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    <title><![CDATA[fredericgrolleau.com (Nouvelles perso, poèmes & projets divers)]]></title>
    <link>http://www.fredericgrolleau.com/categorie-635831.html</link>
    <description>Les derniers articles publiés dans la catégorie &quot;Nouvelles perso, poèmes &amp; projets divers&quot; du blog &quot;fredericgrolleau.com&quot;</description>

        <language>fr</language>
    
    
    <pubDate>Thu, 09 Feb 2012 12:18:17 +0100</pubDate>    <lastBuildDate>Thu, 09 Feb 2012 12:18:17 +0100</lastBuildDate>    <generator>Over-blog.com RSS 2.0 Engine</generator>    <copyright>Copyright 2012 www.fredericgrolleau.com</copyright>            <category>Nouvelles perso, poèmes &amp; projets divers</category>    <docs>http://www.rssboard.org/rss-specification/</docs>                        
      <item>
        <title><![CDATA[Les fabuleuses aventures de Gonzague Zig]]></title>
        <link>http://www.fredericgrolleau.com/article-2825408.html</link>        <description><![CDATA[<p>&nbsp;<font face="Verdana" color="#808080"><strong>Scenario pour un livre illustr&eacute; pour enfants, en cie du dessinateur jean-luc belin (fevrier 06, projet inabouti)</strong></font></p>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm"><font style="FONT-SIZE: 15pt" size="4"></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm"><font style="FONT-SIZE: 15pt" size="4"><font face="Franklin Gothic Medium, sans-serif">Les fabuleuses aventures de Gonzague Zig</font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm"><br /></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm"><br /></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm"><br /></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm"><font face="Franklin Gothic Medium, sans-serif"><font style="FONT-SIZE: 15pt" size="4">1</font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm"><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Il a beaucoup de chance, Gonzague. </font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm"><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Car l'endroit o&ugrave; il vit est constamment berc&eacute; par les vagues.</font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Partout, des plages, des futaies, des oiseaux crieurs et un soleil resplendissant que rien ne semble pouvoir chagriner. Tel est Eloa.</font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm"><br /></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Gonzague vit sur un &icirc;le au milieu de nulle part, bord&eacute;e par l'oc&eacute;an et la houle. Un espace presque sph&eacute;rique que ne visitent que les rafales du vent. Parfois aussi la foudre et le tonnerre quand la temp&ecirc;te fait rage. La l&eacute;gende raconte que les premiers habitants qui &eacute;chou&egrave;rent ici nomm&egrave;rent l'il&ocirc;t en raison de l'&eacute;cho qui leur revint quan, &agrave; peine, d&eacute;barqu&eacute;s sur la gr&egrave;ve, rescap&eacute;s de l'Autonomos, un navire en perdition, ils criernt &agrave; tue-t&ecirc;te : Hello, y'a quelqu'un ?&nbsp;&raquo; Un son bref, seul, leur fut renvoy&eacute; en boomerang: &laquo;&nbsp;Eloaaaaa&nbsp;&raquo;. </font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><br /></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Franklin Gothic Medium, sans-serif"><font style="FONT-SIZE: 15pt" size="4">2</font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font size="3"><font face="Times New Roman, serif">Certains diraient que c'est un paradis, tout beau tout chaud. Un lieu de d&eacute;tente et de vill&eacute;giature o&ugrave; il doit faire bon se reposer du bruit et de la fureur du monde. </font><font face="Verdana" size="2">Mais voil&agrave;, Gonzague n</font></font><font face="Verdana" size="2">e conna&icirc;t rien <em>du</em> monde. C'est &agrave; peine d'ailleurs s'il sait ce que c'est <em>le</em> monde... Pour Gonzague ce paradis est bien plut&ocirc;t un enfer.</font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><br /></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Franklin Gothic Medium, sans-serif"><font style="FONT-SIZE: 15pt" size="4">3</font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Ce qui l'ennuie, Gonzague, c'est qu'une &icirc;le, on en a vite fait le tour. Et qu'&agrave; force d'arpenter cette ar&egrave;ne terreste, il sent quelque chose ne lui qui ne tourne pas rond. En v&eacute;rit&eacute;, il sufit d'&ecirc;tre observateur pour s'en rendre comte : des faits bizarres ont souvent lieu &agrave; Eloa.</font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Par exemple, pourquoi les cimes de certains arbres, les fa&icirc;tes des pitons rocheux les plus &eacute;lev&eacute;s, les chapeaux des montagnes les plus hautes, sont-ils coiff&eacute;s par les carcasses de navires en grande partie d&eacute;zingu&eacute;s, les T&ocirc;ba, qui parfois s'effondrent &agrave; pic &agrave; grand renfort de vacarme m&eacute;tallique et de stridulences sylvestres ? </font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Il n'a pas beaucoup de chance, Gonzague. Parce que d'une telle &icirc;le, nul ne s'&eacute;chappe &agrave; tire-d'aile.</font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><br /></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Franklin Gothic Medium, sans-serif"><font style="FONT-SIZE: 15pt" size="4">4</font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Autre inqui&eacute;tude et non des moindres; o&ugrave; qu'il porte son regard, pourtant per&ccedil;ant, Gonzague n'aper&ccedil;oit jamais autour delui que des individus qui lui ressemblent : personne de plus vieux, personne de diff&eacute;rent sur Eloa, qui n'est remplie que d'enfants. Encore ceux-ci ne sont-ils pas tous sympahtique et Gonzague a appris &agrave; ses d&eacute;pensce qu'il en c&ocirc;ute de les approcher. Souvent il a re&ccedil;u des projectiles, cailloux, bouts de bois, &eacute;corces urticantes, tandis qu'on l'agonisait d'injures et d'insultes. Ces cris-l&agrave; font encore plus mal que les coups.</font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Gonzague le sait : par son aspect il est pareil qu'eux, mais il est radicalement diff&eacute;rent dans sa t&ecirc;te. De fait, Gonzague n'est pas heureux et les autres, ceux de la Meute, proclament &agrave; qui veut l'entendre qu'il est un dr&ocirc;le de zig. Que fureter tout le temps &agrave; droite et &agrave; gauce, comme il le fait, en ne faisant m&ecirc;me pas attention o&ugrave; on met les pieds &ndash; ce qu'ils moquent en appelant cela la &laquo;&nbsp;strat&eacute;gie du Zig-Zag&nbsp;&raquo; &ndash; est une forme de folie. C'est ainsi. Qu'importe !</font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><br /></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Franklin Gothic Medium, sans-serif"><font style="FONT-SIZE: 15pt" size="4">5</font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Cela &eacute;tant dit, Gonzague a depuis belle lurette compris que son salut ne d&eacute;pendait pas du regard des autres. C'est pourquoi il passe le plus clair de son temps &agrave; inpsecter l'&icirc;le, la t&ecirc;te en l'air. Non pas parce qu'il est un grand &eacute;tourdi mais parce qu'il cherche la raison de la pr&eacute;sence des T&ocirc;ba. Ceux de la Meute y voient des totems qu'il faut v&eacute;n&eacute;rer, &agrave; grand renfort de sacrifices et de pri&egrave;res votives, faute de punition supr&ecirc;me : ne pas honorer les T&ocirc;ba &agrave; intervalles r&eacute;guliers causerait ainsi les orages qui menacent Eloa... </font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font size="3"><font face="Times New Roman, serif">Mais Gonzague croit qu'il y a l&agrave; baleine sous rocher : pour lui, les T&ocirc;ba et leur sinistres coques rouill&eacute;es recouvertes par le lichen, sans parler de leurs matures d&eacute;risoires aux antennes obsol&egrave;tes, </font></font>sont l'arbre qui cachent la for&ecirc;t. <font face="Times New Roman" size="3">Et il est bien d&eacute;cid&eacute;, quoi qu'il en co&ucirc;te, quitte &agrave; s'exclure encore davantage de la Meute, &agrave; percer ce secret. A p&eacute;n&eacute;trer enfin dans la vraie for&ecirc;t de symboles qui est la v&eacute;rit&eacute; des T&ocirc;ba et de l'absence d'Anciens sur l'&icirc;le balay&eacute;e par les embruns.</font> </div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><br /></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Franklin Gothic Medium, sans-serif"><font style="FONT-SIZE: 15pt" size="4">6</font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Aujourd'hui est un grand jour. Gonzague Zig a quitt&eacute; ce matin le centre d'Eloa, ce regroupement de masures insalubres, consitu&eacute;es de bric et de broc &agrave; partir de d&eacute;chets rejet&eacute;s par la mer et de t&ocirc;les v&eacute;tustes r&eacute;cup&eacute;r&eacute;es au pied des T&ocirc;ba. Il a quitt&eacute; la cit&eacute; de Marek pour s'engouffrer dans les sentes obombr&eacute;es des bois qui jouxtent la ville. C'est l&agrave;, dans la Sylve, qu'il esp&egrave;re d&eacute;couvrir le myst&egrave;re qui p&egrave;se sur Eloa. La clef de l'&eacute;nigme de sa propre origine. Le tr&egrave;sor insoup&ccedil;onn&eacute; que devaient sans doute convoiter tous les pilotes de ces vaisseaux d&eacute;catis d&eacute;sormais &eacute;chou&eacute;s dans les arbres...</font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">Pour la premi&egrave;re fois, Gonzague va zigzaguer loin de Marek, ce qui est sa mani&egrave;re d'ex-sister.</font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><br /></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Times New Roman, serif"><font color="#808080" size="3"><strong>frederic grolleau</strong></font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><strong><font face="Times New Roman" size="3"></font></strong></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Times New Roman, serif"><font size="3"><strong>To be continued...</strong></font></font></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><br /></div>
<div style="MARGIN-BOTTOM: 0cm" align="justify"><font face="Times New Roman, serif"><font size="3">&copy; <a href="http://www.fredericgrolleau.com">www.fredericgrolleau.com</a> </font></font></div>]]></description>
        <pubDate>Thu, 25 May 2006 19:22:06 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">67bbbc5836e332299b00ac604ae437ee</guid>
                <category>Nouvelles perso, poèmes &amp; projets divers</category>        <comments>http://www.fredericgrolleau.com/article-2825408-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Sumo (partie 2)]]></title>
        <link>http://www.fredericgrolleau.com/article-2709537.html</link>        <description><![CDATA[<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><strong>Suite et fin de la nouvelle <em>Sumo</em></strong></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Mais je ne suis pas au centre de ce rayonnement cette fois-ci. C&rsquo;est Nicolas, qui est partout. Qui est nulle part. Tout individu dispose d&rsquo;un potentiel de bonne fortune qui s&rsquo;ach&egrave;ve un jour ou l&rsquo;autre&nbsp; ; Nicolas a &eacute;t&eacute; mon catalyseur. Le mensonge de mon geste, je le sais, est la v&eacute;rit&eacute; de ma condition. Je suis n&eacute; pour abolir les podiums indus.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">De retour &agrave; Paris, il a fallu attendre trois semaines avant qu&rsquo;un journal, Le Figaro je crois, ne soit le premier &agrave; diffuser un encart &agrave; la Une o&ugrave; il &eacute;tait question de l&rsquo;inqui&eacute;tude que causait chez ses proches et aupr&egrave;s des milieux autoris&eacute;s la disparition de Nicolas Rey. Je n&rsquo;ai pas l&rsquo;impression que beaucoup d&rsquo;autres media aient insist&eacute; cet &eacute;t&eacute;-l&agrave; (ni les autres saisons qui ont suivi) sur l&rsquo;inexplicable disparition d&rsquo;un trentenaire aussi talentueux que t&eacute;n&eacute;breux promis &agrave; une fulgurante carri&egrave;re dans le milieu de la culture et des Lettres en France.<br />&nbsp;<br />&nbsp;La vie suivait son cours, l&rsquo;indiff&eacute;rence reprenait ses droits. On parlait d&eacute;j&agrave; pour la future rentr&eacute;e d&rsquo;un jeune homme, s&rsquo;&eacute;tant fait (re)conna&icirc;tre par des &eacute;missions litt&eacute;raire sans pr&eacute;c&eacute;dent sur le web, comme du nouveau Pivot online&hellip; <br />&nbsp;Dans une autre vie, je ne tuerais pas Nicolas Rey. J&rsquo;ai trouv&eacute; la r&eacute;ponse que je cherchais&nbsp; : accepter qu&rsquo;il n&rsquo;y en a aucune. Mieux, consid&eacute;rer que la question est un acte en soi qui &agrave; ce titre prime sur tout acte pour nous. <br />&nbsp;Comme le disait, non sans philosophie h&eacute;doniste, mon oncle Roger, ma&ccedil;on vend&eacute;en hors pair qui n&rsquo;&eacute;tait jamais revenu tout &agrave; fait &eacute;quilibr&eacute; de la guerre d&rsquo;Alg&eacute;rie&nbsp; : <br />&laquo;&nbsp; Quand y a, y a&nbsp; ; quand y a pas, y a pas&nbsp; !&nbsp; &raquo;.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" color="#808080" size="2"><strong>frederic grolleau</strong></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><strong>copyright : </strong><a href="http://www.fredericgrolleau.com"><strong>www.fredericgrolleau.com</strong></a><strong>&nbsp;&amp; </strong><a href="http://www.ecrivainsenligne.com"><strong>www.ecrivainsenligne.com</strong></a></font></p>]]></description>
        <pubDate>Sat, 13 May 2006 16:39:35 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">5635791dfd8d2e7ac2623de2f7e110aa</guid>
                <category>Nouvelles perso, poèmes &amp; projets divers</category>        <comments>http://www.fredericgrolleau.com/article-2709537-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Sumo ou le jour où j'ai tué Nicolas Rey (partie 1)]]></title>
        <link>http://www.fredericgrolleau.com/article-2709466.html</link>        <description><![CDATA[<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><strong>Diffus&eacute; en juin 2005 sur le site </strong><a href="http://www.ecrivainsenligne.com"><strong>www.ecrivainsenligne.com</strong></a><strong>, texte novelis&eacute; &agrave; partir d'un roman &eacute;ponyme non publi&eacute;.</strong></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" color="#808080" size="2"><strong>SUMO ou le jour o&ugrave; j'ai tu&eacute; Nicolas Rey</strong></font></p>
<p align="justify"><br /><font face="Verdana" size="2"><em>Avertissement :<br />L'auteur tient &agrave; rappeler la dimension purement romanesque et fantaisiste de ce r&eacute;cit o&ugrave; les personnes cit&eacute;es ne valent qu'au titre de personnages fictifs.</em> </font></p>
<p align="justify"><br /><font face="Verdana" size="2">&nbsp;C&rsquo;est un samedi, fin juin, que &ccedil;a m&rsquo;a pris. Trop, c&rsquo;est trop. Fid&egrave;le &agrave; mon habitude d&rsquo;homme r&eacute;cemment mari&eacute; et emp&ecirc;ch&eacute; de ce fait d&rsquo;aller bambocher le samedi soir, je me suis avachi dans le canap&eacute; du salon, attendant le d&eacute;but des festivit&eacute;s/hostilit&eacute;s. Etant entendu qu&rsquo;il importe de se sustenter dans les grandes occasions, je me suis muni d&rsquo;un pot de mayo, d&rsquo;un demi-poulet fum&eacute; (encore sous cellophane d&rsquo;origine) et de trois canettes de Hoogarden (j&rsquo;aurais pr&eacute;f&eacute;r&eacute; de la Kriska parce que la vodka m&ecirc;l&eacute;e au citron a le don de me faire oublier sur le champ &ndash; enfin, un champ de trois canettes&nbsp; : le chemin de l&rsquo;enfer n&rsquo;est-il pas pav&eacute; de bouteilles outrageusement vides&nbsp; ? &ndash; mes soucis). <br />&nbsp;Je ne sais pas pourquoi mais je manque rarement un Tout le monde en parle, semblable en cela aux milliers de personnes qui croient sans doute par cet interm&eacute;diaire vaguement m&eacute;diatique o&ugrave; tr&ocirc;nent de veilles lunes c&ocirc;toyer la vie parisienne dans ce qu&rsquo;elle a de plus originale et attirant.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><strong>Poulet ardissonien<br /></strong>&nbsp;Je me suis bien rendu compte, pourtant que les invit&eacute;s jet set d&rsquo;Ardisson sont comme l&rsquo;&eacute;mail&nbsp; : &agrave; force &ccedil;a raye l&rsquo;image (tous ces gens &agrave; l&rsquo;&eacute;cran sourient de leur blanches dents comme si, jamais, ils n&rsquo;avaient eu de caries, enfants. D&rsquo;ailleurs, je me lave toujours les dents deux fois de suite apr&egrave;s avoir vu l&rsquo;&eacute;mission, une sorte de rite barbare post-cathodique, car je me sens souill&eacute; par la &laquo;&nbsp; jauneur&nbsp; &raquo; des miennes &ndash; allez trouver un comparatif qui sonne avec blancheur, on en reparle&nbsp; ; la jaunisse c&rsquo;est pour ceux qui ont mang&eacute; trop de cachous). <br />&nbsp;Qui fait le d&eacute;compte sur le fil de l&rsquo;ann&eacute;e s&rsquo;aper&ccedil;oit sans mal en effet que, except&eacute; les grosses pointures internationale style (prononcez sta&iuml;-le) Lenny Kravits, Sting ou les fondateurs de Kool and the Gang &ndash; ce sont souvent des chanteurs  les m&ecirc;me stars vont et viennent sur ce plateau n&eacute;o-baroque de la jach&egrave;re intellectuelle comme si elles se rendaient chez leur cr&eacute;mi&egrave;re (ce qui n&rsquo;est pas loin d&rsquo;&ecirc;tre le cas tant l&rsquo;animateur les fait mousser parfois). </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Notez que je n&rsquo;ai rien contre le fait de voir &agrave; longueur d&rsquo;&eacute;missions, en s&rsquo;enfilant du poulet et de la bi&egrave;re blanche (un c&eacute;r&eacute;monial est un c&eacute;r&eacute;monial, quoi qu&rsquo;on en dise, tant pis pour les d&eacute;tracteurs de tautologie), Djamel, Florant Deutsch ou Marina Fo&iuml;s &ndash; tiens, que des acteurs cette fois&nbsp; !  mais je m&rsquo;&eacute;tonne de ce que le paysage culturel fran&ccedil;ais soit si pauvre que le t&eacute;l&eacute;spectateur est condamn&eacute; &agrave; mirer toujours les m&ecirc;mes crabes s&rsquo;agiter au fond du m&ecirc;me bocal tr&ocirc;nant dans le salon des classes moyennes et laborieuses. Ce qui me g&ecirc;ne surtout, c&rsquo;est de voir Ardisson embrasser la plupart &ndash; sur la bouche pour les moins laides ou les plus valeureux, on ne sait  avec beaucoup de chaleur avant de pr&eacute;senter leur derni&egrave;re actu. L&agrave;, il y a comme qui dirait une baleine sous le rocher. <br />&nbsp;En toute lucidit&eacute; pourtant, je le confesse, je prends grand plaisir &agrave; suivre cette messe sacro-sainte du samedi soir, pour cette bonne raison qu&rsquo;Ardisson sait aussi, de temps &agrave; autre, fracasser un invit&eacute;, de pr&eacute;f&eacute;rence un jeune se lan&ccedil;ant dans la carri&egrave;re et qui vient ici s&rsquo;exploser sur les r&eacute;cifs de la virtuosit&eacute; pour avoir trop cabotiner le long des c&ocirc;tes sous la lunette du vieux roublard &agrave; qui on ne la fait pas. Une baffe, un cadeau, une baffe, un cadeau, c&rsquo;est la r&egrave;gle d&rsquo;or de toute bonne interview. Pas de sucre sans &eacute;pices, les enfants&nbsp; !</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;J&rsquo;en ai vu, donc, des artistes faire leur com&rsquo; &agrave; l&rsquo;antenne sans foi ni loi, des cartes de bon client voler de balustrades romaines en colonnes doriques et fresques n&eacute;ogrecques, des bad boys s&rsquo;&eacute;lever au rang de proph&egrave;tes de l&rsquo;&acirc;ge du Silicium et des bimbos blondasses lard&eacute;es de bretelles superf&eacute;tatoires s&rsquo;ab&icirc;mer dans les hauts fonds de la plastique sans cervelle. Non seulement &ccedil;a ne m&rsquo;a pas d&eacute;go&ucirc;t&eacute;, mais en plus j&rsquo;en ai redemand&eacute;. Redemand&eacute; oui, comme le l&eacute;preux qu&ecirc;te sa pitance pour survivre. <br />&nbsp;Une goutte toutefois a fait d&eacute;border le vase &agrave; ma grande surprise. Une goutte de rien, une goutte de peu. Qui allait avoir une incidence majeure pour la suite de mon existence, comme vous le verrez plus loin. A trois &eacute;missions d&rsquo;intervalle, alors qu&rsquo;on s&rsquo;approchait sans s&rsquo;&eacute;nerver et sans accrocs des vacances pour tout le monde (qui en parle &ndash; parce que Ardisson et son pitre de service, fort honorable scato-bouffon du roi au demeurant, c&rsquo;est &laquo;&nbsp; tout le monde&nbsp; &raquo;, c&rsquo;est vous et moi, quoi, au cas o&ugrave; l&rsquo;&eacute;vidence du titre ne vous aurait pas frapp&eacute;), deux personnes ont &eacute;t&eacute; convi&eacute;es &agrave; nous faire partager la profondeur et l&rsquo;originalit&eacute; indubitables de leurs &oelig;uvres respectives. <br />&nbsp;Et l&agrave;, &ccedil;a a &eacute;t&eacute; trop. Comme je vous le disais. Beaucoup trop.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><strong>Les envahisseurs <em>new age</em></strong><br />&nbsp;La soir&eacute;e n&rsquo;est donc ni pire ni meilleure qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;accoutum&eacute; ce soir de juin. Idem pour le poulet (la bi&egrave;re est, avec l&rsquo;investissement dans la pierre, une valeur sure). Les joueurs de l&rsquo;&eacute;quipe de France de football ont certes &eacute;t&eacute; &eacute;limin&eacute;s en quart de finale de l&rsquo;Euro, mais il y aura d&rsquo;autres matchs, et moult autres occasions de se racheter. Il ne doit pas &ecirc;tre loin d&rsquo;1 heure du matin lorsque l&rsquo;homme en noir les annonce en cerises sur le g&acirc;teau pafesque, derniers invit&eacute;s qui cl&ocirc;turent une ann&eacute;e de bons et loyaux se(r)vices t&eacute;l&eacute;visuels. Nicolas Rey et Louis Lahner sont de retour&nbsp; !<br />&nbsp;Je ne peux, m&ecirc;me avec le recul dont je dispose aujourd&rsquo;hui, fournir d&rsquo;explication rationnelle &agrave; ce qui survient alors. A l&rsquo;instant m&ecirc;me o&ugrave; j&rsquo;entends leur nom une sorte de voile rouge s&rsquo;interpose entre l&rsquo;&eacute;cran de t&eacute;l&eacute;vision et moi&nbsp; ; je vois d&rsquo;abord tout trouble puis tout rouge. Cette curieuse sensation de filtre ne dure gu&egrave;re longtemps, une minute &agrave; peine, mais pendant le temps que le rideau rouge s&rsquo;impose &agrave; moi je ressens une violente &eacute;motion, une bouff&eacute;e de rage froide (je me demande &agrave; quoi pourrait ressembler une rage chaude quand j&rsquo;&eacute;cris ces lignes mais il ne faut pas que je d&eacute;laisse le coeur de l&rsquo;action, le lecteur ayant horreur du r&eacute;chauff&eacute;&nbsp; : je pr&eacute;f&egrave;re donc froide) qui me submerge. J&rsquo;ai l&rsquo;impression que mes connexions neuronales sautent les unes apr&egrave;s les autres, qu&rsquo;elles produisent toutes un ultime arc &eacute;lectrique avant de mourir et de me plonger dans le noir complet. Je suis dans l&rsquo;incapacit&eacute; d&rsquo;enregistrer ou r&eacute;cup&eacute;rer la moindre information. Disque dur HS hack&eacute; par le virus Reylahner 4000. Si l&rsquo;enfer existait, il ressemblerait &agrave; la g&eacute;henne repr&eacute;sentative o&ugrave; je me trouve.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Quand je secoue la t&ecirc;te comme pour me d&eacute;barrasser d&rsquo;un mosquito envahissant, la chose a disparu. Je ne le sais pas encore mais je viens de subir ma premi&egrave;re pulsion meurtri&egrave;re. Le temps de cette &laquo;&nbsp; apparition&nbsp; &raquo;, pour moi, n&rsquo;aura aucune commune mesure avec la dur&eacute;e effective qui a &eacute;t&eacute; la sienne. Et qui est irr&eacute;vocable.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Cela m&rsquo;a dessill&eacute;. Nicolas Rey et Louis Lanher ne sont pas de mauvais gar&ccedil;ons, loin s&rsquo;en faut. Le premier est un &eacute;crivain mondain dont les pi&egrave;tres livres se vendent mieux que les petits pains bibliques, essentiellement en vertu des prestations t&eacute;l&eacute;visuelles de leur auteur&nbsp; ; le second est aussi un jeune romancier (car seul existe ce qui est &eacute;crit dans les romans, les autres vestiges de l&rsquo;humanit&eacute; n&rsquo;ont pas la parole et ne donnent rien &agrave; ressentir), moins beau et moins journaliste que Rey, donc moins en vue, donc &agrave; la ramasse. Mais ils sont tous les deux amis, &eacute;dit&eacute;s dans la m&ecirc;me maison d&rsquo;&eacute;dition tendance et, tels des t&eacute;moins de J&eacute;hovah en mal de pros&eacute;lytisme, ne se quittent plus (puisqu&rsquo;ils vont toujours deux par quand ils frappent &agrave; la porte d&rsquo;entr&eacute;e, comme les testicules). Jusque l&agrave;, &laquo;&nbsp; pas de quoi fouetter un chat, c&rsquo;est leur droit&nbsp; &raquo;, etc. </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Je les ai rencontr&eacute;s &agrave; plusieurs reprises dans les soir&eacute;es comme il faut organis&eacute;es par la garde montante des critiques-litt&eacute;raires- trentenaires-blas&eacute;s-qui-aimeraient-bien-qu&rsquo;on -parle-davantage-d&rsquo;eux (le nerf de la guerre). Encore et encore. On ne s&rsquo;admire pas, on ne se craint pas, on ne se d&eacute;teste pas non plus. A peine si on se voit, en v&eacute;rit&eacute;. Bref, je n&rsquo;ai rien, mais alors rien de rien &agrave; leur reprocher&nbsp; : chacun fait son boulot ,et vogue le navire&nbsp; ! <br />&nbsp;Mais.<br />&nbsp;Mais je me souviens tr&egrave;s bien avoir vu 15 jours plus t&ocirc;t dans ce m&ecirc;me d&eacute;cor le jeune journaliste-romancier, posant souvent &agrave; la belle &acirc;me dandy d&eacute;catie gris&eacute;e par les vertiges &amp; foucades de la vie, d&eacute;fendre son dernier roman face au sempiternel animateur tout de noir v&ecirc;tu. C&rsquo;est son droit une fois de plus, &laquo;&nbsp; il fait ce qu&rsquo;il veut&nbsp; &raquo;, etc. Simplement, lors de cet enregistrement, l&rsquo;&eacute;crivain invit&eacute; a convi&eacute; un ami l&rsquo;attendant (comme par hasard&nbsp; ?) en coulisses &agrave; le rejoindre sur le plateau. Ardisson l&rsquo;a pris au mot et Lanher est apparu, &eacute;chevel&eacute;, grotesque et bredouillant, qu&rsquo;importe, c&rsquo;est un romancier tr&egrave;s dr&ocirc;le et styl&eacute;. Jusque l&agrave; tout va bien (deux copains ont bien le droit de se soutenir devant les feux des projecteurs, n&rsquo;est-ce pas&nbsp; ?), et ce r&eacute;cit, puisque sans mati&egrave;re, n&rsquo;a pas encore commenc&eacute;. </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;N&rsquo;emp&ecirc;che. Lorsque, ce soir de juin, avachi sur mon sofa grenat, devant les reste d&rsquo;un poulet tout ce qu&rsquo;il y a de plus froid, j&rsquo;entends Ardisson appeler les deux camarades tels des chantres de la Litt&eacute;rature Ouvri&egrave;re, mon sang ne fait qu&rsquo;un tour (&agrave; vrai dire, il a certainement effectu&eacute; plusieurs loopings, mais comment mesurer les tours du sang dans votre organisme&nbsp; ?, je choisis donc cette option qui a le m&eacute;rite de connoter l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;imm&eacute;diatet&eacute;) et, bient&ocirc;t, je n&rsquo;en crois pas mes yeux. Ils sont l&agrave;. They&rsquo;re back&nbsp; ! <br />Les envahisseurs new age sont de retour. Les plus habiles parmi vous, ou ceux qui auront vu l&rsquo;&eacute;mission, parfois les deux, l&rsquo;auront devin&eacute;&nbsp; : cette fois-ci, c&rsquo;est Louis Lanher l&rsquo;invit&eacute;, pour son roman qui para&icirc;t dans les bacs (chez la m&ecirc;me maison d&rsquo;&eacute;dition, on l&rsquo;a dit, que celle de Rey&nbsp; : d&eacute;cid&eacute;ment le destin s&rsquo;acharne sur eux deux. Tu vas les l&acirc;cher, fuckin&rsquo; hasard&nbsp; ?) et comme il est entendu que le susdit doit avoir peur de s&rsquo;exprimer, une nouvelle fois devant la France enti&egrave;re (deux fois en trois semaines&nbsp; : il a peut-&ecirc;tre peur que &ccedil;a raye, l&rsquo;&eacute;mail hertzien&nbsp; ?), le blondinet lettr&eacute; s&rsquo;est fait comme de juste accompagn&eacute; par son chaperon. Sa du&egrave;gne &agrave; la m&egrave;che rebelle et au regard-laser envo&ucirc;tant en diable.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Si j&rsquo;ajoute &agrave; cela que deux jours plus t&ocirc;t le sieur Rey s&rsquo;auto-invitait (tant qu&rsquo;&agrave; faire (on ne pr&ecirc;te qu&rsquo;aux riches)) dans l&rsquo;&eacute;mission t&eacute;l&eacute;visuelle hebdomadaire dont il est un des chroniqueurs attitr&eacute;s, sur le th&egrave;me &laquo;&nbsp; Ecrivains, la nouvelle vague&raquo;, je commence &agrave; trouver que ce chevalier &agrave; la triste plume est pr&eacute;sent dans trop d&rsquo;endroits &agrave; la fois. Que l&rsquo;exc&egrave;s de lumi&egrave;re qui l&rsquo;&eacute;clabousse accro&icirc;t de mani&egrave;re sym&eacute;trique invers&eacute;e ma part d&rsquo;ombre. (m&rsquo;enfin, quand on a go&ucirc;t&eacute; aux tournis des cort&egrave;ges avec motards, on ne marche plus seul les mains dans les poches dans la rue&nbsp; !) Y en a marre de ceux qui se tapent toujours les parties gratuites parce qu&rsquo;ils s&rsquo;arrangent pour rebondir entre les m&ecirc;mes bumpers entristes et relationnels&nbsp; : l&agrave; &ccedil;a a fait tilt, je me suis mis &agrave; flipper, j&rsquo;ai vu rouge et j&rsquo;ai perdu la boule. Moi, le dernier innocent parmi tous ces coupables.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Tout le monde en parle est un programme. <br />&nbsp;La vie est un programme.<br />&nbsp;Nicolas Rey est un programme. <br />&nbsp;Je suis le bug anti-gabegie du programme. Je suis la possibilit&eacute; d&rsquo;un changement.</font></p>
<p align="justify"><br /><font face="Verdana" size="2"><strong>Du reygicide<br /></strong>&nbsp;Louis je n&rsquo;y pense m&ecirc;me pas, il est trop hommasse et bonnasse &agrave; la fois, c&rsquo;est un brave gar&ccedil;on&nbsp; : on sent qu&rsquo;il sera toujours &agrave; un semi-remorque &agrave; la tra&icirc;ne derri&egrave;re son mentor pseudo romantique. Mais Nicolas, je vais me le faire aux petits oignons. J&rsquo;en ai la certitude. Il me faut desceller le pi&eacute;destal de ce dieu de trop (peu). Je n&rsquo;ai pas une nature de disciple. Non plus que le besoin d&rsquo;&ecirc;tre reconnu. Plus on m&rsquo;ignore, mieux je me porte. Qu&rsquo;on cesse en toute simplicit&eacute; de me prendre pour un con, ce sera d&eacute;j&agrave; un beau d&eacute;but.<br />&nbsp;Voil&agrave; comment votre vie bascule un soir estival. Vous &ecirc;tes install&eacute; avec tout le confort souhaitable en train de regarder une &eacute;mission parmi d&rsquo;autres sur une t&eacute;l&eacute; inoffensive &ndash; en apparence. Et puis le monde vous rattrape, l&rsquo;&eacute;paisseur des choses sensibles, la mati&egrave;re m&ecirc;me des autres, &eacute;tal&eacute;s autour de vous, dans les rues, dans les immeubles en face, dans les autres villes, de la France, du monde, de la Terre vous saute &agrave; la figure. Et vous vous dites, immanquablement&nbsp; : damned&nbsp; !, je ne suis pas seul, je ne peux pas faire co&iuml;ncider &agrave; l&rsquo;envi mes d&eacute;sirs et la r&eacute;alit&eacute;, il y aura toujours (au moins) un obstacle entre ce que je veux et ce que je peux.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;La cons&eacute;quence surgit alors d&rsquo;elle-m&ecirc;me, sans qu&rsquo;il soit besoin de la camoufler derri&egrave;re un rouge rideau pulsionnel&nbsp; : tant qu&rsquo;il y aura Nicolas Rey je ne serai pas le ma&icirc;tre de mon moi (ni de mon &eacute;moi). Il faut que le pr&eacute;cit&eacute; disparaisse pour que je puisse &agrave; nouveau respirer. La couleur du monde environnant demeurer normale.<br />&nbsp;L&rsquo;heure du reygicide est venue. Mort au roi des paillettes et du fast thought&nbsp; !</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Ces sombres pens&eacute;es s&rsquo;agitent sous mon cr&acirc;ne pendant qu&rsquo;une jeune femme bronz&eacute;e explique dans l&rsquo;&eacute;mission &agrave; quel point elle est d&eacute;pit&eacute;e de l&rsquo;exp&eacute;rience qu&rsquo;elle a v&eacute;cue dans une &laquo;&nbsp; ferme&nbsp; &raquo; (je n&rsquo;y comprends goutte, ayant visiblement manqu&eacute; un &eacute;pisode), qu&rsquo;un homme politique clame qu&rsquo;il faut en finir avec le blanchiment de l&rsquo;argent noir et qu&rsquo;un rappeur ex-taulard (ou l&rsquo;inverse, on s&rsquo;y perd dans ce magma communicationnel), fort &eacute;conome dans ses propos (&laquo;&nbsp; ben ouais&nbsp; &raquo;, &laquo;&nbsp; c&rsquo;est &ccedil;a&nbsp; &raquo;, &laquo;&nbsp; exact&nbsp; &raquo;), soutient que le communautarisme est la seule porte de sortie de la R&eacute;publique vacillante. A chaque fois que ma bouche b&eacute;e, j&rsquo;avale une gorg&eacute;e de bi&egrave;re et j&rsquo;enfourne une portion de poulet-mayo (les bons m&eacute;langes font les bonnes digestions).</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Cela doit &ecirc;tre fonction de la pourpre cotonneuse qui m&rsquo;a obscurcit l&rsquo;esprit tout &agrave; l&rsquo;heure, je re&ccedil;ois avec un temps de retard les paroles des invit&eacute;s par rapport &agrave; l&rsquo;image, ce qui me met aux prises avec une esp&egrave;ce de post-synchronisation mal r&eacute;gl&eacute;e, comme cela arrive parfois dans les mauvais films X ( au cas o&ugrave; il y en aurait des bons, je ne veux pas f&acirc;cher avec les intermittents de cette profession o&ugrave; l&rsquo;on sait mouiller, entre autres, le maillot (l&agrave;-dessus nul ne me contredira je pense) ), et je per&ccedil;ois la r&eacute;ponse de la fermi&egrave;re pulpeuse (si elle &eacute;tait poulpeuse, je m&rsquo;inqui&eacute;terais) tandis que c&rsquo;est le rappeur &agrave; la coupe Yul Bryner qui r&eacute;pond &agrave; Ardisson. <br />&nbsp;Les frisouilles d&rsquo;un Lanher hilare entourent ensuite le visage de Rey et je vois l&rsquo;homme politique tomber la veste avant de d&eacute;crocher un coup de boule de sa m&egrave;re au bouffon chauve du Roi quinta d&eacute;sormais d&eacute;tr&ocirc;n&eacute; par le bordel ambiant. La m&eacute;chancet&eacute;, basse et sauvage, est plus facile &agrave; prodiguer que la bont&eacute;, laquelle n&rsquo;est pas sans quelque intelligence. Cela fait longtemps que la jalousie carnassi&egrave;re et la diff&eacute;rence de classe l&rsquo;ont emport&eacute;, jusqu&rsquo;&agrave; la t&eacute;l&eacute;vision, sur les valeurs de l&rsquo;amiti&eacute; et de la noble philia des Grecs, tout juste bons &agrave; organiser des Jeux Olympiques standard en mondovision multiplex.<br />Je crois que je me suis endormi sur le canap&eacute;.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Il fait nuit noire (si la nuit &eacute;tait blanche, &ccedil;a se saurait, on est dans un pur roman mais quand m&ecirc;me). Mes mains sont encha&icirc;n&eacute;es dans mon dos. Je suis nu comme un ver (m&ecirc;me remarque que pr&eacute;c&eacute;demment, dont il ne faut pas abuser par respect du lecteur&nbsp; : si les vers s&rsquo;habillaient chez Jean-Paul Gaultier, l&rsquo;opinion publique en serait alert&eacute;e depuis longtemps, ce me semble). Un mal de t&ecirc;te ph&eacute;nom&eacute;nal me taraude et je ne reconnais pas l&rsquo;endroit o&ugrave; je suis plant&eacute;. </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;J&rsquo;&eacute;merge peu &agrave; peu du coaltar. Pour &ecirc;tre objectif (n&eacute;cessit&eacute; est de l&rsquo;&ecirc;tre parfois), je suis prisonnier dans un simili tribunal o&ugrave; de myst&eacute;rieux juges commencent de me questionner sans rel&acirc;che, r&eacute;p&eacute;tant &agrave; l'infini, en anneau de Moebius ins&eacute;cable, la m&ecirc;me question : &laquo;&nbsp; Pourquoi le poulet a-t-il travers&eacute; la route ?&nbsp; &raquo; D&eacute;filent alors &agrave; la barre, dans un absurde d&eacute;sordre, des personnages aux curieuses d&eacute;clarations. Mon ancien professeur de philo : &laquo;&nbsp; Pour aller de l'autre c&ocirc;t&eacute;&nbsp; &raquo;. Platon : &laquo;&nbsp; Pour son bien&nbsp; &raquo;. Aristote : &laquo;&nbsp; C'est dans la nature du poulet de traverser les routes&nbsp; &raquo;. Karl Marx : &laquo;&nbsp; C'&eacute;tait historiquement in&eacute;vitable&nbsp; &raquo;. Arlette Laguiller : &laquo;&nbsp; Parce que c'&eacute;tait le seul trajet que son entreprise lui accordait de suivre&nbsp; &raquo;. Saddam Hussein : &laquo;&nbsp; Ceci &eacute;tait un acte de r&eacute;bellion qui justifie pleinement que nous ayons laiss&eacute; tomber cinquante tonnes de gaz dessus&quot;. Ronald Reagan : &laquo;&nbsp; J&rsquo;ai oubli&eacute;&nbsp; &raquo;. Capitaine James T. Kirk : &laquo;&nbsp; Pour aller l&agrave; o&ugrave; aucun autre poulet n'&eacute;tait all&eacute; avant&nbsp; &raquo;. Louis Lanher&nbsp; : &laquo;&nbsp; Platon disait que l&rsquo;homme n'est qu&rsquo;un bip&egrave;de sans plumes. Formule malheureuse que raillait d&eacute;j&agrave; Diog&egrave;ne dans l&rsquo;Antiquit&eacute; qui, un beau jour, lan&ccedil;a un poulet d&eacute;plum&eacute; sur l'agora, la place publique o&ugrave; se r&eacute;unissaient les citoyens pour d&eacute;battre, et s'&eacute;cria : &quot;Voici l'homme selon Platon&quot;. Le poulet traverse donc la route parce que c&rsquo;est un homme. Je me fais bien comprendre&nbsp; ?&nbsp; &raquo; Hippocrate : &laquo;&nbsp; A cause d'un exc&egrave;s de s&eacute;cr&eacute;tion de son pancr&eacute;as&nbsp; &raquo;. Martin Luther King, Jr : &laquo;&nbsp; J'ai la vision d'un monde o&ugrave; tous les poulets seraient libres de traverser la route sans avoir &agrave; justifier leur acte&nbsp; &raquo;. Mo&iuml;se : &laquo;&nbsp; Et Dieu descendit du Paradis et Il dit au poulet : &quot;tu dois traverser la route&nbsp; &raquo; ; Et le poulet traversa la route et il jubila&nbsp; &raquo;. Nicolas Rey&nbsp; : &laquo;&nbsp; Rien &agrave; battre du poulet, je ne m&rsquo;int&eacute;resse qu&rsquo;au sort des poulettes.&nbsp; &raquo; Richard Nixon : &laquo;&nbsp; Le poulet n'a pas travers&eacute; la route ; je r&eacute;p&egrave;te : le poulet N&rsquo;A PAS travers&eacute; la route&quot;. Machiavel : &laquo;&nbsp; L&rsquo;&eacute;l&eacute;ment important, c&rsquo;est que le poulet a travers&eacute; la route. Qui se fiche de savoir pourquoi ? La fin en soi de traverser la route justifie tout motif qui soit.&nbsp; &raquo; Freud : &laquo;&nbsp; Le fait que vous vous pr&eacute;occupiez tous du fait que le poulet a travers&eacute; la route r&eacute;v&egrave;le votre sentiment d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; sexuelle latente.&nbsp; &raquo; Bill Gates : &quot;Je viens juste de mettre au point le nouveau Poulet Office 3000 qui ne se contentera pas seulement de traverser les routes mais couvera aussi des oeufs, classera vos dossiers importants et...&nbsp; &raquo; Darwin : &laquo;&nbsp; Les poulets, au travers de longues p&eacute;riodes, ont &eacute;t&eacute; naturellement s&eacute;lectionn&eacute;s de telle sorte qu'ils soient g&eacute;n&eacute;tiquement enclins &agrave; traverser les routes&nbsp; &raquo;. Einstein : &laquo;&nbsp; Le fait que le poulet traverse la route ou que la route se meuve sous le poulet d&eacute;pend de votre r&eacute;f&eacute;rentiel&nbsp; &raquo;. Bouddha : &laquo;&nbsp; Poser cette question renie votre propre nature de poulet&nbsp; &raquo;. Hemingway : &laquo;&nbsp; Pour mourir. Sous la pluie&nbsp; &raquo;. Rambo : &laquo;&nbsp; J&rsquo;en ai rat&eacute; un ?&nbsp; &raquo;</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Il me semble avoir r&ecirc;v&eacute; apr&egrave;s que j&rsquo;&eacute;tais kidnapp&eacute; par la secte des Adorateurs du Poulet Libre (APL) qui voulait me tuer pour avoir profan&eacute; le corps de l&rsquo;un de ses thurif&eacute;raires&nbsp; ; je me vois encore, Gulliver d&eacute;chu par Liliput, ligot&eacute; sur les plaques d&rsquo;une gazini&egrave;re g&eacute;ante, avec flottant sur le mat auquel on m&rsquo;a saucissonn&eacute; l&rsquo;embl&egrave;me de la secte&nbsp; : une t&ecirc;te de squelette humain entre deux pilons g&eacute;ants de saint Gallimathias. </font></p>
<p align="justify"><br /><font face="Verdana" size="2"><strong>Viens-t-en dans mes bras<br /></strong>&nbsp;Fort de mes contacts et de mon r&eacute;seau, j&rsquo;ai&nbsp; fait savoir aupr&egrave;s de quelques oreilles confidentielles, qui se sont empress&eacute;s d&rsquo;aller le rapporter dans le village Schtroumpf &agrave; des bouches avides de comm&eacute;rages, que j&rsquo;organisais pour f&ecirc;ter le printemps une fiesta hype dans la villa du Tr&eacute;port qui me sert &agrave; la fois de point de chute le week-end et de bureau occasionnel. Le pi&egrave;ge ne pouvant fonctionner que si un torrent de thunes est englouti en boissons et banquets pr&eacute;par&eacute;s par un grand traiteur, en venue de V.I.P et, afin de couronner le tout, en la cr&eacute;ation d&rsquo;un&laquo;&nbsp;&nbsp; carr&eacute;&nbsp;&nbsp; &raquo; o&ugrave; viendront se tr&eacute;mousser au bord de mer la jet set des lettres, j&rsquo;ai plac&eacute; la barre assez haut. Aux platines, s&rsquo;il vous pla&icirc;t, l&rsquo;immense Carl Cox se d&eacute;cha&icirc;nera pour des mix non stop de Phuture 2000, Global, Pure Intec et du Cafe Cox bar avec ce qui se fait de mieux en mati&egrave;re de riffs et de pulsations techno&iuml;des. La d&eacute;co jouant aussi un r&ocirc;le consid&eacute;rable, j&rsquo;ai fait l&rsquo;emplette aux puces de Vanves d&rsquo;une s&eacute;rie de cand&eacute;labres tr&egrave;s gothic metal o&ugrave; pourront d&eacute;gouliner au rythme des percussions de la sono des centaines de bougies rose indien tremblantes.<br />&nbsp;Je veux pour le requiem de Nicolas une d&eacute;bauche d&rsquo;alcools et de filles graciles (je n&rsquo;ai pas dit faciles), une apocalypse de sons et de lumi&egrave;res. Total Kheops. </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Ainsi que je l&rsquo;avais pr&eacute;vu, Nicolas Rey a d&eacute;barqu&eacute; &agrave; la gare du Tr&eacute;port cet apr&egrave;s-midi par le train corail de 17 H 34. Avant tout le monde. Il le fallait pour les besoins de ma mise en sc&egrave;ne.<br />&nbsp;Aussi palot qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;ordinaire il a cru opportun de me faire la bise quand il a mis le pied sur le quai. Cela m&rsquo;a g&ecirc;n&eacute;, moins toutefois que la remarque qu&rsquo;il a &eacute;mise lorsque nous remontions la rue vers les Cordiers, ses cheveux fouettant son visage telles des larmes d&rsquo;encre: &laquo;&nbsp; Tu vois, j&rsquo;ai toujours r&ecirc;v&eacute; de faire partie de ces gens simples. Ils vaquent &agrave; leur occupation, comme si de rien n&rsquo;&eacute;tait, sans se poser de question m&eacute;taphysique sur la mort et le sens de l&rsquo;existence. Je les envie, au fond, de pouvoir ainsi chaque jour se lever, manger, travailler dans les parages, aller aux courses, &eacute;lever leurs mioches, coucher avec une personne qui leur ressemble et mourir au bord de l&rsquo;oc&eacute;an qui l&eacute;chait leurs pieds quand ils &eacute;taient enfants.&nbsp; &raquo;<br />Se moque-t-il de moi ou est-il un tant soit peu s&eacute;rieux, le doute s&rsquo;insinue en moi. </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Ce que je m&rsquo;appr&ecirc;te &agrave; faire me semble du coup d&eacute;plac&eacute;, pure folie arbitraire sans queue ni t&ecirc;te. Quelle est donc cette pieuvre noire qui me d&eacute;vore de l&rsquo;int&eacute;rieur&nbsp; ? Tout &ccedil;a me semble aberrant. Je suis seul face &agrave; une concat&eacute;nation de causes et d&rsquo;effets dont je peux encore d&eacute;cider de l&rsquo;ordre principiel en m&rsquo;abstenant d&rsquo;aller plus loin. Si vous en &ecirc;tes d&rsquo;accord, j&rsquo;aimerais poser un nouveau concept, la solissitude&nbsp; : le fait d&rsquo;&ecirc;tre tout &agrave; coup pour un &ecirc;tre seul rendu &agrave; un sol lisse, sans asp&eacute;rit&eacute;, m&eacute;lancolique patinoire sans reflets que rien ne saurait rayer (reyer&nbsp; ?), pas m&ecirc;me les serres du regret. Je n&rsquo;ai rien quoi me raccrocher&hellip;<br />&nbsp;Je ne hais pas Nicolas en d&eacute;finitive (ha&iuml;r est comme boire une eau sal&eacute;e&nbsp; : la soif redouble), j&rsquo;estime juste qu&rsquo;il est par trop existant. En un certain sens, je l&rsquo;aime m&ecirc;me (Nicolas, malgr&eacute; qu&rsquo;il en ait, est un personnage public, bient&ocirc;t les romanciers qui sont les antennes de la notori&eacute;t&eacute; s&rsquo;en empareront, c&rsquo;est couru, c'est une ic&ocirc;ne pop). Je l&rsquo;aime ab-so-lu-ment, au point de vouloir le dissoudre aux feux de ma flamme. Je l&rsquo;aime jusqu&rsquo;&agrave; vouloir le manger pour le prot&eacute;ger des atteintes des autres et du monde au-dedans de moi. A le sentir &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi, si blanc et si fragile, si hi&eacute;ratique et si immacul&eacute;, l&rsquo;envie me prend de planter mes incisives aigu&euml;s dans son tendre avant-bras ou son doux mollet. Faire perler quelques cabochons vermillon au pourtour de son duvet. L&rsquo;anaconda&iuml;ser. N&rsquo;en faire qu&rsquo;une bouch&eacute;e. Et qu&rsquo;on n&rsquo;en parle plus. Ma canine de vampire d&eacute;chiquettera-t- elle ce cou bl&ecirc;me d&rsquo;ici peu&nbsp; ? Je me sens tr&egrave;s Underworld&hellip;</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Heureusement il ajoute, relevant tel Albator le col de son manteau noir aux poils de laine frangeuse&nbsp; :<br />&nbsp;- &laquo;&nbsp; Mais j&rsquo;aurais trop peur de m&rsquo;ennuyer. Au moins &agrave; Paris j&rsquo;ai l&rsquo;illusion de faire quelque chose qui donne sens &agrave; ma vie. Non pas mes romans, car j&rsquo;y consacre trois fois rien de temps, pour moi c&rsquo;est juste un jeu depuis l&rsquo;&eacute;mission t&eacute;l&eacute;, &ccedil;a me permet de poser &agrave; l&rsquo;&eacute;crivain. Non, moi ce qui me pla&icirc;t c&rsquo;est les cocktails, les rencontres avec des gens importants du milieu litt&eacute;raire, les femmes inaccessibles et si fragiles, qui craquent parfois quand tu fais rougeoyer l&rsquo;extr&eacute;mit&eacute; de ta cigarette dans l&rsquo;obscurit&eacute; et que tu leur dis&nbsp; : &laquo;&nbsp; attends&nbsp; &raquo;&hellip; Je crois que je suis fait pour mourir d&rsquo;aimer en soir&eacute;e&nbsp; &raquo;.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;C&rsquo;est s&ucirc;r, les affres du dating dans les bars troubles le soir o&ugrave; les gar&ccedil;ons et les filles trentenaires en mal d&rsquo;&acirc;me soeur se croisent sans se trouver, en 7 minutes de rendez-vous avec les petites clochettes, il ne conna&icirc;t pas, Nicolas.<br />&nbsp;- Eh bien, ce soir tu ne vas pas &ecirc;tre d&eacute;&ccedil;u&nbsp; &raquo;, lui ai-je r&eacute;pondu avec un sourire entendu, si l&rsquo;on peut consid&eacute;rer comme sourire l&rsquo;&eacute;tirement des deux coins de la bouche vers les oreilles auquel je me suis astreint afin de m&rsquo;int&eacute;grer &agrave; son &eacute;trange soliloque.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Chaque chose &agrave; sa place et une place pour chaque chose, pensais-je. J&rsquo;ai su que j&rsquo;avais raison de faire ce que je voulais faire lorsqu&rsquo;il a abattu son jeu, quand nous remontions le dernier tron&ccedil;on de la rue &agrave; angle gauche (tout de m&ecirc;me une position g&eacute;om&eacute;trique autrement plus stimulante et inqui&eacute;tante qu&rsquo;un sage angle droit) pour arriver devant la maison&nbsp; :<br />&nbsp;- Laure Adler sera bien l&agrave;, au fait&nbsp; ?<br />&nbsp;- T&rsquo;inqui&egrave;te, mon Bogie, je maugr&eacute;e, tous les gens qui comptent seront l&agrave; ce soir et ils seront pendus &agrave; tes l&egrave;vres. <br />&nbsp;- Pardon&nbsp; ?<br />&nbsp;- Oui oui, elle sera l&agrave;.<br />&nbsp;Puis, le regardant sans qu&rsquo;il y comprenne goutte, je lui balance &agrave; plus forte voix: &laquo;&nbsp; Tu es pratiquement l&rsquo;homme le plus insolent du journalisme litt&eacute;raire et je vais faire venir jusqu&rsquo;ici cette fille un peu plus insolente que toi .&raquo;</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Nous entrons sans patienter devant la porte vitr&eacute;e au parement en fer forg&eacute; car je l&rsquo;ai laiss&eacute;e d&eacute;verrouill&eacute;e (aucun voleur n&rsquo;a jamais voulu p&eacute;n&eacute;trer ici depuis que je suis propri&eacute;taire, ce n&rsquo;est pas maintenant que &ccedil;a va arriver). Je pr&eacute;c&egrave;de Nicolas dans le long couloir sectionn&eacute; par une douzaine de lithographies aux couleurs &eacute;clatantes (Cocteau, Dali, Miro, Tanguy, Matthieu) et il m&rsquo;embo&icirc;te le pas sans rien dire. Il ne remarque pas la cr&eacute;dence au milieu du corridor dans les tiroirs de laquelle ma femme range non sans malice ses dessous et autres froufrous. Je ne me rappelle pas avoir allum&eacute; la cha&icirc;ne midi avant de partir le chercher &agrave; la gare. La radio locale, RFM si je ne me fourvoie pas, d&eacute;verse &agrave; l&rsquo;instant une m&eacute;lodie assez tonique malgr&eacute; son vieil &acirc;ge.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;&hellip; sur des paroles de Jacques Plante et une musique de Charles Aznavour en 1964. Montez le son si votre amoureux ou votre amoureuse est &agrave; vos c&ocirc;t&eacute;s.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;<em>You are the one for me, for me, for me, formidable<br />You are my love very, very, very, v&eacute;ritable</em><br />&nbsp;- C&rsquo;est une grande maison&nbsp; ?, s&rsquo;enquiert le visiteur soudain intimid&eacute; d&rsquo;acc&eacute;der dans un lieu dont il ignore tout.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Voir ainsi Nicolas Rey debout dans un lieu de vie familier, qui est mon antre, me chavire&nbsp; : le voile rouge revient s&rsquo;interposer entre lui et moi, entre la pouss&eacute;e thanatique et la r&eacute;alit&eacute;. Je n&rsquo;y peux mais, tout autour de moi ressemble au d&eacute;cor organique du moderne Tristan et Iseult donn&eacute; &agrave; l&rsquo;Op&eacute;ra Bastille il y a peu. Je ne vois que plaies sucr&eacute;es, cartilages de suif, rougeurs anatomiques, veinules violac&eacute;es et canaux sanguins &eacute;tiol&eacute;s. Un manteau de riche h&eacute;moglobine en instance de me recouvrir et de m&rsquo;enfouir au plus profond de la Terre, de l&rsquo;oc&eacute;an jusqu&rsquo;au centre du globe, o&ugrave; m&rsquo;attend par-del&agrave; des mar&eacute;cages de globules neigeux, le c&oelig;ur magmatique et abrasif d&rsquo;une gigantesque pompe chtonienne en surfusion, celle-l&agrave; m&ecirc;me qui bien des si&egrave;cles plus t&ocirc;t avait vomi son d&eacute;dain et sa col&egrave;re sur Pomp&eacute;i. <br />&nbsp;Une fois tous les cent ans le village de Brigadoon sort des brumes de l&rsquo;oubli et se donne le temps d&rsquo;un r&ecirc;ve avant de se r&eacute;tracter&nbsp; ; une fois tous les cent ans le voile rouge se l&egrave;ve et danse devant les yeux d&rsquo;un quidam&nbsp; : alors l&rsquo;impossible a-t-il lieu. C&rsquo;est-&agrave;-dire devient possible avant de s&rsquo;&eacute;vanouir pour de bon. Heureusement, le rideau pourpre se dissipe comme il est apparu&nbsp; : avec l&rsquo;&eacute;vanescence d&eacute;l&eacute;t&egrave;re de l&rsquo;arbitraire. <br />&nbsp;Je peux r&eacute;pondre &agrave; mon h&ocirc;te&nbsp; :<br />&nbsp;- Euh&hellip;non, elle me sert surtout de bureau, mais pour faire une f&ecirc;te au printemps avec des gens qui viennent de Paris pour prendre un bon bol d&rsquo;air, c&rsquo;est l&rsquo;id&eacute;al&nbsp; ! <br />Ici, c&rsquo;est le salon principal.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><em>&nbsp;Et je voudrais pouvoir un jour enfin te le dire<br />&nbsp;Te l&rsquo;&eacute;crire<br />&nbsp;Dans la langue de Shakespeare</em></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Le salon jaune (ma femme l&rsquo;a peint en bouton d&rsquo;or le premier week-end o&ugrave; elle &eacute;tait venue apr&egrave;s l&rsquo;achat de la maison) est toujours le pr&eacute;f&eacute;r&eacute; de ceux qui s&eacute;journent parmi nous. Lumineuse et vaste, la pi&egrave;ce, pr&egrave;s de 70 m&egrave;tre carr&eacute;s (un palace pour un parisien), compos&eacute;e d&rsquo;un salon et d&rsquo;une salle &agrave; manger autrefois s&eacute;par&eacute;s dont la cloison a &eacute;t&eacute; abattue, b&eacute;n&eacute;ficie d&rsquo;une grande baie vitr&eacute;e en m&eacute;tal bross&eacute; design qui ouvre sur le jardin que domine un noyer. Des &eacute;tag&egrave;res sur mesure en m&eacute;dium 19 mm accueillent, du sol au plafond, encadr&eacute;es par un r&eacute;seau rectangulaire de lampes tr&egrave;s basse tension, des ouvrages de tout genre et toute taille, des bande dessin&eacute;es au beaux livres, en passant par les romans&hellip; et les DVD.<br />&nbsp;D&eacute;di&eacute;e &agrave; la d&eacute;tente et au travail studieux, la pi&egrave;ce respire l&rsquo;art de vivre normand avec ses meubles chin&eacute;s, plus bas vers l&rsquo;int&eacute;rieur des terres, &agrave; Pont-l&rsquo;Ev&ecirc;que, F&eacute;camp, Livarot ou Orbec, et ses tapis baktiar ramen&eacute;s du quartier Wazemmes de Lille formant comme un puzzle d&eacute;ment et anachronique sur le vieux parquet de ch&ecirc;ne. Une monumentale chemin&eacute;e XVIe &agrave; hauteur d&rsquo;homme occupe tout le pan du mur oppos&eacute; &agrave; la porte d&rsquo;entr&eacute;e. De chaque c&ocirc;t&eacute; du manteau ont &eacute;t&eacute; appos&eacute;s des supports pour recevoir des livres de d&eacute;coration, et une paire de fauteuils crapauds vieux cuir corrod&eacute;.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;<em>My daisy, daisy, daisy, d&eacute;sirable<br />&nbsp;Je suis malheureux d&rsquo;avoir si peu de mots<br />&nbsp;&Agrave; t&rsquo;offrir en cadeaux</em>&nbsp; </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Je prends la pelisse et le sac de Nicolas, qui appr&eacute;cie la vue sur l&rsquo;arri&egrave;re de la maison. Par les fen&ecirc;tres des deux &eacute;tages ouvertes au grand vent du large, un courant d&rsquo;air circule dans toute la maisonn&eacute;e en s&rsquo;engouffrant dans la cage d&rsquo;escalier. Une fois d&eacute;pouill&eacute; de son lourd tissu en col d&rsquo;astrakan, Nicolas ressemble &agrave; un vampire p&acirc;le, d&eacute;sencombr&eacute; de sa voilure de chauve-souris&nbsp; ; je ne lis nulle temp&ecirc;te au fond de ses yeux.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;- &laquo;&nbsp;&nbsp; Tu veux boire quelque chose avant qu&rsquo;on fasse le tour du propri&eacute;taire &agrave; l&rsquo;&eacute;tage&nbsp; ?, lui ai-je propos&eacute;. C&rsquo;est presque l&rsquo;heure du th&eacute; apr&egrave;s tout&hellip;<br />&nbsp;- Volontiers, va pour un th&eacute;, le parfum que tu veux, s&rsquo;est-il &eacute;cri&eacute;, enjou&eacute; par le ti&egrave;de confort du salon jaune qui augurait d&rsquo;un soir&eacute;e forte en &eacute;motions si le reste &eacute;tait &agrave; l&rsquo;avenant. Pas si barbare que &ccedil;a Le Tr&eacute;port, devait-il se dire &agrave; cet instant pr&eacute;cis. </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">-&nbsp; Mets-toi &agrave; ton aise, Nicolas&hellip; Tu veux un Moods&nbsp; ? lui dis-je en lui proposant un des cigarillos au tabac exotique, les seuls que je fume, dont un paquet tr&ocirc;ne toujours sur le gu&eacute;ridon qui flanque le fauteuil.&nbsp;<br />- &nbsp;Merci, oui. D&rsquo;habitude je ne fume pas de cigarillos, mais l&rsquo;atmosph&egrave;re qui r&egrave;gne ici m&rsquo;incite &agrave; enfreindre tous mes tabous&nbsp; !&nbsp; &raquo;<br />&nbsp;Je craque une allumette que je lui tends dans la conque de mes mains. Dans le reflet ign&eacute;, je vois ses trais empreints d&rsquo;une gravit&eacute; que je ne lui connais pas, &agrave; l&rsquo;image des stars destin&eacute;es &agrave; mourir jeunes dont on se demande a posteriori si elles ne pressentaient pas que leurs jours &eacute;taient compt&eacute;s, d&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;esp&egrave;ce de s&eacute;rieux et d&rsquo;intensit&eacute; qui formaient en permanence sur leur visage comme une ombre &agrave; leur vie.<br /><em>&nbsp;Darling I love you, love you, darling I want you<br />&nbsp;Et puis c' est &agrave; peu pr&egrave;s tout<br />&nbsp;You are the one for me, for me, for me, formidable</em></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Je d&eacute;pose ses affaires personnelles sur le banc d&rsquo;Eglise XVIIe qui se trouve au pied de l&rsquo;escalier. J&rsquo;entre dans la cuisine puis je retrouve Nicolas qui s&rsquo;est assis dans une chauffeuse anglaise &agrave; oreilles de Mickey que j&rsquo;ai ramen&eacute;e d&rsquo;une brocante de Mers-les-bains l&rsquo;ann&eacute;e derni&egrave;re (ma femme n&rsquo;a pas encore eu le temps d&rsquo;en changer le tissu &agrave; armoiries, dont le vert pass&eacute; tranche avec le bouton d&rsquo;or dominant).<br />&nbsp;<br />&nbsp;<em>You are the one for me, for me, for me, formidable<br />&nbsp;But how can you<br />&nbsp;See me, see me, see me, si minable</em></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Je me poste dans le dos du fauteuil, les yeux braqu&eacute;s sur sa nuque et sa chevelure hach&eacute;e par de multiples petits cheveux blancs (lorsqu&rsquo;il avait dix ans, une voyante en caravane de la place Denfert-Rochereau a pr&eacute;dit au jeune Nicolas Rey qu&rsquo;il serait poivre et sel d&egrave;s quarante ans. Elle s&rsquo;est interrog&eacute;e aussi, sans le dire &agrave; son client, sur le dilemme astral de savoir s&rsquo;il sera seulement un joli c&oelig;ur ou un joli coeur salaud).</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;&nbsp; <em>Je ferais mieux d&rsquo;aller choisir mon vocabulaire<br />&nbsp;Pour te plaire<br />&nbsp;Dans la langue de Moli&egrave;re&nbsp; </em></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Je ne pense pas qu&rsquo;il m&rsquo;a entendu arriver derri&egrave;re lui. Je sors la corde que je suis all&eacute; cherch&eacute;e dans un tiroir de la cuisine de ma poche et je la lui enroule autour du cou d&rsquo;un geste sec.<br />&nbsp;<em>Toi, tes eyes, ton nose, tes lips adorables<br />&nbsp;Tu n&rsquo;as pas compris tant pis<br />&nbsp;Ne t&rsquo;en fais pas et viens-t-en dans mes bras</em>&nbsp; </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Il aurait &eacute;t&eacute; moins facile d&rsquo;attraper &agrave; main nue un poisson rouge dans son aquarium. Il fait arrrrghhhh, peut-&ecirc;tre comme quand il jouiit dans les trous des filles (ou l&rsquo;inverse) lors des innombrables soir&eacute;es qui sont le sel de sa triste vie, il hisse ses mains de chaque c&ocirc;t&eacute; de sa jugulaire martyris&eacute;e par la corde, battant des pieds en furie et faisant avec son ventre des sauts de capri.<br />&nbsp;<em>Darling I love you, love you,<br />&nbsp;Darling, I want you<br />&nbsp;Et puis le reste on s'en fout<br /></em>&nbsp;<em>You are the one for me, for me, for me, formidable</em></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;J&rsquo;accentue la pression de mes mains, les deux pointes d&rsquo;un V dont l&rsquo;origine est sa gorge, dor&eacute;navant broy&eacute;e en grande partie par le lien de fer qui la resserre, la resserre, la resserre tel un &eacute;tau. Mes phalanges sont comme ossifi&eacute;es autour de son &oelig;sophage. Je crois entendre exploser une &agrave; une en feu d&rsquo;artifice les p&eacute;t&eacute;chies dans ses yeux.<br />&nbsp;<em>Je me demande m&ecirc;me<br />&nbsp;Pourquoi je t'aime<br />&nbsp;Toi qui te moques de moi et de tout<br />&nbsp;Avec ton air canaille, canaille, canaille<br />&nbsp;How can I love you</em></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Il se d&eacute;bat moins, ses mains retombent le long de son flanc, apr&egrave;s un dernier mmm&hellip; sa t&ecirc;te dodeline puis s&rsquo;affaisse sur la droite, bient&ocirc;t cal&eacute;e par une des oreilles de Mickey du fauteuil. La violence, quand elle est insoutenable, est une parole sans signifi&eacute;, un d&eacute;ni d&rsquo;humanit&eacute;, un texte sans lecteur. Chaque borborygme consenti devient alors un exploit, une victoire sur l&rsquo;aphasie victimaire.<br />&nbsp;Je desserre la corde, contemple ce qui est d&eacute;j&agrave; le cadavre de Nicolas Rey dans le salon de ma maison, puis je marche vers la section des La Pl&eacute;&iuml;ade de la biblioth&egrave;que o&ugrave; j&rsquo;ai am&eacute;nag&eacute; un espace pour la cha&icirc;ne hi-fi Sony &agrave; chargement vertical (j&rsquo;aurais pr&eacute;f&eacute;r&eacute; une Bang &amp; Olufsen, mais c&rsquo;&eacute;tait hors de prix). L&rsquo;accompli est tout autant une joie qu&rsquo;une tristesse&nbsp; : enfin ce qui &eacute;tait &agrave; faire a &eacute;t&eacute; fait, mais du coup il ne pourra jamais plus &ecirc;tre d&eacute;fait, sauf dans le temps du r&ecirc;ve. What&rsquo;s done cannot be undone, &eacute;crit Shakespeare dans Hamlet. Que faire, apr&egrave;s ?</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&hellip;Voil&agrave;, c&rsquo;&eacute;tait Charles Aznavour et <em>For me, Formidable</em>,&nbsp; 2 mn 13 de bonheur sur BFM Le Tr&eacute;port. Rendez-vous tout de suite avec Pablo de Jarossay et &hellip;<br />&nbsp;J&rsquo;&eacute;teins le tuner. C&rsquo;est tout ce dont je me souviens.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><strong>Man raie<br /></strong>&nbsp;Le soir m&ecirc;me j'ai vu ses amis journalistes, &eacute;diteurs et critiques litt&eacute;raires manger les restes de Nicolas pr&eacute;par&eacute;s &agrave; une sauce &agrave; ma fa&ccedil;on. J&rsquo;avais en un premier temps plac&eacute; le cadavre dans un coffre faisant office de table&nbsp; car je souhaitais, genre La corde d&rsquo;Hitchcock, que ses proches puissent se repa&icirc;tre le soir venu au-dessus de sa d&eacute;pouille, son corps-substrat devenant pour une fois utile &agrave; quelque chose. Puis j&rsquo;ai r&eacute;fl&eacute;chi et me suis dit in fine que le mieux serait encore qu&rsquo;ils le consomment, m&eacute;lang&eacute; &agrave; d&rsquo;autres aliments dans le cadre de la r&eacute;ception&nbsp; : Au commencement &eacute;tait la transsusbstantiation m&eacute;diatique. <br />&nbsp;Qu&rsquo;y a-t-il d&rsquo;&eacute;tonnant, quand on s&rsquo;y arr&ecirc;te, &agrave; consommer de la chair humaine&nbsp; ? Transformer autrui en bien de consommation, c&rsquo;est se l&rsquo;approprier, ni plus ni moins. Se le rende propre. Non plus dire&nbsp; : &laquo;&nbsp; il est &agrave; moi&nbsp; &raquo; (p&acirc;le d&eacute;lire de serial killer cannibale &eacute;ructant In tenebris) mais revendication anthropophagique (donc culturelle) assum&eacute;e du sujet posant&nbsp; : &laquo;&nbsp; il est mien&nbsp; &raquo;. Comme l&rsquo;outil est le prolongement de l&rsquo;organe, le corps du romancier m&rsquo;est devenue extension naturelle. Go&ucirc;ter Nicolas m&rsquo;a r&eacute;v&eacute;l&eacute; l&rsquo;essence m&ecirc;me, inexhaustible, de la vie. Ce faisant, pour ma part, je m&rsquo;estime assez virtuoso puisque je n&rsquo;ai point chu, &eacute;quilibriste sur le fil existentiel, dans cet &eacute;cart innommable entre ce que je suis et ce que je croyais &ecirc;tre.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Ainsi la reyification &agrave; laquelle je m&rsquo;adonne, moi l&rsquo;Hannibal Lecter (in fabula) de la critique litt&eacute;raire, sans rel&acirc;che depuis plusieurs mois est-elle achev&eacute;e. <br />En beaut&eacute;, avec un parangon de gastronomie. Et un doigt d&rsquo;interdit freudien.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Ma recette du rey au beurre noir<br />Origine : France/Bretagne<br />Temps de pr&eacute;paration : 15 minutes<br />Temps de Cuisson : 30 minutes<br />Difficult&eacute; : Assez Facile</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Ingr&eacute;dients : <br />1,2 &agrave; 1,5 kg de rey, que vous trouverez chez votre meurtrier le plus proche<br />1 sachet de court-bouillon en poudre<br />5 c. &agrave; s. de c&acirc;pres<br />1/2 verre de vinaigre<br />200 g de beurre<br />800 g de pommes de terre<br />&nbsp;Citron (facultatif)<br />&nbsp;4 c. &agrave; s. de persil hach&eacute;<br />Vinaigre de vin blanc (environ 1/2 verre)<br />Carotte (1 pi&egrave;ce)<br />Sel - compter 12 g. de sel au litre d'eau<br />Poivre en grains (&eacute;quivalent d&rsquo;une cuill&egrave;re &agrave; moka)&nbsp;&nbsp; <br />C&acirc;pres - facultatif (environ 1 cuill&egrave;re &agrave; soupe)&nbsp;<br />1 oignon <br />- Thym, laurier</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Pr&eacute;paration :<br />Prenez un Nicolas Rey d&rsquo;une trentaine d&rsquo;ann&eacute;e, critique litt&eacute;raire, romancier et homme de m&eacute;dia de son &eacute;tat. Choisissez le sujet pas trop faisand&eacute; si possible.<br />Mettez le rey &agrave; nu, lavez-le &agrave; l'eau froide. Eliminer les traces de sang. Attention en le manipulant&nbsp; : sur sa peau se trouvent quelques asp&eacute;rit&eacute;s qui sont de v&eacute;ritables aiguillons ayant vite fait de vous piquer au sang.<br />Puis d&eacute;coupez-le en morceaux de choix avec une scie. Couper alors le rey en tron&ccedil;ons repr&eacute;sentant chacun une portion (on obtient 2 &agrave; 3 portions dans un corps de rey entier de taille courante). La coupe se fait dans le sens du squelette cartilagineux (os).&middot;<br />Pr&eacute;parer un court bouillon avec : 4 litres d&rsquo;eau, oignon &eacute;minc&eacute;, carotte &eacute;minc&eacute;e, brins de persils, grains de poivre, brins de thym, 1 feuille de laurier, sel et la moiti&eacute; du vinaigre.( Nota : il est possible d&rsquo;utiliser un fumet de poisson en guise de court bouillon).</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Cuisson du rey&nbsp; : <br />Placez les tron&ccedil;ons du Rey dans un grand faitout, saupoudrez de court-bouillon, mouillez d'eau froide pour que le rey soit bien recouvert. <br />Mettez sur le feu, porter &agrave; fr&eacute;missement, maintenez frissonnant sans bouillir de 15 &agrave; 20 minutes suivant l&rsquo;&eacute;paisseur du rey. Puis mettre hors du feu et laisser pocher ainsi environ 20 mn (raison pour laquelle le volume d&rsquo;eau ne doit pas &ecirc;tre trop faible). Cette op&eacute;ration commence donc environ 30 mn avant le service.<br />Laissez l&eacute;g&egrave;rement refroidir, sortez le rey qui a &eacute;t&eacute; r&eacute;duit, &eacute;gouttez, coupez &agrave; la hachette ou aux ciseaux les &eacute;l&eacute;ments incomestibles, enlevez d&eacute;licatement les peaux ingrates, &ocirc;ter &eacute;galement la partie gluante en faisant glisser le dos d&rsquo;un couteau. Oter (ou non) les cartilages selon le service<br />Partagez les parts pour disposer dans le plat de service tenu au chaud.. <br />Beurre noir&nbsp; :<br />Mettre dans une po&ecirc;le une quantit&eacute; suffisante de beurre, selon le go&ucirc;t de chacun, pour pouvoir napper le rey ; faire chauffer vivement. On utilisera du beurre doux plut&ocirc;t que du beurre 1/2 sel ou sal&eacute; et, si on en a le temps et le savoir-faire, du beurre doux clarifi&eacute;. <br />Faites fondre le beurre jusqu&rsquo;&agrave; belle couleur noisette. Remuer tout le temps de beurre &agrave; la cuill&egrave;re en bois. Lorsque le beurre ne cr&eacute;pite plus (l&rsquo;eau s&rsquo;est &eacute;vapor&eacute;e et les &quot;impuret&eacute;&quot; commencent &agrave; br&ucirc;ler) et qu&rsquo;il devient mousseux avec une couleur brune, retirer imm&eacute;diatement du feu (vous pouvez ajouter un peu d`huile d`olive dans le beurre pour l&rsquo;emp&ecirc;cher de noircir), jeter un filet de vinaigre dedans (d&eacute;glacer), une pinc&eacute;e de fleur de sel de Gu&eacute;rande, un tour de moulin de poivre blanc et un peu de persil fris&eacute; concass&eacute; grossi&egrave;rement.<br />Hors du feu, ajoutez lentement, en versant sur le bord de la po&ecirc;le, le vinaigre et autant de court-bouillon pass&eacute;, puis les c&acirc;pres. Versez sur le rey.<br />Servez avec pommes vapeur et citron en dressant la chair du rey sur un lit de tranches de pommes de terre. On a d&eacute;j&agrave; vu un service avec du riz (et on parle aussi de l&eacute;gumes de saison), mais c'est inhabituel. Finir avec quelques feuilles de persil hach&eacute;.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><strong>Quand y a pas, y a pas<br /></strong>&nbsp;Le rey au beurre noir a fait un tabac. Un vrai ouragan s&rsquo;est abattu sur la maison du Tr&eacute;port pendant cette soir&eacute;e, certes, mais le bilan est fort positif&nbsp; : j&rsquo;ai rencontr&eacute; pas mal de clients pour mes projets, j&rsquo;ai rembours&eacute; ma dette envers tous ceux qui m&rsquo;ont convi&eacute; &agrave; des fiestas chez eux sur Paris&hellip;et j&rsquo;ai vudemesyeuxvu ses amis manger Nicolas en le savourant &agrave; la lueur des chandelles halor&eacute;es avec un bon vieux Bechevelle ambr&eacute; (le bourgogne blanc aligot&eacute; n&rsquo;ayant plus la cote). Ils en ont tous repris, s&eacute;duits par le beurre noir, par le go&ucirc;t (la diff&eacute;rence entre le bon et le mauvais go&ucirc;t ressemble &agrave; un melon trop m&ucirc;r en &eacute;t&eacute;&nbsp; : d&eacute;gust&eacute;e un jour trop tard, la pulpe douce et sucr&eacute;e se m&eacute;tabolise en une p&acirc;te &acirc;pre et acide&nbsp; ; &agrave; une cuiller&eacute;e pr&egrave;s vous passez du bonheur fondant &agrave; l&rsquo;abjection purulente) ou par mon apologie de ce plat interdit en gastronomie. Sans se douter que, sous la nappe en lin recouvrant le coffre, se tenaient les restes de Nicolas qui n&rsquo;avaient pas &eacute;t&eacute; accommod&eacute;s &agrave; ma fa&ccedil;on. Alors qu&rsquo;il a &eacute;t&eacute; le grand absent de la soir&eacute;e, Nicolas &eacute;tait pr&eacute;sent d&rsquo;un bout &agrave; l&rsquo;autre des festivit&eacute;s, ce dont personne ne s&rsquo;est rendu compte.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; remerci&eacute;, f&eacute;licit&eacute;, congratul&eacute;, port&eacute; aux nues par les participants sur les coups de 5 heures du matin (ils m&rsquo;auront oubli&eacute; dans 3 jours). Faire le m&eacute;nage dans les &eacute;tages, les salons, l&rsquo;escalier et le jardin me prendra au moins une semaine, qu&rsquo;importe, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;offense d&egrave;s lors que la finalit&eacute; obtenue ne contredit pas les moyens employ&eacute;s. La morale ne peut &ecirc;tre qu&rsquo;un luxe de belle &acirc;me et je pr&eacute;f&egrave;re la laideur active &agrave; la perfection sans mains. L&rsquo;agir, singulier, est le principe viral qui corrompt toute &eacute;thique,&nbsp; universelle. <br />&nbsp;Je me suis activ&eacute; &agrave; peine partis les tra&icirc;nards qui squattaient encore le salon jaune &agrave; 6 heures. Le gong rouge du soleil naissant ciselait l&rsquo;horizon parfait du monde. L&rsquo;avenir appartient &agrave; ceux qui ne se couchent plus, n&rsquo;est-ce pas&nbsp; ? </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Les restes du coffre (cette peau de mort &agrave; la nuance mastic) et du plat au beurre noir se sont retrouv&eacute;s enserr&eacute;s dans la nappe, celle-ci jet&eacute;e dans le coffre de la Guilia GTV avec une palanqu&eacute;e de cand&eacute;labres et d&rsquo;&eacute;normes piles de livres, puis direction le port. Je ne me suis pas press&eacute;&nbsp; : courir &agrave; l&rsquo;infini, nous apprend la tortue, consiste &agrave; revenir &agrave; son point de d&eacute;part puisque tel le veut la courbure de l&rsquo;espace &ndash; courir &agrave; l&rsquo;infini, stase sup&eacute;rieure &agrave; toutes les spirales de la d&eacute;composition puisque vectrice d&rsquo;&eacute;ternel retour, comme quand Eli Wallach court, &eacute;perdu, entre les tombes du cimeti&egrave;re dans l&rsquo;h&eacute;naurme western spaghetti Le bon, la brute et le truand.<br />&nbsp;Pas d&rsquo;&acirc;me qui vive sur le trajet entre le coteau et les quais d&rsquo;appontage. J&rsquo;ai transport&eacute; toute ma cargaison &agrave; bord de la barcasse v&eacute;tuste &agrave; fond plat, rachet&eacute;e &agrave; un p&ecirc;cheur, dont je me sers parfois pour longer les c&ocirc;tes et me suis dirig&eacute;, &agrave; la rame puis au moteur dans le petit matin brumeux, vers une anse que j&rsquo;avais rep&eacute;r&eacute;e un mois plus t&ocirc;t. <br />&nbsp;<br />&nbsp;L&rsquo;air &eacute;tait frais et je frissonnais sous ma l&eacute;g&egrave;re chemise Kenzo. Des lumi&egrave;res et fanaux &eacute;taient encore allum&eacute;s autour de l&rsquo;entr&eacute;e du port et du radier, sorte d&rsquo;&eacute;cailles de la civilisation. Une poign&eacute;e de mouettes piaillaient, mo&acirc; mo&acirc; mo&acirc;, rasant de leurs ailes les enrochements r&eacute;partis autour. Toute une faune maritime invisible animait les flots &agrave; l&rsquo;haleine saline et faisait remonter des bulles ind&eacute;chiffrables &agrave; la surface.<br />&nbsp;L&rsquo;endroit &eacute;tait d&eacute;sert. Les vaguelettes grises formaient une surface maussade, un d&eacute;menti aqueux &agrave; tout optimisme auquel participait le teuf-teuf de la barcasse. Le calme est revenu comme par magie d&egrave;s que je l&rsquo;ai &eacute;teint, l&rsquo;embarcation abandonn&eacute;e au fil sisyphien de l&rsquo;eau. J&rsquo;ai nou&eacute; la nappe et son contenu &agrave; la vingtaine de cand&eacute;labres achet&eacute;s pour la soir&eacute;e et aux deux gros pieds de parasol en b&eacute;ton qui pourrissaient dans la remise du jardin depuis que j&rsquo;avais fait l&rsquo;acquisition de la maison, ajout&eacute; &agrave; l&rsquo;ensemble les gros pav&eacute;s de la production litt&eacute;raire de ces cinq derni&egrave;res ann&eacute;es envoy&eacute;s par des services de presse complaisants, autant de &laquo;&nbsp; perles&nbsp; &raquo; que j&rsquo;avais enfil&eacute;es dans une grosse corde en ayant transperc&eacute;, lors de mon dernier s&eacute;jour au Tr&eacute;port, chaque titre &agrave; la perceuse (m&egrave;che de 40 cm de long) dans l&rsquo;intention moins de lester le reliquat anatomique reyen que de l&rsquo;aur&eacute;oler, en symbole pur, d&rsquo;une sorte de couronne mortuaire esth&eacute;tique inspir&eacute;e des colliers de fleurs hawa&iuml;ens. </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;Il me semblait bon que, pour son dernier voyage, Nicolas soit entour&eacute; de ces livres qu&rsquo;il aimait tant. Telle est l&rsquo;&eacute;pitaphe que je composai sur place, pench&eacute; sur le plat-bord au dessus de l&rsquo;&eacute;tui beige&nbsp;- objet de culte s&eacute;l&eacute;nique tant il rayonnait entre mes mains&nbsp;- qui &eacute;tait entr&eacute; en glougloutant dans l&rsquo;eau opaque aux reflets p&eacute;trole, et qui s&rsquo;estompait d&eacute;sormais du regard &ndash; ce sac de peau, coruscant fretin spongieux empli de gaz de macchab et de pisseux abats, est mon ressac -, poids destinal (bient&ocirc;t bleui par le sel) ensanglantant la mer et phagocyt&eacute; par les milliers de cr&eacute;atures vengeresses aux bouches vertes ac&eacute;r&eacute;es que je devinais tapies sous la surface rendue &eacute;cumeuse par la langue froide du vent qui se levait et commen&ccedil;ait d&rsquo;accro&icirc;tre le flux, faisant moutonner les vagues selon son bon vouloir.<br />&nbsp;&laquo;&nbsp; Tu es mort comme tu as v&eacute;cu, Nicolas, entour&eacute; de livres&nbsp; &raquo;. Rien d&rsquo;original ni de pompeux, mais j&rsquo;avais int&eacute;r&ecirc;t &agrave; ne pas trop m&rsquo;&eacute;terniser sur place. Le tr&eacute;sor qui allait ainsi reposer par le fond ne risquait pas d&rsquo;&ecirc;tre pill&eacute; par de quelconques chasseurs d&rsquo;&eacute;paves, il serait prot&eacute;g&eacute; par la plus incoercible des murailles&nbsp; : la profondeur. Mais qui sait si diss&eacute;miner ainsi ces restes dans les profondeurs ne reviendrait pas &agrave; faire surgir bient&ocirc;t des milliers d&rsquo;autres Nicolas (une h&eacute;gire reyenne), par ramification souterraine et ramification sous-marine&hellip;<br />&nbsp;<br />&nbsp;La dissociation mentale ne remplit qu&rsquo;une fonction&nbsp; : nous emp&ecirc;cher de devenir fous. Je viens de d&eacute;couper un jeune homme brillant en cubes (moi qui aurais besoin de me saouler au whisky pour zigouiller une poule) , je l&rsquo;ai servi en sauce &agrave; ses amis, j&rsquo;ai dress&eacute; un banquet sur sa d&eacute;pouille, j&rsquo;ai largu&eacute; ensuite le tout &agrave; la baille pour que les poissons le bouffent et je pense uniquement aux Erynies des profondeurs. <br />On ne peut pas en venir &agrave; tuer comme &ccedil;a, en claquant des doigts, si&nbsp; ? Est-ce &agrave; cela qu&rsquo;on reconna&icirc;t qu&rsquo;on a franchi la ligne, qu&rsquo;on a rompu avec la soci&eacute;t&eacute; des hommes pour devenir soi-m&ecirc;me une b&ecirc;te sauvage, pour fouler les terres du Mal-myst&egrave;re&nbsp; ? A ce qu&rsquo;il para&icirc;t, tous les serial killers r&eacute;pondent &agrave; un facteur d&eacute;clencheur qui provoque leur premier meurtre. Je ne suis pas sociopathe, seule la r&eacute;p&eacute;tition du vide, le vide au carr&eacute;, me pousse &agrave; agir. Car si la r&eacute;p&eacute;tition est le v&eacute;ritable enfer, comme le bonheur noir de l&rsquo;&icirc;le d&rsquo;Ithaque qui fuit toujours devant Ulysse, alors l&rsquo;oubli ne peut transiter que par le vrai recommencement. Et puis nous sommes tous en nos entrailles des enfants cruels, des &ecirc;tres de lumi&egrave;res n&eacute;anmoins baroques et meurtriers&hellip;</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;La mer couleur vin sombre &eacute;tait redevenue &eacute;tale. J&rsquo;ai relanc&eacute; le moteur de la barque et suis reparti vers le port, fendillant ce terne miroir du ciel. Malgr&eacute; les ports de l&rsquo;angoisse, la mort en mer est la plus douce de toutes. En aucun cas elle n&rsquo;est la fin de tout, c&rsquo;est toujours un (re)commencement.<br />Plonger ce sac dans l&rsquo;eau fut comme se d&eacute;barrasser d&rsquo;un &ecirc;tre humain r&eacute;duit &agrave; n&rsquo;&ecirc;tre rien de plus qu&rsquo;un sac d&rsquo;ordures dissolvable. Le monde se divise en deux cat&eacute;gories&nbsp; : ceux qui, d&eacute;bit&eacute;s en tranches napolitaines, coulent au fond de l&rsquo;eau, connement, et ceux qui les regarde depuis une barque s&rsquo;enfoncer au pays des algues. Les cercles concentriques qui se formaient tout &agrave; l&rsquo;heure &agrave; la surface &eacute;tendaient de plus en plus leurs orbes, jusqu&rsquo;&agrave; se confondre dans un dernier remous avec la platitude sal&eacute;e. Un mouvement de dispersion qui m&rsquo;a rappel&eacute; les plis de mon visage vus dans la glace au sortir du lit. <br /></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><strong>suite et fin dans Sumo partie 2</strong></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" color="#808080" size="2"><strong>frederic grolleau&nbsp; (coyright : <a href="http://www.fredericgrolleau.com">www.frede]]></description>
        <pubDate>Sat, 13 May 2006 16:29:29 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">cbd6991fa2911cea9462b7bad21c1b2e</guid>
                <category>Nouvelles perso, poèmes &amp; projets divers</category>        <comments>http://www.fredericgrolleau.com/article-2709466-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Les gestes d'octobre]]></title>
        <link>http://www.fredericgrolleau.com/article-2709407.html</link>        <description><![CDATA[<p align="justify"><strong><font face="Verdana" size="2">Chanson/po&egrave;me &eacute;crit pour Francis Maggiuli en mars 2006, non diffus&eacute;.&nbsp;</font></strong></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana"><strong><font color="#808080">Les gestes d'octobre<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /></font></strong>La pluie d'octobre qui tombe sur les balcons&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />Couvre de larmes givr&eacute;es le beau fer forg&eacute; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />Tant d'eau perl&eacute;e rend les gens un peu cons&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />Devant ma fen&ecirc;tre le brume &agrave; l'&acirc;me j'ai&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</font></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Le zinc mouill&eacute;, faut dire que c'est abscons&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />Ca ne peut plaire qu'aux pigeons et aux geais&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;&nbsp;<em>pont 1<br /></em>&nbsp;&nbsp;Je prie dans mon coin pour qu'Elle revienne&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />&nbsp;&nbsp;Le vieux cam&eacute;lia fait des siennes&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;<em>refrain<br /></em>&nbsp;La passion se rit des frimas&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />&nbsp;Par les petits gestes d'octobre&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />&nbsp;La passion se rit des frimas&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />&nbsp;Et se moque des opprobes&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />La pluie d'octobre qui tombe sur les Balkans&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />Nimbe toutes choses d'un mauvais go&ucirc;t de carcan&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Hausmann &eacute;tait un bon, il a vu large&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />Je suis moins dou&eacute;, je reste dans la marge &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Comme les plantes le feu en moi s'est &eacute;teint&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />Je me noie dans ma th&eacute;i&egrave;re en &eacute;tain&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /><em>pont 2<br /></em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je prie dans mon coin pour qu'Elle revienne&nbsp;&nbsp;<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le vieux cam&eacute;lia fait des siennes&nbsp;&nbsp;&nbsp;</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><em>&nbsp;refrain</em> <br />&nbsp;Ma passion se gave des vivas&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />&nbsp;Par les petits gestes d'octobre&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />&nbsp;Ma passion la suit l&agrave; o&ugrave; Elle va&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />&nbsp;Et se moque des opprobes&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">La sonnerie crie, d&eacute;j&agrave; je suis sorti&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />Dehors, sous la pluie, en peignoir ray&eacute;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Fausse alerte, des lettres, les impay&eacute;s&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />Je suis transi, me sens mal en titi&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Seul sur mon balcon, je suis un paum&eacute;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br />Dahlia, rose, bulbe moi aussi d&eacute;truit [ab&icirc;m&eacute;]&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>bridge<br /></em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je caresse le cam&eacute;lia, sursaute &agrave; cause du vibreur&nbsp;&nbsp;<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;C'est Elle, au caf&eacute; d'en bas, sous le brouillard du bonheur.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" color="#808080" size="2"><strong>frederic grolleau</strong></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><strong>copyright :</strong> <a href="http://www.fredericgrolleau.com">www.fredericgrolleau.com</a> </font></p>]]></description>
        <pubDate>Sat, 13 May 2006 16:23:44 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">465f08c99c1da9ae8b2f9da8ef56d0b3</guid>
                <category>Nouvelles perso, poèmes &amp; projets divers</category>        <comments>http://www.fredericgrolleau.com/article-2709407-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Piège en hôte mère]]></title>
        <link>http://www.fredericgrolleau.com/article-2709183.html</link>        <description><![CDATA[<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><strong>Pr&eacute;vu pour la revue <em>Bordel </em>n&deg; 3 (Flammarion, 2005), non diffus&eacute;.</strong></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" color="#808080" size="2"><strong>Pi&egrave;ge en h&ocirc;te m&egrave;re</strong></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&laquo;&nbsp;C&rsquo;&eacute;tait le jardin qui avait voulu la faute&nbsp;&raquo;<br />Emile Zola, <em>La Faute de l&rsquo;abb&eacute; Mouret</em>, livre II, chp IV.</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Neuf ans que je n&rsquo;y &eacute;tais pas retourn&eacute;. C&rsquo;est une maison qui aurait pu &ecirc;tre bleue et se trouve au beau milieu d&rsquo;une chauss&eacute;e passante au lieu d&rsquo;&ecirc;tre accroch&eacute;e au haut de la colline.&nbsp; Elle n&rsquo;a pour elle que de se trouver, non loin de la mer, au coeur du fief vend&eacute;en dont ma famille est issue. Certains sont n&eacute;s entre bocage et oc&eacute;an, entre mar&eacute;cages poisseux et sable d&rsquo;or&nbsp; &shy;- exception faite de la Venise verte, site enchanteur &agrave; part dans le relief de la Vend&eacute;e. Une ville au bord de la mer, pas si mal. Certains diront sans doute&nbsp;: faut pas se plaindre&nbsp;! Surtout lorsque la demeure en question est celle o&ugrave; vos grand-parents habitent depuis une trentaine d&rsquo;ann&eacute;es.&nbsp; <br /></font><font face="Verdana" size="2">Mais voil&agrave;, cet endroit, j&rsquo;y ai &eacute;t&eacute; abonn&eacute; moi-m&ecirc;me pendant plus de vingt ans et &agrave; force, autant de r&eacute;gularit&eacute;, &ccedil;a use.&nbsp; J&rsquo;ai donc jet&eacute; l&rsquo;&eacute;ponge un beau jour. Marre de venir en juillet ou ao&ucirc;t sur la plage des Sables d&rsquo;Olonne. D&eacute;go&ucirc;t&eacute; des sempiternelles visites, &agrave; l&rsquo;impromptu ou pr&eacute;vue depuis l&rsquo;ann&eacute;e d&rsquo;avant, des cousins, des oncles et des tantes. Une palanqu&eacute;e de locaux ayant rarement d&eacute;pass&eacute; Angers et curieux de voir &agrave; quoi ressemble un de pr&egrave;s un Parisien d&rsquo;adoption. Fatigu&eacute; de voir cette bicoque achet&eacute;e peu de temps auparavant par mon paternel partir en morceaux au fil du temps et des mar&eacute;es. Bref, neuf ans plus tard, mari&eacute; et p&egrave;re de famille, le retour n&rsquo;en est que plus beau. Le s&eacute;jour sera de courte dur&eacute;e. Je l&rsquo;esp&egrave;re n&eacute;anmoins de qualit&eacute; car la ville a d&ucirc; &eacute;volu&eacute; (difficile d&rsquo;&ecirc;tre pire que ce qu&rsquo;elle &eacute;tait&hellip;) et la maison a connu &ndash; ne devrai-je pas plut&ocirc;t &eacute;crire &laquo;&nbsp;subi&nbsp;&raquo;&nbsp;? &ndash; maintes r&eacute;parations et restructurations. </font></p>
<font face="Verdana" size="2">
<p align="justify"><br />En un sens, concernant la ville, l&rsquo;am&eacute;lioration est notable&nbsp;: disparu le beauf moyen f&eacute;ru du camping du Lac, adepte du Casino du Ch&acirc;teau d&rsquo;Olonne planqu&eacute; dans la pin&egrave;de connexe et fan de la plage de Tanchets o&ugrave; pullulent en qualit&eacute; &eacute;gale algues et rochers. D&eacute;sormais le chaland ressemble au cadre sup pouss&eacute; par la canicule jusque sur le remblai d&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;on peut contempler en un autre mois de l&rsquo;ann&eacute;e le d&eacute;part du <em>Vend&eacute;e globe challenge.</em> Affal&eacute; &agrave; la terrasse d&rsquo;un des nombreux troquets dominant du haut du mur protecteur l&rsquo;une des plus belles plages qui soient, on le trouvera de pr&eacute;f&eacute;rence vautr&eacute; dans l&rsquo;un des fauteuils accueillant de L&rsquo;Oc&eacute;an, l&rsquo;une des brasseries de la belle &eacute;poque qui a surv&eacute;cu &agrave; toutes les m&eacute;tamorphoses de la c&ocirc;te. Des boutiques tendance ont vu le jour dans le quartier des rue pi&eacute;tonnes, et l&rsquo;on sent qu&rsquo;une client&egrave;le quasi hype se presse parfois en ces boutiques quand elle d&eacute;laisse le soleil du front de mer r&eacute;nov&eacute; pour se rafra&icirc;chir dans l&rsquo;ombre de l&rsquo;antre consum&eacute;riste de centre ville. <br />Mais c&ocirc;t&eacute; maison, la d&eacute;ception et de taille. Comme le disent les musiciens, et ceux qui les imitent &ndash; mais qui a commenc&eacute; au juste&nbsp;? &ndash;, &ccedil;a ne le fait pas vraiment. Les tro&egrave;nes et les nombreuses plantations de la fa&ccedil;ade &ndash; dont de magnifiques bosquets d&rsquo;hortensias dans ma m&eacute;moire -ont &eacute;t&eacute; supprim&eacute;s. A leur place tr&ocirc;nent les piliers d&rsquo;une future cl&ocirc;ture de pavillon et un sol d&rsquo;acc&egrave;s au garage macadamis&eacute; rouge vif. Une bande de carrelage ach&egrave;ve la d&eacute;figuration le long de la fa&ccedil;ade rue&nbsp;:&nbsp; ce qui &eacute;tait d&eacute;j&agrave; un jardin foisonnant, aux multiples essences odorif&eacute;rantes a &eacute;t&eacute; remplac&eacute; par le vide et le froid. L&rsquo;aseptis&eacute; et le standard. N&eacute;gation de la nature par le fer et la flamme. La pierre a tu&eacute; la fleur. La logique entrepreneuriale a tu&eacute; le jardinier qui sommeille en tout homme. ERADIQUEZ TOUS LES PLANTS, Dieu les reconna&icirc;tra&nbsp;! </p>
<p align="justify">Je passe sur l&rsquo;int&eacute;rieur de la modeste maisonn&eacute;e qui a beaucoup chang&eacute; lui aussi &ndash; une v&eacute;randa colossale qui double la surface habitable au sol, mais invivable en &eacute;t&eacute; car trop chaude ( &agrave; quoi bon&nbsp;?), des nouvelles toilettes et salle de bains, certes, mais donnant sur ladite v&eacute;randa (pas tr&egrave;s seyant d&rsquo;entendre son commensal pousser quand on d&eacute;guste un Pineau des Charentes fait maison) &ndash; et j&rsquo;arrive au jardin, pr&eacute;cis&eacute;ment. L&agrave;, les d&eacute;g&acirc;ts sont irr&eacute;versibles. Me reviennent en m&ecirc;me temps, je ne sais plus dans quel ordre, la chanson de Dutronc &laquo;&nbsp;C&rsquo;&eacute;tait un jardin, un petit jardin parisien&hellip;&nbsp;&raquo; &ndash; comme quoi je ne suis revanchard ni envers mes oncles ni envers mes tantes, qui ont pourtant pourri nombre de mes &eacute;t&eacute;s d&rsquo;adolescent &ndash; et les &eacute;minents propos d&rsquo;Alain Roger dans son <em>Court Trait&eacute; du paysage</em>. &laquo;&nbsp;Le jardin, &agrave; l&rsquo;instar du tableau, se veut monade, partie totale, &icirc;lot de quintessence et de d&eacute;lectation, paradis paradigme&nbsp;&raquo; (Gallimard, 1997, p. 32). &laquo;&nbsp;Ilot de quintessence&nbsp;&raquo;&hellip;, tu l&rsquo;as dit, bouffi. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il y a de chiant avec la culture ou disons avec les gens qui lisent beaucoup en g&eacute;n&eacute;ral. Ils ram&egrave;nent par corr&eacute;lation toute chose v&eacute;cue dans le pr&eacute;sent &agrave; un texte lu la veille ou dix ans auparavant. Ils ne sont pas dans la perception &ndash; la jouissance esth&eacute;tique, au sens grec du mot, l&rsquo;aisth&egrave;sis, la sensation &ndash; imm&eacute;diate. Non, leur truc, c&rsquo;est d&rsquo;analyser contin&ucirc;ment, de comparer, de jauger, de juger, tels des logiciels incorpor&eacute;s &agrave; leur regard et &agrave;&nbsp; leur langage. Le &laquo;&nbsp;moment de la certitude sensible&nbsp;&raquo;, pour reprendre le mot du philosophe d&rsquo;I&eacute;na, pas leur truc. Faut qu&rsquo;ils aillent au-del&agrave;, qu&rsquo;ils d&eacute;passent, comme les keums qui se la jouent<em> style</em> (prononcez &agrave; l&rsquo;anglaise sinon vous perdez l&rsquo;effet) en Audi TT sur l&rsquo;autoroute. Impossible &agrave; vivre ces gens-l&agrave;&nbsp;! <br />Toujours est-il que le jardin, ce qu&rsquo;il reste du jardin de mon enfance, l&agrave; , sous mes yeux, &ccedil;a ne passe pas&nbsp;; c&rsquo;est niet. Disparues les all&eacute;es flanqu&eacute;es de lauriers, de thym, les cerisiers et pommiers du fond, l&agrave; o&ugrave; une balan&ccedil;oire rouill&eacute;e accueillaient les maigres envol&eacute;es de mes deux soeurs et moi. D&eacute;truites les deux vieilles cabanes, m&eacute;lange aussi savant qu&rsquo;inextricable de fil de fer, de grillages, de t&ocirc;les et de madriers sncf. De r&eacute;cup en syst&egrave;me D, le jardin et ses alc&ocirc;ves am&eacute;nageaient pour le visiteur curieux des espaces de cr&eacute;ation et d&rsquo;exploration extraordinaires, au sens de la sortie de l&rsquo;ordre immuable auquel nous exposait notre exil dans les lointaines terres vosgiennes &ndash; pourtant sources de magnifiques paysages lorsqu&rsquo;on admettait que la beaut&eacute; put &eacute;galement s&rsquo;y d&eacute;cliner. Le regard de l&rsquo;enfance a ceci de sp&eacute;cifique qu&rsquo;il cr&eacute;e ses propres canons en s&rsquo;affranchissant sans complexe aucun des normes &eacute;tablies par les conventionnels adultes. Raison pour laquelle nous sommes les plus tristes du monde d&egrave;s que nous l&rsquo;avons perdu et passons sans vergogne le reste de notre existence &agrave; rechercher le reflet partout o&ugrave; nous accrochons nos prunelles d&eacute;sillusionn&eacute;es. Mais il n&rsquo;y a pas de retour &agrave; la prime innocence, sauf chez ceux qui pr&eacute;tendent qu&rsquo;elle est encore leur possession &ndash; parce qu&rsquo;ils ne l&rsquo;ont jamais quitt&eacute;e. Il n&rsquo;y a rien de pire qu&rsquo;&ecirc;tre s&eacute;dentaire &agrave; soi-m&ecirc;me. </p>
<p align="justify"><br />Il suffit pourtant que je contemple, abattu, le morne et erratique gazon, fruit de combien de combats contre les racines ?, qui pars&egrave;me la faible &eacute;tendue de terre sous mes yeux pour que reviennent &agrave; moi, irr&eacute;fragables r&eacute;miniscences sous le sodium iridescent qui plombe l&rsquo;atmosph&egrave;re, les fragrances des roses et des arbres, fruitiers ou &agrave; fleurs, qui &eacute;tant jadis essaim&eacute;s partout ici. Cette ancienne g&eacute;om&eacute;trie aux labyrinthiques circonvolutions s&rsquo;est absent&eacute;e, laissant place &agrave; l&rsquo;&egrave;re du plane et du rectiligne. Gazon maudit, c&rsquo;est le mot. Plus de courbes, plus de d&eacute;tours obombr&eacute;s, plus de massifs inqui&eacute;tants. Partout du reconnaissable, de l&rsquo;identifiable, de l&rsquo;assignable. Du m&ecirc;me <em>made in banlieue</em> parisienne transport&eacute; avec opini&acirc;tret&eacute; par mes parents sur ce bout de c&ocirc;te. Rien de tel qu&rsquo;arracher les racines pour effacer la m&eacute;moire. Leur paradis &agrave; eux, qui s&rsquo;y reconnaissent, mon enfer &agrave; moi, qui n&rsquo;y reconna&icirc;t plus rien. <br />La pand&eacute;mie de la pavillonnite frappe donc jusqu&rsquo;ici, en ces terres de salines o&ugrave; les chouans &eacute;difi&egrave;rent de modestes cabanons avant que la grande vague des cit&eacute;s de bord de mer ne frappe un premier coup de semonce dans les ann&eacute;es cinquante. Ainsi va la vie, ainsi coule b&eacute;ton, nimbant toute chose premi&egrave;re d&rsquo;une &eacute;paisse couche gris&acirc;tre d&rsquo;oubli, de faux vernis social et de lignes cubiques qui n&rsquo;existent pas dans la nature &agrave; l&rsquo;origine. Tant pis pour ma grand-m&egrave;re qui aimait tant se r&eacute;fugier dans son jardin secret. La m&egrave;re de ma m&egrave;re, ma haute m&egrave;re,&nbsp; &agrave; qui appartenait cette modeste demeure et qui y vit encore &agrave; plus de quatre vingt-dix ans. Apr&egrave;s tout l&rsquo;ombre fam&eacute;lique d&rsquo;une glycine taillad&eacute;e et &eacute;t&ecirc;t&eacute;e, ajout&eacute;e &agrave; celle d&rsquo;un pommier malade depuis des lustres, devraient bien &ecirc;tre suffisants pour se prot&eacute;ger des assauts de l&rsquo;astre solaire. Quant au terrain de boules le long des tro&egrave;nes o&ugrave; je jouais avec mon grand-p&egrave;re, disparu depuis, il est bien plus utile d&rsquo;y avoir &eacute;tabli dor&eacute;navant, excavatrices et pelleteuses &agrave; l&rsquo;appui, un espace o&ugrave; l&rsquo;on peut garer jusqu&rsquo;&agrave; trois voitures.&nbsp;Oui, trois voitures, le grand luxe, n&rsquo;est-il pas&nbsp;? <br /><em>Barbarus hic ego, qui non intelligor ulli</em>. Alain Roger encore, citant Ovide exil&eacute; au bord du Pont-Euxin en 8 apr&egrave;s J.-C. qui se lamente des affres de son exil parce qu&rsquo;il se sent &laquo;&nbsp;d&eacute;pays&eacute;&nbsp;&raquo;. Moi aussi, comme lui, je puis dire face &agrave; ce d&eacute;sastre chtonique&nbsp;: Le barbare ici, c&rsquo;est moi, qui ne suis compris de personne. Quand donc pourrai-je jamais parler la langue de mes parents&nbsp;? Je comprends que je suis l&rsquo;invit&eacute; de personnes, ma m&egrave;re surtout, qui se r&eacute;jouissent de ce que j&rsquo;&eacute;pouse leurs valeurs &eacute;troites. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on pourrait appeler, vivifi&eacute; par l&rsquo;air du large qui affleure, un pi&egrave;ge en h&ocirc;te m&egrave;re. </p>
</font>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">On ne refait pas le pass&eacute;, on le revit tout au plus. Un seul tour avec ma femme sur le radier du fort saint-Nicolas &agrave; La Chaume, et je me suis souvenu des nuits pass&eacute;es l&agrave; &agrave; p&ecirc;cher avec mon p&egrave;re et mon grand-p&egrave;re maternel. On pr&eacute;parait l&rsquo;amorce avec des t&ecirc;tes de raie et la chair purulente de quelconques autres poiscailles, on bennait le tout dans des balances &agrave; filet maill&eacute; sph&eacute;riques qu&rsquo;on accrochait aux piles de la jet&eacute;e menant au fort rouge du port, et on buvait canon sur canon en remontant toutes les vingt minutes les balances pour en extraire devant les touristes interloqu&eacute;s foultitude de crabes, des &eacute;trilles et des balleresses principalement. Plus que tout me terrorisait, afin d&rsquo;acc&eacute;der &agrave; cet endroit, le brise-lames souvent recouvert par la gerbe moussue des vagues &eacute;cumantes et ensuite, ce premier &eacute;cueil pass&eacute;, l&rsquo;ascension d&rsquo;un redoutable escalier aux marches &eacute;troites et &eacute;rod&eacute;es par l&rsquo;iode comme les embruns. Je me souviens encore du contact froid et inhumain de la rampe couleur rouille qui s&rsquo;effritait sous les doigts lorsqu&rsquo;on s&rsquo;y agrippait. Elle a &eacute;t&eacute; remplac&eacute;e nagu&egrave;re par une rampe anodine en acier, d&eacute;j&agrave; piqu&eacute;e par l&rsquo;air marin. Ma femme lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;y accoude me surprend en distinguant dans l&rsquo;eau qui frappe le mur pierreux une &eacute;norme m&eacute;duse l&agrave; o&ugrave; je n&rsquo;ai vu l&rsquo;instant d&rsquo;avant qu&rsquo;un sac en plastique agit&eacute; par les vagues. C&rsquo;est toute la diff&eacute;rence entre voir et observer. Question de point de vue. </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Souvenir des seaux en plastique blanc &agrave; demi remplis d&rsquo;eau ou s&rsquo;agitaient d&rsquo;antan les petits crabes tandis que nous rentrons au Ch&acirc;teau d&rsquo;Olonne. C&rsquo;est le syndrome <em>Midnigth express</em> qui guide notre vie&nbsp;: on a beau s&rsquo;agiter en tous sens, voire &agrave; contre sens, rien n&rsquo;y fait&nbsp;: on rentre toujours t&ocirc;t ou tard au bercail c&rsquo;est-&agrave;-dire dans le rang. Aussi suis-je heureux de prendre le passeur qui rallie Les Sables &agrave; La Chaume, de me baigner avec ma compagne dans l&rsquo;eau translucide nimbant la plage (on y c&ocirc;toie ce matin-l&agrave; de nombreux micropoissons argent&eacute;s en ban), et de lire le bonheur qui envahit les yeux de notre fille lorsqu&rsquo;elle court sur le sable et affronte les vaguelettes du rivage. <br />Tout cela vaut bien un jardin rabougri et une maison d&eacute;vast&eacute;e&nbsp;? Sans doute. </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" color="#808080" size="2"><strong>Fr&eacute;d&eacute;ric Grolleau</strong></font></p>
<p align="justify"><strong><font face="Verdana" color="#808080" size="2"><font color="#003300">copyright :</font> <a href="http://www.fredericgrolleau.com">www.fredericgrolleau.com</a>&nbsp;</font></strong></p>]]></description>
        <pubDate>Sat, 13 May 2006 15:55:39 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">1550f2d5ad769f9c832de4cd7c9cbedc</guid>
                <category>Nouvelles perso, poèmes &amp; projets divers</category>        <comments>http://www.fredericgrolleau.com/article-2709183-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Le premier mars ou la longue soirée dun bobo détroussé]]></title>
        <link>http://www.fredericgrolleau.com/article-2709161.html</link>        <description><![CDATA[<font face="Verdana" size="2">
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Paru dans le mensuel <em>Figures</em> le 01 03 04.</font></p>
</font>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><strong>Le premier mars ou la longue soir&eacute;e d&rsquo;un bobo d&eacute;trouss&eacute;</strong></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Prend-on suffisamment le temps de regarder les &eacute;toiles, cette sph&egrave;re des fixes qui nous surplombe&nbsp;? Non sans doute, mais que penserait le premier venu s&rsquo;il voyait soudain un quidam s&rsquo;affaler le soir venu sur le sol pour s&rsquo;y repa&icirc;tre de la vue des diamants c&eacute;leste&nbsp;? A chacun toutefois le luxe de s&rsquo;inventer son propre d&eacute;s-astre. J&rsquo;&eacute;cris cette page le 02 mars en d&eacute;but d&rsquo;apr&egrave;s-midi, nanti de quelques h&eacute;matomes au bras et &agrave; la jambe. Hier au soir deux sarrasins et un malotru m&rsquo;ont foul&eacute; au sol, pr&egrave;s de la gare du Nord, quasi sous mes fen&ecirc;tres. Fauch&eacute; par derri&egrave;re, v&ecirc;tement d&rsquo;apparat chic d&eacute;chir&eacute;, sac arrach&eacute;, papiers et affaire personnelle vol&eacute;s. <br /><br />En deux temps trois mouvements, triste valse urbaine d&rsquo;un quotidien d&eacute;senchant&eacute;, je me suis retrouv&eacute; au sol. Par del&agrave; trois faces patibulaires &ndash; a priori les anges ne vous molestent pas pour vous d&eacute;pouiller &ndash; j&rsquo;ai vu scintiller cette vo&ucirc;te &eacute;toil&eacute;e que je n&rsquo;observe jamais. Combien de fois n&rsquo;ai-je pourtant m&eacute;dit&eacute; la formule de Kant, &agrave; la fin de la Critique de la raison pratique &nbsp;: &laquo;&nbsp;Deux choses remplissent mon esprit d'une admiration et d'un respect incessants : le ciel &eacute;toil&eacute; au dessus de moi et la loi morale en moi.&nbsp;&raquo; Avant mon coeur n&rsquo;y &eacute;tait pas, l&agrave; c&rsquo;est mon corps qui y &eacute;tait, qui m&rsquo;y propulsait. Que la nuit &eacute;tait belle soudain, une fois mesur&eacute;e &agrave; la terrible possibilit&eacute; de m&rsquo;&ecirc;tre ravie par ces triste sires pour la bagatelle de 4 euros. <br /><br />On dit que dans un cas d&rsquo;agression urbaine plut&ocirc;t que d&rsquo;appeler &agrave; l&rsquo;aide et de crier au voleur (ce qui est assez d&eacute;mod&eacute;, convenons-en) il vaut mieux s&rsquo;&eacute;poumoner &laquo;&nbsp;au feu&nbsp;! &raquo; car on a plus de chance d&rsquo;&ecirc;tre entendu. C&rsquo;est-&agrave;-dire non ignor&eacute; par ses semblables, bien au chaud s&eacute;curitaire &agrave; ce premier &eacute;tage, juste au-dessus de votre t&ecirc;te. Entre vous et les &eacute;toiles du firmament. Si pr&egrave;s. Si loin. Ce n&rsquo;est pas tout &agrave; fait faux. Une rue n&rsquo;est jamais aussi d&eacute;serte que lorsqu&rsquo;une agression caract&eacute;ris&eacute;e vient de s&rsquo;y produire. Vous ne vous sentez jamais aussi seuls que lorsque vous &ecirc;tes entour&eacute; d&rsquo;une poign&eacute;e de m&eacute;cr&eacute;ants qui ont un air d&rsquo;en avoir deux (airs). On sent moins la loi morale en soi qu&rsquo;une th&eacute;orie d&rsquo;horions sur sa peau.<br />Je suis sur le dos, dans la position du cafard kafka&iuml;en et je me sens &eacute;trangement seul, abandonn&eacute; pour ainsi dire. Isol&eacute;. Esseul&eacute;. D&eacute;sol&eacute;. Mais la vraie solitude, c&rsquo;est moins d&rsquo;&ecirc;tre seul que de se sentir seul. On m&rsquo;arrache violemment les pans de ma veste dont les boutons giclent sur le trottoir, fa&ccedil;on d&eacute;gradation dans la cour d&rsquo;&eacute;cole militaire. Ca me fait penser illico &agrave; La guerre des boutons. &laquo;&nbsp;Si j&rsquo;avais su&hellip;&nbsp;&raquo; Et puis les malfrats s&rsquo;en vont&nbsp;; je me rel&egrave;ve. Il suffit d&rsquo;&ecirc;tre debout sur ses cannes pour appr&eacute;cier le monde d&rsquo;un nouvel &oelig;il. On se sent &laquo;&nbsp;plus&nbsp;&raquo; ma&icirc;tre.<br /><br />Pourrait-on me dire pourquoi le fait de reposer sur le macadam est toujours dans nos soci&eacute;t&eacute;s le comble du grotesque, du ridicule ou de l&rsquo;infamie&nbsp;? Bergson, qui a parfois &eacute;crit des conneries aussi grosses que lui, a d&eacute;fini la cause du rire comme &laquo;&nbsp;du m&eacute;canique plaqu&eacute; sur du vivant&nbsp;&raquo;, ce qui se discute. Pour ma part je suis enclin &agrave; penser que c&rsquo;est surtout l&agrave; une d&eacute;finition du tragique, qu&rsquo;on peut &eacute;galement assimiler &agrave; du vivant plaqu&eacute; sur du bitume, comme ventous&eacute; &agrave; lui tandis qu&rsquo;il devrait l&rsquo;arpenter&hellip; <br />Marcher, c&rsquo;est rena&icirc;tre, souffrir c&rsquo;est respirer, temp&ecirc;ter c&rsquo;est revivre. Demain j&rsquo;apprendrai qu&rsquo;un double attentat a fait au moins 143 victimes en Irak. Qu&rsquo;il y a eu jadis de l&rsquo;eau sur Mars. Dans deux jours j&rsquo;enregistre l&rsquo;&eacute;mission &laquo;&nbsp;Culture et d&eacute;pendances&nbsp;&raquo; du 10 mars o&ugrave; je pr&eacute;senterai mon nouveau livre, Le cri du sanglier, paru chez Deno&euml;l. Je serai l&agrave;, fid&egrave;le au poste, avec quelques bosses, &agrave; parler du g&eacute;n&eacute;ral de Gaule, th&egrave;me de l&rsquo;&eacute;mission (cherchez l&rsquo;erreur&nbsp;!). Le sanglier, pr&eacute;cis&eacute;ment, a la peau dure&nbsp;: on ne l&rsquo;abat pas comme &ccedil;a, au coin d&rsquo;une rue, f&ucirc;t-ce celle de New India. <br />Il est des cheminements que nul ne peut briser. Nous sommes des larves rampantes sur une boule lanc&eacute;e &agrave; l&rsquo;infini. Et Philippulus le Proph&egrave;te a bien tort de pr&eacute;dire la fin d&rsquo;un monde o&ugrave; plus aucune &eacute;toile ne saurait nous demeure myst&eacute;rieuse.<br /></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><strong>frederic grolleau</strong></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><font color="#808080"><strong>copyright</strong> :</font> <a href="http://www.fredericgrolleau.com">www.fredericgrolleau.com</a> </font></p>]]></description>
        <pubDate>Sat, 13 May 2006 15:51:03 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">723f8cc3db00098aae9992176ad42923</guid>
                <category>Nouvelles perso, poèmes &amp; projets divers</category>        <comments>http://www.fredericgrolleau.com/article-2709161-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Un amour de vers]]></title>
        <link>http://www.fredericgrolleau.com/article-2709097.html</link>        <description><![CDATA[<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><strong>Pr&eacute;vu pour la revue Hermaphrodite n&deg; 9, &quot;SF et cortex&quot;, non diffus&eacute;.</strong></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><strong>Un amour de ver</strong></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">&laquo;&nbsp;Ce qui me mine le coeur, c&rsquo;est cette force destructrice qui est cach&eacute;e dans toute la nature, qui ne produit rien qui ne se d&eacute;truise soi-m&ecirc;me. Ciel, terre, forces actives qui m&rsquo;environnent, je ne vois rien dans tout cela qu&rsquo;un monstre toujours d&eacute;vorant, toujours ruminant.&nbsp;&raquo;<br />Goethe, <em>Les souffrances du jeune Werther</em></font></p>
<p align="justify"><br /><font face="Verdana" size="2">Ca a commenc&eacute;, un soir, par un l&eacute;ger bruit. Pas le timbre franc et massif d&rsquo;un objet qui tombe &agrave; m&ecirc;me le sol ou le claquement d&rsquo;une porte. Un bruit tout simple, si simple dans son d&eacute;nuement qu&rsquo;il en est indescriptible. Cruiii-cruiii. Quelque chose comme &ccedil;a. Une complainte ind&eacute;celable &agrave; l&rsquo;oreille, parmi le bruit <br />de votre compagne qui chante faux sous la douche<br />des passants qui parlent haut et fort dans la rue en contrebas<br />de votre fille qui chouine dans sa chambre en t&ecirc;tant son doudou<br />de la Folia interpr&eacute;t&eacute;e par Jordi Savall, qui passe en boucle sur votre cha&icirc;ne hi-fi dernier cri<br />du chien qui ach&egrave;ve de mastiquer le talon de votre chausson pr&eacute;f&eacute;r&eacute;<br />de la t&eacute;l&eacute; qui bourdonne (m&ecirc;me si votre t&eacute;l&eacute;viseur n&rsquo;est pas allum&eacute;, il est selon toute probabilit&eacute; en &eacute;tat de veille, c&rsquo;est-&agrave;-dire que luit un voyant rouge quelque part &agrave; sa surface pendant qu&rsquo;un l&eacute;ger vibrement se fait entendre &ndash; si vous vous concentrez pour le percevoir).</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Cruiii-cruiii. Ce bruit r&eacute;sonne dans l&rsquo;appartement depuis plusieurs jours. Peut-&ecirc;tre depuis plusieurs semaines. Difficile &agrave; d&eacute;terminer parce que vous vous &ecirc;tes habitu&eacute; &agrave; l&rsquo;entendre sans vous en rendre compte. Qui, allong&eacute; sur une plage au bord de la mer, s&rsquo;amuserait &agrave; se demander &agrave; partir de quand chacune des gouttelettes d&rsquo;eau qu&rsquo;il per&ccedil;oit a fini par constituer ce bras de vague &eacute;cumeux, cette sommation ind&eacute;chiffrable de mol&eacute;cules qui s&rsquo;abat sur la gr&egrave;ve avant de se retirer, Sisyphe m&eacute;content&nbsp;? L&agrave;, c&rsquo;est pareil. Un soir apr&egrave;s l&rsquo;autre, la petite stridulation a retenti, mani&egrave;re de dire que le salon n&rsquo;appartient pas qu&rsquo;&agrave; vous seul. Indiff&eacute;rent au d&eacute;part, puis tr&egrave;s rapidement agac&eacute;, vous vous &ecirc;tes plu &agrave; imaginer toutes les raisons plausibles susceptibles d&rsquo;expliquer ce son r&eacute;gulier et inassignable &agrave; la fois&nbsp;:<br />les voisins en train de copuler au-dessus, mettant &agrave; mal les ressorts de leur divan&nbsp;?<br />le tambour de la machine &agrave; laver, qui n&rsquo;est plus de la premi&egrave;re fra&icirc;cheur et se croit dans un film de Volker Schl&ouml;ndorff ?<br />le sifflement souffreteux du Borkum Riff en train de se consumer dans le culot de votre pipe Bayard Redhood&nbsp;?<br />l&rsquo;&eacute;cho des camions &agrave; gros tonnages qui empruntent le boulevard un peu plus haut, et dont l&rsquo;onde de passage se r&eacute;percute jusque chez vous, faisant juste jouer les vielles lattes d&eacute;sassembl&eacute;es du parquet &agrave; chevrons&nbsp;? </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Cruiii-cruiii. Non, c&rsquo;est autre chose. Mais quoi&nbsp;? Vous remarquez bien que l&rsquo;aga&ccedil;ant chuintement se d&eacute;clenche au moment o&ugrave; les autres bruits s&rsquo;arr&ecirc;tent &agrave; la p&eacute;riph&eacute;rie. Encore le centre de l&rsquo;&eacute;mission est-il impossible &agrave; d&eacute;tecter. Ca grince, quelque part dans le salon, non loin du canap&eacute; o&ugrave; vous &ecirc;tes accoutum&eacute; &agrave; vous avachir pour lire, sans que l&rsquo;origine du couinement r&eacute;p&eacute;titif puisse &ecirc;tre identifi&eacute;e avec certitude. Dans ces conditions, autant faire avec&nbsp;! Souris coinc&eacute;e entre les murs de pl&acirc;tre, termites f&eacute;rus de Gothic Metal ou puces amatrices de bois, continuez le concert si le c&oelig;ur, ou ce qui vous en tient lieu, vous en dit&nbsp;! D&rsquo;ailleurs, ce bruit n&rsquo;est pas des plus incommodants. N&rsquo;&eacute;tait le calme qui tombe soudain tard dans la soir&eacute;e, il passerait sans doute inaper&ccedil;u. A la longue, on s&rsquo;y fait d&rsquo;ailleurs assez vite, voire on le trouverait presque aimable. Ne rythme-t-il pas de fait votre vie priv&eacute;e , ne scande-t-il pas, plus efficace qu&rsquo;un m&eacute;tronome, les heures qui d&eacute;filent tandis que vous suez sang et eau sur votre m&eacute;moire&nbsp;: &laquo;&nbsp;L&rsquo;amour est-il raisonnable&nbsp;?&nbsp;&raquo;. Telle une scie musicale, au piccato enlev&eacute;, ce cruiii-cruiii d&rsquo;oiseleur est devenu v&ocirc;tre. <br />L&rsquo;anomalie qui donne son plein sens &agrave; la normalit&eacute;. La d&eacute;viance contrapuntique qui scelle, par ce grain de dissonance m&ecirc;me, l&rsquo;harmonie g&eacute;n&eacute;rale qui r&egrave;gne autour de vous. Pour un peu on prendrait cette m&eacute;lop&eacute;e diffuse pour un des cris des animaux imit&eacute;s avec g&eacute;nie par Coltrane dans son Africa (first version), morceau dont vous aimez vous impr&eacute;gnez avant que de jeter vos phrases sur le papier. De livre en livre, de chapitre en chapitre, de brouillon en brouillon, cette note t&eacute;nue vous accompagne. &laquo;&nbsp;Si aimer c&rsquo;est &ecirc;tre appel&eacute; vers un &ecirc;tre autre, &eacute;prouver un sentiment d&rsquo;affection, de tendresse pour un tiers par exemple, il semble que l&rsquo;amour se s&eacute;pare d&rsquo;embl&eacute;e de toute discussion de type axiologique&nbsp;&raquo;. Pas de raison de s&rsquo;en faire&nbsp;; vous vivez entour&eacute; d&rsquo;amis, vous vous destinez au plus noble m&eacute;tier qui soit &agrave; vos yeux, l&rsquo;enseignement, vos revenus sont modestes mais vous en connaissez qui sont plus mal lotis que vous. Votre existence ne va pas basculer dans le paranormal x-filien parce vous h&eacute;bergez une entit&eacute; fant&ocirc;me. Laquelle, au demeurant, ne cause aucun d&eacute;g&acirc;t visible. </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">A moins que ce bruit que vous croyez ou&iuml;r soit uniquement dans votre t&ecirc;te, g&eacute;n&eacute;r&eacute; par vos seuls phantasmes nocturnes qui m&ecirc;lent en une p&acirc;te eid&eacute;tique informe le Nosferatu de Murnau et le Dans la peau de John Malkovich&nbsp;de Spike Jonze? &laquo;&nbsp;Un amour passion renvoie toujours &agrave; un amour que l&rsquo;on subit, impuissant &agrave; y faire intervenir la raison ou la volont&eacute;. A ce titre, aimer ne peut appara&icirc;tre comme raisonnable puisque l&rsquo;amoureux s&rsquo;engouffrant sur la pente de la s&eacute;duction et de l&rsquo;attrait s&rsquo;abandonne face &agrave; (&agrave; cause de) l&rsquo;objet &agrave; conqu&eacute;rir&nbsp;; lequel correspond &agrave; une intrusion de l&rsquo;Autre dans le M&ecirc;me, du d&eacute;sordre dans l&rsquo;ordre&nbsp;: il y aurait alors une diff&eacute;rence de nature (et non de degr&eacute;) entre l&rsquo;amour physique et l&rsquo;amour raisonnable.&nbsp;&raquo;</font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Cruiii-cruiii Cruiii-cruiii. Votre travail n&rsquo;avance pas aussi vite que vous le souhaiteriez. Si lire ne vous pose aucun probl&egrave;me dans la journ&eacute;e, en revanche vous ne vous sentez capable d&rsquo;&eacute;crire qu&rsquo;une fois le (petit) monde alentour &eacute;clips&eacute;, happ&eacute; par le mol r&eacute;confort du lit et des oreillers. Comme vous l&rsquo;aimez cet instant o&ugrave;, enfin seul avec vous-m&ecirc;me, la patiente recollection des concepts et des id&eacute;es peut advenir. Par la fen&ecirc;tre vous voyez s&rsquo;&eacute;teindre un &agrave; un les rectangles lumineux des autres immeubles, les toits des b&acirc;timents pierreux se confondant d&eacute;sormais avec le manteau cotonneux qui les submerge. Mais toujours, alors que vous pourriez vous endormir, le bruit vous ram&egrave;ne &agrave; la r&eacute;alit&eacute;. Gond mal huil&eacute; d&rsquo;une porte qui ne m&egrave;ne nulle part, mais qui &eacute;voque dans le m&ecirc;me temps le bercement rassurant des grillons par les chaudes nuits d&rsquo;&eacute;t&eacute;. Cruiii.<br />&nbsp;&laquo;&nbsp;Se polarise d&egrave;s lors ce qui fait l&rsquo;essentiel de l&rsquo;amour&nbsp;: le fait qu&rsquo;il unisse en s&eacute;parant et qu&rsquo;il s&eacute;pare en unissant. Comment ne pas noter alors que, bien que relevant d&rsquo;un &eacute;panouissement culturel et social, l&rsquo;amour n&rsquo;ob&eacute;it pas &agrave; l&rsquo;ordre social&nbsp;: d&egrave;s qu&rsquo;il appara&icirc;t, il brise les barri&egrave;res et les transgresse, ce qui semble &eacute;videmment peu raisonnable.&nbsp;&raquo; Plusieurs pages viennent encore d&rsquo;&ecirc;tre noircies. Vous vous calez sur le chemin de fer rigoureux que vous avez pr&eacute;&eacute;tabli. Sans grave anicroche, vous devriez finir votre m&eacute;moire &agrave; la fin du mois. La m&eacute;lodie en sous-sol du soir est devenue un rituel. Tandis que vous vous appr&ecirc;tiez &agrave; regarder un DVD sur votre home cin&eacute;ma, le crissement sonne le branle-bas de combat, histoire d&rsquo;indiquer que vous feriez mieux de plancher sur le questionnement philosophique qui vous taraude. </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">De mani&egrave;re assez curieuse, plus vous vous adonnez &agrave; ce travail universitaire, plus vous mesurez l&rsquo;&eacute;cart qui s&eacute;pare le th&eacute;or&eacute;tique du senti. Les ouvrages des penseurs que vous avez ingurgit&eacute;s au cours des longs mois qui ont pr&eacute;c&eacute;d&eacute;, les innombrables citations que vous savez recopi&eacute; avec le soin d&rsquo;un copiste devant un incunable, les p&eacute;riode d&rsquo;immersion en biblioth&egrave;que afin de d&eacute;nicher le livre de r&eacute;f&eacute;rence, les heures sacrifi&eacute;es au plat surf sur le net, tout cela ressortit d&rsquo;une gigantesque flatulence intellectuelle. Comment donc pourriez-vous en deux cents pages r&eacute;gler son sort &agrave; un dilemme qui a travers&eacute; les &acirc;ges alors m&ecirc;me que vous n&rsquo;&ecirc;tes pas foutu de savoir ce qui fait cruiii-cruiii sous votre nez, pour ainsi dire&nbsp;?&laquo;&nbsp;Mais le long attachement que produit cet amour, s&rsquo;il renforce l&rsquo;intimit&eacute; du lien qui nous unit &agrave; l&rsquo;autre, tend aussi &agrave; d&eacute;sint&eacute;grer la force du d&eacute;sir qui est toujours tourn&eacute; vers l&rsquo;inconnu et le nouveau. Ce qu&rsquo;avait apport&eacute; l&rsquo;amour &agrave; l&rsquo;&eacute;tat naissant (c&rsquo;est le sublime enamoramento cher &agrave; Alberoni) tend paradoxalement &agrave; &ecirc;tre d&eacute;truit par l&rsquo;affection profonde qu&rsquo;il cr&eacute;e.&raquo; Souvent le bruit s&rsquo;arr&ecirc;te, puis repart de plus belle. Vous n&rsquo;h&eacute;sitez pas &agrave; vous mettre &agrave; quatre pattes, &agrave; chercher sous les pieds des fauteuils, sous le dessous des tables&nbsp;; vous ouvrez les battants des fen&ecirc;tres, vous inspectez les rideaux. Vous retournez les coussins, vous inspectez les lampes &agrave; pendeloques v&eacute;nitiennes et en bronze argent&eacute;, vous allez jusqu&rsquo;&agrave; sonder les boiseries qui coupent les murs de la pi&egrave;ce en deux. Il faut bien que ce bruit &eacute;mane d&rsquo;un endroit d&eacute;termin&eacute;&hellip; Pour faire diversion, vous d&eacute;cidez de le noyer parmi les accord&eacute;oniques grattements de La blatte de Thomas Fersen. </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">C&rsquo;est une semaine plus tard que le drame survient. Vous &ecirc;tes parvenu &agrave; la phase critique du m&eacute;moire. &laquo;&nbsp;On peut distinguer, rappelons-le, trois formes d&rsquo;amour. La philia aristot&eacute;licienne est un sentiment d&rsquo;amiti&eacute; qui lie les individus par la reconnaissance des m&eacute;rites r&eacute;ciproques de chacun. L&rsquo;&eacute;ros platonicien repose sur le d&eacute;sir&nbsp;: d&eacute;sir imm&eacute;diat des beaut&eacute;s terrestres ou d&eacute;sir tourn&eacute; vers le monde des Id&eacute;es. L&rsquo;agap&eacute; d&eacute;signe dans la tradition chr&eacute;tienne la relation de Dieu aux hommes ou entre les hommes eux-m&ecirc;mes telle que Dieu l&rsquo;autorise &ndash; construite sur le don, elle &eacute;chappe au d&eacute;sir et affranchit toute pratique de la r&eacute;ciprocit&eacute;&nbsp;.&nbsp;&raquo; Il est presque deux heures du matin lorsque votre chien, affal&eacute; sur la banquette qui fait face au divan o&ugrave; vous relisez vos notes, aboie tel un forcen&eacute; au son des pas d&rsquo;un quidam ayant emprunt&eacute; l&rsquo;escalier de service. Votre compagne, qui s&rsquo;est couch&eacute;e t&ocirc;t, surgit incontinent &agrave; la fa&ccedil;on d&rsquo;un diable &agrave; ressorts jailli de la bo&icirc;te o&ugrave; il &eacute;tait compress&eacute;. A peine parvenue devant la porte d&rsquo;entr&eacute;e du salon elle avise ce qui va changer le cours de votre vie. Terrass&eacute; par les jappements gutturaux du canid&eacute; et le &laquo;&nbsp;c&eacute;koissa&nbsp;?&nbsp;&raquo; de l&rsquo;intruse, le cruiii volatil s&rsquo;est &eacute;vanoui pour que se mat&eacute;rialise &agrave; la base de l&rsquo;un des pieds de la table basse en teck un petit amas de sciure. </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">En prenant appui d&rsquo;une main sur Les souffrances du jeune Werther qui se distingue des autres romans &eacute;pars sur le parquet pendant que, de l&rsquo;autre, vous vous cramponnez au dossier du canap&eacute;, vous hasardez un oeil prudent qui remonte des particules de bois &eacute;l&eacute;mentaires au trou qui b&eacute;e dor&eacute;navant au sommet du pied, l&agrave; o&ugrave; la grille en fer forg&eacute; qui fait office de plateau rejoint les deux cerceaux maintenant le pied au support carr&eacute; qui dessine la forme de l&rsquo;ensemble. A fleur de l&rsquo;orifice o&ugrave; il est loisible d&rsquo;enfoncer l&rsquo;annulaire, vous apercevez une mucosit&eacute; annel&eacute;e blanch&acirc;tre. La chose se met tout &agrave; coup &agrave; bouger. Votre compagne, qui a compris de quoi il retourne, vous enjoint avec &eacute;l&eacute;gance d&rsquo;exterminer ce ver-g&eacute;ant-d&eacute;geulasse- termite-d&eacute;g&eacute;n&eacute;r&eacute; dont tout porte &agrave; croire qu&rsquo;il squatte depuis cinq ans cette table massive en provenance d&rsquo;Inde qu&rsquo;elle vous a offert en signe de son amour et de sa volont&eacute; de vivre avec vous. T&eacute;tanis&eacute; par l&rsquo;anus immacul&eacute; qui a perfor&eacute; le pilier &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur duquel la cr&eacute;ature coulait des jours heureux depuis plus d&rsquo;un mois, excr&eacute;tant le soir &ndash; vers quelles abysses ou quels cieux&nbsp;?, sans doute en de parall&egrave;les galeries &ndash; le bois ing&eacute;r&eacute; la journ&eacute;e, vous ne bougez pas d&rsquo;un iota. En un flash violent, vous revoyez les sc&egrave;nes mythiques de The Invasion of the body snatcher&hellip;Dans le mouvement de recul avec lequel vous avez regagnez fissa votre perchoir vous avez emport&eacute; avec vous une feuille o&ugrave; tr&ocirc;ne une seule inscription, rehauss&eacute;e au StabiloBoss rose fluo&nbsp;: &laquo;&nbsp;Le ver &eacute;tait dans le fruit&nbsp;&raquo;. G&eacute;rard de Nerval. D&rsquo;un iota vous ne bougez pas lorsque votre tendre et ch&egrave;re saisit la bonne moiti&eacute; de votre m&eacute;moire r&eacute;dig&eacute; au stylo plume afin de composer une torche idoine qui, enflamm&eacute;e sans plus attendre, permettra de cramer jusqu&rsquo;au trognon l&rsquo;h&eacute;r&eacute;tique squameux &eacute;gar&eacute; en cette paroisse sylvestre. Au risque de mettre le feu au logement entier. </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Le vers, comme le torchon, br&ucirc;le-t-il&nbsp;? Vous n&rsquo;en savez rien car vous vous pr&eacute;cipitez hors de l&rsquo;appartement. </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Vous ne vous retournez pas. </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Cruiii-cruiii. Cruiii-cruiii. <br />Cruiii-cruiii </font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana"><font size="2"><strong>Fr&eacute;d&eacute;ric Grolleau</strong> </font></font></p>
<p align="justify"><font face="Verdana" size="2"><strong><font color="#808080">copyright</font></strong> <a href="http://www.fredericgrolleau.com">www.fredericgrolleau.com</a> </font></p>]]></description>
        <pubDate>Sat, 13 May 2006 15:44:26 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">187138e9d767e395f925d390c544b89e</guid>
                <category>Nouvelles perso, poèmes &amp; projets divers</category>        <comments>http://www.fredericgrolleau.com/article-2709097-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
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        <title><![CDATA[Et la purge était blanche]]></title>
        <link>http://www.fredericgrolleau.com/article-2709069.html</link>        <description><![CDATA[<p align="justify"><font face="Verdana" size="2">Paru dans Le crochet de la C&eacute;dille/ L'Harmattan, 2005.<br /><br /></font><font face="Verdana"><font size="2"><strong><font color="#808080">ET LA PURGE ETAIT BLANCHE <br /></font></strong><br /><br />&ldquo;Grise, cher ami, est toute th&eacute;orie <br />Et vert l&rsquo;arbre d&rsquo;or de la vie.&rdquo; <br />Goethe, <em>Faust</em>, M&eacute;phistoph&eacute;l&egrave;s (vers 2037-39). <br /><br /><br /><br />La pluie balayait en rafales le boulevard. L&rsquo;ange tomba sur l&rsquo;asphalte avec le bruit d&rsquo;un linge d&eacute;tremp&eacute; au contact d&rsquo;une surface rugueuse. Une art&egrave;re de la Ville-lumi&egrave;re &eacute;tait devenue le linceul d&rsquo;un de mes cong&eacute;n&egrave;res. Personne pour assister &agrave; ce triste spectacle : un corps gisait l&agrave;, &eacute;talant des segments d&eacute;sarticul&eacute;s. Il avait une &ldquo;gueule d&rsquo;ange&rdquo;. Normal, c&rsquo;en &eacute;tait un... <br />Encore un &eacute;chec, un &ldquo;ange-pour-rien&rdquo;. Nous appelons ainsi ces &ecirc;tres tourment&eacute;s qui n&rsquo;ont pas su s&rsquo;adapter &agrave; leur nouvelle situation ang&eacute;lique et s&rsquo;&eacute;crabouillent sur Terre de d&eacute;sespoir. Comme une gigantesque bouillie, un agr&eacute;gat d&rsquo;&eacute;toiles errantes consum&eacute;es dans l&rsquo;ardeur de leurs trajectoires. Difficile d&eacute;j&agrave; d&rsquo;&ecirc;tre un homme, mais le parcours qui m&egrave;ne aux ailes de noblesse est bien fastidieux. Vous devez faire vos preuves comme ange-gardien du Troisi&egrave;me Ordre, renoncer au Mal. C&rsquo;est le passage oblig&eacute; pour s&rsquo;&eacute;lever au deuxi&egrave;me Ordre : celui des Seigneuries. Direction vers la lumi&egrave;re divine, et hop ! au boulot pour ordonner le monde. Il ne reste plus qu&rsquo;&agrave; attendre avant de plonger dans le Premier Ordre. <br />Mais depuis peu, le nombre des &ldquo;anges-pour-rien&rdquo; augmente de mani&egrave;re inqui&eacute;tante&hellip; <br /><br />Drap&eacute; dans l&rsquo;humidit&eacute;, j&rsquo;honorai la m&eacute;moire de la Seigneurie 103452 (les membres du Premier Ordre jouissent d&rsquo;un nom, les autres de num&eacute;ros). C&rsquo;&eacute;tait r&eacute;voltant&nbsp;: pourquoi choisir la chute alors que l&rsquo;illumination divine est si proche ? Depuis des mois j&rsquo;allais rechercher ces anges &eacute;ph&eacute;m&egrave;res qui s&rsquo;&eacute;crasaient sur ces lumi&egrave;res des cit&eacute;s terrestres dont ils ne pouvaient m&ecirc;me plus percevoir la couleur... <br />Mon travail consiste &agrave; consigner les tr&eacute;pas des anges de tous acabits dans des registres que personne ne lit jamais - jusqu&rsquo;&agrave; cette recrudescence de d&eacute;c&egrave;s. Je suis le n&eacute;gatif de Saint-Pierre en quelque sorte. Sauf que c&rsquo;est quand m&ecirc;me plus agr&eacute;able de s&rsquo;occuper des morts en attente d&rsquo;ang&eacute;lisation, que de s&rsquo;occuper d&rsquo;anges n&eacute;antis&eacute;s. Je suis surnomm&eacute; &ldquo;le moissonneur d&rsquo;anges&rdquo; ou &ldquo;le r&eacute;colteur de bouillie&rdquo;. <br />J&rsquo;avais bien connu 103452, sorti comme moi de l&rsquo;&eacute;cole des Enqu&ecirc;teurs de l&rsquo;Interciel Limitrophe (E.I.L). Il s&rsquo;occupait de la protection des S&eacute;raphins du Premier Ordre. Mais pourquoi donc &eacute;tait-il all&eacute; s&rsquo;aplatir sur un trottoir? Ca ne collait pas. Pas logique. Conclure comme d&rsquo;habitude &agrave; un suicide semblait compromis. <br />Le Tra&icirc;tre &eacute;tait-il de retour ? <br />Un vent frais soufflait sur le boulevard. 103452 et moi &eacute;tions aussi invisibles que l&rsquo;Interciel est gris. Lorsqu&rsquo;on devient un ange, cette grisaille permanente est lourde &agrave; supporter. Notre cercle chromatique ressemble &agrave; un lavis d&rsquo;encre de chine. Nous n&rsquo;oublions pas tout avec la mort terrestre. L&rsquo;agressivit&eacute; du rouge nous hante d&rsquo;abord, puis la vision d&rsquo;un vert insolent, ensuite nous r&ecirc;vons du r&eacute;confort bleu des yeux jadis aim&eacute;s&hellip; Apr&egrave;s, le blanc calfeutr&eacute; devient intol&eacute;rable. Seule l&rsquo;accession au Premier Ordre permet de retrouver la vision des choses color&eacute;es. Encore quelques &eacute;chelons &agrave; gravir, et moi aussi je baignerais dans la lumi&egrave;re divine. Je deviendrais Prisme divin. <br /><br />Pour l&rsquo;heure, je devais r&eacute;diger le rapport destin&eacute; au patron, 425. M&rsquo;approchant de 103452, je constatai les d&eacute;g&acirc;ts : on aurait cru un corps pass&eacute; &agrave; travers une succession de portes vitr&eacute;es, acharn&eacute;es &agrave; lui rappeler leur force de r&eacute;sistance. Voltigeant de-ci de-l&agrave;, quelques plumes me firent relever la t&ecirc;te. J&rsquo;aper&ccedil;us une lueur : la lampe du r&eacute;verb&egrave;re faisait briller une pi&egrave;ce m&eacute;tallique, accroch&eacute;e &agrave; une antenne parabolique. Je me propulsai &agrave; sa hauteur et ramenai les ailes de 103452. Son harnais de vol. <br />En effet, aucun ange ne &ldquo;vole&rdquo; naturellement comme le croient les hommes, tromp&eacute;s par les descriptions des &eacute;poques pass&eacute;es : nos ailes sont artificielles&nbsp;; les anges se d&eacute;placent en utilisant ce subterfuge lorsqu&rsquo;ils se rendent sur Terre. <br /><br />Les plumes s&rsquo;&eacute;taient prises dans le r&eacute;seau des fils &eacute;lectriques. Le harnais ne s&rsquo;&eacute;tait pas trop ab&icirc;m&eacute; malgr&eacute; la chute. En l&rsquo;auscultant, je compris que la surface sustentatrice gauche ne s&rsquo;&eacute;tait pas d&eacute;ploy&eacute;e&nbsp;: les r&eacute;miges semblaient flexibles au toucher, comme si elles avaient &eacute;t&eacute; coup&eacute;es. Vertige. La Seigneurie ne s&rsquo;&eacute;tait pas &eacute;cras&eacute;e sur terre, rendue folle par l&rsquo;attente de cette lumi&egrave;re color&eacute;e interdite. 103452 n&rsquo;&eacute;tait pas un ange-pour-rien, il avait &eacute;t&eacute; assassin&eacute;. <br />Je pris mon envol vers l&rsquo;usine de fabrication des harnais. Les membres de l&rsquo;atelier confirm&egrave;rent mes impressions. S&rsquo;&eacute;lancer avec ce harnais, c&rsquo;&eacute;tait la vrille piqu&eacute;e garantie ! Tout avait &eacute;t&eacute; accompli pour que 103452 ne puisse respecter les paliers de d&eacute;compression atmosph&eacute;rique exig&eacute;s. Br&ucirc;ler les &eacute;tapes du trajet l&rsquo;avait m&eacute;tamorphos&eacute; en bouillasse &agrave; l&rsquo;arriv&eacute;e. <br /><br />Je d&eacute;cidai de rejoindre 425 afin de mettre la brigade des EIL en alerte. Je lui annon&ccedil;ai, s&ucirc;r de mon effet : <br />-&ldquo;J&rsquo;ai un crime. La derni&egrave;re bouillie &eacute;tait une Seigneurie, n&deg; 103452. Tout sauf un d&eacute;pressif. L&rsquo;atelier a confirm&eacute; un acte criminel ! <br />- Un meurtre, rien que &ccedil;a ! Vous d&eacute;lirez, ma parole ! aboya-t-il. <br />- L&rsquo;atelier est formel, r&eacute;pliquai-je. Le mat&eacute;riel de 103452 a &eacute;t&eacute; sabot&eacute;. Si les anges se mettent &agrave; s&rsquo;ex&eacute;cuter entre eux, c&rsquo;est tout le syst&egrave;me solaire qui s&rsquo;effondre&nbsp;! Je voudrais&hellip; &laquo;&nbsp; <br />Il me cong&eacute;dia d&rsquo;un hochement de la t&ecirc;te. <br /><br />Sa r&eacute;action m&rsquo;&eacute;tonnait. Le meurtrier &eacute;tait pire ici qu&rsquo;un ennemi ext&eacute;rieur &agrave; nos murs, facilement rep&eacute;rable: il &eacute;tait l&rsquo;un de nous. Bien des travers obscurs restaient &agrave; explorer ici-haut... Je d&eacute;cidai de me rendre &agrave; la B.D.A. <br />La Banque des Donn&eacute;es Ang&eacute;liques ressemble &agrave; un v&eacute;ritable labyrinthe, m&eacute;lange de savoir et de myst&egrave;re. Je remplis le formulaire d&rsquo;un archiviste. <br />- Une Seigneurie ! me lan&ccedil;a-t-il. Depuis quand les Seigneuries s&rsquo;&eacute;crasent-elles aussi ? <br />- Pour celle-l&agrave;, c&rsquo;est tout r&eacute;cent, mais j&rsquo;en connais d&rsquo;autres qui feraient bien de s&rsquo;&eacute;craser un peu, vu qu&rsquo;on ne leur demande pas leur avis&rdquo;. <br /><br />Frustr&eacute;, le scribe tapa un code sur un clavier puis me tendit une disquette. <br />Enfance tranquille, des &eacute;tudes de th&eacute;ologie &agrave; l&rsquo;universit&eacute; de Bologne de 1338 &agrave; 1347, une vie prometteuse et, l&agrave;, &ccedil;a s&rsquo;arr&ecirc;tait. Une dispute avec un &eacute;tudiant ivre, un coup de couteau fatal. La suite concernait l&rsquo;histoire ang&eacute;lique de 103452. Ange-gardien efficace, il avait sauv&eacute; Gutenberg de la noyade en 1458, deux ans avant l&rsquo;impression de la Bible et s&rsquo;&eacute;tait retrouv&eacute; au service des S&eacute;raphins. Puis, &agrave; nouveau, une trajectoire bris&eacute;e : si tr&eacute;passer en tant qu&rsquo;homme s&rsquo;apparentait &agrave; une formalit&eacute; de passage, se faire aplatir en tant qu&rsquo;&ecirc;tre c&eacute;leste &eacute;tait r&eacute;dhibitoire. <br />J&rsquo;enregistrai machinalement le rattachement de 103452 au service du S&eacute;raphin Enguerran, son tuteur avant l&rsquo;acc&egrave;s au Premier Ordre. Mais qui aurait eu int&eacute;r&ecirc;t &agrave; sa n&eacute;antisation ? L&rsquo;initiation administr&eacute;e par Enguerran avait de quoi faire des envieux. Il &eacute;tait un des Elus qui baignent dans l&rsquo;aura color&eacute;e de Dieu. Peut-&ecirc;tre &eacute;tait-ce lui qu&rsquo;on cherchait &agrave; atteindre &agrave; travers 103452... <br />Je fus tir&eacute; de ma r&eacute;flexion par mon contacteur. La fr&eacute;quence provenait de 425&nbsp;: &laquo;&nbsp;vous &ecirc;tes convoqu&eacute; sur Terre. Plage des Quatre-vingt milles. Une brigade des E.I..L est sur place.&nbsp;&raquo; <br /><br />Le d&eacute;c&egrave;s &eacute;tait difficile &agrave; &eacute;valuer &agrave; cause du s&eacute;jour dans l&rsquo;eau de mer. 425 avait appris la veille la disparition du S&eacute;raphin Micha&euml;l. Je comprenais mieux son attitude lors de notre entretien. L&rsquo;absence de Micha&euml;l pouvait &ecirc;tre signe de culpabilit&eacute;&nbsp;: m&ecirc;l&eacute;s d&rsquo;algues et de coquillages, les restes spongieux du S&eacute;raphin l&rsquo;innocentaient d&eacute;sormais. Il avait les yeux crev&eacute;s, une entaille dans chaque globe. <br />Le patron m&rsquo;autorisa &agrave; reprendre l&rsquo;enqu&ecirc;te. <br /><br />Le fichier de la B.D.A m&rsquo;apprit que le S&eacute;raphin Micha&euml;l &eacute;tait Alcuin d&rsquo;York, un th&eacute;ologien appel&eacute; par Charlemagne pour organiser l&rsquo;&eacute;cole du palais d&rsquo;Aix-la-Chapelle en 790. Alcuin s&rsquo;&eacute;tait battu pour imposer la th&eacute;ologie augustinienne comme seule r&eacute;f&eacute;rence, et faire dispara&icirc;tre la philosophie. A sa mort terrestre, le mouvement th&eacute;ologique &ldquo;dur&rdquo; du Troisi&egrave;me Ordre l&rsquo;avait accueilli. En terminant ses gardiennages par L&eacute;onard de Vinci, il avait h&eacute;rit&eacute; de son go&ucirc;t des sciences. Il &eacute;tait pass&eacute; de Seigneurie &agrave; S&eacute;raphin sans conna&icirc;tre le statut de Ch&eacute;rubin. La c&eacute;l&eacute;rit&eacute; de son &eacute;ducation sentait le piston s&eacute;rieux ! Je cherchai le nom du S&eacute;raphin responsable de cet avancement. Enguerran, encore&nbsp;! <br /><br />Un nouveau s&eacute;jour &agrave; la BDA m&rsquo;apprit que le S&eacute;raphin Enguerran n&rsquo;&eacute;tait autre que l&rsquo;ex-Ap&ocirc;tre Mathias ! Un canonis&eacute; ! L&rsquo;information n&rsquo;avait pas de quoi me surprendre. Sa fonction impliquait un pass&eacute; plus que &laquo;&nbsp;glorieux&nbsp;&raquo;. Mathias n&rsquo;&eacute;tait pas un Ap&ocirc;tre comme les autres. N&rsquo;avait-il pas &eacute;t&eacute; choisi pour occuper une place difficile, marqu&eacute;e du sceau de la Tra&icirc;trise : celle de Judas&nbsp;? Un m&eacute;mento m&rsquo;indiqua une requ&ecirc;te singuli&egrave;re. Enguerran avait d&eacute;sir&eacute; faire un gardiennage avant le plongeon dans la nature divine. Les &ecirc;tres du Premier Ordre ne revenaient jamais sur Terre ; pourtant, il y avait eu un amendement : Enguerran &eacute;tait all&eacute; prot&eacute;ger un peintre, Federico di Marcassini. Il me fallait plus de renseignements. <br /><br />- &laquo;&nbsp;Votre prot&eacute;g&eacute; n&rsquo;est pas un ange, commenta l&rsquo;archiviste. Vous savez ce que &ccedil;a veut dire... Son &acirc;me est en Enfer!&nbsp;&raquo;. Quelle monstruosit&eacute; avait-il pu commettre ? L&rsquo;employ&eacute; consulta le fichier parall&egrave;le des damn&eacute;s ayant vendu leur &acirc;me&nbsp;: Di Marcassini &eacute;tait un apprenti prometteur du Titien. Si exceptionnel qu&rsquo;on voyait en lui le rempla&ccedil;ant du c&eacute;l&egrave;bre coloriste. Il avait quitt&eacute; Venise et suivi incognito l&rsquo;enseignement de Vinci au ch&acirc;teau de Cloux. On l&rsquo;avait retrouv&eacute; poignard&eacute; peu apr&egrave;s, les globes oculaires vides. <br />Venise, Florence&nbsp;; Vinci, di Marcassini morts la m&ecirc;me ann&eacute;e, en 1519... Micha&euml;l et Enguerran avaient d&ucirc; se rencontrer &agrave; travers leurs prot&eacute;g&eacute;s. Quel lien unissait donc ces deux &ecirc;tres ? <br />Le signal de mon contacteur retentit &agrave; nouveau : j&rsquo;appris les r&eacute;sultats de l&rsquo;autopsie. <br /><br />J&rsquo;&eacute;tais abasourdi. Un ordre commen&ccedil;ait de s&rsquo;imposer, logique passionnelle et meurtri&egrave;re oubli&eacute;e depuis mon ang&eacute;lisation. L&rsquo;affaire &eacute;tait d&rsquo;autant plus dramatique qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un S&eacute;raphin, un &ecirc;tre quasi divin. La plong&eacute;e dans la couleur pouvait-elle rendre aux &ecirc;tres suprasensibles les passions dont souffrent les hommes ? Notre formation n&rsquo;avait pourtant pour but que de nous restituer la diffraction color&eacute;e. La couleur &eacute;tait notre Souverain Bien, ce qui se surajoutait &agrave; la vertu ch&egrave;rement acquise. La nature divine ne diff&eacute;rait pas de cette saisie simultan&eacute;e de toutes les variations du prisme... Englobait-elle en son sein, comme le rehaussement de sa grandeur, la pr&eacute;sence du Mal? <br /><br />Acc&eacute;dant au Deuxi&egrave;me Ordre, j&rsquo;y interpellai une Seigneurie en formation, lui demandant de remettre un document &agrave; Enguerran. C&rsquo;&eacute;tait ma derni&egrave;re chance. Je pris ma respiration en voyant mon &eacute;missaire revenir vers moi&hellip; <br />Puis je p&eacute;n&eacute;trai dans l&rsquo;Ordre Premier. D&eacute;ception. Nulle luminosit&eacute; merveilleuse. Cela respirait l&rsquo;harmonie, mais aucune trace d&rsquo;embrasement particulier. Soudain, un &ecirc;tre c&eacute;leste apparut. <br />- &laquo;&nbsp;Vous n&rsquo;&ecirc;tes pas accompagn&eacute; ? me lan&ccedil;a-il. <br />- Certaines affaires ne cherchent pas la publicit&eacute;, r&eacute;pondis-je. Les anges ont peur car ils craignent le D&eacute;mon. Leur crainte les emp&ecirc;che de d&eacute;couvrir la mani&egrave;re dont le vrai se dit. Je viens donner la parole &agrave; la v&eacute;rit&eacute;. <br />- Aucun savoir n&rsquo;est demeur&eacute; longtemps secret. Ce n&rsquo;est pas la d&eacute;couverte qui est malais&eacute;e, c&rsquo;est le poids qu&rsquo;elle fait peser sur celui qui en est le d&eacute;tenteur. Il est difficile de savoir, quand l&rsquo;&ecirc;tre ne sait pas quoi faire de ce savoir. Vous aimez plus encore la v&eacute;rit&eacute; que la s&eacute;curit&eacute;, 6667 ; c&rsquo;est une qualit&eacute; rare... mais dangereuse&nbsp;&raquo;. <br />Son ton &eacute;tait presque mena&ccedil;ant par sa confidentialit&eacute;. Pourtant, je n&rsquo;avais pas peur. Le n&eacute;ant &eacute;tait moins angoissant qu&rsquo;une &eacute;ternit&eacute; pass&eacute;e dans le gris&acirc;tre du gardiennage. <br /><br />- &laquo;&nbsp;Que voulez-vous vraiment&nbsp;? me demanda-t-il. Pourquoi m&rsquo;avez-vous &eacute;crit que les yeux de l&rsquo;homme ne rendaient pas la couleur&nbsp;? <br />- Je suis venu vous dire que l&rsquo;autopsie de Micha&euml;l a &eacute;t&eacute; formelle&nbsp;: la greffe n&rsquo;a pas pris. Mais &agrave; quoi les yeux de di Marcassini devaient-ils vous servir, vous qui participiez d&eacute;j&agrave; &agrave; la lumi&egrave;re divine ? <br />- Vous voulez la v&eacute;rit&eacute; ? siffla-t-il. Vous l&rsquo;aurez, mais en gris ! Car notre Clart&eacute; est aussi blanch&acirc;tre que les l&egrave;vres d&rsquo;une mourante. Le Premier Ordre n&rsquo;est pas plus color&eacute; que les autres. Cette fumisterie a la couleur des volutes de fum&eacute;e qui s&rsquo;&eacute;chappent de la chemin&eacute;e pontificale ! Les &ecirc;tres c&eacute;lestes ne pourront jamais revoir la couleur qui rend la vie terrestre si belle. Notre beaut&eacute; est froide, notre coeur est sec sans le jaune des fleurs, sans le vert du printemps et sans le rouge du sang La sagesse ne s&rsquo;embarrasse pas de la po&eacute;sie des couleurs, l&rsquo;illumination divine n&rsquo;a que faire de la coloration de nos sentiments. Nous vivons dans un purgatoire permanent qui ne m&egrave;ne &agrave; aucun paradis, autant dire un enfer d&eacute;guis&eacute;. Tout n&rsquo;est que supercherie.. L&rsquo;ang&eacute;lisation n&rsquo;est qu&rsquo;une &eacute;tape vers le n&eacute;ant&nbsp;&raquo;. <br /><br />L&rsquo;anath&egrave;me me suffoqua. Mon corps r&eacute;clamait des mol&eacute;cules de pigments : de l&rsquo;ocre, du sienne, du pourpre, afin que je me remplisse de cette min&eacute;ralisation visuelle. <br />- &laquo;&nbsp;Le D&eacute;mon n&rsquo;y est pour rien, poursuivit-il. Devenu s&eacute;raphin, j&rsquo;ai su que le &ldquo;retour&rdquo; des teintes multiples, assimil&eacute;es au Verbe dans le Premier Ordre, a &eacute;t&eacute; invent&eacute; de toutes pi&egrave;ces. Ce stratag&egrave;me doit motiver les anges dans l&rsquo;&eacute;l&eacute;vation de leur &acirc;me, leur sagesse devant suppl&eacute;er au d&eacute;sir de la couleur. C&rsquo;est pourquoi j&rsquo;ai d&eacute;cid&eacute; de surveiller le meilleur &eacute;l&egrave;ve du Titien. Quelle rage de le voir s&rsquo;extasier de coloris que je ne pouvais percevoir ! Toutes ces gammes chromatiques m&rsquo;&eacute;taient interdites. Son r&ecirc;ve &eacute;tait de parvenir &agrave; rendre visible la beaut&eacute; des anges. S&rsquo;il s&rsquo;&eacute;tait dout&eacute; &agrave; quel point notre Lumi&egrave;re est laide par rapport &agrave; celle de ses pinceaux&nbsp;! Lorsqu&rsquo;il c&ocirc;toya Vinci, j&rsquo;ai rencontr&eacute; Micha&euml;l. L&rsquo;id&eacute;e de greffes d&rsquo;organes germa ensuite dans notre cerveau. <br />Une nuit, je promis &agrave; di Marcassini qu&rsquo;un ange se manifesterait &agrave; lui s&rsquo;il acceptait de me l&eacute;guer ses yeux &agrave; sa mort. Il signa le &laquo;&nbsp;contrat&nbsp;&laquo;&nbsp;au matin. Nous nous propuls&acirc;mes alors vers l&rsquo;Interciel. Rien ne se passa comme pr&eacute;vu. Ce n&rsquo;&eacute;tait pas la preuve de mon existence qui le troublait, mais que je lui apparaisse gris&acirc;tre. Il esp&eacute;rait enrichir sa palette d&rsquo;une vision color&eacute;e qui deviendrait geste sur la toile, et se trouvait face aux teintes les plus pauvres. Revenu dans sa chambre, il d&eacute;chira le pacte. Je me jetai sur un couteau pos&eacute; sur la table&hellip;, r&eacute;cup&eacute;rai ce qui me revenait de droit. <br />Muni de mon tribut, je regagnai l&rsquo;Interciel. Ses yeux ne pouvaient pas s&rsquo;alt&eacute;rer dans notre monde, hors de corruption. J&rsquo;inscrivis son d&eacute;c&egrave;s &agrave; La B.D.A, notant qu&rsquo;il avait vendu ses pupilles &agrave; Lucifer contre son talent pictural. Restait &agrave; attendre que Micha&euml;l devienne S&eacute;raphin et tente l&rsquo;op&eacute;ration. <br />- Mais si la greffe avait r&eacute;ussi, qu&rsquo;auriez-vous eu &agrave; contempler ? Le Premier Ordre n&rsquo;est pas un monde de couleur. Alors? <br />- J&rsquo;avais emport&eacute; avec moi un tableau peint par di Marcassini. J&rsquo;esp&eacute;rais que cette beaut&eacute; se manifesterait &agrave; moi. Mais Micha&euml;l m&rsquo;a trahi&nbsp;: un jour, les yeux disparurent. Je me pr&eacute;cipitai chez lui, au mus&eacute;e des instruments m&eacute;dicaux. Il hurlait encore plus fort que moi, se d&eacute;battant dans le vide et se cognant partout. Comprenant son acte, je saisis un des scalpels sur le mur et effa&ccedil;ai ce regard &eacute;tranger qui ne serait jamais mien. Puis&hellip; <br />- &hellip;Vous avez fait appel &agrave; 103452 afin qu&rsquo;il l&rsquo;exp&eacute;die sur Terre. Vous avez ensuite sabot&eacute; son harnais afin qu&rsquo;il s&rsquo;&eacute;crase&nbsp;! <br />- Sur Terre, on dit que le blanc rend fou. Le gris ne vaut pas mieux pour les anges. Aucun n&rsquo;aurait la force de pers&eacute;v&eacute;rer sur la voie du savoir s&rsquo;il ne pensait y rencontrer la lumi&egrave;re des arcs-en-ciel. Personne ne peut rien pour nous. Nous ne sommes plus des humains et nous ne sommes pas des Dieux. Ap&ocirc;tres de la purge blanche, il ne nous reste que le choix entre la saintet&eacute; et la bestialit&eacute;. J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; un saint parmi les humains, je suis devenu une b&ecirc;te parmi les anges. La hi&eacute;rarchie c&eacute;leste s&rsquo;effondrera avec moi, car je suis la Loi. Vos moissons s&rsquo;annoncent f&eacute;condes, 6667. &raquo; <br />Sur ces mots, le S&eacute;raphin se dirigea vers un mur, retira d&rsquo;une cache un objet rectangulaire. Je m&rsquo;inclinai vers l&rsquo;emballage vieilli par les si&egrave;cles, dissimulant avec peine un tableau dont il m&rsquo;&eacute;tait impossible d&rsquo;appr&eacute;cier les nuances. Tout au plus distinguai-je un arbre dont les branches ma&icirc;tresses &eacute;taient comme des cheveux d&rsquo;anges se d&eacute;ployant processionnellement entre terre et ciel. Je quittai la pi&egrave;ce, l&rsquo;oeuvre serr&eacute;e contre moi. <br />La clart&eacute; qui nimbait le Deuxi&egrave;me Ordre me paraissait moins chaleureuse qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;accoutum&eacute;. <br />J&rsquo;appartenais &agrave; un monde gris. Le blanc et le noir n&rsquo;y avaient pas leur place. <br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /></font></font></p>]]></description>
        <pubDate>Sat, 13 May 2006 15:37:08 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">f133d6f432bd63bd251d8450f5147654</guid>
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