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fredericgrolleau.com


The Celluloïd Closet

Publié le 15 Juillet 2012, 17:35pm

Catégories : #DVD

La richesse de The Celluloïd Closet réside principalement dans ses documents rares : photographies - extraits de plus de 120 films, de Ben Hur à Philadelphia, présentés et commentés par les plus grandes stars du cinéma américain...

 

 

Le sujet

Inspiré par le premier ouvrage de Vito Russo (Homosexuality in the Movies tiré de son oeuvre The Celluloid Closet, 1981), ce documentaire dévoile un thème tabou du cinéma hollywoodien jusqu’à la fin des années 60 : l’homosexualité. Pendant longtemps - jusqu’aux années seventies de libération sexuelle - aborder de front un tel sujet était chose impossible pour Hollywood, qui préféra donc soit refuser soit caricaturer au possible, quand il ne les moquait pas, les homosexuels, hommes ou femmes. Ce dont témoignent ici Tom Hanks, Whoopi Goldberg, Shirley McLaine, Cary Grant ou Tony Curtis par exemple...

 

 

Astuces et subterfuges ou l’art de queerer le cinéma

 

La richesse de The Celluloïd Closet (qui porte le juste sous-titre Les homosexuels (re)vus par Hollywood) réside principalement dans ses documents rares (extraits de films, photographies) - plus de 120 films, de Ben Hur à Philadelphia, sont présentés et commentés par les plus grandes stars du cinéma américain - et dans la liberté de ton donnée à quelques acteurs célèbres, revenant ici - non sans humour - sur les astuces utilisées par les réalisateurs d’une époque moins libérée et libérale afin de transmettre leur " message " avec discrétion (voir la scène d’amour d’une affligeante platitude entre Catherine Deneuve et Susan Sarandon dans Les Prédateurs d’un Tony Scott bien en mal d’illustrer le saphisme, le subterfuge du scénariste de Ben Hur, Gore Vidal, et de son réalisateur, William Wyler, ne révélant pas à Charlton Heston les troubles sentiments de Messala envers son personnage ou encore une scène coupée de Spartacus entre Laurence Olivier et Tony Curtis et portant sur le statut des " escargots "...)

 

 

A noter d’ailleurs que le documentaire révèle toute sa puissance, analytique et sociologique, lorsqu’il aborde non pas tant les films gay ostensibles, que les classiques où affleure, bien mise en lumière par des commentaires appuyés à dessein, une sensualité irreprésentable aux yeux de l’Amérique bien-pensante. Car l’homosexualité, quoi qu’on en dise, s’affirme présente dans des films qui ne sont pas censés l’aborder (et qu’il est, partant, intéressant d’aborder sous cet angle !) et atteste d’une réelle évolution dans l’art de figurer ce thème ô combien dérangeant pour beaucoup, lequel n’a cessé d’évoluer dans le temps (de la représentation comique de la "tapette" des années 40, du travesti burlesque récurrent dans le cinéma US, de la perversion des gays et lesbiennes des années 70 jusqu’au récent coming out mis à toutes les sauces. Autant de bouleversements socioculturels accompagnés par le cinéma et dont l’histoire se trouve retracée ici.

 

 

 

 

Quand le ridicule devient fédérateur

 

Se dessine ainsi au travers de 100 ans de cinéma une visite toute pédagogique des extraits "coupables" (plan fugitif ou dialogue ambigu) d’œuvres ayant contribué à déjouer les pièges de la censure hollywoodienne, soit l’ordonnance de la MPAA (Motion Picture Association of America), à l’origine du code Hays censément garant des bonnes moeurs pour parler de l’homosexualité. A voir que la mort était la seule fin possible pour un personnage homosexuel avant les années soixante-dix, on se dit que le cinéma et les us et coutumes contemporains ont bien évolué pour être en mesure de présenter au public des films explicites, jouissifs et drolatiques tel que Priscilla folle du désert, où les folles sortent enfin de leur cage pour poser un mode vie alternatif à la morosité ambiante. Ressort de ce regard singulier porté sur l’homosexualité à l’écran par Rob Epstein et Jeffrey Friedman la vacuité d’un interdit que pléthore de réalisateurs surent déjouer, en n’évitant pas parfois le ridicule.

 

Encore ce " ridicule "-ci tuait-il moins, symboliquement parlant, que la marginalisation et la ghettoïsation de la communauté homosexuelle (orchestrées par le puritanisme d’alors) qu’il importait d’in-corporer, toujours et encore, dans la société. On peut regretter en ce sens que le cinéma européen ne soit pas convoqué dans ce documentaire de choc, qui aurait pu étayer dans sa diversité culturelle le propos des réalisateurs.

 

 

 

 

Du point de vue technique, la moitié du programme est en noir et blanc, avec quelques vieilles séquences, ce qui implique une qualité de rendu variable. Mais dans l’ensemble, les couleurs passées et la définition à gros grain ne nuisent pas à la lisibilité des images. Les VO et VF qui sont proposées en Dolby Digital 2.0 proposent des voix originales qui ne sont pas toujours d’une grande clarté, ce qui n’empêche dans tous les cas la voix du commentaire de s’imposer avec un timbre parfait - surtout dans la VF d’ailleurs - , ce qui est l’essentiel.

 

 

 

 

Du côté des bonus

 

Outre le livret, instructif, de Florence Tamagne qui accompagne ce titre, les scènes coupées offrent des extraits d’interviews des principaux intervenants du programme principal ainsi que d’autres professionnels du cinéma américain. Ces propos qui se terminent par une conception optimiste de l’avenir de l’homosexualité sont souvent tout aussi intéressants, sinon plus, que ceux retenus dans le montage final, et l’on se demande sur quels critères le choix a pu être établi. Toujours est-il que, très nombreux, ils méritent absolument d’être regardés à parité égale avec ceux qui précèdent.

 

 

   
 

frederic grolleau

The Celluloïd Closet
Réalisateur : Robert Epstein, Jeffrey Friedman Avec : Tom Hanks, Harvey Fierstein, Susan Sarandon, Lily Tomlin, Gore Vidal, Jan Oxenberg Musique : Carter Burwell Durée : 102’

o Date de parution : 25 novembre 2003 o Éditeur : G.C.T.H.V. Présentation : Snap Case

Format image : Full Screen (Standard) - 1.33:1

Langues et formats sonores : Anglais (Dolby Digital 2.0) Sous-titres : Français Anglais Spatialisation Dynamique Effets surround Français Spatialisation Dynamique Effets surround

Bonus : o Les scènes coupées au montage o Le livret de 16 pages avec photos rédigé par Florence Tamagne, auteur de "Mauvais Genre ?", une histoire des représentations de l’homosexualité (2001).

Sorti dans les salles en 1995, ce film de Rob Epstein et Jeffrey Friedman a obtenu le prix de la liberté d’expression au Festival du Film de Sundance ainsi que l’ Emmy Award du meilleur réalisateur (1995).

 

 
     

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