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fredericgrolleau.com


Gunga Din

Publié le 15 Juillet 2012, 16:56pm

Catégories : #DVD

Vous voici au pays des éléphants et d’hommes capables au nom de leur croyance de s’élever au-delà d’eux-mêmes (on ne parle pas des Ecossais cornemusant of course).

 

 

Attention, parfum d’enfance garanti : moins que trentenaires, passez votre chemin, vous seriez incapables d’apprécier à sa juste mesure, à sa juste saveur ce film mythique, inédit en dvd et que les éditions Montparnasse font paraître dans la collection "diamant", qui porte bien son nom. Pourquoi mythique ? Non pas tant parce que ce film du tout début des années 40 serait inoubliable, du point de vue formel, en soi que parce qu’il renvoie chacun de nous à l’âge où nous l’avons vu pour la première fois à l’écran, vraisemblablement sur celui de la petite lucarne de notre enfance. Ce récit débridé, traversé par maints Ecossais aussi hilares qu’avinés, est un film d’aventures pur jus, sans effets spéciaux tonitruants (il faut dire qu’à l’époque...) où nous assistons aux tribulations de trois joyeux drilles en Inde, à la fin du siècle dernier.

 

 

Trois sergents indécrottables - Cutter (Cary Grant), Mac Chesney (Victor MacLaglen) et Ballantine (Douglas Fairbanks Jr.) - sont envoyés à un poste avancé, dont la garnison britannique est sans nouvelles. Sur place, la raison de ce mutisme s’explique dès que les trois soldats et leur troupe sont attaqués par la secte fanatique des Thugs. Un affrontement qui ne fait que commencer, un terrible piège étant tendu à l’ "envahisseur" par le chef des Thugs rebelles n’ayant d’yeux (dieu ?) que pour Kali tandis que le porteur d’eau indien, Gunga Din (Sam Jaffe) s’entraîne à jouer au fantassin et au clairon anglais, Cutter n’étant mobilisé quant à lui que par les montagnes d’or qu’il entend dur comme fer trouver dans les montagnes indiennes....

 

 

Si le suspense et l’action sont au rendez-vous, c’est surtout par sa dimension humoristique que brille ce Gunga Din emprunté au romancier Kipling par le réalisateur George Stevens : malgré les morts et les massacres qui sont légion, Cutter et Mac Chesney n’ont de cesse que d’empêcher par tous les moyens leur camarade et ami de chambrée Ballantine de quitter l’armée pour se fiancer. Les cocasses stratagèmes mis en place, entre deux terribles roulements d’yeux de Cary Grant, magistral, font ainsi oublier la découverte des Thugs et leur éradication, exotique décorum du film, qui furent pourtant l’une affaires les plus retentissantes du début du siècle dernier - thème repris d’ailleurs de manière tout aussi loufoque (il faudrait qu’on interroge le cinéma US là-dessus) dans le film Indiana Jones et le Temple maudit. Gunga Din, pour l’anecdote film d’action préféré de Jonathan Barry Prendergast (dont le père était propriétaire d’une chaîne de cinémas), qui composa, entre autres mièvreries, à partir de 1962 les musiques de onze "James Bond", relève néanmoins de postulats idéologiques au moins douteux. Les scènes où le pauvre Gun Din imite les soldats et où ceux-ci donnent des ordres aux Indiens sont assez difficiles à avaler tant elles sentent - empestent - leur pesant d’ethnocentrisme made in England.

 

 

Malgré ce poids kitsch grandiloquent et peu crédible, malgré la douloureuse absence de bonus et l’insanité de la version française, la magie du film fonctionne à un autre niveau : celui du noir et blanc filandreux, du son mono craquant qui vous emmène, loin de la pureté new age d’aujourd’hui synonyme bien souvent de neutralité sémantique, au pays des éléphants et d’hommes capables au nom de leur croyance de s’élever au-delà d’eux-mêmes (on ne parle pas des Ecossais cornemusant of course). Image d’Epinal d’une Inde d’un autre temps appréhendée par un cinéma-médium tout juste parlant qui bégaye encore pour la nommer. Bref, c’est énorme, c’est épatant.

   
 

frederic grolleau

 

Gunga Din - 1939

Editeur Éditions Montparnasse - Zone 2 Prévu le 05 fév 2003 - 16 €

Classique Réalisateur : Georges Stevens Acteurs : Cary Grant, Victor MacLaglen, Douglas Fairbanks Jr, Sam Jaffe, Eduardo Ciannelli, Joan Fontaine Durée : 115 minutes

-  4/3

Format image 1.33

Format son Anglais : Dolby Mono Français : Dolby Mono

Sous-titres Français

bonus : Bande-annonce d’époque

 

 
     

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