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fredericgrolleau.com


William Gibson, Identification des schémas

Publié le 16 Juillet 2012, 15:00pm

Catégories : #ROMANS

Une fine interrogation quant à ce qui fonde notre représentation du monde.

 

 

William Gibson, qu’on avait lu dans des délires pas toujours convaincants, vieillit mieux que le cyberpunk qu’il a inventé avec quelques autres auteurs SF. Il réalise avec ce titre un retour en force à partir d’une trame qui surprend tant elle semble simple et lisible : l’héroïne, Cayce Pollard, nourrit depuis son âge le plus tendre une phobie pour les marques et les logos, aversion qu’elle a transformée en son métier puisqu’elle est devenue une "chasseuse de cool", une spécialiste du lancement de modes empruntées à la rue et une pro du design publicitaire, que s’arrachent toutes les agences dès qu’il s’agit de tester la qualité d’un futur logo sur l’esprit d’un consommateur moyen.

 

 

Son vrai passe-temps ,toutefois, ce qui donne sens à sa vie dans un monde ultra-marketé, c’est le "Film" : Cayse est accro, comme des milliers de surfeurs, des séquences anonymes que diffuse un mystérieux créateur sur le Web et qui semblent présenter les divers moments d’un Film, envoûtant, et dont nul ne sait s’il est achevé ou encore en train d’être monté. Mais voici que vie publique et vie privé se recoupent puisque le dirigeant de Blue Ant, la grande agence internationale de publicité qui lui offre la plupart de ses contrats, lui demande de trouver l’origine du Film. Acceptera, acceptera pas ?

 

 

Avec des phrases courtes et précises, un mélange de termes techniques issus de la culture des média, des NTIC de nos jours et de la poésie du quotidien, Gibson propose un roman qui ne lorgne que très peu du côté de la science-fiction : l’intrigue se déroule juste après le 11 septembre 2001 et la ligne de force du texte repose pour l’essentiel sur le découpage orchestré par Cayce entre le monde virtuel, alcôve du Film et des forums affiliés, et le "monde-miroir", triste reflet de nostre société mangée par la logique consumériste et la frénésie de l’achat. En opposant ainsi le culte des marques ostensibles (tant pis pour les fans du No Logo) et celui d’une oeuvre digitale venue d’on ne sait où ni pour quoi, Identification des schémas ("Pattern Recognition") ne constitue pas seulement une critique en règle de la publicité envahissante mais une réflexion plus fine, entre humour et intrigue techno-policière, sur ce qui sépare la réalité du phantasme, le rêve du concret.

 

 

Une autre manière, au sein d’un roman aussi noir que contemporain, de traiter la désillusion propre au mouvement cyberpunk, laquelle adopte ici les traits plus souple et mouvants d’une interrogation quant à ce qui fonde notre représentation du monde. Un monde mercantile où l’homme devient de plus en plus absent, remplacé par les icônes qu’il a sécrétées. Et où la dernière lucidité qui vaille revient à savoir identifier, au-delà du réel, les schémas faisant tourner la planète.

   
 

frederic grolleau

 

William Gibson, Identification des schémas (traduction Cédric Perdereau), Au Diable Vauvert, 2004, 476 p. - 23,00 €.

 
     

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