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fredericgrolleau.com


Fabliaux

Publié le 16 Juillet 2012, 18:23pm

Catégories : #ESSAIS

Un hymne à la liberté de parole et de pensée face aux strates du pouvoir temporel et séculier.

 

Drolatiques ou érotiques, satiriques et critiques, les "fabliaux" du Moyen Age donnent souvent l’occasion à qui s’y risque d’entrer en contact avec une langue oubliée et un tour d’esprit où le perfide le dispute au coquin. Ici réunis puis commentés dans le dossier complémentaire par Aurélie Barre, ces courts textes à la fois nous font rire et nous donnent à concevoir la nature des relations, hiérarchiques et sociologiques avant l’heure qui étaient celles de nos aïeux.

 

L’amateur, éclairé ou non, pourra au choix consulter directement la mise en perspective des textes organisée en six points : Vie littéraire ("le contexte historique des fabliaux ; une période de grandes mutations") ; L’écrivain à sa table de travail ("les fabliaux, des contes à rire") ; Groupement de textes thématique ("le repas dans quelques textes médiévaux") ; Groupement de textes stylistique ("les procédés du comique") ; Chronologie ("le temps des fabliaux") et Éléments ("des pistes pour rendre compte de sa lecture") ou se délecter d’emblée en lisant dans l’ordre ou au hasard les toniques légendes moralisantes de Cortebarbe, Jean Bodel, Durand Garin et autre Rutebeuf.

 

Estula, Les trois aveugles de Compiègne, Les perdrix, Le Prêtre qui mangea les mûres, Saint Pierre et le jongleur, tous ces textes savoureux insistent de conserve sur des thématiques omniprésentes : celle du vilain (du serf) naïf toujours abusé par un plus madré que lui, du corps écclésiastique tant corrompu que goulu, de la satiété quasi paradisiaque offerte par une nourriture abondante et fort convoitée à ce titre, et celle de la femme éternelle tentatrice et mali(g)ne surprême.
Réunis par la grâce d’un récit qui emprunte ses tropes à la fable orale, ces sujets de préoccupation des auteurs médiévaux qui s’en font le roboratif écho surprennent par l’allégresse tout en ironie et virulence mêlées de la sagesse des nations qui s’y profile déjà. Des adages sentencieux et humoristiques qui sont présents en droit également dans la lecture d’image proposée par Alain Jaubert, s’attardant ici sur La nef des fous de Jérôme Bosh comme écho pictural de l’œuvre écrite.

 

À l’instar de ce que laisse présager la sulfureuse première de couverture du livre, on s’attend donc à un feu d’artifice afin d’achever en beauté cet hymne à la liberté de parole et de pensée face aux strates du pouvoir temporel et séculier. Mais que nenni, au lieu de cela, Jaubert nous inflige un insipide pensum sur l’historique de la toile et nous endort littéralement en chaussant ses pieds d’esthète officiel de vieux croquenots (pardon de l’anachronisme) éxégétiques déjà mille fois usés, soit le commentaire des postures de chaque membre du tableau, ce qu’a fait plus brillamment avant lui le romancier Gregory Norminton (La Nef des fous, Grasset, 2002).
Bref, on ressort déçu de cette soi-disant lecture de l’image qui fait du surplace en égrenant quelques poncifs boschiens mais cela n’enlève en rien le mérite de ces Fabliaux qui ragaillardissent la littérature populaire !

   
 

frederic grolleau

 

Collectif, Fabliaux, dossier et notes par Aurélie Barre, Gallimard, collection Folioplus classiques, 2005, 211 p. - 3,50 €.

 
     

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