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fredericgrolleau.com


Olivier Rouvière, Les Arts florissants de William Christie

Publié le 16 Juillet 2012, 17:38pm

Catégories : #ESSAIS

Le plus beau des écrins pour cet hommage de mélomane au sieur Christie et à ses Arts Florissants.

 

Barocco Bill

 

Il est des ouvrages dont il suffit de lire le titre et de mesurer la thématique pour savoir d’emblée qu’ils sont (et seront) indispensables. Cette enquête, pragmatique et sans fioritures, du collaborateur de Diapason, Oliver Rouvière, en fait partie. Non pas tant parce que, ce qui serait déjà bienvenu, l’auteur fait ici le récapitulatif des vingt-cinq ans au cours desquels le groupe des Arts Florissants et ses instruments anciens a atteint le premier rang des ensembles français consacrés à la musique ancienne (devenant au passage un des groupes baroques les plus demandés à l’international) mais parce que le propos consiste à articuler et asseoir l’incroyable essor des Arts Flo, comme on les appelle, sur la gestion singulière - "à l’américaine" - de l’ensemble baroqueux.

 

Ainsi, si les trois parties de cet état des lieux (la genèse du groupe musical, les grands moments de l’ensemble emmené avec brio par William Christie, alias Bill, et l’analyse critique des mises en scène, des chorégraphies, des choix dans le répertoire baroque) se lisent avec grand intérêt, c’est surtout la deuxième qui est novatrice et qui mérite qu’on s’y arrête. Rouvière y évoque avec maint détail non seulement les événements musicaux marquants mais aussi la spécificité fort concrète du financement (mécénat, sponsors ou subventions) des Arts Flo - sans compter, comme de juste, le succès paradoxal de son chef Christie.
Où l’on apprend que c’est précisément la constitution même de la musique baroque - et l’ " interprétation " qu’elle suppose - qui appelle des groupes de musique fondés non sur la permanence et la stabilité mais l’intermittence, seul régime artistique conciliable avec les multiples répétitions et heures de travail personnel (à quoi s’ajoutent souvent de longs déplacements), soit avec des effectifs et musiciens différents selon le répertoire joué - un " répertoire " oublié que Les Arts Flo, fondés en 1979, n’ont pas peu contribué à exhumer (constituant une bibliothèque de partitions la plus imposante d’Europe et développant en 2002 sous l’égide de Christie avec " Le jardin des Voix " un concours destiné à professionnaliser les meilleurs jeunes chanteurs tous pays confondus.)

 

Ceux qui ne connaissent pas le parcours de Bill, débarqué de ses Etats-Unis pour porter à son incandescence européenne son amour de la musique baroque trouveront ici de quoi repaître leur appétit et découvriront comment le natif de Buffalo, qui aime entourer d’un rien de mythologie son existence, a pu créer un modeste ensemble vocal - qui deviendra Les Arts florissants, empruntant son nom à une des pastorales de Rameau - appelé à régner en maître incontesté sur la musique ancienne mondiale. Fer de lance d’un mouvement où l’on compte désormais d’autres ensembles de référence tels les Musiciens du Louvre de Marc Minkovski, A Sei Voci, la Chapelle Royale de Philippe Herreweghe, les Talens lyriques, la Grande Ecurie et la Chambre de Malgoire, le Concert d’Astrée, les Baladins, l’Ensemble baroque de Nice (liste non exhaustive), les Arts Flo ont tenu haut la main ce pari de favoriser la formation et l’insertion professionnelle de jeunes artistes tout en diffusant les œuvres de l’âge baroque (de musiciens méconnus ou de compositions négligées) vers un large public.
Un succès dont on apprend dans ces pages qu’il fut lancé à partir d’une oeuvre de Marc-Antoine Charpentier dirigée par Christie et choisie par le président Mitterand en 1982 pour réunir les pays industrialisés autour de R. Reagan, puis en honneur du président Gorbatchev en 1985, premier pas vers le succès consacré par les représentations de l’Atys de Lully en 1986 à l’Opéra-Comique élégamment servi par la mise en scène de Jean-Marie Villégier...

 

Si chacun souhaite comprendre un tant soit peu la trajectoire de Bill (cet Américain fan de la vieille musique du Vieux Continent né en 1944 à New York puis naturalisé français en 1995, devenu châtelain de sa demeure Renaissance à Thiré en Vendée, amateur hors pair des jardins à la française et cuisinier renommé) ainsi que le fonctionnement de la pépinière des Arts Flo (qui vient de fêter ses vingt-cinq ans), structure ayant accouché d’autres mouvements de musique baroque et d’autres chefs charismatiques, soit les premiers instrumentistes et chanteurs et plus anciens collaborateurs des Arts Florissants - Sandrine Piau, Jean-Paul Fouchécourt, Véronique Gens... - repérés (et pour cause) par le claveciniste et chef d’orchestre Christie à ses débuts, il n’est que de lire cet opus d’Olivier Rouvière.

 

D’autant plus que cette enquête qui se clôt par une discographie des quelque soixante-dix albums enregistrés et par des fiches pour chaque spectacle produit, est mise en forme sur un beau papier glacé par les éditions Gallimard, dans un livre de proportions modestes (195 x 255 mm) mais aux magnifiques illustrations, dont certaines sont fondues en trois-quarts de pages avec le texte grâce à un savant jeu de couleurs, composant ainsi le plus beau des écrins pour cet hommage de mélomane au sieur Christie et à ses Arts Florissants.

   
 

frederic grolleau

 

Olivier Rouvière, Les Arts florissants de William Christie, Gallimard, 2004, 176 p. - 35,00 €.

 
     

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