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fredericgrolleau.com


Trainspotting

Publié le 30 Septembre 2011, 13:24pm

Catégories : #Philo & Cinéma

Le film, réalisé en 1995 et présenté un an plus tard au Festival de Cannes a fait du cinéaste britannique un metteur en scène culte, adulé par la nouvelle génération de cinéphiles qui semblaient découvrir ici une oeuvre proprement atypique, audacieuse et impertinente. Plus de dix ans plus tard, le film a perdu de son insolence et de sa verve subversive, notamment après le passage de Darren Aronfsky qui a offert au cinéma un portrait de la drogue bien plus sombre et percutant que le Danny Boyle dans Requiem for a dream. Cependant, Trainspotting appartient aux années 1990 et témoigne à son époque de la santé du cinéma anglais et de ses cinéastes prometteurs (Boyle, Ricthie...). Ce film, qui hésite parfois entre drame social et comédie n’en reste pas moins une oeuvre majeure dans la carrière du cinéaste et dans l’histoire du cinéma anglais. Analyse des premières secondes...

 

trainspot.jpg

 

L’une des plus célèbres tirades du cinéma sert d’introduction au film de Danny Boyle... « Choose life. Choose a job. Choose a family... », une sorte de long monologue récité par Ewan McGregor qui explique que la vie n’est qu’une succession de choix dénués de sens ou de consistance, un enchaînement d’obligations morales qui imposent aux gens de vivre selon des codes de bienséance et de sécurité. Les deux premières minutes du film, qui ont la bonne idée de ne pas illustrer les propos de McGregor, permettent de montrer la fuite en avant des personnages que nous allons suivre dans le métrage. Tout commence par une course pour semer deux agents de police mais c’est avant tout une course effrénée contre l’existence préfabriquée que Danny Boyle nous montre ici. Cette fuite en avant, initiée par Ewan McGregor courant vers nous, comme pour nous emmener avec lui, lance le film sur une profonde volonté de nous mettre face à une communauté nous rapportant nos paradoxes et nos besoins matériels en pleine face. C’est d’ailleurs pour un cambriolage que les deux jeunes junkies se font poursuivre...

Cette course rythmée, filmée parfois en vision subjective, prend la pause lorsque le personnage de Renton manque de se faire écraser par une voiture. Il revient sur le véhicule, se pose sur le capot et nous offre un large sourire farceur, face caméra, explosant les conventions, prenant en aparté le spectateur (par le biais du conducteur). Danny Boyle utilise alors une astuce de mise en scène visant à créer une impression durable du physique des personnages en effectuant un arrêt sur image. Renton en premier. « Choisir la santé » dit-il, au moment où Boyle le filme cigarette au bec, le teint livide, seul dans un appartement dévasté et à deux doigts de chuter.


Puis le cinéaste enchaîne sur une partie de football amateur où l’on rencontre les amis de Renton. Enchaînant les tableaux, traçant un portrait assez pathétique dès les premières secondes de la vie de ses protagonistes, il confronte, en montrant l’équipe de bras cassés contre une équipe plus sûre d’elle, la désinvolture des junkies à notre morale et nos convictions. Il utilise une fois de plus la dimension matérielle, cette fois-ci l’habillement (des fringues pourries en opposition aux ensembles sportifs assortis), pour montrer le décalage entre ces personnages et nous, public. Le discours continue de nous interpeller et commence à nous convaincre de la médiocrité de nos choix qui ne sont qu’une réponse à des peurs et des règles imposées. Le match de foot, qui poursuit l’idée de course, entamée dans les premières secondes, enchaîne alors les plans où nous découvrons la mauvaise foi des junkies et l’absence de règles qu’ils imposent au jeu. Ils enchaînent les coups bas et les tacles, ce qui profite à Boyle qui pratique alors ses arrêts sur image afin de nous présenter le reste de « l’équipe » dans des postures peu flatteuses. Nous ne sommes pas dans une mise en scène clinquante mais plutôt dans une évocation par l’image de l’anarchie qui règne dans l’esprit de ces personnages et pour arriver à les cerner, mettre l’image sur pause est certainement l’unique moyen. Après avoir découvert Sick Boy, Begbie, et Spud, nous pouvons alors jeter un oeil aux femmes qui viennent voir leur match pour simplement insulter leurs partenaires...

Puis nous découvrons Tommy, acculé, dans une posture qui rappelle énormément les contrôles de police et les fouilles corporelles infligées par ces derniers. Puis, finalement, ce coup de ballon ultime, définitif, qui vient littéralement assomer Renton en le frappant de plein fouet sur le front... Un choc violent qui le met KO, comme la drogue qu’il fume peut le faire sombrer dans une autre dimension. On comprend alors que s’il essaye de vivre comme bon lui semble, entre petits vols et matchs de foot entre potes, une seule activité semble dicter son comportement : la consommation de drogue. Il vole pour avoir de l’argent et se payer son matos et lorsqu’il fait du sport, le moindre choc le ramène à ses trips... Il prefère oublier ce semblant de vie, ou cette vie qu’il n’a pas, en se droguant. Sa chute, construite en montage alterné où l’on peut le voir tomber sur le terrain de foot et sur son plancher, possède un impact fort puisqu’elle clôt ses premières secondes sur une dure réalité, celle de la dépendance et de l’état physique qu’engendrent les drogues. Cette chute, au ralenti, se termine sur Renton expirant la fumée de son joint, expirant la vie pour mieux l’évacuer de son existnce. Il le dit lui-même, pourquoi choisir la vie quand on a l’héroïne ? Son corps, inerte, comme une dépouille, filmé de près par Danny Boyle ressemble à un cadavre. Renton ne réfléchit pas, il ne choisit pas, il a décidé de ne pas vivre et de s’en aller ailleurs, là où nous ne pouvons nous rendre sans goûter à son joint. Alors la caméra s’éloigne, comme pour signifier que cette chute n’appartient qu’à lui et que la distance nous permettra de mieux l’appréhender. Tout le film se concentrera alors sur cette idée de nous montrer une descente aux enfers de la façon la plus objective possible, quitte parfois à nous plonger dans les trips incroyables de ses personnages, océans minés où les trésors ne sont que des miroirs aux alouettes.

source :
http://www.excessif.com/cinema/actu-cinema/dossiers/trainspotting-scan-sequence-4972530-760.html

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Trainspotting
L'histoire : Les aventures tragi-comiques de Mark Renton, junkie d'Edimbourg, qui va tenter de se séparer de sa bande de copains, losers, menteurs, psychopathes et[…]

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Trainspotting,                     film brittanique de Danny Boyle, d'après le roman de Irvine Welsh, 1997
    Ce deuxième film de Danny Boyle situe son action dans l'univers sans avenir de la banlieue d'Edimbourg des années 1980. Marc Renton (Ewan Mc Gregor) et sa bande de copains, héroïnomanes pour la plupart, tentent de sauver leur part d'humanité au coeur d'une société et d'un monde hostiles, décadents.
    Ce qui est frappant dans ce film, c'est l'ambiance. Glauque, parfois même insupportable, on y rit pourtant de tout, Danny Boyle nous rend sarcastiques... Ainsi la déchéance physique, la violence ou même la mort peuvent prendre un caractère risible. Cette ambiance ne témoigne-t-elle pas justement du non-sens, de la perte de sacré et de respect qui entrainent ces jeunes sans avenir jusqu'au bout du pire ?
    De quoi parle réellement Trainspotting ? De la drogue ? Ou plutôt de ce que révèle la drogue : l'incapacité finalement à s'en sortir, à faire sa place sans écraser ou tout au moins ignorer les autres ? La perte tout simplement des valeurs d'amitié et de solidarité véritables, la nature humaine dans ce qu'elle a de pire, lorsque tombent les masques.
    Ce qui donne à ce film cette ambiance insoutenable, finalement, est-ce vraiment les scènes tragiques, les crises de manque... ? Est-ce qu'il n'est pas plus insoutenable encore de voir ces amis, ceux-là même qui ont l'air de tout partager; les pires galères, la vie au squat, les bons moments aussi, se révéler finalement sous leur vraie nature, et révéler en même temps notre nature à tous ? L'égoïsme, l'incapacité de se mettre à la place de l'autre, celui qui est en prison, l'incapacité de réconforter celui qui va mourir du sida, le faux jeu du deuil qu'on oublie vite pour reprendre ses affaires... Et peu à peu on se rend compte que pour survivre dans cette société il faut accepter d'être seul... L'autre, l'ami, ne compte plus, pour se projeter en avant dans cette société, pour «choisir la vie», Renton devra aller jusqu'à la trahison...
    «Choisir la vie», c'est donc choisir la solitude, l'égoïsme, le refus du partage et de la solidarité ? Voilà peut-être ce que nous dit Trainspotting et qui nous met si mal à l'aise : la vie, c'est ça.


source :
http://rienafoutre.over-blog.net/article-10954163.html#

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