Le “management affectif” n’a pas sa place dans la fonction publique
Publié le 2 Juillet 2025
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Ressources humaines
Le “management affectif” n’a pas sa place dans la fonction publique
Par Bastien Scordia - 30 juin 2025
"Le juge des référés du tribunal administratif de Rennes vient de confirmer la sanction d’exclusion temporaire prononcée à l’encontre d'un manager public accusé d'avoir accordé des privilèges en matière de charges et de temps de travail à certains agents placés sous sa responsabilité. Ce management “injuste” et “clanique” de la part de ce fonctionnaire a eu pour conséquence d'entraîner “une situation de souffrance au travail” chez certains agents, explique le juge."
Les encadrants de la fonction publique doivent faire attention à leur management et à l'impact que celui-ci peut avoir sur leurs subordonnés. C'est ce que vient de rappeler le juge des référés du tribunal administratif de Rennes dans une ordonnance du 23 juin par laquelle il a confirmé l'exclusion temporaire d'un fonctionnaire accusé d'avoir mis en œuvre un management clanique privilégiant certains agents.
Agent de maîtrise principal, ce fonctionnaire appartenait aux effectifs du conseil régional de Bretagne depuis 1984 et était affecté dans un lycée depuis le 1er mars 2010, où il était chargé de l'encadrement du service général et technique. À la suie d'une enquête administrative diligentée en octobre 2024 sur son mode de management, le président de la région Bretagne avait prononcé à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans.
“Charges de travail distinctes selon les affinités”
Il lui était précisément reproché d'avoir adopté “un mode de management culpabilisant et dépréciatif des agents”, en tenant “des propos humiliants et dévalorisants en public“ et attribuant des “charges de travail distinctes selon les affinités”. À ce propos, l'administration lui reprochait notamment d'avoir obligé certains agents à venir sur leur lieu de travail dès 5 h 30 alors que ceux-ci commençaient à 6 h 00 ou d'avoir accordé des privilèges à certains agents “pour qu'ils ne réalisent pas la totalité de leur temps de travail”, mais aussi d'avoir “institué un fonctionnement totalement irrégulier à l'égard des heures supplémentaires”.
Ce mode de management “clanique [est] particulièrement néfaste sur la cohésion des agents affectés dans l'établissement”, expliquait l'administration pour prendre la sanction en question. Pour le fonctionnaire concerné, néanmoins, la matérialité des faits qui lui étaient reprochés n'était pas établie. Il jugeait aussi disproportionné son exclusion temporaire. L'intéressé avait donc décidé de saisir la justice contre cette sanction. Celle-ci est maintenue par le juge des référés.
“Témoignages concordants”
“Il ressort des témoignages concordants de plusieurs agents recueillis dans le cadre de l'enquête administrative, que le management très directif et empreint de favoritisme [du requérant] est à l'origine de conditions de travail particulièrement délétères depuis plusieurs années au sein du lycée”, confirme-t-il ainsi dans son ordonnance.
Ces agents, poursuit-il, ont évoqué “dans des termes précis et circonstanciés” un management “injuste et affectif privilégiant un petit groupe de personnes”. Et ce, donc, en particulier pour la distribution des tâches et la gestion des heures supplémentaires. À l'inverse, de “nombreux témoignages concordants” attestent que ce fonctionnaire a exercé des pressions pour que des agents arrivent plus tôt à leur poste de travail que l'horaire effectivement prévu. Le juge relève aussi que des remarques déplacées, infantilisantes et humiliantes de la part du requérant, mais également des propos et remarques à caractère sexuel et/ou sexiste de sa part.
Aussi, estime le juge, le comportement du manager requérant “a eu pour conséquence d'entraîner chez plusieurs agents une situation de souffrance au travail”. Si celui-ci conteste certains des faits qui lui sont reprochés, il n'apporte néanmoins “aucun élément probant permettant de contredire les témoignages concordants et précis faisant état de son comportement managérial largement inapproprié envers une partie de son équipe”. “Par suite, en l'état de l'instruction, eu égard à la gravité des faits, le moyen tiré du caractère disproportionné de la sanction n'est pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse”, conclut le juge, en rejetant la requête du requérant contre son exclusion temporaire.
source :
https://acteurspublics.fr/articles/les-managers-de-la-fonction-publique-ne-doivent-pas-confondre-hierarchie-et-affinites-le-management-affectif-na-pas-sa-place-dans-la-fonction-publique/
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