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fredericgrolleau.com


Horacio Castellanos Moya, L’homme en arme

Publié le 17 Juillet 2012, 10:23am

Catégories : #ROMANS

La sommation des actes sans introspection finit par lasser, une fois passé la lecture documentaire.

 

Machine à tuer

 

Le roman est aussi court qu’haletant. Rien de l’envolée lyrique ou littéraire qu’on s’attend à trouver chez un grand auteur, juste de courtes phrases et des chapitres guère plus longs qui tonnent comme un coup de feu dans l’air serein. Horacio Castellanos Moya s’est pourtant déjà vu reconnaître, et ce troisième roman ne le démentira pas, la réputation d’un auteur des plus engagés, lui qui s’est fait le chantre des malheurs du Salvador.
Juan Alberto Garcia, son héros, surnommé Robocop, a été sergent d’un escadron de la mort (le bataillon Acahuapa) avant d’être démobilisé en 1991 après les accords de paix. Mais cette machine à tuer sur pattes est bien incapable d’arrêter les assassinats en série. Ce ne sont donc pas quelques menus braquages et vols de voitures qui vont étancher la soif de sang de ce mercenaire aveugle prêt à embrasser toutes les causes, surtout dans une société salvadorienne fort opaque qui irrigue à n’en plus finir les luttes entre factions rivales.

 

Loin des états d’âme d’un homme qui n’en a guère et à côté duquel Machiavel passerait pour un pasteur de campagne, le propos du roman, très descriptif, tient dans la présentation crue d’une société ultraviolente rongée par la guerre et les injustices. Ironie du sort, Robocop est toujours récupéré par un des camps adverses, ce qui laisse augurer qu’il a de beaux jours sanglants devant lui...
Si l’auteur explicite en quoi les armes sont devenues de parfaites prothèses du corps du protagoniste, fidèle en cela au Robocop américain, et en quoi Juan Alberto Garcia, en mal de normalité, voit des terroristes partout afin de justifier ses exactions, le roman ne brille pas par son optimisme. Malgré la solitude lancinante du héros, trahi de toutes parts et surtout par ses anciens frères d’armes, le livre nous tombe un peu des mains tant les séquences qui s’enchaînent paraissent répétitives. "L’homme en arme" - qui est plutôt l’arme faite homme (El arma en el hombre) - apparaît certes comme une victime de la guerre civile au Salvador (où la lutte contre le communisme le cède au trafic de drogue) qui s’est déshumanisée, mais la sommation des actes sans introspection finit par lasser, une fois passée la lecture documentaire.
Il n’est pas impossible que ce soit le but recherché tant la façon dont les dialogues sont intégrés à la vision cynique de Robocop fait qu’on n’a jamais ici qu’un long monologue sans altérité.
Presque un livre sans lecteur.

   
 

frederic grolleau

 

Horacio Castellanos Moya, L’homme en arme (traduit par R. Amutio), 10/18 coll. "Domaine étranger", février 2008, 123 p. - 6,90 €.
Première édition : Les allusifs, mai 2005.

 
     

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