"À quoi bon expliquer une œuvre d'art ?" (bac L, 2019)
Publié le 19 Juin 2019
Introduction / Problématisation
Schopenhauer raconte, qu’après avoir vu une représentation d’une pièce de Racine, il avait entendu avec consternation un célèbre mathématicien sortir du théâtre en haussant les épaules et s’exclamer, agacé : « mais qu’est-ce que cela prouve ? ». Cette anecdote montre que le rapport que nous entretenons avec une œuvre d’art relève d’attentes différentes. Il est donc légitime de se demander pourquoi certains d’entre nous ressentent le besoin qu’une œuvre soit expliquée. Expliquer, c’est étymologiquement : déplier. Appliqué à l’oeuvre d’art, c’est-à-dire à une création humaine sans finalité pratique, ce verbe renvoie à la recherche des procédés et des intentions qui président à cette création.
Mais précisément, parce que l’art étudié par l’esthétique relève des arts dits « libéraux » (autrement dit : libérés de l’utilité), vouloir expliquer une œuvre semble d’emblée problématique. N’est-ce pas réduire la part de mystère qui fait l’originalité d’une œuvre que de vouloir rendre compte de ce qui a permis sa création ? Expliquer, n’est-ce pas trahir l’essence même de tout projet esthétique ?
Pourtant, force est de constater que certaines œuvres sont si hermétiques qu’elles semblent inaccessibles si elles ne sont pas commentées. Ainsi en va-t-il de la poésie de Mallarmé, de la musique de Schönberg ou même de certaines œuvres architecturales de civilisations oubliées. Quelle part d’explication appelle donc ce type d’œuvre sans que le ressenti du spectateur n’en soit diminué ? On cherchera à montrer que si expliquer l’art peut lui nuire (I), la raison peut légitimement rendre compte des œuvres d’art (II) du moment qu’elle-même aspire à en respecter l’originalité (III)
source :
https://www.philomag.com/bac-philo/copies-de-reves/a-quoi-bon-expliquer-une-oeuvre-dart-38978
