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fredericgrolleau.com


The Hunger Games (exposé)

Publié le 23 Mai 2013, 08:31am

Catégories : #Philo & Cinéma

 Exposé : The Hunger Games par Sarah Bouzenna, Saint-Cyr,  301L, 2012-2013

 

Adapté du premier tome d'une trilogie à succès de l'américaine Suzanne Collins, Hunger games triomphe dans le monde entier.

            Chaque année à Panem, une nation autoritaire et totalitaire dirigé par Le Capitole (les riches) , des jeux d'un genre macabre sont organisés : les Hunger Games voient chacun des douze districts de la nation envoyer une fille et un garçon âgés de douze à dix-huit ans dans un combat à mort dont un(e) seul(e) seulement sortira vivant(e). Les jeux sont donc utilisés comme moyen de pression sur la population.  La pénitence qu'est le sacrifice annuel des enfants aux Hunger games est l'occasion de rappeler le pêché irréparable qu'avait commis le treizième district en osant la rébellion. Le peuple de Panem sera lui le débiteur éternel de son gouvernement. Ce film qui sort de l'ordinaire, ouvre des perspectives de réflexion sur notre monde dans la tradition des dystopies classiques comme 1984 de Georges Orwell. Une dystopie est une contre utopie qui décrit un monde totalitaire ou en tout cas cauchemardesque. En général, la dystopie met en valeur l'individu contre la masse, elle valorise le héros solitaire contre l'abrutissement collectiviste. C 'est le cas de Katniss, l'héroine du film.

 

En quoi le film The Hunger Games montre-t-il la difficulté de l’homme à être libre et à faire preuve de morale dans une société dictatoriale ?

 

 

 

 

I-                  Un  Etat dictatorial signifie-t-il une absence de morale ?

 

            Les jeux de la faim s'érigent donc comme une démonstration de force qui plonge le peuple dans la terreur. Mais la perspective d'une année de prospérité pour le district gagnant maintient également un minimum d'espoir chez les citoyens. Du pain et des jeux lancés à la foule : panem et circenses selon l'expression latine, à laquelle le roman de Suzanne Collins emprunte le nom de sa contre-utopie. Le jeu d'une brutalité sans pareille (adoucie dans le film par rapport aux descriptions du roman) plonge le peuple de Panem dans un perfide état d'hypnose. Une léthargie qui empêche tout soulèvement contre le joug tentaculaire des dirigeants. Cette paralysie collective obtenue par le gouvernement offre une illustration du concept d'Art de l'Etat de Machiavel : comment assurer, maintenir et perpétuer le pouvoir.  Dans son œuvre Le Prince Machiavel donne sa vision de l’Etat. La politique se caractérise par le mouvement, par le conflit et des ruptures violentes. Afin de prendre, conserver puis stabiliser son pouvoir dans un État, le Prince doit faire preuve de virtù, pour s'adapter au mieux aux aléas de la fortuna. En effet, la politique est l’art de bien gérer la cité mais aussi celui d'apprendre à se maintenir au pouvoir dans une situation ouverte à tous les retournements. Cet état se traduit dans les notions machiavéliennes de fortuna et de virtù.

 

           La fortuna est une force non humaine, la chance, bonne ou mauvaise, qui intervient dans les affaires humaines. La virtù (traduit abusivement par « vertu »), principale qualité du prince, renvoie à une disposition humaine de réaction, ou de non réaction, face à l'évènement. S'exerçant dans et à travers la fortuna, la virtù est au cœur de l'art du prince. Les thèmes de la fortuna et de la virtù sont développés dans Le Prince de Nicolas Machiavel (écrit en 1513, publié en 1532).

La Fortuna est une nécessité extérieure à laquelle il faut généralement répondre dans l'urgence. Cela illustre la part d'imprévisible avec laquelle les acteurs politiques doivent composer. C'est pourquoi l'action politique ne saurait se ramener uniquement à l'imposition d'une volonté, même la plus déterminée ; les intentions ne suffisent pas et la réussite de l'action politique suppose donc quelque chose de plus que la volonté. La fortuna dicte sa loi à ceux qui abdiquent devant elle et ne lui opposent rien : « Là où défaille la virtù des hommes, la fortuna porte ses coups les plus efficaces ». « Je juge qu'il peut être vrai que la fortuna soit l'arbitre de la moitié de nos actions, mais aussi que l'autre moitié, ou à peu près, elle nous la laisse gouverner ». Dans son œuvre Les Capitoli, Machiavel utilise une longue prosopopée pour définir la fortuna : « Je suis l’occasion, je ramène devant moi tous mes cheveux flottants et je dévoile sous eux ma gorge et mon visage pour que les hommes ne me reconnaissent pas. Derrière ma tête, pas un cheveu ne flotte, et celui devant lequel je ne serais pas passée se fatiguerait en vain pour me rattraper ».

 

            La virtù (du latin virtus le courage) est l'autre versant de la pensée de l'action politique de Machiavel. Elle doit avant tout être comprise comme la capacité d'imposer sa volonté à la fortuna. C'est le cas de Katniss qui se retrouve seule contre tous. Elle joue avec le pouvoir. Pour cela elle refuse de s'accorder avec les choix du pouvoir, qui sont ici de faire tuer des gens pour le simple divertissement du Capitole. Aussi, la virtù des acteurs politiques ne renvoie pas directement à leur caractère vertueux mais plutôt à leur vaillance, à la qualité avec laquelle ils abordent la fortuna et essayent de la maîtriser. C'est la souplesse plus que la rigidité que Machiavel entend défendre ; la virtù implique que les acteurs politiques sachent avant tout s'adapter aux circonstances. Ainsi Machiavel recommande une conduite pragmatique de l'action politique ; une conduite qui sache adapter l'action politique à la contingence des circonstances. L’analogie du fleuve déchaîné et des digues explique que la fortuna « montre surtout son pouvoir là où aucune résistance n’était préparée » (cf. Le Prince, chap. XXV). La fortuna sans virtù est à l’image de la nature non maîtrisée (cf. Discours sur la première décade de Tite-Live, III, 12). Le rôle de la virtù est donc de prévoir les catastrophes, de les prévenir. De plus, Katniss fait preuve de vertu lorsqu'elle choisit de remplacer sa sœur qui avait normalement été tirée au sort.

 

            Le divertissement populaire véhicule souvent une éthique douteuse – a priori découragée par la société et certaines loi morales – en la faisant paraître bonne et acceptable. The Hunger Games ne semble être qu'un exemple de ce principe. Une éthique de survie impliquant le meurtre d'enfants est justifiée par la sympathie qu'inspirent la protagoniste et la '' grande cause '' derrière l'histoire.

 

II- Les Hunger Games révèlent un certain fatalisme et une perte de liberté.

 

            Au sein du jeu cette fois, les personnages sont plongés dans un milieu où les principes de la morale s'effondrent. La règle est de tuer ou de se faire tuer : chacun doit choisir son camp. L'héroïne Katniss Everdeen est celle qui refuse cette fatalité, tout en voulant survivre à tout prix. Le film fait alors émerger une morale de situation, de l'existence, de l'ambiguité. Katniss réussit à éviter l'écueil de l'exclusion de la raison et de l'action que suppose le fatalisme.( Le fatalisme (mot formé à partir du latin fatum : le « destin ») est une doctrine selon laquelle le monde dans son ensemble, et l'existence humaine en particulier, suivent une marche inéluctable (fatalité), où le cours des événements échappe à la volonté humaine. De ce point de vue, le destin serait fixé d’avance par une puissance supérieure aux êtres humains, qui peut être Dieu, ou bien la nécessité naturelle, ou encore les lois gouvernant l’histoire.

 

            Du point de vue moral, le fatalisme est un déterminisme ou un prédéterminisme, selon lequel les causes du cours des événements sont indépendantes de la volonté humaine, ce qui revient à nier à première vue la liberté de choix de l’homme. Dans un sens affaibli, le fatalisme peut désigner une attitude ponctuelle, à savoir le défaitisme ou le pessimisme de celui qui, se sentant voué à l'échec, laisse le destin suivre son cours et abandonne le combat, ou quitte une situation délicate en baissant les bras.)   L'ordre éthique passe ainsi d'un impératif inconditionnel, de type kantien,( L'impératif catégorique s'inscrit dans la critique de la conception antique de l'Homme : la fin de celui-ci n'est plus d'être heureux, mais d'être moral ; le bonheur n'étant selon Kant qu'une conception empirique et irrationnelle.

            Selon Kant l'action morale doit être jugée non pas en fonction de son résultat mais selon ses motivations ; si la volonté qui la commande est bonne, l'action est moralement juste. L'impératif catégorique de Kant consiste en l'accomplissement du devoir, c'est-à-dire que l'action juste est inexorablement gratuite et désintéressée.

            L'acte gratuit est selon Kant possible du fait même de la liberté humaine. En effet, bien que la doxa pense que la morale s'oppose à la liberté, selon Kant la moralité consiste à s'affranchir des instincts égoïstes pour agir raisonnablement, i.e. être libre.

            Le devoir n'a pas de contenu fixe mais seulement une forme : il est universalisable. Ce qui est juste pour l'un doit être juste pour tous.

            L'action conforme au devoir dans les faits n'est pas nécessairement moralement juste : par exemple, respecter la loi par peur du châtiment est conforme au devoir, mais immoral car intéressé.

            Les autres participants sont donc immorales car ils veulent des sponsors et ils sont prêts à s’entre-tuer pour ne pas mourir.

 

III- Le rappel du mythe de Thésée.

 

            Pour abattre son Minotaure à elle, notre Thésée féminine devra jouer du paraître, sans se trahir pour autant. A certains moments, la facette exhibitionniste inhérente au jeu nous laisse dans l'incertitude (est-elle dans la représentation ou bien dans un élan de sincérité ?). Soumise à la distorsion des facteurs d'un environnement totalitaire, Katniss use de son libre-arbitre pour choisir le chemin qu'elle empruntera. Enchevêtrée dans ce carcan répressif, elle incarne la liberté (au sens de Saint-Thomas d'Aquin) contre la conjoncture.  Compte tenu de la situation, ses choix paraîtront parfois équivoques, ce qui permet de contourner avec intelligence le manichéisme (L'adjectif manichéen renvoie à la religion antique du manichéisme. L'acception contemporaine, au sens figuré et littéraire, correspond à une simplification des rapports du monde, ramenés à une simple opposition du bien et du mal.

            L'opposition fondatrice de la morale occidentale se ramène au conflit opposant Satan à Dieu. Être « méchant » du point de vue de Dieu peut être considéré comme quiconque s'oppose à lui, sans le servir, ou en rejetant son autorité universelle (légitime - autorité établie), par exemple, lors de la promulgation des dix premiers commandements.

            Il s'agit donc d'un stéréotype de définition du Monde lié à une pensée religieuse, non rationaliste)  qui frappe ce type de productions. Hunger games nous offre le parcours initiatique plein de rebondissements d'un personnage plus complexe qu'il n'y paraît.

 

Minotaure : Le Minotaure, qui s'appelait Astérios, était un homme à tête de taureau que Pasiphaé, épouse de Minos le roi de Crète, avait engendré du taureau blanc de Crète. Il était enfermé dans le Labyrinthe construit par Dédale et il recevait régulièrement 14 athéniens comme tribut

Minos avait reçu en présent un magnifique taureau blanc de la part de Poséidon mais il négligea sa promesse de le sacrifier à Poséidon, aussi ce dernier inspira-t-il une passion coupable et contre-nature à Pasiphaé.

Aidée par l’architecte Dédale, qui lui fabriqua une vache de bois, Pasiphaé céda à cet amour incontrôlable et donna naissance à un monstre mi homme mi taureau.

Pour cacher cette honteuse progéniture, Minos demanda à l'ingénieux Dédale de construire un palais dont l'agencement des pièces et des couloirs serait si compliqué qu'il serait impossible d'en sortir. C'est ainsi que le Labyrinthe fut construit.

De plus le Minotaure se nourrissait de chair humaine

MinotaureAprès l’assassinat de son fils Androgée, Minos, qui avait remporté la victoire sur les Athéniens demanda un tribut de guerre qui consistait à livrer toutes les fins de Grande Année (tous les neuf ans) ou tous les ans selon les auteurs, sept jeunes hommes et sept jeunes filles destinés à servir de pâture au monstre ou à mourir de faim et de soif dans le dédale des couloirs.

Peu après l'arrivée à Athènes de Thésée, le tribut vint à échéance pour la troisième fois et Thésée compatit si profondément à la douleur des parents, dont les enfants étaient susceptibles d'être tirés au sort, qu'il s'offrit volontairement comme l'une des victimes en dépit de la pressante insistance d'Egée, son père, pour le dissuader.

Après quelques péripéties (voir histoire plus complète) lors de la traversée, Thésée débarqua en Crète et sut s'attirer l'amour d'Ariane, la fille de Minos et de Pasiphaé.

Ariane et le Minotaure d'après B. Vallejo Contre la promesse d'un mariage, Ariane trahie son pays et son demi-frère. Après avoir pris des informations auprès de Dédale, elle fournit à Thésée une pelote de fil qu'il devrait dévider en entrant dans le labyrinthe et rembobiner après avoir tué le monstre.

Après avoir tué le Minotaure endormi, il n'eut qu'à suivre le fil que lui avait confié Ariane jusqu'à la sortie sans se perdre dans le labyrinthee puis il délivra les jeunes gens et les jeunes filles.

Il saborda la flotte crétoise et s'embarqua avec Ariane qu'il devait "oublier" sur les rivages de Naxos.

 

 

Liberté au sens de st thomas d’aquin : Est dit libre un être qui est principe de ses actes. Le problème de la liberté est explicitement mêlé à la question de l'acte volontaire et de la morale. C'est le jugement, dans l'acte de délibération, qui permet de déterminer si un objet est bon ou non, adapté à la situation, au sujet, etc., mais ce jugement est entièrement libre, absolument rien ne s'oppose à lui. Il s'agit bien sûr du jugement rationnel, et non du jugement instinctif, qui lui est déterminé par la sensibilité. En effet, les passions et toutes les inclinations de la sensibilité ne déterminent pas totalement la volonté à aller dans un sens plutôt qu'un autre, puisqu'elles sont soumises à la raison :

Une fois que l'intelligence a choisi ce qu'elle veut faire, c'est la volonté qui prend le relais et qui est l'efficience de l'acte libre, car elle mène l'intention à sa fin. Et la volonté est dite libre parce qu'elle est libre de contrainte et de nécessité (libertas a necessitate) ;

 Libre de contrainte car elle ne subit pas par nature de violence qui la font dévier de son inclination, et libre de nécessité sans quoi elle ne pourrait pas être louée ou blâmée : « L’homme est libre ; sans quoi conseils, exhortations, préceptes, interdictions, récompenses et châtiments seraient vains »

Le libre arbitre se situe dans le choix et la délibération de l'intelligence. Ainsi l'acte dépend de ce choix que permet la liberté

Thomas d'Aquin fait primer la sécurité de la foi collective sur la liberté de l'individu, ce qui le conduit à exiger la peine de mort pour le relaps

 

Conclusion :  On voit ici que Katniss bien qu'elle paraisse libre d'aller aux Hunger Games ( c'est elle qui a voulu y aller a la place de sa sœur), le fait pour la morale, car si elle n'y va pas elle se sentirait coupable. Elle choisit de se battre. Malgré la trahison qu'elle a de son partenaire elle l'aide quand elle le peut. Elle se distingue alors par son courage et sa détermination à survivre sans enfreindre ses convictions. On voit pourtant que les régimes totalitaires contrôlent tout quand les pouvoirs aident ou n'aident pas certains concurrents. Donc on ne peut être libre dans un régime totalitaire mais on peut faire preuve de morale .

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