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fredericgrolleau.com


Marc Malès, Katharine Cornwell,

Publié le 17 Juillet 2012, 09:59am

Catégories : #BD

Un magistral portrait en noir et blanc d’une femme confrontée à ses choix passés

 

Quand l’âme se fait un sang d’encre

 

Si l’univers de la BD témoigne parfois d’une rare exigence qui hisse l’œuvre au rang d’objet littéraire-spéculaire inégalé, nul doute que ce Katharine Cornwell du scénariste-dessinateur Marc Malès s’inscrive dans un telle conception.
Ce roman graphique au noir et blanc aussi envahissant que somptueux qui s’étale sur près de 140 pages happe le lecteur dans un véritable vortex où se mêlent retour sur l’Amérique de la première moitié du XXe siècle, interrogations existentielles, drames humains et réflexion sur le trouble statut du comédien.

 

Évidemment il est toujours des grincheux qui vous diront que l’ensemble est fade et ennuyeux, que malgré la très belle histoire de cette comédienne Katharine Cornwell, une beauté froide vivant "une tragédie intérieure permanente", le graphisme de l’auteur est trop rude et roide, qu’il indispose à la longue par sa sécheresse consentie ou ses ombres trop présentes. Mais enfin, qu’importe au regard de la densité de ce portrait de femme bel et bien magnifié par le si manichéen noir et blanc ?

Marc Malès fait ici se confondre forme et fond pour délivrer le portrait, magistral et majestueux, dans l’Amérique des années 30, d’une actrice qui joue le premier rôle dans une tragédie austère, "L’étrange intermède", où elle incarne une femme hésitant entre avoir un bébé mongolien anormal avec son époux, ou avoir un enfant avec son amant... Le reste du récit mélange alors les niveaux de lecture et d’interprétation en faisant coïncider le jeu sur scène et les scènes de la vie courante (il faudrait dire "fuyante") empruntées à la réalité. Le rôle joué par Katharine a en effet déjà été interprété avec succès par une grande comédienne, trois ans plus tôt, et la nouvelle mise en scène est un fiasco. La disgrâce du spectacle semble d’ailleurs rejoindre la vie même de l’actrice dont le mari volage menace de divorcer : Katharine serait-elle donc, dans la vie comme sur la scène, trop distante et glacée ?
C’est qu’elle dissimule en son for intérieur un terrible secret qui pèse sur le sens de son existence et que le scénario spiralé de Malès va exploiter jusqu’au vertige.

 

 

Nourri de longs récitatifs, de dialogues impossibles comme de cadrages parfois déstabilisant, Katharine Cornwell est un ouvrage absolument remarquable, en hommage aux méandres psychologiques de l’incarnation théâtrale et au fameux paradoxe du comédien cher à Diderot en un autre temps. On en ressort à moitié groggy, assommé aussi bien que séduit par tant de réalisme assumé allant crescendo comme dans les pièces antiques.

 

Voilà une maîtrise cathartique qui honore Marc Malès de même que son éditeur, car il faut beaucoup de courage aux Humanos pour mettre sur le marché un livre aussi épais et complexe, tout en contrastes soutenus... à côté de Titeuf.
Gageons, puisque la BD touche tous les publilcs, et nul ne s’en plaint, que les plus éclairés sauront déceler où se trouve chez les libraires la perle rare.

   
 

frederic grolleau 

 

Marc Malès, Katharine Cornwell, Les Humanoïdes Asossiés, 2007, 140. p. - 12,90 €.

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