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Critik Philo & Ciné

Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 15:46

 










 
La Matrice
Warner Brothers/Village Roadshow Pictures, 1999



























 

 

Il n'y a pas de cuillère[1].




compte rendu par Kelley L. Ross, Ph.D.

 


 

Avertissement
Tout comme un autre bon film de l'année 1999, Le Sixième Sens, La Matrice nous surprend par un revirement au plein cœur de l'action. Quiconque n'ayant pas encore vu le film et désirant être surpris devrait le voir avant de poursuivre la lecture de cet article. La version DVD, avec ses multiples commentaires, un documentaire sur le film, et plein d'autres extraits de production, est chaudement recommandé.

 


 

L'intérêt philosophique principal de La Matrice se trouve dans l'exploitation de la crainte classique de René Descartes: Et si la vie n'était en fait qu'un rêve? Dans ce film, les spéculations philosophiques de salon se transforment en réalités terrifiantes. Mais il y a plus. Si la crainte Cartésienne s'applique à un niveau de réalité, pourquoi ne pas l'appliquer à celui là même qui, pensons-nous, se révèle par la suite comme étant véritablement et ultimement “réel”? Au delà de Descartes on retrouve également dans ce film des échos du platonisme et du bouddhisme.

La Matrice est un classique de la science fiction, l'un des géants du Box Office en 1999, un film puissant et dérangeant à plusieurs niveaux. Mis à part les révélations hallucinantes sur la nature de la réalité, le niveau de violence est significatif, et peut paraître gratuit pour certains, en particulier lorsque la fusillade du “lobby” rappelle aux spectateurs l'horrible fusillade de L'école secondaire Columbine. Mais la violence y est irréelle et relativement propre. Il n'y a rien qui ressemble aucarnage du vrai film d'un massacre dans une école secondaire, Carrie (1976); ni au genre de fusillade climatique du film Le Corbeau (1994), mais La Matrice est définitivement dans la même catégorie esthétique – et c'était le but, avec le plus grand nombre de chutes de cartouches au ralenti depuis Rambo (1985)[2][voir note]. La plupart de l'action, cependant, ne se déroule avec l'utilisation d'armes, mais avec des démonstrations sophistiquées d'arts martiaux, pour lesquelles les acteurs eux-mêmes se sont exercés de manière intensive avec des professionnels des films chinois d'arts martiaux. Ceci devient d'ailleurs une tendance, George Lucas voulait aussi se départir de cascadeurs et utiliser les acteurs eux-mêmes pour faire les séquences de combat dans La Menace Phantôme. Bien que pour d'autres raisons, La Matrice apporte un plus grand intérêt sur le plan philosophique, on ne peut nier le fait que ce soit à la fois un film de science-fiction et d'arts martiaux et que la grande part de son attrait émotif et esthétique vient de sa violence. La scéne initiale du film est explosive, avec “Trinité,” jouée par Carrie-Anne Moss, courant sur les murs, assomant 5 policiers avec pour seule arme ses mains et ses pieds (en moins de vingt secondes), et bondissant d'un immeuble à l'autre comme Superman (ou Supergirl), établi l'atmosphère électrique des éléments athlétiques de toute l'aventure. Le fait qu'elle semble disparaître, tel un souffle, ajoute aussi au mystère.

 

Keanu Reeves, jouant le rôle de “Thomas Anderson” ou le pirate informatique “ Néo ”, le “ Messie ”, bien que chargé d'images chrétiens, et également appelé “Jésus Christ” par un autre des personnages, joue à nouveau le rôle d'un Bouddha – tel que dans le film Le petit Bouddha (1994). Le Bouddha est celui qui se réveille comme l'expérimente littéralement Néo, en découvrant qu'il a été un prisonnier comateux, gardé dans une cuve, toute sa vie, avec le monde dans lequel il croyait vivre, dans lequel il avait un travail ennuyeux de programmeur informatique, un monde projeté dans son esprit, comme de la réalité virtuelle sur ordinateur, simulé par une sonde directement implantée dans son cerveau. Il est rescapé par un personnage qui est qualifié par les autorités internationales comme étant un terroriste, “Morpheus,” joué par Laurence Fishburne. Débranché et chassé de sa cuve, Néo est pris par Morpheus et ses associés dans un vaisseau voyageant à travers de profonds tunnels sous la surface d'une terre désolée et pratiquement sans vie – maintenant contrôlée par des intelligences artificielles qui cultives les humains principalement comme source d'énergie, les gardant dociles dans un monde de la réalité virtuelle, c'est-à-dire la “Matrice,” qui est projeté dans leur cerveau.

Attendez une minute... “des cavernes”? Ceux qui sont familiers avec le philosophe Platon, tout cela devrait éveiler des soupçons. Dan la République, Platon avance une théorie qui divise la réalité en quatre niveaux par l'intermédiaire de la Ligne Divisée et l'imagerie de l'Allégorie de la caverne:  Nous sommes tous tels des prisonniers attachés au sol de la caverne. Mais habituellement nous ne voyons pas la caverne elle-même – tout ce que nous voyons sont des ombres sur le mur. Donc, Néo est comme l'un de ces prisonniers attachés, regardant les ombres de La Matrice. Si par contre, le prisonnier de Platon est libéré, il peut regarder tout autour. Il voit alors la grotte, il voit un feu briller à l'arrière, et alors il découvre que la réalité qu'il voyait n'était en fait que la parade de marionnettes devant ce feu, produisant ainsi les ombres sur le mur. Platon ne dit pas qui fait parader ces marionnettes. Néo apprend que ce sont les machines possédant l'intelligence artificielle. Il voit que par ce biais il a été lui-même manipulé comme une marionnette. Au commencement il a de la peine à le croire, et la profondeur de la révélation le rend physiquement malade, mais il ne peut le nier.

 

Un autre aspect de La Matrice qui révèle des nuances platoniques est la fréquence de l'apparition d'images en réflexion. Nous voyons souvent la réflexion de Néo dans les lunettes de soleil de Morpheus, ou dans différentes surfaces métalliques. Un thème fréquemment rencontré dans l'oeuvre de Platon est l'affirmation que nous ne touchons rarement la réalité, nous voyons surtout des images. Les ombres sur le mur de la caverne ne sont que des images des marionnettes, qui sont elle-mêmes des images des formes. Platon avait, c'est bien connu, peu d'estime pour l'art, qui crée des images non pas à partir des Formes [3], mais à partir d'autres choses qui sont déjà des images. L'art basé sur les ombres de la caverne s'éloigne de la réalité par trois étapes. Le monde de La Matrice est lui-même une ombre réfléchie de la réalité, reproduisant de manière lugubre et altérée (toutes les couleurs ont une forte composante verte) le “monde réel” .

La Matrice ne comporte aucune référence directe à Platon, mais il évoque la question posée en suivant l'analogie platonique. La caverne, après tout, n'était pas la réalité ultime pour Platon. Le prisonnier libéré quitte la caverne et découvre la réalité véritable à l'extérieur, le Monde des Formes, sur lequel règne la Forme de la Bonté. Serait-ce possible que le “monde réel” dans lequel Néo se réveille soit également une simulation, de la réalité virtuelle? Ce serait une tournure intéressante pour La Matrice II, mais il n'y a aucun indice de tout ça ici. À vrai dire, par d'autres indices, La Matrice nous porte à la réflexion, même si le “monde réel” est le vrai monde, le monde véritable n'est peut-être pas si “réel” après tout.

Morpheus apprend à Néo que, dès qu'il devient conscient que La Matrice n'est qu'une simulation par ordinateur, il devient possible de la manipuler. Morpheus, Trinité, et les autres membres de la “Résistance” ont tous développés cette capacité, ce qui explique pourquoi Trinité ait pu éviter les balles, courir sur un mur, et faire des sauts innouïs – sa disparition, bien sûr, n'était simplement que le retrait de son corps virtuel de La Matrice. Ce que Morpheus recherche vraiment, par contre, c'est quelqu'un, “L'Élu,” qui peut manipuler La Matrice à volonté et créer une infinité de résultats, c'est-à-dire. faire stopper les balles en plein vol ou vaincre les “Agents,” qui sont “programmes intelligents” invincibles dont la mission est de tuer les gens comme Morpheus, Trinité, et Néo (qui ne peuvent survivre même à une mort “virtuelle”) et détruire la Résistance. L'apogée du film, bien sûr, est atteint lorsque Néo développe cette habileté, est révélé comme étant L'Élu, vainc les Agents et peut commencer la libération de l'humanité.

En cours de route, cependant, une foule de choses se produisent. Après sa formation initiale, Néo est amené vers “l'Oracle,” une vieille dame (jouée par Gloria Foster) qui semble posséder la capacité de voir le futur. Pendant qu'il attend pour la rencontrer, nous voyons une scène importante. Néo est laissé dans une pièce où se trouve plusieurs enfants qui semblent être des adeptes d'actes impossibles à accomplir. L'un d'eux lit aussi un livre en Chinois. Un autre jeune garçon, qui est habillé comme Mahâtmâ Gethi, est assis en toute tranquillité dans la position du Lotus, faisant plier une cuillère par télékinésie. La chose extraordinaire à propos du monde de La Matrice c'est que nous n'avons aucune difficulté à croire que ce genre de chose est possible. Les habiletés paranormales ne sont plus miraculeuses lorsque nous savons que ce ne sont que des simulations par ordinateur. Mais Néo, vivant dans ce monde, a bien sûr un peu plus de difficulté à saisir comment cela peut être possible. Le jeune garçon lui explique le phénomène alors avec peut-être la phrase la plus importante du film, “Il n'y a pas de cuillère.”. Maintenant, ce n'est pas le genre de chose que Platon dirait. Ce pourrait-être l'évêque Berkeley, mais il n'y a rien dans La Matrice qui suggére le moindre scepticisme empirique. Quelle tradition importante pourrait nous permettre de faire une telle déclaration à l'égard du monde “ réel ”?

 

Il s'agit plutôt du Bouddhisme. La cuillère est “vide”. Elle n'a pas de “nature propre”, aucune essence ou réalité durable. Elle existe seulement en rapport avec tout le reste (“existence relative” et “origine dépendante”). C'est ce que le garçon affirme:  Néo peut déformer la cuillère en se déformant lui-même, ou en déformant son propre esprit. Bien qu'il n'y a aucune référence directe au Bouddhisme dans La Matrice, la conclusion est difficile à éviter étant donné (1) le contexte des arts martiaux, (2) le livre en chinois, (3) le fait que le code qui nous est présenté comme étant celui de La Matrice ne soit pas numérique mais vaguement, ou directement, comme des caractères chinois ou des syllabes kana japonaises, (4) le fait que Néo “s'éveille” -- ce que le nom Bouddha signifie, (5) le fait que Keanu Reeves a déjà joué le rôle du Bouddha auparavant, (6) le Gethi ou l'enfant-Bouddha, et (7) des énoncés caractéristiquement paradoxaux, tel “Il n'y a pas de cuillère.” L'importance de cette réplique est consolidée lorsque Néo le répète délibérément, alors que lui et Trinité poursuivent leur tâche de délivrer Morpheus après sa capture par les Agents.

Mais cette réalisation ouvre de nouvelles perspectives:  Serait-ce possible que tout ce que Néo apprend à propos de La Matrice soit aussi vrai pour notre monde “réel”? C'est précisément ce qu' enseigne le Bouddhisme. Le Bouddha est sensé avoir acquis des pouvoirs surnaturels, tout comme Néo, lorsqu'il a atteint l'Illumination. Le film, donc, n'est pas seulement un film de science fiction à propos de la race humaine esclave de machines intelligentes, mais une allégorie de l'esclavage de l'humanité au Sam sâra, le monde illusoire de la naissance, la souffrance et de la mort. Platon ne dirait pas “qu'Il n'y a pas de cuillère.” Le prisonnier quittant la caverne pourrait voir la cuillère elle-même, la forme éternelle et inchangeable de la cuillère. Seul un Bouddhiste pourrait dire de toute réalité ce que le garçon a dit de la cuillère: “Nous quittons la caverne pour découvrir qu'au-delà de la cuillère il y a le néant.”

C'est déjà bien intrigant, mais il y a plus. L'Oracle évoque un élément du film qui n'a rien à voir avec le bouddhisme. Elle n'est pas une adepte des arts martiaux, mais elle attire plutôt l'attention de Néo sur un proverbe écrit en latin sur le mur de la cuisine, “Connais-toi Toi-même” (Temet Nosce). Bien sûr, “Connais-toi Toi-même” n'est pas du latin à l"origine, mais grec (Gnôthi Seauton). C'était l'un des préceptes de Delphi, au même titre que “Point d'excès” (Mêden Agan), ou les dictons de l'Oracle de Delphi, où une prêtresse, la Pythia, possédée par Apollon prédisait le futur. L'Oracle est donc une fonction, non pas du bouddhisme, mais des religions classiques de l'Occident (l'ascenseur pour se rendre à l'appartement de l'Oracle semble avoir la lettre grecque Ômega écrite à l'intérieure, complétée de l'accent circonflexe et d'un iota). Ce que l'Oracle fait, comme nous le voyons, c'est dire à Néo ce qu'il avait “besoin d'entendre”, comme Morpheus l'explique. Néo prend alors des décisions, basées sur ce qu'elle a dit, qui lui permettent de sauver Morpheus et d'atteindre ensuite le plein potentiel de l'Élu.

 

Pourquoi les machines n'ont-ils point d'Oracle? Pourquoi, en ce sens, les Agents n'ont-ils pas les mêmes habiletés que l'Élu? C'est, après tout, leur ordinateur. Alors pourquoi ne peuvent-ils pas manipuler La Matrice à volonté? L'implication ici, et elle est loin d'être Bouddhiste, est qu'il y a quelque chose de plus en l'être humain que ce qui se trouve dans ces “programmes intelligents” et ce monde d'intelligence artificielle. L'Oracle dit à Néo, “Tu as une bonne âme.” Mais il n'y a pas d'âme, aucune notion du soi dans le bouddhisme (la doctrine d'anâtman ou anatta), car ce serait une essence ou une nature propre. Lorsque nous voyons le code de La Matrice dans une scène, nous voyons effectivement le caractère chinois représentant le mot soi.

“Connais-toi Toi-même” est une sorte d'enseignement bouddhiste paradoxale. Si Néo possède une quelconque forme d'âme, et que les machines n'en ont pas, cela explique les habiletés uniques aux humains, et ça nous place alors dans un univers religieux qui va bien au delà de ce que le bouddhisme affirme de son côté. Et rien de tout ça n'est vraiment explicable par la nature virtuelle de la Matrice.

Beaucoup plus manifeste, dans La Matrice, que les thèmes platoniques ou même bouddhistes, sont les thèmes judéo-chrétiens. Néo se fait littéralement appeler au débuts du film “mon propre Jésus-Christ personnel.” Nous découvrons également que son nom véritable est en fait Thomas Anderson -- Thomas l'Apôtre qui doutait. L'Oracle lui dit qu'il n'est pas l'Élu, mais ensuite ajoute “dans ta prochaine vie, peut-être.” Bien, Néo meurt (arrêt cardiaque et tout) et puis Ressuscite. Nous avons déjà compris qu'il était question de réincarnation, puisque Morpheus est à la recherche de quelqu'un qui a déjà vécu auparavant; mais Néo est maintenant né de nouveau, sans aucun doute, toujours dans le même corps, comme étant l'Élu. “Neo,” en effet, vient du Grec Neos, “jeune” ou “nouveau.”

 

Mais mis à part Néo, nous avons Trinité, nommée tout comme la notion chrétienne de Dieu. C'est elle qui déclenche la Résurrection de Néo. De l'avis de Trinité, Néo est vraiment mort, comme tous ceux qui sont morts dans La Matrice et ensuite dans le monde réel. Mais elle l'aime, et elle croit simplement, avec l'aide de l'Oracle, qu'il ne peut être mort. Nous avons vu Trinité comme quelqu'un de très réservée, peut-être quelque peu sceptique, mais nous avons aussi eu un aperçu de ses véritables sentiments et croyances. Maintenant, avec un baiser de pure foi, elle insuffle la vie, comme le Saint-Esprit, à Néo. Il renaît. Trinité alors devient la Mère de Dieu – Comme la Vierge Marie. Cependant, Marie n'était pas un membre originel de la Sainte Trinité, mais C.G. Jung pensa qu'elle devrait être considérée comme la quatrième. Trinité, en effet, semble combiner le Saint-Esprit avec Marie. Nous avons déjà un Père, Morpheus, qui n'a pas seulement agit comme un père. mais est aussi interpellé de la sorte de manière explicite par Tank (Marcus Chong). Alors nous nous retrouvons avec la Trinité complète: Père (Morpheus), Fils (Néo), et Saint-Esprit/Mère (Trinité).

Que conclure alors? Peut-on dire que La Matrice est un film chrétien? C'est très peu probable. Keanu Reeves ne joue pas le Christ véritable. Ce que nous voyons, assurément, est une synthèse esthétique puissante d'éléments grecs, bouddhistes, et chrétiens qui les prend clairement tous au sérieux. Il est, effectivement, rare de prendre la christianisme au sérieux sans tout l'accepter dans son ensemble, ou de rejeter la prémisse de la Divinité de Jésus sans ramener le tout à une allégorie séculaire et moraliste dans laquelle chacun est le fils (ou l'enfant) de Dieu. La comparaison avec le bouddhisme, encore une fois, peut être instructive. En principe, et c'est vrai surtout dans les étapes subséquentes de l'histoire du bouddhisme, est que tous peuvent devenir un Bouddha, mais la plupart ne le sont pas devenus et ne le seront pas pour un long moment encore. L'accomplissement du Bouddha était une chose rare et extraordinaire . Il n'était pas seulement un philosophe, mais le “Béni,” le Tathâgata ou “Celui qui est Venu”, dont les reliques font l'objet de vénération. Même si le Mahâyâna commença à voir tout le monde comme étant déjà des Bouddhas, nous découvrons également l'idée qu'il y a un Bouddha cosmique éternel, Mahâvairocana, de qui nous sommes tous une partie.

L'équivalent chrétien d'un tel concept serait un Christ qui est relativement, mais non pas pleinement, unique. Non pas le seul et unique Fils de Dieu, mais un événement rare, un Sauveur, qui a une fonction spirituelle spéciale et puissante. Un concept semblable fait d'ailleurs partie de la foi Baha'i, où figure des “Manifestations” (dont Moïse, Krishna, Zoroastre, Jésus, et Mohammed) qui font la médiation entre Dieu et l'Humanité, déformant l'influence chrétienne en affirmant que ceux-ci étaient tels des Dieux pour nous, tout en étant tels des hommes pour Dieu. Également dans l'Hindouisme, l'Être Suprême Vishnu prend périodiquement la forme humaine (Avatars), comme dans le cas de Rama, Krishna, et même le Bouddha pour aider l'humanité.

La Matrice suggère donc une religion, comme le Bouddhisme, dans laquelle la réalité ultime est encadrée ou incompréhensible, mais où l'on retrouve une qualité divine et miraculeuse dans la vie humaine pouvant produire des sauveurs, comme Jésus, engendrant une incroyable puissance. Comme au cours de la période hellénistique et à l'aube de l'ère romaine, lorsque de multiples religions naissaient offrant la rédemption et l'immortalité, nous sommes dans une période d'exploration religieuse similaire où les thèmes des grandes religions du monde s'entrecoupent et se chévauchent. D'une manière artistique, indirecte et subliminale, La Matrice suggère ce que les gens peuvent bien rechercher.

 

 


 Notes

[1] - Avec permission. Traduction par Francis Leblanc et Paul Gosselin. Pour le texte intégral (en anglais, plus long d'ailleurs) cliquez ici.

[2] - Au cours de la fusillade du lobby, de peur que certains soient pris de pitié envers les officiers que Néo et Trinité abattent, il ne faut pas oublier que ces gardes et les membres de cette équipe tactique sont des voyous bagarreurs. Ils sont des gangsters obéissants à un État Policier, tout comme l'IRS, la DEA, ou les agents de l'ATF, habillés de vêtements, maintenant familiers, de ninja et coiffés de casques Nazi. Nous avons vu une demi-douzaine d'entre eux, ou leur semblables, plus tôt dans le film battre Morpheus sans pitié. Ils sont eux-mêmes engagés, comme à ce moment là, à commettre des crimes violentes. Néo et Trinité combattent donc par autodéfense, essayant de délivrer Morpheus de la torture, malgré le fait qu'ils semblent initier l'attaque.

[3] - NdT: ou les Archétypes.

source : http://www.samizdat.qc.ca/arts/cinema/matrice_kr.htm

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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 23:18

  1/2. Définissez le beau. Quelle est la tragédie du bonheur chez Dorian Gray ?

  Notion abstraite liée à de nombreux aspects de l'existence humaine, le beau est un concept étudié principalement par la discipline philosophique de l'esthétique, mais il est également abordé en partie par d'autres domaines (histoire, sociologie, psychologie). Le beau est communément défini comme la caractéristique d'une chose qui au travers d'une expérience sensorielle (perception) procure une sensation de plaisir ou un sentiment de satisfaction ; en ce sens, la beauté provient par exemple de manifestations telles que la forme, l'aspect visuel, le mouvement, le son.

La tragédie de la beauté, c’est que la beauté est ce qui est le plus vénérable pour l’homme et ce qui est le plus éphémère et superflu. Car la beauté n’a pas besoin d’explication, elle règne de droit divin ; l’essence de la beauté, c’est d’être à elle-même sa propre fin. La beauté est par nature éphémère, mais elle est celle que l’homme veut garder le plus longtemps possible. Le désir de l’homme de garder cette beauté qui ne lui appartient plus est la source du malheur, car ce qui beau n’existe pas longtemps, ce qui existe longtemps devient soit banal soit spirituel. Dorian Gray en voulant tout faire pour conserver cette beauté y perd le salut de son âme.

3/4/5. Que représente Alex au début d’Orange mécanique selon Kubrick ? Précisez ce qu’est l’Etat. En quoi ce dernier nous rend-il bons ?

Alex au début du film représente l’Homme à l’état de nature », le réalisateur est en opposition avec la thèse soutenue par Jean-Jacques ROUSSEAU : « l’Homme est naturellement bon, mais la société le pervertit ». Ici de prime à bord, à l’état de nature, Alex ne répond pas à la conformité, c’est-à-dire à la définition du terme bon.

L’Etat est c’est un groupement humain fixé sur un territoire déterminé, soumis à une même autorité. En ce terme nous pouvons différencier deux grands concepts qui sont celui de l’état de nature défendu par le philosophe Jean-Jacques ROUSSEAU notamment et l’Etat comme société.

Ainsi dans le cadre du film Orange mécanique, qui nous montre la manipulation politique à l’encontre d’un individu, l’Etat ne rend pas bon, il contraint à l’être. Ici l’Etat n’est pas montré comme bon avec des policiers qui sont d’anciens délinquants, les membres de l’élite côtoient des criminels dans des bars huppés et les hommes politiques sont représentés comme des manipulateurs…

 

6/7. Que montre la fable du vieil Eschyle chez La Fontaine au sujet du destin ? Quel rôle joue cette notion dans 21 grammes (justifiez le titre) ?

Le fatalisme exclut toute technique puisque l'inévitable se produira quels que soient les antécédents. Ainsi, d'après la fable de La Fontaine (VIII 16), le vieil Eschyle ayant appris d'un devin qu'il mourrait par la chute d'une maison quitta la ville, mit son lit en plein champs, loin des toits, sous les cieux. Un aigle qui portait en l'air une tortue passa par-là, vit l'homme, et sur sa tête nue qui parut un morceau de rocher à ses yeux, étant de cheveux dépourvue, laissa tomber sa proie afin de la casser... Le « destin » se joue des précautions mêmes qu'on prend pour l'écarter... La raison humaine poursuit ses fins par la « médiation » des lois naturelles.

Dans 21 grammes (poids de l’âme retranché après le trépas de l’être), l’homme qui a eu une greffe du cœur et qui devait mourir a été sauvé finalement…mais peu de temps après il finit par mourir, c’était inévitable. Le destin était fixé il n’a pas pu y échapper.
La plupart du temps le destin est tracé, en principe dans les grandes lignes mais il est possible de se prendre en main et d’éviter certains malheurs. C’est parfois un enchaînement de situation qui crée le destin il est donc presque imprévisible, mais il faut savoir juger du bon et du mal.

 

8. Qu’est-ce- qui apparaît au sein du préjugé selon Alain et influence le héros de Big Fish ?

L'obstination est présente dans le préjugé. D'après Alain: « le préjugé est ce qui est jugé d'avance, il provient des passions et est engendré par l'orgueil qui conseille de ne pas changer d'avis. » William découvre une autre forme de préjugé, celle de la société qui juge les contes comme obsolètes et le pousse à renier les histoires de son père .

 

9/10. D’après la définition de Spinoza, que vous présenterez, l’héroïne de Elle s’appelait Sarah est-elle libre ? Au regard de l’organisation du camp, que signifie la formule rousseauiste selon laquelle la loi doit être une volonté générale ?

L’homme ne peut échapper à certaines contraintes naturelles dues au déterminisme naturel. Spinoza affirmera dans Éthique : « Cette chose est dite libre qui existe par la seule nécessité de sa nature et est déterminée par soi à agir seule. Cette chose est dite nécessaire, ou plutôt contrainte, qui est déterminée par une autre à exister et à produire quelque effet de façon certaine et déterminée. » Autrement dit, tout dans la nature résulte de causes nécessaires. Ainsi, dans le film, les barbelés empêchent les jeunes filles de réaliser leur plan de manière spontanée car elles risquent des coupures dans leur corps. La nature ne les a effectivement pas dotées d’une peau résistante et ces barbelés ont été installés dans le but premier d’empêcher les enfants de s’échapper - ce qui est selon le régime allemand de l’époque jugé nécessaire. Nous pouvons donc dire que la liberté physique consiste dans la spontanéité de ses mouvements conformément à la nature.

Nous pouvons constater que cet impératif rousseauiste n’est pas respecté dans le cadre d’une liberté politique. En effet, la loi qui régit le camp n’a pas été définie par l’ensemble des habitants du camp mais uniquement selon la volonté du chef du camp soit en l’occurrence, Hitler. Rien ne dit non plus que les gendarmes soient tous en accord avec le règlement imposé à Beaune-la-Rolande. Cette proposition semble plausible puisque le gendarme dénommé Jacques se met en désaccord avec ces lois en aidant Sarah à plusieurs reprises. Il n’obéit qu’à sa propre loi.

 

11/12/13. Quelles sont les trois formes de temps vus dans Seul au monde ? Que symbolise l’horloge dans le film ? Comment l’homme peut-il se libérer du temps ?

On distingue trois types de temps. Le temps objectif en tant que mouvement continu et irréversible ; le temps en tant que temporalité, c’est-à-dire, le temps comme durée subjective tel qu’on le perçoit. Enfin, le temps comme espace de mesure, à la fois objectif et subjectif.

L’homme a créé la notion de temps pour organiser sa vie en société. L’horloge en est un symbole pertinent. Il y a un découpage social du temps toute société s’organisant à partir du temps social ou collectif, à partir de calendriers, d’horaires de travail. Ce temps collectif scande la vie sociale avec les fêtes, les cérémonies qui ponctuent une année, des mois, des semaines.


Pour se libérer du temps, il faut tirer avantage de celui-ci, par le projet par exemple. Aussi, il vient à Chuck l’idée de construire un radeau, chose malaisée pour un homme naufragé. L’homme est prisonnier du temps malgré quelques échappées qu’il peut lui arracher, quelques évasions éphémères et souvent absurdes de sa condition et de sa finitude. L’homme qui a créé le temps et en est prisonnier s’est placé lui-même sous son joug. L’évasion de Chuck sur cette île ne le prive pas de sa condition mais lui permet de modeler cette prison chaque jour jusqu’à s’en échapper. Il ne se retrouve pas alors dans un monde privé d’existence dans le temps, car que l’on soit ou non en société, le temps finit par nous rattraper via notre corps. Au contraire, il se retrouve en société, où le temps constitue un cadre de développement nécessaire car il rythme nos vies et nous anime dans le droit chemin.



14/15/16. Analysez cet extrait de Hume (Traité de la nature humaine, Livre I, IVème partie) au regard de Tout sur ma mère :

« Pour moi, quand je pénètre plus intimement dans ce que j’appelle moi-même, je tombe toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaleur ou de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne parviens jamais, à aucun moment, à me saisir moi-même sans une perception et je ne peux jamais rien observer d’autre que la perception. Quand mes perceptions sont absentes quelque temps, quand je dors profondément, par exemple, je suis, pendant tout ce temps, sans conscience de moi-même et on peut dire à juste titre que je n’existe pas. »

Quelle est la position du réalisateur sur la norme ? Définissez ce terme.

Qu’est-ce qui éclaire la fascination pour la représentation et le théâtre dans le film d’Almodovar ?

Hume expose la thèse de certains philosophes qui affirment l’identité du moi, et qui croient trouver dans l’expérience intime de la conscience la preuve de cette identité. Descartes est un représentant typique de ces philosophes, puisque, dans ses Méditations métaphysiques, il affirme que le moi, qu’il définit comme une chose pesante, est la première vérité dont on ne peut douter. L’affirmation de l’existence continue du moi à travers la discontinuité de mes états de conscience n’est pas elle-même un fait de conscience. C’est une supposition. Le premier intérêt philosophique de ce texte tient à son scepticisme. Hume s’attache à montrer (contre Descartes) que l’existence continue du moi n’est pas une certitude indubitable, mais une croyance ou une supposition.

 

La norme : du latin norma (qui signifie équerre, règle) désigne un état habituellement répandu ou moyen considéré le plus souvent, comme une règle à suivre. Ce terme générique désigne un ensemble de caractéristiques décrivant un objet, un être qui peut être virtuel ou non. Tout ce qui entre dans une norme est considéré comme « normal », alors que ce qui en sort est « anormal ». Ces termes peuvent sous-entendre ou non des jugements de valeurs.

Bien avant la naissance, au stade embryonnaire, l’individu est déterminé par son sexe. Il est une fille ou un garçon. En revanche au cours de sa vie, l’individu s’interroge et donne un sens à sa vie, un sens qu’il aura choisi par sa propre conscience. Il peut accepter son identité première à savoir celle de sa naissance, ou la réfuter et partir en quête de soi. Cette thématique est taboue dans nos sociétés actuelles. Une personne « différente » dérange. C’est ce que veut mettre en avant Almodovar dans sa mise en scène, tout en critiquant ce besoin et cette volonté  « d’être dans la norme », de façon dérisoire.

 

La fascination pour la représentation et le théâtre est soulignée par le fait que Manuela aille à la représentation d'Un tramway nommé désir plusieurs fois. L'identification aux rôles montre que Manuela est dans une sorte de quête de soi à travers le fictif. L’Autre sera alors le théâtre et sa représentation. Le « tramway » du titre est porteur de sens puisqu'il se référence au train « de sa vie » qui est le vecteur du chemin parcouru.

 

17. Watchmen, et le Comédien en particulier (donnez des exemples), soutient-il la présence ou l’absence de morale ? Définissez ce terme.

La morale a disparu de la société et lorsque Rorschach parle de justice le Comédien se moque de lui en rétorquant que la justice va leur tomber dessus en faisant référence à la guerre. Le Comédien est une preuve flagrante du manque de morale. En effet, il commet des actes que l’on qualifierait d’immoraux comme par exemple lorsqu’il tente de violer le Spectre Soyeux alors qu’elle est en train de se changer, ou lorsqu’il abat une vietnamienne qui lui avait coupé le visage car il avait refusé de discuter avec elle à propos du bébé qu’elle attendait et dont il était le père, ou alors lorsqu’il tire sur la foule pendant la manifestation, ou enfin lorsqu’il (selon le film) assassine le président Kennedy. Il se réjouit de faire le mal et il ne semble en éprouver aucun regret sauf avant sa mort. Il se présente comme une parodie de la société ce qui signifie que la société en elle-même est immorale. Rorschach se rend compte que le Comédien avait tout compris à propos de la société et que le seul moyen qu’il avait trouvé pour se distraire était d’en faire partie intégrante et de devenir une farce. Ce sont d’ailleurs les derniers mots qu’il prononce : « c’est une farce ».

 

La morale est un ensemble de principes de jugement, de règles de conduite relatives au bien et au mal, de devoirs, de valeurs, parfois érigés en doctrine, qu'une société se donne et qui s'imposent autant à la conscience individuelle qu'à la conscience collective. Ces principes varient selon la culture, les croyances, les conditions de vie et les besoins de la société. Ils ont souvent pour origine ce qui est positif pour la survie de l'ethnie, du peuple, de la société. Si de tels principes sont en outre positifs pour l'ensemble des ethnies, des peuples ou des sociétés de la Terre, on peut les considérer comme faisant partie de la morale universelle.

 

18/19. Quel est le lien entre Les chemins de la liberté et cette formule : « chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons encore chaque membre comme partie indivisible du tout. » ? Précisez le rapport entre le film et la citation de Sartre : « Chaque homme doit inventer son chemin ».

Le film montre un groupe hétérogène qui essaie de se former dans le seul but de tenter l'impossible c'est-à-dire l'évasion. Ce projet réussit et ce groupe devient progressivement une véritable micro-société. En effet, ces hommes en fuite vivent en totale autarcie, ils se procurent eux-mêmes toute la nourriture dont ils ont besoin. Conscients de leurs faiblesses, les évadés du goulag vont dans le sens du Contrat social de Rousseau et décident de tout mettre en commun.

 

Chez Sartre, au sens moral, la liberté suppose la responsabilité de ses actes et la possibilité de choisir entre le bien et le mal. Le libre-arbitre est alors mis en avant. Les évadés ont le choix entre rester dans le camp et mourir ou de partir et de vivre. Ils savent que s’évader ne va pas être facile et qu’après ils peuvent mourir à causes des conditions climatiques et autres. Mais pour eux ils mourront en homme libre. Ils sont donc responsables de leur évasion et des conséquences que cela pourra entraîner.

 

 

20/21. Quels sont les deux Eros évoqués par Pausanias dans le Banquet de Platon ? Quel rôle jouent-ils dans Vanilla sky (justifiez le tire de l’œuvre) ?

Pausanias distingue l’éros vulgaire de l’éros céleste : L'Éros vulgaire aime l'aventure : il aime les femmes comme les garçons, les corps. Il recherche des partenaires peu intelligents, car seul son but lui importe. Il fait l'amour au hasard, sans se demander si son action est bonne.

L'Éros vulgaire c'est l'amour physique et superficiel en opposition à l'Aphrodite céleste qui est l'amour des âmes, l'amour pur. Cette éros est indubitablement incarné par Julie, et s’oppose à celui incarné par Sofia qui est la seule femme qui peut procurer à David un réel bien-être. Cette ataraxie nous prouve que le bonheur est avant tout ce qui touche à l’éternité. « Tu es morte et je suis congelé, mais je t’aime » : cette citation met en exergue la seule chose qui peut être éternelle c’est-à-dire ce qui est du domaine du transcendant, du spirituel. David Eames qui voulait être éternel se rend compte que seuls ses sentiments peuvent l’être et ainsi contribuer au bonheur.

 

Le ciel du monde dans lequel David "vit" (enfin rêve ...) lui vient des tableaux qu'il a vus avant son accident ; dans le lot, il y a un tableau de Monet qui appartenait à sa mère et qui porte ce titre, « ciel vanillé ». Et Sofia et David ont passé une soirée ensemble à discuter de peinture, du fameux tableau de Monet et de son ciel couleur vanille…

 

22/23. Définissez ce qu’est la politique et établissez le lien avec A armes égales. En donnant un exemple du film, montrez pourquoi un fait est un fait et non pas un événement.

La politique (du grec polis) est l’ensemble de ce qui concerne l’organisation de la vie en collectivité des hommes. En tant qu’activité, la politique est l’art de gouverner. Cependant, la politique est censée être désintéressée ou du moins dans l’intérêt du peuple. Ainsi, le pouvoir est-il ici pour le bien de la liberté des femmes ou pour asseoir son pouvoir personnel. A fortiori, le film nous démontre que les intérêts du sénateur passent avant la carrière d O’Neil. Nous voyons bien que les apparences sont trompeuses et que sous couvert de bienveillance, la politique ici ne vise que son pouvoir personnel. Cependant la fin du film semble nous montrer que la justice finit par triompher.

Une même réalité peut être un fait ou un évènement, cela dépend du degré de généralité sur lequel on veut se baser : le fait relève du savoir - dans le film l’instructeur dit que c’est un fait que 60% des stagiaires ne vont pas réussir, il sait que cela se passe ainsi à chaque fois. L’évènement en est la subversion – le discrédit ou renversement. Par exemple, les gros poissons mangent les petits est un fait. Si on dit : le petit poisson a mangé le gros, cela devient un évènement.

 

24. En quoi la rébellion de Katsumoto a-t-elle une dimension morale dans Le dernier samouraï ? Précisez le lien avec Kant.

Samouraï veut dire «Servir ». Le Samouraï sert une cause, une autorité ou des valeurs qui doivent perdurer. Il agit par devoir et c’est pour cela que sa fidélité est absolue. Kant définit le devoir comme la nécessité d’accomplir une action par respect de la loi. Il ne suffit pas qu’une action soit conforme au devoir pour être morale et donc pour que le devoir soit accompli. Il lui faut être accomplie, par devoir. Concrètement, le devoir doit être accompli de manière totalement désintéressée. Le devoir ne doit pas être accompli car nos intérêts personnels seront favorisés. « Il faut parce qu’il faut  »  est une bonne illustration de ce propos. Katsumoto se bat pour l’âme du Japon et son sabre est au service de l’empereur. La rébellion de Katsumoto n’a aucune ambition politique, financière, ni aucun désir de gloire ou de pouvoir. Elle n’a pour but que de protéger le Japon, de vouloir son bien et de servir l’empereur. L’être humain est animé par les mobiles de sa sensibilité plus encore que pas les motifs de sa raison mais la moralité serait toujours vaincue si les motifs ne l’emportaient pas sur les mobiles.

 

25. En quoi la toxicomanie de Vitaly, le frère de Yuri dans Lord of war, peut-elle illustrer le précepte de Schopenhauer selon lequel « tout bonheur est négatif » ?

Tout bonheur résout une peine et en apportera toujours finalement une autre. Une peine en remplace donc une autre et ainsi de suite tout au long de la vie. Cela est peut être relativement pessimiste comme vision des choses mais complètement applicable dans la vie avec la toxicomanie de Vitaly, le frère de Yuri, car il s'enferme en quelque sorte inconsciemment dans un cercle vicieux qui résout ses peines momentanément pendant le temps qu'il est drogué pour en ramener d'autres après, même si dans ce cas ce sont les même qui reviennent.

 

26. The Lonely villa révèle-t-il ou non la fin de l'innocence en révélant à chacun la pulsion scopique ? Que cela nous indique-t-il sur la nature du cinéma ?

En jetant le trouble autour de l'infamie du mari sans pour autant donner matière à la confirmer ou à l'infirmer, le réalisateur laisse le spectateur face à son interrogation. Ce qui le pousse à se poser la question, voir à interroger ses compagnons avec qui il a vu le film en question. Le spectateur apparaît dès lors comme un voyeur (scopos désigne en grec la cible visée du regard) : voyant sans être vu, il peut projeter et supposer ce qu'il veut sur ce qu'il voit, fantasmer à loisir, jusqu'à ce qu'il s'identifie parfois complètement aux personnages. D'autant plus que le cinéma est une double fiction, quand on le compare à son prédécesseur le théâtre : le spectateur peut d'autant mieux se projeter qu'il n'y a pas d'acteur (pas de présence physique) devant lui mais une toile et de la lumière.

En renvoyant le spectateur à sa condition (de spectateur précisément), Griffith lui fait comprendre qu'il doit s'interroger sur ce qu'on lui montre, sans même lui laisser le choix.

 

27/28. En lien avec L’enfant sauvage, complétez les cinq conclusions rédigées par le Dr Itard dans son Premier Rapport :

*Dans l’état de nature l’homme….
*C’est la sensibilité de son espèce qui conduit l’homme à…

*Quand cette sensibilité n’est pas actualisée dans la petite enfance, elle s’affaiblit par…

*Le rapport entre les besoins et les idées est constant chez les sauvages comme chez les hommes civilisés, mais leur foisonnement …

 *L’éducation doit donc…

 

Quelle est l’expérience par laquelle Itard s'interroge sur la possession ou non par Victor du sentiment intérieur de la justice ?


 *Dans l’état de nature l’homme est inférieur à l’animal.
  *C’est la sensibilité de son espèce qui conduit l’homme à sa supériorité morale, laquelle est « le résultat de la civilisation ».
 *Quand cette sensibilité n’est pas actualisée dans la petite enfance, elle s’affaiblit par la suite pour devenir presque stérile
 *Le rapport entre les besoins et les idées est constant chez les sauvages comme chez les hommes civilisés, mais leur foisonnement chez ces derniers est un facteur de développement et de progrès de l’esprit et de la société.
 *L’éducation doit donc être corrélée à la médecine et aux sciences.

 

Itard appelle Victor qui le rejoint. D'un geste familier de la main, il lui donne les consignes de l'exercice, devenu habituel pour lui : livre, clef, ces objets symboliques de l'accès réservé à l'humanité. Victor revient avec le livre et la clef, un sourire confiant aux lèvres. Itard joue la colère, jette rageusement les deux objets par terre (geste que l'on a vu faire par Victor durant ses crises de colère), empoigne l'enfant assez violemment par les épaules, le secoue. C'est la tromperie car l’enfant ne s’est pas fourvoyé : le docteur le prétexte pour tester sa réaction.

 

29. Quelle conclusion philosophique peut-on tirer de Seven ?

Ce film nous permet de comprendre que la société est fondée sur les vices et les péchés mais qu’elle nécessite une certaine organisation et que le meurtre n’est pas une solution ; l’idée du bien et du mal ressurgit encore une fois. L’idée du film est qu’il faut nous instruire, lire et apprendre afin de mieux comprendre les travers de la société pour pouvoir mieux la changer pour qu’elle profite à tout le monde.

 

30. Sartre dit de l’amant qu’ «Il veut être aimé par une liberté et réclame que cette liberté comme liberté ne soit plus libre. » Quel rapport avec le Renton de Trainspotting ?

Dans Trainspoting on peut voir toute l’étendue que l’amour à sur nos vies. En effet Renton n’aurait jamais pu partir à Londres s’il n’avait pas rencontré l’amour. C’est cette rencontre qui va le pousser à réfléchir sur sa vie et à réaliser que le monde change contrairement à lui. Sartre dit de l’amant qu’ «Il veut être aimé par une liberté et réclame que cette liberté comme liberté ne soit plus libre. » Cela veut dire que l’amour est une sorte de liberté à laquelle on s’enchaîne pour ne pas que cette liberté s’en aille. Une fois encore Renton prouve cela en partant à Londres ou finalement il retrouve la liberté, loin des chaînes de la drogue. Cette liberté il l’a trouvée en suivant la lumière de l’amour.

 

Publié dans : Critik Philo & Ciné
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