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synthèse Matrix : LIBERATION OU CONDITIONNEMENT ?

Publié par frederic grolleau sur 26 Août 2006, 01:15am

Catégories : #ARTICLES PRESSE & DOSSIERS

SYNTHESE de documents MATRIX : LIBERATION OU CONDITIONNEMENT ?
 
Sujet proposé en avril 2005 pour le concours Team - ecole Esam - par Frédéric Grolleau.

Texte 1
 « Baudrillard décode Matrix »

« Pour Baudrillard, le théoricien de la postmodernité, le film des frères Wachowski est un symptôme instructif, le fétiche même de l’univers technologique qu’il semble dénoncer. Un produit de la culture de masse, suffisamment ambigu pour susciter les réactions de nombreux penseurs. Etrange monstre décidément, cette saga Matrix, qui charrie autant de détritus conceptuels new age que d’interprétations métaphysiques stimulantes. Tandis que le grand Slavoj Zizek livre un subtilissime décryptage lacanien du film dans Matrix ou la Double Perversion, le site de TF1 se met à citer La Critique de la raison pure, le philosophe Jean-Pierre Zarader y certifiant que « ce l’on redécouvre avec "Matrix", c’est la profondeur du kantisme ».
Pour ceux qui, absents de la planète Terre depuis environ trois ans, ne seraient pas encore entrés dans la Matrix, rappelons l’intrigue de ce véritable film d’horreur ontologique, qui emprunte autant à la gnose qu’à Philip K. Dick et à l’école de Francfort. Nous sommes au XXIIe siècle, le réel est détruit, et c’est peu de dire que l’Intelligence artificielle nous mène la vie dure. Enfermés dans des sortes d’alvéoles, les humains sont utilisés comme piles énergétiques par la Matrice, à la fois mère et machine, qui les maintient hallucinogènement dans l’illusion d’un réel disneylandisé. Une poignée d’irréductibles, emmenés par Neo, l’Elu, entreprend de réveiller l’humanité de cet « im-Monde », où la technique, à moins que ça ne soit le capitalisme avancé, la materne abusivement. Seul un dieu à lunettes noires pourrait encore nous sauver ?
Mais Matrix 2 nous assomme d’un terrible soupçon : et si la Matrice, cette mégacaverne de Platon, cette ordure numérique, avait déjà intégré et anéanti toute possible contestation ? Insensés, qui imaginions que la résistance pouvait être autre chose que l’ultime fiction. Référence pour les frères Wachowski, le grand sociologue de la postmodernité commente aujourd’hui pour nous cette déroutante paternité.
Le Nouvel Observateur. - Vos réflexions sur le réel et le virtuel sont l’une des références avancées par les réalisateurs de Matrix. (…) Le lien entre ce film et la vision que vous développiez par exemple dans Le Crime parfait est assez frappant. Cette évocation d’un « désert du réel », ces hommes-spectres totalement virtualisés, qui ne sont plus que la réserve énergétique d’objets pensants...
J. Baudrillard. - Oui, mais il y a déjà eu d’autres films qui traitaient de cette indistinction croissante entre le réel et le virtuel: The Truman Show, Minority Report ou même Mulholland Drive, le chef-d’œuvre de David Lynch. Matrix vaut surtout comme synthèse paroxystique de tout ça. Mais le dispositif y est plus grossier et ne suscite pas vraiment le trouble. Ou les personnages sont dans la Matrice, c’est-à-dire dans la numérisation des choses. Ou ils sont radicalement en dehors, en l’occurrence à Zion, la cité des résistants. Or ce qui serait intéressant, c’est de montrer ce qui se passe à la jointure des deux mondes. Mais ce qui est avant tout gênant dans ce film, c’est que le problème nouveau posé par la simulation y est confondu avec celui, très classique, de l’illusion, qu’on trouvait déjà chez Platon. Là, il y a un vrai malentendu.
Le monde vu comme illusion radicale, voilà un problème qui s’est posé à toutes les grandes cultures et qu’elles ont résolu par l’art et la symbolisation. Ce que nous avons inventé, nous, pour supporter cette souffrance, c’est un réel simulé, un univers virtuel d’où est expurgé ce qu’il y a de dangereux, de négatif, et qui supplante désormais le réel, qui en est la solution finale. Or Matrix participe complètement de ça ! Tout ce qui est de l’ordre du rêve, de l’utopie, du fantasme y est donné à voir, « réalisé ». On est dans la transparence intégrale. Matrix, c’est un peu le film sur la Matrice qu’aurait pu fabriquer la Matrice.
N. O. - C’est aussi un film qui entend dénoncer l’aliénation techniciste et qui joue en même temps entièrement sur la fascination exercée par l’univers numérique et les images de synthèse...
J. Baudrillard. - Ce qui est très frappant dans Matrix 2, c’est qu’il n’y a pas une lueur d’ironie qui permette au spectateur de prendre ce gigantesque effet spécial à revers. Pas une séquence qui aurait ce « punctum » dont parle Barthes, ce truc saisissant qui vous mette face à une véritable image. C’est du reste ce qui fait du film un symptôme instructif, et le fétiche même de cet univers des technologies de l’écran, où il n’y a plus de distinction entre le réel et l’imaginaire. Matrix est à cet égard un objet extravagant, à la fois candide et pervers, où il n’y a ni en deçà ni au-delà. Le pseudo-Freud qui parle à la fin du film le dit bien : à un moment, on a dû reprogrammer la Matrice pour intégrer les anomalies dans l’équation. Et vous, les opposants, vous en faites partie. On est donc, semble-t-il, dans un circuit virtuel total où il n’y a pas d’extérieur. Là encore, je suis en désaccord théorique ! (Rires.) Matrix donne l’image d’une toute-puissance monopolistique de la situation actuelle, et collabore donc à sa réfraction. Au fond, sa dissémination à l’échelle mondiale fait partie du film lui-même. Là, il faut reprendre McLuhan: le message, c’est le médium. Le message de Matrix, c’est sa diffusion elle-même, par contamination proliférante et incontrôlable. »

Entretien dans Le Nouvel Observateur, semaine du jeudi 12 juin 2003 - n°2014

Texte 2
Matrix, abêtissement ou gadgétosophie ?
 «Nous sommes le cheptel des machines»

 « A quoi tient le succès populaire de Matrix ? Pertinence de la métaphore, rouerie de la morale. Fable des temps présents, Matrix exprime de manière percutante ce que nos contemporains commencent à éprouver dans leur chair et dont Nietzsche le premier eut l’intuition: «L’humanité emploie sans compter tous les individus comme combustible pour chauffer ses grandes machines.» Les ordinateurs n’ont pas d’accès direct à l’énergie. Ils ont besoin de nous pour la capter. Nous sommes devenus de simples maillons dans la chaîne alimentaire des machines. Leur cheptel.
Cette domestication de l’homme par la machine réplique un autre drame, dont résulta la cellule vivante « moderne »: à l’origine, elle non plus ne savait pas exploiter l’énergie solaire. A cette fin, elle s’associa, au cours de l’évolution, avec une bactérie spécialisée, qui aujourd’hui fait partie intégrante de nos cellules: la mitochondrie. L’homme est aux ordinateurs ce que la mitochondrie est à l’homme: un pur convertisseur d’énergie.
L’incorporation de l’homme à la machine ne va pas sans d’immenses souffrances. D’où l’importance des techniques hallucinogènes - grâce auxquelles nous prenons nos existences aliénées pour d’authentiques bonheurs - au premier rang desquelles figurent les arts multimédias et virtuels, précurseurs de la future Matrice, mère de toutes les illusions. Voilà ce que dit Matrix et qu’au fond de lui-même chacun éprouve comme vrai. Mais cette vérité se double d’un lénifiant mensonge: celui de faire croire en la possibilité d’une résistance. Ruse suprême de la Matrice qui, tout en désignant le processus par lequel elle nous asservit, en désamorce la charge anxiogène. A la Matrice, il faudrait opposer, non des guerriers de chair et d’os comme Neo, mais un dispositif impersonnel inverse. Mais nous touchons là aux limites de la pensée humaine, peu outillée pour imaginer des actions sans agents. Le premier film hollywoodien véritablement posthumain - dont le héros serait un dispositif - reste encore à venir. »

Jean-Michel Truong 


 « Gadgétosophie »

« L’Image, comme la Science, ne pense pas. Le contenu de Matrix ? De la philo fast-food tirée d’un sous-roman science-fictif, agrémentée d’une salade syncrétique à la sauce socrato-christiano-kungfuo-bouddhique. Avec sa parabole de Tcheou rêvant qu’il est un papillon et ne sachant plus au réveil s’il n’est pas plutôt un papillon rêvant qu’il est Tcheou, Tchouang-tseu avait indépassablement posé, trois siècles avant J.-C., la spirale dialectique de la virtualité et de la réalité. Rien de nouveau sous les spotlights de Hollywood.
C’est d’abord comme contenant que Matrix innove. Il s’agit littéralement d’un gigantesque gadget, soit un objet vide de sens assurant l’autopromotion planétaire de ce vide. Et pour peu qu’on prenne au sérieux les tirades des personnages (en particulier dans Matrix 2 illustré par une violente charge contre la langue française, résumée à de « la soie pour se torcher le cul »!), le film se révèle une machine de guerre en faveur de l’Image (le contraire eût été étonnant de la part d’un blockbuster dopé au numérique) et de sa propension à s’autoréguler, à s’autocritiquer et à combattre et résorber sa propre nocivité hypnotique et despotique. Là est le leurre.
Sur le site Internet de Matrix, à droite d’« Acheter un tee-shirt », à gauche de « Voir une bande-annonce », un bouton s’intitule « Philosophie ». Les universitaires qui s’y expriment ont beau citer Descartes et Kant, ces « philosophes » ne sont que des moucherons gravitant autour de l’ampoule du numérique. Tandis qu’ils rêvent qu’ils philosophent sur la « pensée » de Matrix, les réalisateurs concoctent leur prochain jeu vidéo, le film n’étant, comme les gadgétosophes eux-mêmes, qu’un fragment d’un plus vaste et plus vain puzzle. En 1967, Debord écrivait précisément à propos du gadget: «Le seul usage qui s’exprime encore ici est l’usage fondamental de la soumission.»
Gadgétosophes hollywoodiens, encore un effort pour vous extirper du Spectacle. »

Stéphane Zagdanski

Articles, in Le Nouvel Observateur, semaine du jeudi 19 juin 2003 - n°2015


Texte 3
 Le Désert du réel

 
« A l'origine, Matrix se veut un film d’action d'inspiration cyberpunk. Cette culture, au départ fortement littéraire, née à la croisée de la contestation underground et de l'apparition des tout premiers ordinateurs personnels, n’a jamais été avare en digressions existentielles ou nihilistes. Très tôt, le cyberpunk prophétisait une industrie qui contiendrait en son sein toutes les autres industries, et remodèlerait ainsi les sociétés qui y gravitaient. Enfin, l'idée même que cette intégration des industries, cette profonde réorganisation sociale, se ferait, au moins partiellement, sous l’autorité d'intelligences artificielles, amenait à poser plus clairement le sens de l'intelligence humaine sans hésiter à clarifier ses rapports étroits avec l'intelligence artificielle, question de contrôle des technologies, question de survie de l'espèce.
Matrix, qui est sorti à une époque où le cyberespace avait déjà accompli la prophétie d'une industrie globalisante, s'est présenté à ses spectateurs sous la forme d'une aventure religieuse dans un univers informatique. Religion et Informatique sont deux notions que la majorité des spectateurs maîtrisent dans leurs résonances philosophiques les plus simples. Mais le premier Matrix s'est également permis, dès ses premières minutes, de malmener ces notions simples. Le premier film est aussi celui qui joue le plus clairement de l'analogie avec notre " monde  réel ", et surtout du système d'écran, de projection, de réflexions, comme l'ont justement noté plusieurs critiques à l'époque. (…)
On a pu lire dans certaines colonnes que Matrix était une forme nouvelle de résistance à l'emprise médiatique, qui avait éclos au sein même d'un des plus puissants groupes médiatiques contemporains (AOL-Time Warner), bref un symbole de la subversion si chère à nos âmes cinéphiles européennes. L'idée peut séduire si l'on se persuade effectivement que nous vivons dans une oligarchie, où notre monde bien réel serait sous la coupe exclusive de puissants groupes médiatiques, et où, pour paraphraser le Network de Sidney Lumet, on nous demanderait " d'éteindre cet écran " pour cesser d'alimenter la machine.
Mais Matrix ne nous ordonne ni d'éteindre l'écran, ni de renverser un pouvoir en place. La saga est construite, au premier niveau, sur un principe immémorial de parcours transcendantal et elle exige de nous, à un niveau plus délicat, un fonctionnement intuitif totalement " déraisonnable " qui nous rend de plus en plus aveugles face aux évènements alors que nous nous imaginons de plus en plus alertes du simple fait de les regarder.
Un très grand nombre de films ont déjà, par le passé, alerté le spectateur sur son rapport à l'image et/ou la fiction. Cela se faisait par la mise en abîme(Network, Vidéodrome), la satire (Starship Troopers), l'invitation explicite ou implicite à une réflexion plus ou moins fine (Un homme dans la Foule, Truman Show, EDTV, Mad City, Héros Malgré Lui etc.).
Mais à notre connaissance, la saga Matrix est la première oeuvre cinématographique à traiter explicitement du conditionnement tout en donnant les outils qui démontrent les mécanismes du conditionnement tout en exerçant ce conditionnement !
Que les spectateurs voient dans Matrix le parcours d'un programme, remontant à la source de son univers immatériel, pour la féconder d'une humanité que toute la machinerie appelle de ses voeux ; où qu'ils préfèrent y voir l'analogie de leur propre humanité en assimilant l'intégralité de cet univers à un cerveau humain et à ses composantes en " guerre " (cette dernière proposition se heurtant à la symbolique trop précise de l'oeuvre), le simple récit à l'écran est de toute manière submergé par l'activité en cours dans la salle de projection.
La saga Matrix a bel et bien vocation à créer un déclic, à provoquer un événement qui dépasse les limites théoriques de la fiction et le rôle toléré d'un film en société. Qu'il s'agisse du jeu de piste auquel elle invite, et que tant de spectateurs ont décidé d'emprunter, qu'il s'agisse de sa façon d'occuper notre espace médiatique sans jamais nous ordonner une clé de lecture spécifique (alors que le marketing, en tant que propagande, fait exactement l'inverse), la saga Matrix est une succession de coups de marteau, de vitres grasses qu'on nettoie avec force et dans un vacarme épouvantable. Elle est l'expérience active d'une certaine philosophie dans un univers où l'exposé philosophique n'aurait aucune chance d'aboutir car immédiatement digéré par le système qu'il prétend étudier.
" (.) je pense que s'il y a un point extérieur d'où on puisse fonctionner, extérieur à ce système, à ce moment-là, il faut vraiment prendre le parti - ça fait un peu prétentieux - de la pensée, de la théorie, etc. Or, elle doit être radicalement et rigoureusement en dehors, c'est-à-dire qu'elle doit être un défi au monde réel, une fiction, elle doit tenter d'inventer d'autres formes et non pas d'essayer de disculper ou de réinventer des valeurs qui sont de toutes façons perdues. " (Jean Baudrillard, entretien aux Humains Associés)
Certes, tout ceci participe intuitivement au succès commercial de la saga et à la fascination provoquée sur les foules, mais on serait bien en peine d'expliquer cette fascination sans évoquer, tôt ou tard, des concepts qui échappent à une conception circoncise de la fiction. Car, nous avons vu que chaque élément du récit ou de la thématique du film naît essentiellement de l'activité de son spectateur, principal responsable de son aliénation, de sa soumission au simulacre. Un spectateur dont l'intuition est un obstacle à sa compréhension purement logique des éléments qui l'entourent. Mais une intuition qui renferme également ces anomalies systémiques qui échappent à la logique pure (foi, amour, appelez-les comme vous voulez) et qui s'avèrent paradoxalement la source d'une éventuelle transcendance. Un spectateur que l'on invite à arpenter le chemin au travers du réseau de simulacres qui constitue son univers (ciné, TV, vidéo, Internet etc.) avec, pour seule chance de survie et seule chance d'aboutir, la croyance intime qu'il peut être autre chose qu'une entité programmable, et clamer ainsi son humanité.
Matrix est un happening artistique.
En terme d'échelles, le plus gigantesque des happenings jamais tentés. »

Rafik Djoumi (rédacteur en chef du site Matrix-Happening.net)
http://www.matrix-happening.net

Synthèse de documents Matrix
par Frédéric Grolleau


Depuis sa promotion commerciale  jusqu'à sa sortie en salle, Matrix - oeuvre S-F en trois volets des frères Wachowski où le réel est détruit et où l'intelligence artificielle règne sur le monde - a suscité la curiosité et l'intérêt de tous. Mais, par delà son succès, quel est le sens de ce film confrontant de manière percutante le réel et le virtuel ? Matrix traite-t-il du conditionnement du spectateur ou est-il synonyme de libération de l'homme face à la machine ?
Les avis sont partagés mais certains penseurs (J. Baudrillard, J-M Truong, S. Zagdanski, dans des articles parus dans
Le Nouvel Observateur et R. Djoumi, sur le site Internet dédié à la triologie) s'essayent dans ce corpus de textes au décodage du message philosophique véhiculé par cette fascinante oeuvre du 7eme art.

Deux courants se distinguent parmi les trois documents proposés : le premier (J.-M. Truong, R. Djoumi) prône la profondeur des thèses philosophiques illustrées par le film ; le second (J. Baudrillard, Zagdanski) y voit un pastiche beaucoup moins flatteur, allant jusqu'à qualifier le film de "gadgetosophie"....
Les auteurs sont cependant unanimes : Matrix montre bien le lien entre le réel et le virtuel en dénonçant le pouvoir des technologies sur l'homme. Comme l'énonce Truong, les machines ont besoin de nous, et inversement. Ainsi, pour Baudrillard, il s'agit bien d'une libération qui se reflète dans le problème de la relation entre illusion et simulation. De même, Djoumi, le plus partisan de tous les critiques, affirme que le but du film n'est autre que de permettre au spectateur d'échapper à la soumission : ce sont les anomalies échappant à la logique qui permettent une libération, c'est-à-dire l'humanité. Encore faut-il définir la nature de cette libération....

En effet, si Truong, dont l'analyse s'oppose radicalement à celles de Baudrillard et Djoumi, voit dans Matrix "une fable des temps présents" qui met en image la domestication de l'homme par la machine, Zagdanski, au contraire de tous les auteurs, réduit Matrix à un gadget vide de sens qui n'apporte rien de nouveau et qui, même si le spectateur est amené à réfléchir par son entremise, reste très éloigné des exigences de la philosophie.
Ce qui n'empêche pas que l'auteur reconnaisse que le film est aussi "une machine contre l'image". Plus terre à terre, Djoumi voit dans l'aventure de Matrix de l'action, un rapport étroit entre les intelligences humaine et artifcielle : l'activité du spectateur est alors essentielle car lui seul choisit d'y croire ou non.

Quoi qu'il en soit, Baudrillard reproche au film de ne pas assez insister sur la frontière entre le réel et l'illusion, thèse que soutient Djoumi remarquant que le film malmène le spectateur en ne définissant pas vraiment ces deux notions clefs. Pour Baudrillard, les situations du film sont ambigues en ce sens que viennent se mêler aux idées novatrices des idées classiques. Il en conclut alors, tout comme Zagdanski, que Matrix n' a pas de but "concret", que c'est un film trop abstrait auquel on ne peut pas se référer. Il est rejoint en cela par Djoumi, lequel admet lui aussi que le film a indéniablement un rôle commercial, même s'il pense que son but premier est de créer un"déclic " chez le spectateur - thèse que demént Truong, qui observe que la résistance contre les machines ne peut s'accomplir du seuil même de l'humanité...

Matrix était donc un pari osé pour les réalisateurs qui aura provoqué de nombreuses réactions. Instructif pour les uns, gadget commercial pour les autres, ou enfin tout simplement "grande aventure religieuse dans un univers informatique", la saga des frères Wachowski, s'accordent tous les auteurs du corpus, malmène les notions qu'elle traite.
Matrix est donc basé sur une conflictualité constante qui fait perdre en fin de compte son message de départ. Autant de raisons qui incitent à penser qu'en définitive, au-delà de son apparence libératrice, le film illustre surtout le conditionnement de la pensée humaine.

copyright : www.fredericgrolleau.com

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