relève de l'indifférent, c'est-à-dire ce qui était secondaire aux yeux des Stoïciens. L'accent était mis sur la vie de l'âme dont la valeur dépendait entièrement de l'action de chacun à partir d'une situation donnée dans le monde ; et aucune de ces situations, de la condition d'esclave à celle d'empereur, n'était une aide ou un empêchement pour être (réellement) libre. Dans l'idée stoïcienne, la place donnée à chacun était conforme à la loi universelle et tout homme pouvait accéder à la sagesse, ou non, dans sa situation. Le chemin était différent pour l'esclave et le sénateur, mais au bout du compte la liberté ou l'enfermement étaient les mêmes. Du point de vue stoïcien, être empereur ou esclave, riche ou pauvre, était un indifférent. La condition d'empereur possédait aussi ses tares que Marc Aurèle ne manquait pas de souligner, mais « là où il est possible de vivre, il est possible de bien vivre écrit-il, que ce soit à la cour pour lui, comme esclave pour un autre, ou comme proscrit pour un homme comme Épictète (PMM V, 16). Dans tous les cas, les hommes peuvent agir comme des pions ou des pantins, par vanité et recherche de reconnaissance, ou exceller dans leur propre nature, quelle qu'elle soit, empereur ou paysan. Le but n'était pas qu'un empereur soit comme un paysan, ou l'inverse, mais que chacun soit droit en lui-même selon sa nature et sa place dans une société qui n'était pas considérée comme évolutive ou arbitraire ; et que cette droiture soit toujours tendue vers le même but, même si le paysan devenait empereur ou l'inverse: « quant au reste de ta vie, passe-le en homme qui se repose sur les dieux, du fond du cœur, pour tout ce qui le concerne et qui ne se fait ni le tyran ni l'esclave de personne » (PMM IV, 31). Toutes les approches sociales de Marc Aurèle sont à comprendre à travers ce prisme."

Philippe Roy, Marc Aurèle, Ellipses, 2025, p. 194.

 

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