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Dimanche 11 janvier 2009 7 11 /01 /Jan /2009 13:35
Quand Winch devint vain...

 

Cette fois ça y est, la déception est au rendez-vous. Autant les auteurs avaient non sans sagesse à peu près vaillamment tenu le choc jusqu’au quinzième tome, autant celui-ci, au moment même où les aventures de papier du golden boy aventurier sont adaptées au cinéma (connaissant d’ailleurs un certain succès), annonce clairement la couleur.
Devenu lui-même un (im)pur produit capitaliste, - retourne-toi dans ta tombe, Marx ! - Largo Winch fait désormais dans l’esbrouffe jamesbondienne, cultivant l’art des relations superficielles quand bien même pseudo-teintées d’une fidélité à toute épreuve, le tout sur fond de spiritualiré obsolète. Marre du beau chevalier blanc et son hégélien complexe de la belle âme !

 

Suite attendue de l’épisode « Les trois yeux des gardiens du Tao » (où Largo venu signer à Hong-Kong un ac­cord de joint ven­ture avec la Tsai In­dus­tries Corp. dis­pa­raissait, car devant honorer sa dette d’honneur envers une triade - dérober le Daodejing, manuscrit écrit de Lao Tseu, fondateur du taoïsme - et était déclaré mort par les cadres du groupe W), les diptyques ayant semble-t-il, Dupuis l’a bien compris, les faveurs du public plutôt que les séries interminables ou les one shot fugitifs, « La voie et la vertu » - qui porte fort mal son nom dans le contexte - surfe toujours sur la même vague archi poussive : le « milliardaire en blue jeans » s’échappe du piège qu’on lui tendait, rétablit la justice, se débarrasse des méchants et affiche son plus beau sourire Colgate après quelques cascades entouré de bimbos à moitié nues...

Surnage seul dans ce pâle marigot le personnage saphique de Silky, la pilote d’avion du héros, qui semble s’autonomiser en diable face à son patron - encore que la fin du maigre suspense, une course entre un hélicoptère et un hydravion en trois pages à la fin de l’album, est expédiée en deux de coups de cuillère à pot guère crédibles ! Bref, quand l’éthique se fait étique, le lecteur, à l’instar de l’hydravion susnommé, pique du nez.
Voilà qui n’a rien de palpitant, qui ne surprend aucunement et qui n’est acceptable somme toute que grâce à la maîtrise du dessin réaliste d’un Francq impeccable. Secondé par Fred Besson, le dessinateur nous livre des vues sompteuses en grand angle de la ville de Hong Kong, des dé­cors très dé­taillés aux cou­leurs éclatantes. Certes. Mais quid du scénario quand on pense que van Hamme est derrière une saga culte comme celle, entre autres, de XIII ?

 

A découvrir en lisant Livres Hebdos qu’il s’agit pourtant, en dépit de la morosité ambiante, du livre qui se vend le plus, tous genres confondus, les mots nous en manquent. La crise a belle et bien des effets pervers. C’ets à croire que plus les gens sont fauchés plus ils sont crédules puisqu’on peut alors leur fourguer n’importe quel ersatz de bonheur et de richesse ...à petit prix.


frederic grolleau

Jean Van Hamme (Scénario), Philippe Francq (Dessin), Fred Besson (Couleurs), Largo Winch, tome 16 : La voie et la vertu, Dupuis, 2008, 48 p. - 10,40 €.

 
     
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Dimanche 12 octobre 2008 7 12 /10 /Oct /2008 18:16

Une plongée terrifiante dans les abysses de l’Ouest américain...

  Au royaume des vilains à deux mains
le bon manchot dandy est roi

 

L’heure est venue du retour de Bouncer Van Dorman et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ex bourreau manchot de Barro-City devenu le videur du saloon l’Infernio tient la dragée haute à toutes les gueules cassées du Far West. Après tous les tracas rencontrés dans le premier cycle où il a plus d’une fois failli laisser sa peau, le métis doit maintenant prouver aux Indiens qu’il est, par sa filiation paternelle, le digne gardien de leur sanctuaire. Ce n’est pas le moindre tracas de l’album qui regorge de crapules et canailles en tous genres, à commencer par le peu scrupuleux Axe-Head - qui doit son nom au fer de hache qui orne le coin de son crâne et qu’il ne peut retirer sans riquer de mourir - flanqué de ses cinq enfants, déjà meurtriers dans l’âme. Participent également à la saga Carolyn Harten, une veuve acariâtre assoifée de territoires apaches et l’officier de l’armée de l’Union, Callagher, prêt à tout pour se remplir les poches.

Tandis que l’intrigue se resserre autour de l’arrivée d’une nouvelle institutrice, Jodorowsky et Boucq signent avec ce western tragique un opus maîtrisé où la bassesse des personnages n’a d’égale que la beauté des paysages cadrés en panoramas magistraux. De manière encore plus efficace et rugeuse que dans les précédentes aventures du héros, ce sixième volet de Bouncer invite à une plongée terrifiante dans les abysses de l’Ouest américain : quand terreur et violence riment avec poussière, Jodorowsky et Boucq s’amusent à faire de l’ombre à Blueberry et renvoient Chinaman au vestiaire des chenapans.

 

 

 

Personne à Barro-City n’échappe à la condamnation sans appel qui règne dans ces pages ; tous, femmes, enfants, estropiés du coeur ou du corps, bandits de grand chemin, sont les tristes pantins qu’agite le noir vent du Destin. Pas facile dans ces conditions de témoigner d’une once de libre arbitre, soit d’humanité, quand les monstres sont partout !

 

 

Cette poétique de la déréliction signale combien l’homme est petit face à son environnement et Boucq immense dans le monde du dessin réaliste. Si vous cherchez un univers sauvage "impitoyable" à la Eastwood où la compassion a fait ses valises depuis longtemps, avec le Bouncer vous êtes chez vous ! Que l’on nous permette d’ailleurs d’observer cela : que les Humanoïdes Associés, actuellement en redressement judiciaire, puissent permettre à des auteurs de publier un tel travail est bien le signe de la qualité et de l’intégrité de cette maison à qui l’on souhaite de sortir très vite de l’ornière où elle s’est enlisée.

  frédéric grolleau
 
 

PAlejandro Jodorowsky et François Boucq, Bouncer - Tome 6 : "La veuve noire", Les Humanoïdes Associés, 2008, 56 p. - 12,90 €.

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