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fredericgrolleau.com


Lee Stringer, Un hiver à New York

Publié le 15 Juillet 2012, 17:12pm

Catégories : #ROMANS

Des confessions d’un drogué des années 85 n’épargnant ni l’american way of life ni les rudes codes de la vie des rues.

 

 

"Tel l’Homme invisible d’Ellison, nous avions disparu dans cette partie du paysage qui refusait de soutenir le Rêve américain." Ainsi Lee Stringer, ancien sans-abri qui raconte sa lente descente aux enfers de la rue et de la drogue, qualifie-t-il ceux qui un jour ont abandonné un mode de vie normatif pour tomber dans l’illusoire liberté d’une existence sans attaches ni contraintes. Le réconfort qui lui permet de lutter contre le froid hivernal (le titre original s’intitule Grand Central Winter) et l’indifférence des autres, Lee Stringer le cherche pendant douze ans dans sa pipe à crack, substance dont il abuse avec l’alcool afin de noyer son désespoir.

 

 

Sans se livrer aux exactions qui tentent nombre de ses semblables, Stringer gagne honnêtement sa vie en vendant les boites et canettes vides de sodas qui traînent ça et là. Jusqu’à ce qu’une réforme sociale l’amène à vendre dans les rues de new York, personnage à part entière ici, des exemplaires du journal Street News (dont il deviendra ensuite le rédacteur en chef).

 

 

Implacables, violentes et ironiques à la fois - un mélange a priori explosif - les pages hallucinées de ce récit ressortissent d’un constat effrayant : tout un chacun peut un jour démissionner de lui-même, abdiquer de la société et se retrouver, à l’image de Lee Stringer, en quête d’un peu de chaleur et d’argent. De galère en déprime, d’humiliations en aliénations multiples, Un hiver à New York n’est pourtant pas le texte d’un désespéré : celui, plutôt, d’un homme au parcours aussi noir que sa peau et qui trouvera la rédemption dans l’écriture. A force de vendre les récits des autres, Stringer aura en effet la bonne idée d’utiliser le crayon avec lequel il bourra le crack dans sa pipe pour... écrire sur sa condition !

 

Journal intime, observation sociologique et miroir autobiographique en même temps, ces confessions d’un drogué des années 85 n’épargnent ni l’ american way of life ni les rudes codes de la vie des rues. Le principal défaut des drogués, note-t-il in fine, c’est « leur incapacité à affronter un monde qui refuse de se plier à l’image d’ordre et de perfection à laquelle nous aspirons tous, au fond. Pour un drogué, c’est l’Eden ou rien. » Un absolu qui ne laisse pas de faire les pires ravages aujourd’hui encore.

   
 

frederic grolleau

Lee Stringer, Un hiver à New York (traduit par Jean Esch), J’ai Lu, 2004, 222 p. - 4,50 €.

Première édition : Calmann-Lévy, janvier 2002.

 

 
     
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