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fredericgrolleau.com


L'esprit a t-il accès aux choses ?

Publié le 20 Mai 2012, 22:20pm

Catégories : #Philo (textes - corrigés)

 

"L'esprit a t-il accès aux choses ?"

 

Proposition de traitement par Marc Arnal, TS3, Saint-Cyr, 2011-2012.

 

L'homme n'est pas qu'un être inerte a la dérive dans un monde qu'il ne peut comprendre. En effet,il est un sujet disposant d'un raison qui pourrait lui permettre d'accéder aux choses qui le dépassent. Ainsi, a t il pu développer les sciences et introduire des croyances divines.

Paradoxalement, bien que doté de cet esprit habile et fertile, l'être humain ne peut se vanter de connaître entièrement le monde. Les nombreuses découvertes quotidiennes témoignent de cette connaissance encore partielle de notre milieu.

Toutefois, est-ce l'esprit qui offre les clés de compréhension du monde ou l'expérience suffit-elle à accéder aux choses ? Si l'esprit peut avoir accès a certaines choses, a-t-il pour autant la faculté de toutes les envisager voire de les connaître ?Enfin, l'esprit humain représente-il une unité ou un ensemble de divisions ? De même, le monde auquel il prétend avoir accès est-il réellement composé de choses existantes ?

Il s'agira donc de déterminer en quoi l'esprit permet de comprendre ou d'avoir accès à quelque chose. Puis de savoir si cette capacité est infinie ou limitée. De plus, il semble nécessaire d'évoquer la constitution de notre esprit en plus de celle du monde et des choses.

Ainsi, l'esprit est-il la clé délivrant l'accès au monde et aux choses ou plutôt une fiction et une croyance du sujet ?

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Tout d'abord,l'esprit permet-il de comprendre ou d'avoir accès a quelque chose d'empirique ?

Selon les auteurs empiristes britanniques, tel que Hume, la connaissance, qui est l'accès suprême à une chose, ne viendrait que de l'expérience sensible. Selon cette logique, seul les sens qui sont totalement dégagés de l'esprit permettraient d'avoir accès aux données brutes du monde empirique. Quels est alors le rôle de l'esprit et de la raison pour les empiristes ? Selon Hume, dans son ouvrage Théorie et entendement, la raisonne serait « qu'un formidable et inintelligible instinct ». Étant un instinct, la raison ne fait alors quasiment plus partie de l'esprit qui désigne ce qui se détache du corps. De même cette raison apparaît comme « inintelligible » donc incapable d'enseigner ou simplement de renseigner sur quelque chose.

Hume pousse alors ses réflexions à l'extrême en affirmant que la raison et donc l'esprit seraient en permanence en train de fourvoyer le sujet. Les principes de causes et d'effets sont illusoires et déformeraient la réalité des choses. L'esprit offrirait alors une interprétation infondée, une suite de conjectures sur le monde empirique. L'accès aux choses est donc pour l'empiriste totalement dégagé de l'esprit.

Cependant comment les données de l'expérience pourraient-elle être analysées et comprises sans l'esprit ? La thèse empiriste mène alors à une impossibilité. C'est ce que soutient Kant dans son ouvrage Critiques de la raison pure. Selon lui, l'aperception d'une chose est déjà un travail de synthèse de l'esprit. Ce dernier, grâce à l'entendement voit en l'esprit l'accès total aux choses du monde empirique. Les principes de causes et d'effets qui n'étaient que de simples idées dues à « l'accoutumance » et au « principe d'association »chez Hume, sont pour Kant la clé de l'accès aux choses.

Ainsi, pour les rationalistes l'accès aux choses empiriques et plus particulièrement leur connaissance est un travail de la raison et de ce fait de l'esprit. Cependant, les choses ne sont pas uniquement contenues dans l'expérience sensible et leur accès n'est pas seulement limité à leur connaissance. Dans ce cas, jusqu'où l'esprit peut-il accéder ? Quelles sont ces limites?

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Bien que Kant soit un fervent défenseur de la nécessité de la raison et de l'esprit dans la compréhension des choses et leur accès, il n'empêche que l'entendement connait des limites.

En effet, la raison, qui est l'ensemble des facultés propres à l'homme lui permettant de penser , ne peut pas accéder avec certitude aux choses transcendantes, c'est à dire relevant d'un autre ordre.

Les « noumènes », c'est ainsi que Kant les nomme les choses dépassant le temps et l'espace, ne sont que pensables pour l'être humain. Étant inscrit dans ses deux dimensions, il ne peut viser qu'un accès réduit, incertain voire hypothétique aux choses divines. Puisque l'homme n'a qu'un accès infime à la transcendance, peut il avoir totalement accès à ce qui relève de l'empirisme ? Est-il capable de percevoir toutes les choses transcendantales par le biais de son esprit ?

Selon Leibnitz, l'homme est capable de ne pas apercevoir, soit analyser, des données de l'expérience sensible. Dans ses Nouveaux essais sur l'entendement humain, il l'exprime de la sorte: « Ainsi, c'était des perceptions dont nous ne nous étions pas aperçu incontinent,l'aperception ne venant dans ce cas que de l'avertissement après quelques intervalles tout petit qu'il soit ». L'esprit peut donc s'avérer être une « barrière » aux choses trop petites ou habituelles auxquelles il ne prête plus attention. Il existe alors un décalage certain entre le corps qui délivre un libre accès aux choses, comme le soutiennent les empiristes, et l'esprit qui filtre les données à apercevoir. Cependant, il semble y avoir accès puisqu'un « avertissement » suffit à les apercevoir. Ainsi, et de façon paradoxale l'esprit a accès aux choses mais ne nous délivre pas un libre accès en filtrant une partie des données sensorielles. Si nous ne pouvons pas avoir accès à toutes nos sensations, peut on au moins l'avoir aux choses pensées? Est-il seulement possible , contre toute attente, qu'une parties de nos pensés nous soient inconnues alors même que nous en sommes les auteurs?

Dans sa célèbre formule tirée du Discours de la méthode de 1637, R. Descartes définit le « Cogito », sujet qui pense, comme une forteresse imprenable, totalement transparente à elle même. Il suggère alors que l'homme connaît toutes ses pensées. Cette vision rassurante du sujet qui se connaîtrait lui même et totalement désavoué par S. Freud. Dans Une difficulté de la psychanalyse il l'exprime ainsi: Qu'une chose se passe dans ta tête ou que tu en sois de plus averti, voilà qui n'est pas la même chose » Il démontre alors que toutes nos pensées et en particulier les plus sombres ne nous sont pas forcément connues. Toutefois, la psychanalyse, analyse d'un esprit par un autre esprit, permettrait à un spécialiste d'avoir accès aux choses, que sont nos pensées, alors que nous n'y avons, nous mêmes, pas accès.

Comment l'esprit peut-il être structuré,agencé pour se priver lui même de l'accès à certaines choses ? N'est-il alors qu'une unité ou plutôt un espace de conflit privant le sujet de son libre accès au monde et à sa liberté?

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L'esprit humain apparaît comme très complexe à l'inverse de ce que pensait Descartes. Peut-il être envisagé comme une unité ? Il semble difficile de concevoir qu'une unité puisse se priver elle-même de certaines donnés, en empêchant ainsi, le sujet d'accéder à ses propres pensées ou aux données du monde empirique. La thèse la plus logique serait alors que l'esprit est un espace de conflit. Certaines parties de ce dernier auraient l'accès total aux choses et priveraient d'autres parties de cet possibilité. C'est ce que tente d'expliquer Freud en divisant l'esprit humain en trois grandes instances. Chacune d'entre-elles contient des éléments auxquels il ne faudrait pas laisser libre accès. Pourquoi alors cette nécessité de se priver d'un accès aux choses ? Pour Freud, le « moi », instance de la conscience, est assailli par le « ça » renfermant nos désirs les plus pervers. Cependant le « surmoi »( troisième instance) régule le sujet en lui inculquant les interdits moraux et les impératifs sociaux. Ainsi, le non accès du « moi » à ses propres choses serait non seulement voulu mais nécessaire. L'esprit occupe donc une position complexe puisqu'il détient un accès aux choses qu'il possède, sans pour autant laisser un accès total de ses dernières à toutes les instances qui le composent.

Cependant,l'esprit est également responsable d'un autre paradoxe. En effet, il se prive d'un certain accès à ses propres choses mais permet d'envisager, comme vu précédemment, les choses transcendantes. Par ailleurs, il ne reste plus qu'a déterminer si ses choses existent réellement. Si la croyance en la transcendance dépend de chacun, il apparaît aussi que que la réalité des choses transcendantales ne fait pas, non plus, l'unanimité. Dans la Volonté de puissance Nietzsche affirme que « C'est nous qui avons crée la chose, la même chose, le sujet, l'attribut, le faire, l'objet d'après lesquels nous avons le plus longtemps travaillé à tout égaliser, à tout grossir, à tout simplifier. » Pour Nietzsche les choses n'existent pas, elles sont une pure fiction du « sujet » qui s'est autoproclamé comme tel. Ce dernier par peur du monde dans lequel il vit, a inventé des repères, des bases fixes (« les choses ») qu'il s'efforce de dominer. En effet, l'homme n'ose pas ou ne peut pas se représenter le monde tel qu'il est: un vaste amas de flux et de chaos. La croyance en un accès de l'esprit aux choses ne serait qu'une maladie de celui-ci, une tentative désespérée de fuite du réel.

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Ainsi, l'esprit constitue pour les rationalistes un accès privilégié aux chose du monde empirique. Toutefois, l'esprit ne peut que penser ce qui le dépasse et ne peut alors constituer qu'un maigre chemin vers la transcendance. De plus, ce dernier est incapable de connaître la totalité des pensées qui l'habitent. Ce non accès à ses propres choses constituent une sécurité et permet le maintien d'un ordre social. L'esprit apparaît comme divisé en plusieurs instances différentes. Le « moi » renfermant la raison peut accéder, soit en les pensant soit en les connaissant, à certaines choses du monde. Encore faut-il que ces dernières existent réellement.

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