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Jeudi 4 janvier 2007

Avec ce deuxième volet de l’Intégrale, on plonge avec délectation dans un hommage à l’alchimie et aux châteaux médiévaux...

Où l’on retrouve notre électronicienne de choc, bien loin cette fois-ci de la planète Vinéa dont elle a rencontré les bleus habitants dans le tome 1 de cette Intégrale. Toujours teintées de fantastique, les péripéties de Yoko sont donc moins proches de la science-fiction que dans "De la Terre à Vinéa". Les trois volumes ici rassemblés, L’Orgue du Diable, La Frontière de la Vie et Le Feu de Wotan - quid de L’Or du Rhin d’ailleurs, non repris dans cet épais volume ? - nous permettent avec grand plaisir, de renouer avec le doucereux graphisme et la description minutieuse des lieux fort réalistes chers à Leloup, formé aux studios de Hergé.

Tiraillée entre l’Orient dont elle provient, en tant que "Fille du vent" et l’espace auquel elle aspire (la saga vinéenne), Yoko évolue en ces pages dans le troisième côté du triangle qui lui est imparti, soit l’Europe et en particulier l’Allemagne. Ce deuxième volet de l’Intégrale débute donc avec à-propos par L’Orgue du diable où notre héroïne, au contact de sa nouvelle amie, l’organiste Ingrid Hallberg, plus introvertie que Khâny la Vinéenne, décide dès les premières bulles d’affronter le méchant de service qui a relancé une machine diabolique - un orgue gigantesque du Moyen Age pouvant émettre des ultrasons capables d’aliéner ou tuer et alimenté par un souffle quasi hydraulique ! - dans les souterrains d’une sinistre bâtisse médiévale (Le Château du Katz).

Il est toujours amusant de voir comment Leloup enclenche le scénario (pas de longues p(l)ages destinées à installer l’intrigue : ça démarre toujours sur les chapeaux de roue... ou les flancs d’un bateau en l’occurrence). Le scénario n’est pas si noir que cela au demeurant et Karl le mécréant ressemble étrangement au méchant vinéen de l’album intégral antérieur tandis que miss Tsuno parvient à escalader une paroi abrupte de falaise en mini-jupe et escarpins - tenue du plus bel effet...
Il n’empêche, le récit fonctionne et interpelle à merveille, idéalement mis en relief par un dessin très fouillé qui joue le rôle d’un personnage à part entière dans la narration. Le dessinateur est ici "chez lui", comme il s’en explique dans le dossier en début d’ouvrage où il célèbre l’Allemagne comme le pays de l’imaginaire, par opposition à la France qui compte tant d’adeptes du cartésianisme rationnel.
Hymne au Rhin et à la célèbre Lorelei, L’orgue du Diable est bel et bien l’album qui nous semble le plus original, bien que ce soit à La Frontière de la Vie (dédié au double thème du développement du sang artificiel et de la prolongation de la vie par hibernation) que soit revenu le plus grand succès de la série, l’album-clef ayant conquis le public féminin (rien d’étonnant vu que Yoko Tsuno incarne l’éternel féminin, ce dont témoigne ici la fonction de seconds couteaux dévolue aux insipides Pol et Vic) alors que Le Feu de Wotan (voué à la récupération vénale d’un rayon destructeur infernal) se veut un polar technologique qui fait une part moins belle aux sentiments humanistes qui imprègnent la série.

Ne boudons donc pas notre joie et plongeons avec délectation dans cet hommage à l’alchimie et à la fascination qu’inspirent les châteaux ouvert par cet Orgue diabolique, deuxième opus dans la chronologie de la série. Et non des moindres.

 

Roger Leloup, Intégrale Yoko Tsuno - Tome 2 : "Aventures allemandes", Dupuis, 2006, 162 p. - 16,00 €.

 
     

par frederic grolleau publié dans : critik BD
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Jeudi 4 janvier 2007

Une perpétuelle source d’étonnement et de remise en cause de la normalité ambiante.

L’initiative des éditions Dupuis, qui débordent d’idées ces derniers temps, est à saluer : l’héroïne japonaise de Roger Leloup, conçue à la fin des années 60, n’est en effet pas forcément (re)connue de la part du jeune lectorat qui se rue volontiers et en masse sur les bandes dessinées depuis quelques années. Ce qui pouvait paraître farfelu ou diantrement audacieux au regard des aficionados du journal Spirou naguère, soit les mésaventures d’une jeune électronicienne nipponne qui voyage dans l’espace et le temps, est désormais bien paisible (au risque d’être morne) quand l’on voit le développement tous azimuts du manga ou de séries tonitruantes et très high tech.

Et pourtant. Chaque personne qui aura la curiosité d’ouvrir ce premier volume de l’Intégrale Yoko Tsuno sera surprise par la modernité du ton de Roger Leloup ainsi que par les trouvailles - toutes plus plausibles et cohérentes les unes que les autres - dignes des meilleurs romans de SF des seventies qui jalonnent ces exploits de la jolie Yoko (hymne à la femme libérée avant l’heure ?) et de ses deux amis Vic Vidéo (un réalisateur) et Pol Pitron (un caméraman).
Si les trois récits ici proposés (Le trio de l’étrange, La Forge de Vulcain et Les 3 soleils de Vinéa) mêlent, à l’instar de l’ensemble de la saga, des thèmes de SF avec des valeurs assez rabattues (quoique philosophiques) telles que l’amitié, le respect d’autrui ou la tolérance, on aurait bien tort de réduire les scenarii de Leloup à des textes un peu datés et ayant perdu de leur effet de surprise, où culmineraient juste des planches colorées et riches en détails. Outre que les rencontres entre notre trio et les Vinéens, ce peuple extraterrestre venu d’une planète située à deux millions d’années-lumière de la Terre, réfugié dans les entrailles de la Terre il y a quatre cents mille ans, sont toujours stimulantes, le mixte de technologie et d’extrapolation scientifique sur fond humaniste qui fait la valeur de la série est une perpétuelle source d’étonnement et de remise en cause de la normalité ambiante.

De ce point de vue, Yoko et ses amis représentent le grain de sable qui empêche la mécanique des méchants et des conquérants du monde de poursuivre en toute quiétude leur œuvre destructrice. Non content de pouvoir admirer, parfois avec de pleines pages inédites (croquis ayant servi pour des couvertures du journal, des animations diverses ou des publicités...), les créations mécaniques et les décors grandioses qui sont la marque du dessinateur, le lecteur évolue ainsi au contact de personnages qui ont bien vieilli en dépit d’une ligne claire passablement démodée de nos jours.
Raison pour laquelle, après la publication de l’épisode 24 en 2006, les éditions Dupuis ont décidé de faire paraître une intégrale en 8 volumes, dont chacun reprend trois épisodes classés par thème quitte à bousculer l’ordre chronologique originaire (ce premier album reprend les premières rencontres entre Yoko et les Vinéens), tout en proposant à chaque fois un dossier consacré à l’auteur et à ses créations. Ce nouveau format qui revisite et tonifie la série classique Yoko Tsuno est bel et bien une heureuse initiative : elle rappelle de bons souvenirs à ceux qui, comme moi, ont découvert Yoko Tsuno au tout début des années 80 et elle vaut, pour les autres, invitation à relire ces premiers récits fondateurs - dans lesquels même les plus jeunes peuvent se plonger sans modération.

frédéric grolleau

   

Roger Leloup, Intégrale Yoko Tsuno - Tome 1 : "De la Terre à Vinéa" (introduction de P. Pinchart et T. Martens), Dupuis, juillet 2006, 164 p. - 16,00 €.

par frederic grolleau publié dans : critik BD
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