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fredericgrolleau.com


L'affaire Amazon (2001)

Publié le 15 Juillet 2012, 13:58pm

Catégories : #ARTICLES PRESSE & DOSSIERS

Où des liaisons dangereuses entre un libraire en ligne d’origine US et de grandes maisons d’édition française...

 

Amazon mis en cause par Jean-François Revel

 

Dans « Les plats de saison, journal de l’année 2000 » (co-édition Plon-Seuil, 2001), Jean-François Revel relate à la date du 11 septembre 2000 (p. 309 sq.) que le libraire en ligne américain Amazon (www.amazon.fr) propose en vente à paraître en « décembre 1999 ! », et à un prix dérisoire, le journal qu’il est précisément en train d’écrire . De même qu’est mentionnée sur le site une future biographie de "Maurice Barrès" par Michel Winock, projet pourtant abandonné par l’auteur quelques années plus tôt... Furieux, le diariste en conclut dans un paragraphe lapidaire que « Amazon connaît le contenu des ordinateurs des maisons d’édition » - ou sommeillent contrats et « précontrats ». Puis il dénonce là une « piraterie d’informations confidentielles » plus dangereuse selon lui que la concurrence commerciale des librairies en ligne (qui frisent l’« incompétence » et l’ « ignorance ») avec les librairies traditionnelles. Enquête...

Comment un prix farfelu tracasse Michel Winock

Dans une annexe du Seuil basée non loin du quai de Conti face à la Seine, Michel Winock sourit en repensant à « l’Affaire Amazon ». Ainsi l’avons-nous d’emblée nommer. C’est son fils Julien, naviguant sur le net et ayant entré par curiosité le nom de son père ainsi que celui de son ami Revel sur le site d’Amazon qui a découvert la succession d’erreurs. M. Winock, professeur à Sciences-Po qui travaille à mi-temps en tant qu’éditeur au Seuil, avait bien échangé au début des années 1990 un courrier avec Olivier Orban puis signé un contrat en vue de la rédaction d’une biographie sur Maurice Barrès pour les éditions Plon/Perrin. Un projet auquel l’auteur avait toutefois renoncé, d’autres éditeurs proposant une biographie sur le même thème avant qu’il s’y soit attelé en profondeur. (Sarah Vajda a fait paraître un « Maurice Barrès » chez Flammarion en 2000 ; Zeev Sternheell, « Maurice Barrès et le nationalisme français » chez Fayard la même année.) Plon/Perrin et l’écrivain avaient alors annulé ce contrat - qui réapparut pourtant un soir de septembre 2000 sur Amazon !

M. Winock a donné suite à la découverte de son fils, non en présentant le problème au libraire en ligne, mais en contactant le directeur de Plon/Perrin, lequel a diligenté sa propre enquête sur ce cas épineux. La question des liaisons (dangereuses) entre l’éditeur et Amazon est nonobstant demeurée dans le flou. « Aucune réponse claire ne m’a été retourné »e, déplore M. Winock, qui tempère sa déception en remarquant : « Il faut savoir qu’en moyenne sur dix contrats éditoriaux prévus, deux ne sont pas honorés, pour cause de maladie, de désintérêt ou de décès... A ce niveau, il existe en sommeil des engagements qui ne déboucheront donc jamais sur rien de concret en termes de productions littéraire. Mais de là à proposer au public des œuvres qui n’existent pas, il y plus qu’un pas ! »

Six mois après les faits, M. Winock affirme être étonné moins par la violation de la confidentialité afférente à un « vieux » contrat éditorial que par le prix auquel le livre non publié (et qu’il n’a jamais écrit) était annoncé. « Je veux bien croire, s’indigne-t-il, que l’information selon laquelle Revel allait bientôt faire paraître à son tour un « journal » au Seuil ait pu circuler (ce qui est déjà suspect), mais que certains aient pu de surcroît y attacher un prix, c’est hallucinant ! Que les gens qui mettent en ligne les informations chez Amazon aient estimé, pour être précis, à 69 francs le Journal de Jean-François Revel, voilà qui dépasse les bornes . N’importe lequel des autres volumes de cette série du Seuil coûte 120 francs ! Ils auraient au moins pu y prêter attention... » Surprend surtout l’éditeur du Seuil cette coexistence, sur la page de commande d’Amazon, du vrai et du faux : on présente en ligne un livre qu’il a eu l’intention d’écrire - mais dont le projet a été arrêté entre temps - et un autre, de J-F.Revel, qui va bien être publié - mais sous un autre prix et à une autre date que ce qui est indiqué (50 % des informations sont donc justes). Tout en reconnaissant qu’Amazon n’avait pas complètement tort d’annoncer la sortie d’un livre de Revel en co-édition Plon-Seuil (attaché à Plon et y disposant de « contrats de suite », J-F.Revel n’entendait pas rompre sa relation avec cet éditeur sous prétexte de participer à la série des Journaux annuels du Seuil, d’où cette fusion entre les deux éditeurs), M. Winock s’insurge d’une « improvisation » d’Amazon qu’il juge contraire à la logique même du processus éditorial. Et de s’étonner : « comment se fait-il qu’un groupe éditorial, quel qu’il soit, puisse proposer à Amazon des livres qui ne sont pas parus et dont le prix n’a pas encore été déterminé ? » Le libraire en ligne incriminé est donc coupable à ses yeux, moins de mettre en vente sur le net des ouvrages inexistants que d’afficher des prix correspondants complètement farfelus.

Cruciale, cette question du coût du livre prime sur l’inexactitude de l’information dans la mesure où cette erreur en dit long selon M. Winock sur l’ignorance des libraires en ligne en matière de fabrication de livres à proprement parler. En effet, le prix d’un ouvrage n’est jamais déterminé avant qu’il n’ait été achevé et remis à l’éditeur. Précision financière toujours fonction de deux éléments : du volume final du livre dont on ne peut nourrir au préalable qu’une idée approximative. De l’espérance de vente qui s’attache à l’ouvrage et repose sur son degré de vulgarisation, de diffusion importante, selon la nature du sujet abordé. Si le coût d’un livre est calculable à partir des frais en matière de papier, de mise en page qu’il implique etc., la deuxième étape est plus difficilement appréhendable et suppose du temps. « 

C’est là, avance M. Winock, où l’éditeur Plon/Perrin a commis un impair. En voulant trop bien faire, il n’a pas été assez vigilant. Et à vrai dire, la seule chose qui m’intéresse dans cette affaire, sinon plutôt insignifiante en ce qui me concerne, est de savoir d’où vient la fuite ». A quel niveau elle se situe. Ce qui revient en un premier temps à localiser la source où sont regroupés chez l’éditeur l’ensemble de projets en cours. Puis, dans un second, à établir de quelle manière Amazon fixe des prix pour les ouvrages présentés aux internautes alors qu’ils n’ont pas été officialisés par l’éditeur qui les produit.

L’hypothèse du « coup » médiatique

Contacté par téléphone, Julien Winock, fils del’auteur, a émis l’hypothèse qu’Amazon aurait tout intérêt à présenter le plus d’informations possibles eu égard aux ouvrages à paraître afin de gonfler ses stocks et d’appâter par ce biais le cyberchaland... Hypothèse douteuse à laquelle répond en ces termes le PDG de Plon /Perrin, Xavier de Bartillat : « Aujourd’hui il n’y a aucune entente entre le groupe Plon/Perrin et Amazon pour faire un « coup » en matière de communication sur la parution prochaine de tel ou tel ouvrage ; c’est radicalement impossible. La révélation à tous les internautes de notre « petite cuisine » entre Michel Winock et moi m’a plus embêté qu’avantagé en quoi que ce soit. Qui plus est, cela revient à gêner notre auteur et à induire le client, le lecteur, en erreur, ce qui ne profite à personne ! C’est une connerie, voilà tout ! »

Il ne s’agit donc pas d’annoncer ouvertement par ce stratagème une concurrence entre les auteurs oeuvrant chacun pour des éditeurs différents. Le processus de mise en marché est en effet constitué de diverses étapes pouvant être réduites, non du fait des éditeurs, mais seulement grâce aux diffuseurs/distributeurs (où dominent deux mastodontes : Vivendi et Hachette, soit les diffuseurs Interforum et Maurepas) qui diffusent entre 70% de l’édition française et imposent aux éditeurs un véritable planning (argus, fixation des objectifs face aux directeurs des réseaux, réunion des représentants, prospection en librairie, remontée des commandes faites en librairies, estimation de la mise en place, tirage de la part de l’éditeur, livraison à Malesherbes pour Vivendi et à Maurepas pour Hachette, facturation puis, dix à douze jours après livraison, installation effective des volumes en librairie). Les délais entre la livraison chez le distributeur et la mise en marché dans les librairies ont diminué : on est passé de trois semaines à quinze jours (selon les transporteurs).

La facturation aussi s’est accélérée en s’informatisant, mais les étapes précédentes restent les mêmes car elles sont devenues de plus en plus rigoureuses au sein d’un processus industriel d’organisation serrée qui ne laisse aucune place à l’improvisation comme par le passé. X. de Bartillat est ferme sur ce point : « Nous faisons un métier d’artisan dont le coeur réside dans la relation empirique avec les auteurs : un domaine volatil, affectif et insaisissable. Mais une fois le pacte entre l’éditeur et l’auteur signé, il s’inscrit dans un processus imposé par les grandes chaînes de librairies et les diffuseurs/distributeurs. »

Soupçonner, comme Julien Winok que le manque de vérification d’Amazon participe d’une logique du coup médiatique revient d’après François Saugier, responsable éditorial du libraire en ligne américain, à poser une nouvelle fois la question intéressante de la source. « Sur internet, les choses ne sont pas toujours très claires. Notre site, explique-t-il, contient les informations de base fournies par exemple par Dilicom (une société jouant le rôle d’interface informatique entre éditeurs, distributeurs et libraires) puis toutes les autres informations qui proviennent soit d’Amazon (la rédaction qui écrit les chroniques autour des livres), soit des éditeurs (argumentaires, 4e de couverture) ou encore de partenariats conclus avec la presse. A cela s’ajoutent les textes éventuels des lecteurs : mais l’ensemble est organisé pour qu’on sache à chaque fois « qui » parle, sans qu’un flou demeure à ce niveau. En tant que libraires de métier, nous choisissons ensuite dans ce vivier les textes que nous préférons mettre en avant , et il n’y a rien de mystérieux là-dedans ».

Par rapport à un texte donné, Amazon affirme ne pas disposer de plus d’informations qu’un libraire traditionnel et ne s’autoriser aucune extrapolation. Ce qu’il faut interroger dans cette affaire, annonce François Saugier, c’est « comment fonctionne la mécanique interne des éditeurs, comment ils rentrent leurs propres informations dans la base de données de Dilicom. »

La nature des fuites responsables de l’affaire Amazon

Lorsque nous demandons à M. Winock si certaines personnes du Seuil pourraient éclaircir cet embrouillamini éditorial, il affirme que non, le groupe auquel il collabore n’étant « pas impliqué par cette « fuite » d’informations censément confidentielles ». Voilà comment M. Winock interprète ce qui s’est passé : des renseignements ont été donnés « de bonne foi » par Plon/Perrin à Amazon mais ils n’étaient pas valides. En l’absence de vérification de la part du vendeur en ligne, « on en est arrivé à cette situation grotesque qu’épingle Revel ». Cela tend à prouver qu’il existe quelque part une concentration de données concernant des projets, des contrats éditoriaux et qu’à un moment ces données ont été transmises, dans des conditions floues, à Amazone...

Evoquant le paragraphe de son "Journal" où son ami J-F Revel s’en prend violemment à Amazon, Winock précise qu’il ne partage pas le point de vue de l’académicien à ce sujet. Il prend ses distances, observant la chose suivante : « Evoquer des « précontrats » n’a guère de sens juridique : il existe des contrats à l’amiable mais ils n’ont aucune valeur d’engagement pour les deux parties impliquées, l’auteur et l’éditeur. Je doute donc que de tels documents soient conservés dans les secrétaires ou les ordinateurs des directeur de collection. En outre, là où Revel dénonce, sans le savoir précisément d’ailleurs (il ne s’agit que d’une conjecture) une piraterie du contenu des ordinateurs des maisons d’éditions, je ne vois pour ma part qu’une communication d’informations erronées. Jean-François Revel n’est pas non plus censé tout savoir ! »

De son côté, Jean-François Revel n’a pas accepté de nous recevoir pour discuter de vivre voix de sa position dans l’affaire. Dans la lettre qu’il nous a fait parvenir sont mentionnés seulement les faits suivants, qui lui semblent suffisamment évidents pour qu’il n’y ait pas à discuter davantage de leur prétendue objectivité : « Je n’ai rien à ajouter à ce que j’ai consigné et si vous avez déjà parlé à Michel Winock il vous a déjà tout dit de ce que je sais à ce sujet. D’autre part, Laurent Theis, historien et conseiller des Editions Plon m’a dit que c’étaient les sociétés de distribution (Interforum, etc.) qui informaient directement Amazon. » Dont acte, quoique cela paraisse un peu court en terme d’explication.

Dans son bureau qui domine la place saint-Sulpice Xavier de Bartillat, le directeur général de Plon, qui est aussi le directeur de Perrin -il tient beaucoup à cette double casquette - n’apparaît guère contrarié par nos questions. Et insiste pour qu’on ne fasse pas toute une affaire du cas Amazon mis en relief par M. Winock et J-F. Revel. « Un bug administrativo-informatique, nous dit-il, a fait que des informations qui devaient rester dans nos murs sont parvenues chez Interforum qui, alimentant la base de données d’Amazon, a permis à ce libraire en ligne de les afficher sur son site. Amazon a de fait « picoré » le titre et le nom de l’auteur et dans l’absence de prix et de date, a pensé qu’il pouvait les indiquer lui-même. Cette bavure ne concerne pas d’ailleurs que Plon /Perrin mais aussi Les Presses de la Cité et Laffont. Alerté par Michel Winock de cette situation, nous avons depuis réglé ce problème qui était fonction à la fois d’une négligence de notre part et d’une anticipation douteuse d’Amazon ».

Les éditeurs de Plon/Perrin auraient alors rencontré Amazon, s’étant montré un peu léger dans cette affaire : « une fois un verrou installé dans notre fichier informatique, nous les avons incité à nettoyer leur fichier des titres qui ne devaient pas y figurer puisqu’il s’agit de titres « à paraître », assure X. de Bartillat. Ils ont un peu rechigné à le faire mais nous avons obtenu gain de cause ». Une situation de flottement qui aura duré trois semaines, l’erreur devant toutefois figurer depuis un mois sur le site d’Amazon sans que personne s’en soit rendu compte, à en croire le directeur de Plon/Perrin que seconde pendant notre entretien Luc Bellier, responsable Nouveaux Médias du groupe. Sensibilisé grâce au cas Revel/Winock à la faiblesse de la transmission des informations éditoriales, X. de Bartillat tire de l’affaire Amazon des conclusions plutôt positives. Quand un domaine nouveau comme le web, comme la libraire en ligne, apparaît, cela permet en retour selon lui de découvrir le fonctionnement du processus actuel et rend possible en même temps des « fuites » ou des « dérives ». Et chaque fois qu’un éditeur s’aperçoit d’un écart, il se doit de serrer un boulon supplémentaire dans le processus « éditeurs-diffuseurs-libraires »pour éviter que le cas se reproduise. Suite à l’affaire Amazon, la sécurité de Plon /Perrin s’est renforcée dans ce domaine et aujourd’hui aucun élément confidentiel de la base de données de ce regroupement éditorial n’est consultable à l’extérieur. « Car il s’agit là, souligne son P.D.G, de notre cœur d’activité, de notre secret de fabrication et nous tenons à préserver ce qui relève de la vie privée de l’éditeur et des auteurs ! »

Alerté de l’erreur par son propre auteur, Xavier de Bartillat n’hésite pas à faire amende honorable. Et à reconnaître que, plus fondamentalement que des clefs informatiques d’accès mal installées, l’affaire Amazon renvoie surtout au fait que Plon/Perrin ne s’était pas posé jusqu’ici la question des fuites possibles d’informations confidentielles au coeur du processus administratif. Mais il rajoute aussitôt que « l’improvisation d’Amazone consistant à remplir les cases vides du prix et de la date de parution n’a rien arrangé ! » Une affirmation que récusent les dirigeants d’Amazon.

A l’abri du bunker que constitue le site d’Amazon à Guyancourt (Yvelines), ce sont deux trentenaires décontractés, François Saugier, directeur éditorial, et Elisa O’Neill, responsable des contacts presse et communication, qui nous accueillent. D’emblée, F. Saugier remet les pendules à l’heure en exposant la « mécanique » d’Amazon : le libraire en ligne propose à ses internautes (lecteurs, clients) de réserver à l’avance des ouvrages, avant qu’ils ne paraissent en libraires. Et qu’ils reçoivent ensuite à domicile dès leur parution. Sont développées également - service supplémentaire par rapport à une librairie traditionnelle - des opérations spéciales, du type « Harry Potter », qui permettent aux clients de recevoir le livre attendu au petit déjeuner le matin même ou l’après-midi de la parution. Le fonctionnement technique d’Amazone ? « Notre partenaire Dilicom - beaucoup utilisé par les éditeurs - est mis à contribution par les libraires afin de passer leurs commandes et vérifier la disponibilité des titres.

C’est un outil de communication éditeur-libraire existant dans la profession depuis plusieurs années pour mettre à jour les bases de données ». Là où le libraire classique garde ses informations pour lui, pour pouvoir commander à l’éditeur, souligne François Saugier, Amazon va plus loin : « l’avantage d’Internet quand il arrive dans une industrie est en effet de changer le pouvoir, de donner plus de pouvoir aux clients et non aux fournisseurs, comme c’était le cas auparavant. Voilà comment un outil à destination des libraires est devenu avec la librairie en ligne un outil à destination des clients. Ce processus explique à lui seul la présence d’ informations erronées sur Amazon : ces informations nous sont parvenues telles quelles par l’éditeur ! Amazon, sachez-le, ne délivre comme informations brut de décoffrage que celles fournies par les éditeurs... »

La « source unique » des erreurs du libraire en ligne

Un système d’échanges d’informations entre deux bases informatique connectées l’une à l’autre se trouve donc au coeur du système : Dilicom envoie à Amazon les informations de base (titre, nom de l’auteur, éditeur, numéro ISBN, date de parution, prix), et le libraire en ligne assure en retour la mise à jour de sa propre base de données. D’après F. Saugier, il n’est possible de vérifier ces informations capitales qu’auprès de la source, c’est-à-dire de l’éditeur. Or Amazon présente 4000 titres par mois, ce qui empêche de systématiser ce souci de contrôle. A partir du moment où la source donne au libraire en ligne une information, il la considère par principe toujours exacte. Ne disposant d’aucun moyen de recoupement idéal (il paraît difficile par exemple d’appeler les auteurs pour s’assurer de la fiabilité des renseignements dont Amazon dispose sur eux), le système qui fait force de loi est celui de « la source unique : l’information de la parution d’un livre, de son prix de vente, de sa disponibilité, de son format, de sa collection est toujours donnée par l’éditeur et lui seul, martèle le directeur éditorial. Il est amusant de noter alors, dans les exemples que vous convoquez, comment on peut accéder à la cuisine interne des éditeurs : à savoir la programmation puis l’annulation auprès des libraires d’ouvrages annoncés par les éditeurs. C’est un élément de complexité pour nous - mais aussi bien tous les libraires - d’arriver à gérer ce genre de choses. On est alors dans l’impossibilité de tenir nos promesses auprès des lecteurs, comme un journal de l’année 2000 prévu par l’éditeur en décembre 99 et qui ne sort finalement que l’année suivante ! »

En conséquence, Amazon ne procède pas à une vérification systématique des dates. Au moment de la parution effective des livres, les éditeurs fournissent un complément d’information qui lui permet la mise à jour de la base au cas éventuel d’informations erronées. Puisqu’il apparaît que Dilicom ou Interforum ne peuvent commettre aucune distorsion des données, il est tentant d’assimiler tout renseignement tronqué à une mauvaise manœuvre de l’éditeur ou du libraire en ligne. Mais là encore, tout en admettant « qu’il y a peut-être une marge d’erreur dans la transmission des informations du côté de Dilicom, comme dans tout domaine où intervient de la saisie informatique - il suffit d’une erreur dans la saisie d’un numéro ISBN ou d’un prix de vente pour que ces erreurs soient affichées sur Amazon - F. Saugier attire notre attention sur le fait qu’il n’y a jamais eu la preuve jusqu’à aujourd’hui d’une erreur dans l’interfaçage entre notre base de données et celle de Dilicom. D’où sa conviction que dans l’affaire Revel, il s’agit moins d’un bug informatique que d’un bug humain du côté de l’éditeur. »

Soucieux d’adopter une politique transparente, le responsable d’Amazon ne rechigne pas à évoquer d’autres types d’erreur identiques à celles révélées par le couple Revel/Winock. « Il arrive assez fréquemment que des décalage de date de parution se produisent. Le livre de Jean Glavani, « Politique folle », était sur le site prévu à la date du 4 avril et il ne sera accessible à partir du 15 avril. Par exemple, le livre de Jack Lang sur Laurent le Magnifique est fréquemment annoncé depuis un an par les éditions Perrin alors qu’il s’agit d’un « serpent de mer » que par prudence nous n’annonçons plus tant il est systématiquement déprogrammé ! La seule chose que nous puissions faire dans ce cas de figure est d’essayer d’éduquer un peu les éditeurs pour affiner nos informations d’une part et ne pas laisser tomber nos clients en cas d’informations fausses d’autre part, en ménageant pour eux des solutions substitutives - auquel cas nous jouons le rôle de l’éditeur ! » Aujourd’hui ce type d’erreur n’a pas de répercussions très importantes au niveau des lecteurs qui se connectent à Amazon, et s’inquiètent plutôt d’après Elisa O’Neill des étapes que suivent leurs livres avant de parvenir chez eux (le libraire en ligne dispose d’une traçabilité qui permet de les rassurer) ou des procédures de navigation sur les site d’Amazon. Et si jamais un retard est constaté quant à la parution d’un livre, Amazon prévient ses clients par mail personnalisé du changement de date. C’est le travail de son service Clients, ouvert 7 jours sur 7 toute l’année et qui répond aux clients par téléphone ou courrier électronique. - « mais nous ne communiquons pas sur le nombre de personnes qui y travaillent », précise aussitôt la chargée des relations presse et communications.

La position d’Amazon quant aux propos polémiques des auteurs et des éditeurs

Quand nous rappelons à F. Saugier que selon Michel Winock, le prix du livre de Jean-François Revel n’a pas été proposé par l’éditeur et que, selon Xavier de Bartillat, Plon/Perrin n’a pas transmis à Dilicom le prix de ce livre pour des raisons liées aux variables inhérentes à la mise en marché de tout ouvrage, le directeur éditorial d’Amazon a du mal à cacher son énervement. Il se contente malgré tout de nous répéter qu’ « Amazon ne crée jamais un prix de vente avant parution ! Cela est strictement réservé à l’éditeur (nous pouvons seulement intervenir a posteriori lorsque le livre est paru, lorsque nous l’avons entre les mains, et voyons une erreur entre l’information transmise par l’éditeur/Dilicom et la réalité des choses). Je pense qu’il y a un flou au sein du circuit d’informations du Seuil que M. Winock connaît bien puisqu’il n’est pas seulement auteur mais éditeur dans cette structure - il devrait donc être en contact avec les personnes du service commercial qui fournissent ces informations-là. Par rapport à cette question de prix, il serait intéressant de voir comment cela se passe chez les autres libraires en ligne : ils devraient tous recevoir la même information... »

Fait étrange vu les assertions de Xavier de Bartillat, F. Saugier soutient par ailleurs « ne pas avoir été contacté par Plon/Perrin à ce sujet. A moins, se reprend-il, que l’éditeur ait rencontré une personne du catalogue sans qu’on m’en informe. Car lorsque l’éditeur nous fournit des fichiers nettoyés, nous procédons aux corrections dans notre base ». Là où Revel dénonce pourtant de la part d’Amazon « une piraterie d’informations confidentielles » et une « incompétence » flagrante, le jeune responsable éditorial ne voit partant qu’une affirmation qui le fait rire tout en témoignant de la grande méconnaissance de Jean-François Revel en matière de librairie en ligne. « L’idée n’est pas de rouvrir une guerre en recherchant les responsabilités. On voit bien que le marché du livre est en train de s’organiser sur certains aspects de mieux en mieux, mais les transmissions d’informations ne sont pas encore fiables à 100%. Nous en pâtissons dans la mesure où les informations données par les éditeurs sont délivrées au public. La justesse de ces informations est déterminante et constitue une forte pression sur nos épaules. A terme, le grand gagnant est le lecteur - qui bénéficiera dans quelques années d’informations encore plus précise et encore plus fiables ».

Il ajoute ne pas avoir eu connaissance du texte de Jean-François Revel que nous lui soumettons et qu’Amazon reçoit régulièrement un pourcentage d’informations comportant des erreurs. Ce qui l’amène à ne pas être étonné outre mesure de ce genre de choses qui adviennent, tout comme les éditeurs s’exposent eux-mêmes à ce qu’un pourcentage des livres programmés ne voient jamais le jour.

Récusant la violence des propos de Revel, F. Saugier refuse de dire pour autant que c’est finalement l’éditeur qui est ignorant et incompétent en transmettant des informations erronées. « Je dirais les choses différemment, nous invite-t-il à noter, car je connais le métier d’éditeur, qui est compliqué et ne permet pas toujours d’être complètement fiable, de par le grand nombre de références à traiter. Mais il est clair que notre industrie ne fonctionne pas de manière optimale. Notre arrivée met en évidence des fonctionnements qui grippent un peu. Comme dans toute dynamique d’amélioration, il faut que les choses apparaissent pour que les gens se rendent compte qu’il est nécessaire de les améliorer ». Le responsable du secteur livres d’Amazon se souvient ainsi qu’au moment du lancement du site des éditeurs ont réagi pour signaler « des informations fausses sur le site. Nous les avons remerciés en leur faisant observer qu’il s’agissait de leurs propres informations ! Il a fallu du temps pour que Dilicom cesse d’être une chose opaque, réservée aux professionnels de la profession, pour devenir un vrai outil de communication et de vente. Maintenant les éditeurs se manifestent plus positivement en nous renvoyant en cas d’erreurs constatées les fichiers impliqués avec les modifications concernant leurs sources ». Cette transformation s’est effectuée en 6 mois, ce qui est très encourageant pour le libraire en ligne car le système français fonctionnait depuis une dizaine d’années avec des informations peu fiables : prix modifiés, dates de parution décalées, couvertures et collections changées, etc. « Or on voit aujourd’hui que les informations se fiabilisent à tous niveaux. il y a des éditeurs comme le Seuil qui nous fournissent leur programme au mois de mars pour les parutions de juin. Comme en Angleterre ou aux USA une très grande professionnalisation du métier du livre dans ce secteur est en voie de développement », se réjouit F. Saugier. Ce qu’il tend à considérer comme un certain respect de la chaîne : donner à l’avance des renseignements fiables aux lecteurs comme aux libraires est à ses yeux « un enjeu-clef pour l’édition, qui sera encore plus abouti dans 6 mois. »

L’explication objective : le relais éditeur - distributeur - Dilicom - Amazon

Lorsque nous faisons remarquer à M.Winock qu’en septembre 2000, au moment de ce « couac », Amazon était encore en plein rodage et qu’il pourrait s’agir ici d’un dysfonctionnement informatique comme on en rencontre fréquemment sur le web, l’essayiste rétorque que « cela est plausible ». Mais n’enlève rien au fait que l’histoire rapportée par Revel dans son « Journal de l’année 2000 » est vraie et a bien eu lieu. D’aucuns ne pourront s’empêcher de songer en aparté que la position caustique et violente de Jean-François Revel à l’égard d’Amazon est à mettre au compte d’une volonté (consciente ou non) de diaboliser la bête internet.

C’est pourtant du côté de la transmission informatique des informations que la fuite semble s’originer, comme nous l’expliqueXavierdeBartillat, revenant sur le fonctionnement global de la mise en marché d’un ouvrage en France. Les relations entre un éditeur, un distributeur et un libraire (classique ou en ligne) suivent en effet une processivité informatique assez lourde. Comme dans toute entreprise, chaque contrat éditorial signé fait l’objet d’une codification automatique en fonction du nom de l’auteur, du titre proposé, de la date de remise de manuscrit prévue, du délai de parution envisagé, du nombre de signes, des droits d’auteur, de l’à-valoir... : autant d’éléments enregistrés dans une base informatique administrative interne. Les informations commerciales sont elles-mêmes prélevées dans ce conglomérat.

Ces flux d’informations se font par échange d’interfaçage entre deux logiciels. Plon transmet ses données administratives (y compris les informations sur ses auteurs) à une entreprise interne au groupe Vivendi Universal Publishing Services, la Sogedif , société de prestation de services qui lui tient lieu de coffre fort et fait suivre ensuite ces informations aux distributeurs. A Dilicom comme à Amazone.

Ainsi, le groupe Interforum (distributeur de Videndi Universal Publishing) reçoit aussi bien les titres parus que ceux à paraître dans les prochains mois en fonction des offices. A une époque, reconnaît ouvertement Bartillat, « Interforum avait accès à l’ensemble des titres à paraître non pour les 6 mois de rigueur à venir mais dans un, deux ou trois ans : sans que nous ayons prêté suffisamment attention à ce fait, le nom de l’auteur et le titre de son ouvrage à venir « transpiraient » dans la base de données d’Interforum en dépit de leur confidentialité » . Depuis une « clef » a été installée pour que les informations sortant de la base de Plon/Perrin (et présentant le nom de l’auteur ainsi que le titre provisoire du livre) ne soient que ceux qui vont être publiés dans les six mois, délai de temps minimal pour les éditeurs puisqu’il s’agit d’ouvrages préparés pour une prospection, puis une mise en place et une sortie effective. Ces six mois renvoient à un processus de mise en marché qui s’applique aux livres sur le point d’être commercialisés : processus qui va de la codification commerciale, de la rédaction d’un argumentaire en passant par une réunion interne (pour fixer des objectifs avec les chefs de réseau) jusqu’à la présentation aux représentants puis à la prospection effectuée par les représentants, la livraison à Malesherbes (pour Vivendi) et enfin la mise effective en libraires. Cela peut prendre de 4 à 6 mois, et explique que certains des titres soient parfois déprogrammés ou repoussés. Mais également avancés dans le cadre exceptionnel d’évènements particuliers. « L’erreur Revel a eu lieu parce que cette fois-ci les philtres n’avaient pas été posés de manière assez rigoureuse. Notre installation mise en place avec l’arrivée des libraires en ligne avait besoin d’un temps d’adaptation pour fonctionner correctement. C’est désormais chose faite », laisse posément tomber Luc Bellier.

Dans la foulée, Xavier de Bartillat détaille le processus de transmission des informations concernant auteurs et ouvrages : « Notre base de données contenant nos titres gérée par Interforum - qui s’occupe de l’ensemble de la distribution de nos titres, dans le secteur traditionnel des libraires ou on line (Fnac, Alapage, Bol, Amazon etc) - est transmise à une autre base, Dilicom, qui déverse sa propre base chez Amazon. Nous ne transmettons pas nos informations directement à Amazon ou Bol. La Fnac ou Amazon ont besoin souvent de prix à annoncer auprès des internautes mais nous n’indiquons de notre côté qu’un prix indicatif (relativement à l’argus) car nous ignorons comment l’ouvrage va évoluer : le prix n’est donc fixé que lorsque nous disposons de la fiche du prix de revient unitaire du livre (le devis établissant l’addition des frais fixes et des frais variables) et de la quantité de tirage prévue. C’est-à-dire dix jours avant la livraison effective de l’ouvrage. Soit 3 semaines avant la sortie en librairie du livre ». Amazone devrait donc selon le directeur de Plon/Perrin être plus prudent dans sa formulation et indiquer pour chaque ouvrage en cours : « prix indicatif » et « titre provisoire ».

Une telle mention pour les ouvrages à paraître sur le site du libraire en ligne américain est qualifiée par F. Saugier de « solution possible ». À condition de prendre conscience que « la balle est du côté moins du libraire en ligne que des éditeurs ». Certains indiquent effectivement que tel titre est provisoire. « Par exemple, se remémore le responsable éditorial, « American Death Trip » de James Ellroy est resté sur notre site pendant 3 semaines sous l’appellation « titre provisoire ». Nous avons alors appelé l’éditeur pour savoir ce qu’il en était, il nous a indiqué que les maquettes et les couvertures étaient prêtes sous ce nom et nous l’avons alors officialisé. Mais nous n’avons pas les moyens sur les 4000 titres que nous affichons chaque mois de vérifier des informations que les éditeurs nous envoient les premiers. Soit donc ils transmettent des informations justes (où comprenant les mises en garde que vous mentionnez), soit l’information est affichée telle quelle sur Amazon. Et si elle est fausse, cela donne un gros travail à notre service clients qui gère ce type de situations ».

Mais a partir du moment où il s’agit d’une information délivrée par Amazon, si l’éditeur décide de changer son prix au dernier moment, et si ce prix est inférieur à celui initialement proposé, Amazon s’engage à ne faire payer au client que ce dernier prix. Et, dans l’autre sens, si le client achète un livre donné à un prix plus bas sur le site que celui attribué en définitive par l’éditeur, « nous considérons que c’est notre responsabilité et il le paiera le prix indiqué sur Amazon ». C’est le service Catalogue du géant américain qui s’occupe en conséquence du travail de vérification des concordances entre les prix initiaux et ceux d’arrivée, comme entre les dates de début et celles effectives de parution. Il nettoie, corrige et enrichit en permanence la base de données. Les membres de ce service - « nous ne communiquons pas sur leur nombre », prévient F.Saugier - travaillent à partir de sources d’éditeurs. Une relation directe éditeurs-catalogue en train de s’enrichir et faisant qu’Amazon peut intégrer très rapidement un correctif fourni par l’éditeur. « Faute de quoi sinon, comme dans le cas Winock- Revel, l’erreur peut demeurer inaperçue assez longtemps. Sauf si nos propres clients nous la signalent, ce qui arrive ! » Amazon préfère donc explicitement afficher l’information telle que reçue sur sa base de données de la part de l’éditeur via Dilicom plutôt que de temporiser en cas de doute et de ne rien mettre en ligne du tout. « En un sens, s’exclame Elisa O’Neill, nous n’avons pas le choix sinon nous n’avançons pas. Un système de double vérification n’est valable que si vous multipliez les sources. Or nous ne disposons dans ce contexte que de la source unique de l’éditeur, auquel tout nous ramène. Nos clients étant aussi ceux de l’éditeur, nous partons du principe que l’information qu’il nous transmet est telle qu’il la souhaite ». Difficile d’être plus clair.

Dilicom en dehors de tout soupçon

Questionné sur l’existence possible de passerelles directes entre Interforum et Amazon (alors que la procédure usuelle veut qu’Amazon reçoive normalement des informations de Dilicom, qui les reçoit à son tour d’Interforum pour le groupe Vivendi), F. Saugier nous a répondu que cela arrivait « pour tout ce qui concerne l’enrichissement potentiel du catalogu »e, auquel cas il fait partie du travail du diffuseur de fournir au libraire en ligne les textes qui vont dans ce sens. Contacté par téléphone, les responsables administratifs de Dilicom - nom commercial de la société Edilectre, service interprofessionnel destiné depuis 1989 à faciliter le dévelopement des Echanges de Données Informatisées (EDI) dans le secteur commercial du livre - ont répondu que le rôle de leur structure était uniquement celui d’un tuyau (« ce qui arrive repart tel quel »), une mise à jour automatique des fiches ayant lieu tous les jours. L’information transmise par l’éditeur ou le distributeur, comme Interforum ou Hachette, n’est dans ces conditions pas modifiée. Il est seulement vérifié que l’ouvrage dispose d’un prix et d’un nom, sans entrer dans le détail d’une vérification qui constituerait une véritable folie sur l’ensemble des titres. Le but de Dilicom est que tous les libraires (traditionnels ou en ligne) puissent commander tous les livres présents sur son site (www.dilicom.net) - où tous les éditeurs ne sont pas encore représentés. Dilicom transmet donc un catalogue de titres proposés par les éditeurs et mis à jour par leurs distributeurs. Il est donc possible que le libraire en ligne puisse ne pas récupérer certaines informations si elles ne sont pas présentes sur le site de Dilicom mais « Dilicom ne peut aucunement transmettre d’informations autres que celles qui figurent sur la base de données de l’éditeur. »

Autrement dit, au terme de notre enquête, l’erreur dénoncée par M.Winock dans le prix de l’ouvrage de J.-F. Revel ne peut aucunement être imputée à Amazon. De même qu’il est difficile de demander au libraire américain implanté en France de vérifier systématiquement le bien-fondé des informations censément véraces fournies par les éditeurs qui travaillent avec lui. A ce titre que le journal de Revel ait paru à une autre date que celle initialement fixée paraît ressortir du jeu usuel des reports de publications. Quant à l’annonce de la biographie de Barrès rédigée par M. Winock, elle s’inscrit dans le maigre pourcentage d’erreurs - encore inévitables pour l’instant au nom de la complexité de notre système éditorial - qu’Amazon, comme n’importe quel autre libraire fonctionnant avec les informations de Dilicom, reconnaît tout en tâchant de les réduire le plus possible. Tout renvoie à la source du problème et non aux courroies de transmission (Interforum, Dilicom, Amazon) qui répercutent ensuite les renseignements : les éditions Plon/Perrin ont laissé filtrer à l’extérieur ce qui n’aurait du être géré qu’en interne. Fallait-il à tout prix trouver un bouc émissaire pour que Revel charge aussi violemment Amazon ? On est en droit de se le demander.

C’est d’un livre, en train de s’écrire, que l’affaire est partie ; c’est à ce même livre qu’elle retourne in fine. Avec le soupçon que le discours d’un intellectuel - reconnu pour son sens critique en général - sur le cours de l’histoire et des évènements vécus sans recul réflexif peut s’avérer le lieu d’un préjugé et d’un parti pris. Où l’on reprochera au diariste de s’emporter un peu facilement contre un monstre technologique facilement ostracisable sans avoir vérifié les sources dont il se réclame. Devrait-on réduire le rôle d’Amazon à favoriser la méfiance envers tout principe d’autorité, ce serait déjà beaucoup. Et cette fausse « affaire » mettant en correspondance le technique et la critique n’aurait pas eu lieu en vain.

   
 

frederic grolleau

 

Une version expurgée de cet article est parue dans le "Lire" du mois de mai, dans auteurs.net et Livres Hebdo en 2001.

 
 

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