Les CSF au Parc
A l'origine rubrique de la homepage de lelitteraire.com réservée à son fondateur pour qu'il y exprime régulièrement sa lecture critique d'un opus de prédilection, Les Chroniques de San Fredo lancées sur le net en mars 2004 deviennent l'année suivante une émission de webtv enregistrées dans les locaux parisiens de la librairie/maison d'édition Autrement, près de Bastille. L'émission se dévéloppe de manière plus considérable à partir du Salon du Livre 2006...
Vendredi 21 avril 2006. Au matin, Les Chroniques de San Fredo accueillent, en partenariat avec lelitteraire.com et la société de production OnTv.Tv-Tenentap, Pierre Jourde (L’Oeuvre du propriétaire, L’archange Minotaure), Ptiluc (Rat’s tome 8, Les Humanoïdes Associés) et Frédéric Poincelet (Mon bel amour, Ego comme X). La série d’entretiens a lieu dans un restaurant ayant ouvert depuis quelques semaines ses portes : Le Parc, 33 rue de Vaugirard, dans le sixième arrondissement parisien.
Ambiance chaleureuse et café de rigueur, les auteurs s’abandonnent bientôt au confort molletonné d’un rouge canapé pour se livrer aux questions de Frédéric Grolleau, alias San Fredo (ces entretiens seront consultables prochainement...).
Influencé davantage par les excellents petits fours sucrés du Parc que par les murs tout capitonnés de cuir blanc du petit salon qui l’entourent, Ptiluc est déjà tout sourire : malgré un franchissement difficile des portes vitrées et opaques du Parc, casque de moto et sac "gonflable" obligent, "tout baigne" pour lui comme en témoigne le titre de son huitième opus de la série Rat’s.
Comme à l’accoutumée, les rats et les crapauds se battent pour savoir qui le premier arrivera sur l’île. Les gags se succèdent selon la logique et le dynamisme cartoonesque qui sont la clef de voûte de la saga - palme spéciale à Marinette la fille rate du chef qui explose tous ses coreligionnaires à coups de harangues en se dopant au "pouvoir", et on se régale lorsque le scénariste-dessinateur, qui est connu pour ne pas avoir la langue dans la poche, explique pourquoi les premières pages sacrifient le pseudo-poète du raffiot des rongeurs avant de livrer sa vision de la société et de la production artisitique contemporaines.
Moins chanceux que Ptliuc, Pierre Jourde qui a erré rue de Vaugirard avant de trouver l’entrée du Parc doit laisser passer son tour (il était prévu le premier à l’origine...) avant de pouvoir prendre la parole. Est-ce son attitude coutumière ou l’attente au comptoir, l’universitaire qui est aussi romancier (Prix Renaudot des lycéens dernièrement avec Festins secrets) et critique (La littérature sans estomac, Le crétinisme alpin, Le Jourde et Naulleau...) apparaît plus mesuré.
L’anthologie de textes censés appartenir au mystérieux Propriétaire ici mis en avant lui donne l’occasion de jouer à nouveau de la satire et de la parodie, mise en abyme du grotesque sur laquelle il revient avec force détails, ce qui permet au passage de débattre des limites de la "critique professionnelle" et de ce que faire de la littérature veut dire. Rassurez-vous, pour le meilleur et le pire, Philippe Sollers n’est pas oublié...
Il est midi trente lorsque le discret Frédéric Poincelet fait son apparition, quasi sur la pointe des pieds. Surprennent la douceur de son regard et la ténuité de la voix lorsqu’on connaît son sens du portait dès lors qu’il s ’agit de croquer les menus gestes du quotidien de couples exposés aux affres de l’amour, à ses petits ravissements comme à ses grandes morts.
Déjà les premiers clients se pressent au bar arqué et la musique se fait plus forte dans les salles du Parc. Frédéric Poincelet ose à peine hausser le ton pour revenir sur l’ensemble de son parcours de graphiste, de dessinateur et d’auteur : s’il semble s’étonner du succès rencontré par cette très belle bande dessinée pour adutes qu’est Mon bel amour (en ligne sur le site du Monde en ce moment, salué par Chronic’art, les Inrocks et A nous Paris) - qu’il prend soin de distinguer de toute confession purement autobiographique ! -, il y voit aussi le signe de sa propre maturité et le fruit attendu de son engagement dans les terres, parfois mouvantes, de la BD. Les pistes qu’il livre ici permettent en tout cas de prendre la mesure du sens de son travail chez Ego comme X : puisse cet entretien contribuer à le faire connaître encore plus !
Fable animalière tirant du côté de la SF, parodie de littérature se prenant au sérieux pour mieux se moquer d’elle et réalisme du dessin accusant les pleins sexuels et les creux incommunicationnels de l’amour au quotidien, les Chroniques de San Fredo, fidèles en cela à l’esprit du litteraire.com, mêlent délibérément les genres afin d’en extraire le suc critique. Qu’on se le dise !
frederic grolleau
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copyright : www.fredericgrolleau.com et www.lelitteraire.com
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Ptiluc, Rat’s - Tome 8, Les Humanoïdes Associés, 2006, 48 p. - 9,45 €.
Caroline Maurel-Lemoine au Marché d’art contemporain de Bastille (26 avril - 1er mai 2006)
Tous deux sont bien des échantillons, des exemplaires du celluloïd trademark mais le traitement de leur posture hiératique, de la fixité obsessionnelle de leur regard comme la focalisation minutieuse portée sur leurs segmentations articulaires déjouent ce que serait une trop claire (et rapide et rassurante) identification à des jouets singeant les comportements humains. Les couleurs sont souvent vives et décalées par rapport à la réalité ; le procédé est simple et accessible. En utilisant des symboles populaires, qui marquent l’inconscient dès l’enfance, Caroline Maurel-Lemoine s’inscrit bien dans la mouvance popartienne, mais elle sait s’éloigner des devenus classiques Mickey Mouse ou Marilyn Monroe pour s’inspirer des êtres de celluloïd, ces déchets simili-vivants, ces objets de rebut tout aussi bien « récupérés (repensés) par l’Arte Povera qui peuvent à l’envi devenir objets d’art. Idéal et génial pied de nez du figuratif guère prisé en France à l’expressionnisme abstrait.
Chacun peut y voir une invitation ludique à imaginer la scène, le dialogue qui ont précédé, la scène, le dialogue qui suivront, ou encore un violent éclairage des rapports secrets qu’entretiennent entre eux les jouets enfantins quand leurs petits propriétaires et les adultes leur tournent le dos. Et si « Etre, c’est être perçu » (esse est percipi), comme l’indiquait dans son immatérialisme idéaliste le fort philosophe êvéque Berkeley ? Telle est bien la sempiternelle Comédie humaine et Balzac, là encore, n’est guère loin. Cercle vertueux parfait, les modèles ayant servi d’inspiration à l’artiste pour chaque saynète trônent dans le stand, sur des étagères, rejouant en écho et en effet de miroir les scènes primales qui les auréolent. Qui vivra verra. Et réciproquement. 

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