Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

fredericgrolleau.com


Eternal Sunshine of the Spotless Mind

Contrairement à la vision très répandue, notamment chez les individus qui sont d’avis que la philosophie est une discipline ennuyeuse, un film à propos philosophique n’est pas nécessairement une œuvre dite de répertoire, un chef d’œuvre de la cinémathèque ou bien encore un long-métrage dont la trame narrative est indéchiffrable, à l’instar de certains films réalisés par David Lynch.

Certes, un film philosophique nous demande une plus grande réceptivité intellectuelle qui n’est pas nécessairement au rendez-vous le vendredi soir, après une dure semaine de travail.

À mon avis, la caractéristique principale d’un film philosophique réside dans le fait que les réponses aux questions soulevées sont habituellement laissées en suspend lors de la conclusion du récit afin que le spectateur se forge sa propre interprétation

 

Eternal Sunshine of the Spotless Mind

« Meet me… in Montauk… »
[In the house on the beach]

 

Joël : I really should go! I’ve gotta catch my ride.

Clémentine : So go.

J : I did. I thought maybe you were a nut… but you were exciting.

C : I wish you had stayed.

J : I wish I had stayed to. NOW I wish I had stayed. I wish I had done a lot of things. I wish I had… I wish I had stayed. I do.

C : Well I came back downstairs and you were gone!

J : I walked out, I walked out the door!

C : Why?

J : I don’t know. I felt like I was a scared little kid, I was like… it was above my head, I don’t know.

C : You were scared?

J : Yeah. I thought you knew that about me. I ran back to the bonfire, trying to outrun my humiliation.

C : Was it something I said?

J : Yeah, you said « so go. » With such disdain, you know?

C : Oh, I’m sorry.

J : It’s okay.

[Walking Out]

C : Joel? What if you stayed this time?

J : I walked out the door. There’s no memory left.

C : Come back and make up a good-bye at least. Let’s pretend we had one.

[Joel comes back]

C : Bye Joel.

J : I love you…

C : Meet me… in Montauk…


Long-métrage réalisé par Michel Gondry et sortie en 2004, Eternal Sunshine of the Spotless Mind raconte l’histoire d’un couple qui ne voit plus que les mauvais côtés de leur liaison. Clémentine décide alors d’effacer de sa mémoire toute trace de cette relation amoureuse. Effondré, Joël contacte l’inventeur du procédé Lacuna, le Docteur Howard Mierzwiak, pour qu’il extirpe également de sa mémoire tout ce qui le rattachait à Clémentine.

Un comprimé pharmaceutique qui pourrait effacer la mémoire d’un individu fait encore partie du domaine de la science-fiction, mais, avouons-le, si nous avions la possibilité de bénéficier d’une telle pilule, il y a certains moments de notre existence que nous aimerions bien effacer de notre mémoire.

 

En perpétuelle quête de perfectionnement et d’amélioration personnels, l’Homme souhaiterait que les gens de son entourage adhèrent à ses objectifs de vie. Dès qu’il s’engage dans une relation amoureuse, l’individu est porté à idéaliser la personne qu’il côtoie sur une base régulière. Cette idéalisation fait en sorte que l’individu amoureux se permet de croire que ses propres ambitions pourraient devenir les siennes et qu’à force de persuasion, il pourrait l’amener à envisager les choses telles qu’il les envisage. Sa partenaire deviendrait alors sa réciproque et non pas simplement son complément.

L’être humain ne se contente pas d’aimer sans attente, mais il aime plutôt en fonction de ce que l’autre pourrait lui apporter en fonction des attentes et des objectifs qu’il s’est fixés. Plutôt que de considérer notre amoureux comme la personne qui pourrait donner de la consistance à notre être, la personne aimée est simplement subordonnée à notre désir de perfection.

À l’instant où la relation ne progresse plus selon nos désirs et que l’autre ne se conforme plus à l’image idéalisée que nous nous étions construite lors des premiers matins d’amour, nous ressentons de la frustration et nous songeons parfois à mettre fin à la relation afin de poursuivre notre quête de l’âme sœur idéale. Pourtant, il faudrait toujours garder à l’esprit que les travers observés chez une personne en début de relation ne s’estomperont pas avec le temps. Nous oublions trop souvent que l’être humain est fait de contraste et ce qu’on considère comme un « défaut » peut s’avérer être un trait de sa personnalité qui le différencie de ses semblables.


C’est ce que Joël réalise lorsqu’il est en train de subir le procédé d’effacement de sa mémoire : ce sont les idiosyncrasies de Clémentine qui lui plaisaient, sa spontanéité, son impulsivité, sa loquacité, en somme, les caractéristiques de sa personnalité qui contrastent avec la sienne. Et c’est cette opposition entre leurs deux personnalités qui amènent d’abord des frictions au sein du couple, puis la rupture. Mais, ce sont aussi les contraires qui nous attirent.

La phrase « meet me… in Montauk… » devrait avoir sa place au panthéon des meilleures citations de film au côté du célèbre « We’ll have Paris » prononcé par Rick Blaine dans le film Casablanca.

Les quatre petits mots prononcés par Clémentine, que l’on entend difficilement, comme si elle lui insufflait à travers son esprit, veulent indiquer à Joël de retourner à Montauk, le lieu de leur premier rendez-vous. À son réveil, Joël n’aura plus aucun souvenir de Clémentine. Ainsi, leur histoire d’amour devait disparaître à jamais de leur mémoire commune. Tel ne fut pas le cas, car en retournant à Montauk, les amoureux recommenceront leur histoire d’amour malgré le fait qu’ils sont conscients qu’un jour elle se terminera.

Entre temps, que doivent-ils faire? Simplement d’en profiter au maximum!

 

Ce film est une très belle métaphore du concept nietzschéen de l’éternel retour de toute chose. D’ailleurs, une employée du Docteur Mierzwiak, Mary Svevo, récite à deux reprises un célèbre aphorisme de ce philosophe : « blessed are the forgetful, for they get the better even of their blunders ».

La dernière scène du film m’apparaît comme étant une conclusion empreinte de lucidité où aucune accolade et aucun baiser langoureux ne sont échangés. Les deux protagonistes prennent conscience de la réalité de leur situation, acceptent de recommencer leur cycle amoureux, d’oublier qu’ils avaient échoué à la première tentative, puisqu’ils sont d’avis que les bons moments qu’ils vivront supplanteront les moments de souffrance qu’ils subiront inévitablement. C’est une belle philosophie de vie qui peut avoir une résonance auprès de chacun d’entre nous!

 

source :
http://jean-nicolaslacoste.com/2010/04/24/quand-le-cinema-illustre-la-philosophie/

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :