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Lundi 2 octobre 2006
Festival de Philosophie

2e Festival francophone de Philosophie "La cité et le Pouvoir"
14-17 septembre 2006, Université Miséricorde et Collège Saint-Michel, Fribourg - CH

Evénement
quand : 16.09.2006 | 20.00 h
Titre de l'événement Matrix, métaphore de la ville virtuelle
Où : Aula du Collège Saint-Michel - Fribourg
Catégorie : Samedi 16-09

Description événement:
Patrice Maniglier, Thierry Crouzet et Frédéric Grolleau

Débat organisé par ISOC et Rezonance/First

Nous avons commencé à écrire Matrix en partant de l’idée que toutes les choses que nous croyons réelles, que tous les objets qui nous entourent, sont en fait élaborés par un univers électronique : la Matrice, expliquent les frères Larry et Andy Wachowski.

Est-ce que la société existe ? Ou vit-on dans une illusion du réel...? Selon un philosophe, on pourrait accepter de vivre dans une illusion, du moment que ne l'on n'a pas conscience que c'est une illusion.

Pour certain Matrix a marqué un tournant dans le cinéma, abordant tout au long de sa trilogie, plusieurs courants philosophiques fondamentaux. Pour d'autres, il ne s'agissait que d'un "tout ménage" commercial emballé dans papier philosophique aguichant.

La polémique soulevée par Matrix a permis d'ouvrir un vrai débat sur la perception de notre société, de ses valeurs et de ses réalités, à une époque où celles-ci sont récupérées par les modèles publicitaires, ou instrumentalisées par des communicants peu scrupuleux

En plus d'apporter des éléments de réponse sur la controverse "matrixienne", ce débat permettra d'entamer une réflexion sur les philosophes antiques, et l'application de leur pensée à la société moderne. Est-ce que le référent commun qu'est le cinéma, en fait l'outil idéal à la "projection philosophique" ? Ou peut-on voir un danger à une vulgarisation trop poussée ? Quels sont les garde-fous ?

Ce First, organisé dans la cadre d'une collaboration avec Internet Society Geneva et le Club suisse de la presse vous invite à venir vous immerger dans la "matrice" et partager cet espace philosophique avec les différents intervenants le samedi 16 septembre à 20h00, à Fribourg.


Cette conférence sera suivie le lendemain, à 14h30, au même endroit, par une deuxième exploration de l'environnement philosophique de Matrix, par Patrice Maniglier : "À nouvelle pensée de la machine, nouvelle figure de la cité"


A propos des orateurs

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Patrice Maniglier, docteur et agrégé de philosophie, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm), enseigne la philosophie au Centre International d’Etude de la Philosophie française contemporaine. Il s’intéresse plus particulièrement à la philosophie française d’après guerre, aux enjeux à la fois philosophiques et théoriques du «structuralisme» conçu comme matrice toujours actuelle de la création philosophique sollicitée par son dehors. Il est l’auteur du Vocabulaire de Lévi-Strauss (Ellipses 2002) et de La Culture (Ellipses 2003). Il vient de publier La vie énigmatique des signes : Saussure et la naissance du structuralisme aux éditions Léo Scheer (2006).

Thierry Crouzet, Depuis le début des années 1980, il baigne dans l’informatique. Bidouilleur, puis ingénieur, après journaliste et maintenant écrivain, il a vécu la monté en puissance de la pensée réseau. Avec son dernier livre, Le peuple des connecteurs, il a essayé d’en mesurer les conséquences politiques. Son prochain livre, Le cinquième pouvoir, montrera que les citoyens, fédérés grâce aux nouvelles technologies de communication, vont devenir les acteurs majeurs de la vie démocratique.

Frédéric Grolleau, Critique littéraire, Frédéric Grolleau est le directeur de la publication du magazine Le Littéraire www.lelitteraire.com et co-producteur/présentateur de l'émission de webtv Les Chroniques de San Fredo (www.sanfredo.com). Philosophe de formation, spécialiste de la bande-dessinée, de la science-fiction et du cinéma, il a été baptisé le "Pivot du web" par les journalistes du Monde en avril 2000. Il est l'auteur de plusieurs romans, nouvelles et d'ouvrages de philosophie destinés aux classes préparatoires H.E.C, ainsi que de nombreux articles dans le domaine de la critique de l'actualité éditoriale. Outre "Le littéraire", Frédéric Grolleau est à l'origine du site LHDM, ainsi que du site Coldo-Philo www.webzinemaker.com/esm05 - site personnel : www.fredericgrolleau.com

Localisation
Emplacement Aula du Collège Saint-Michel
Page d'accueil : http://map.search.ch/fribourg/st-pierre-canisius-10
Rue : St-Pierre-Canisius 10
Code postal : 1700
Ville Fribourg
Pays : CH
Matrix et philosophie

lundi, octobre 2, 2006, 00:37 - Général, Tendances

Nous avons fait récemment une critique d'un débat consacré à Matrix dans le cadre du 2ème Festival de philosophie de Fribourg. Suite à cette critique, un des intervenants du débat, Frédéric Grolleau, m'a transmis un lien conduisant vers le texte qu'il avait préparé pour cette soirée et qu'il n'a pas pu présenter complètement, le débat avec le public ayant démarré très vite.
:-)Ce n'est pas que je veuille me faire pardonner en publiant un lien vers lui ici, mais j'ai trouvé cet article vraiment très intéressant. Je pense que s'il avait pu être prononcé lors du débat, cela aurait éclairci bien des points.


       p. maniglier                f. grolleau             t. crouzet

Il comporte trois parties:

- une critique très fouillée de Matrix
- la différence entre réel et virtuel, où il est fait référence aux travaux de Gilles Deleuze et de Pierre Lévy, auxquels nous nous référons souvent ici. L'auteur y relate aussi une expérience de pensée du philosophe américain John Searl à propos d'un homme enfermé dans une chambre avec des manuels de chinois et les règles pour les utiliser. L'homme peut ainsi répondre à des questions posées par un vrai Chinois, sans parler lui-même le chinois. Pour ce philosophe, il en va de même pour une machine de Turing (à la base de l'architecture de nos ordinateurs): elle ne fait que combiner des états, lesquels ne sont pas pour elle des symboles, même s'ils le sont pour ses constructeurs ou les hommes qui l'observent.
- la question du réalisme. C'est une partie très intéressante de l'article, qui pose la question essentielle de l'existence de la réalité en dehors de la construction que nous en avons (toujours la caverne de Platon). On y trouve une autre expérience de pensée de Hilary Putnam, celle d'un cerveau déposé dans une cuve remplie de liquide nutritif et relié à des ordinateurs procurant à ce cerveau l'illusion de ce qui est normal. Comment ce cerveau pourrait-il s'apercevoir qu'il est dans une cuve et non pas là où l'ordinateur lui fait croire qu'il est?

En conclusion, Frédéric Grolleau démontre que la philosophie peut nous permettre de réfléchir à ce qui est en train de se passer aujourd'hui sous nos yeux: une informatisation toujours plus importante du monde, une virtualisation des activités grâce à Internet, un développement des univers virtuels, des "matrices" (avec toutes les addictions que cela entraîne, preuve que le passage de la simulation au simulacre n'est pas un phénomène isolé). Il y a en effet, une certaine urgence à construire des ponts entre les philosophes, les scientifiques et tous ceux qui s'intéressent au fonctionnement d'Internet et aux interfaces homme-machine, afin de trouver des réponses à toutes ces questions si neuves, auxquelles même des philosophes très anciens peuvent contribuer à répondre. Cet article a en tout cas le mérite de nous indiquer certains auteurs dont la lecture semble incontournable.


http://www.fredericgrolleau.com/article-4014871.html

Frédéric Grolleau entretient aussi Coldo-Philo, un site sur lequel on trouve des textes philosophiques fondamentaux:

http://www.webzinemaker.com/esm05/index.php3

On y retrouve les deux expériences de pensée mentionnées:

H. Putnam, Cuve & cerveau


J. Searle, La Chambre chinoise

 

 

 
par frederic grolleau publié dans : OEUVRES PERSONNELLES & Revues de Presse
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Dimanche 1 octobre 2006

Suite de  la partie 1

5) La vérité comme saut kierkegaardien

Or, cette liberté du sujet dans la précarité de son rapport au monde et à l’histoire, liberté indispensable faute de laquelle le savoir objectif n’est rien, n’est-ce pas, au confluent des pensées de Descartes, Hegel et Heidegger, Kierkegaard qui l’accomplit ? S’emportant contre les tentatives des différentes connaissances d’entendement voulant à tout prix se donner un objet, et contre la logique de Hegel qui intègre la temporalité d’une dialectique de la pensée où se déploie dans un mouvement conjoint l’être et la pensée, Kierkegaard demande qu’on n’omette pas la question du sujet.
Critiquant directement le système totalisant de Hegel, le rationalisme des Lumières et la pensée de Lessing dans la 2ème partie du Post-Scriptum, il entend rappeler qu’un système où l’Absolu est résultat ne donne pas droit de cité à l’individu existant. “ Car exister, c’est devenir ”. Et ce devenir du sujet existant, Kierkegaard ne le conçoit pas autrement que dans le déploiement de la subjectivité dans son rapport au vrai. “ La vérité est la subjectivité ” clame Johannes Climacus dans le Post-Scriptum. Afin d’éviter toute dérive subjectiviste, on préfèrera cette traduction : “ la vérité, c’est de devenir sujet ”.
Kierkegaard craint en effet que dans l’unité de l’être et de l’objet, l’existant soit manipulé et son rapport à la vérité oblitéré. Or il est essentiel que ce rapport soit clarifié et spécifié : “ Le système, c’est l’unité du sujet-objet, de l’objet et de la pensée (…) Au contraire, l’existence les sépare (…). Parler philosophiquement, ce n’est pas tenir un langage fantastique à des êtres eux-mêmes fantastiques, mais à des existants ” (Post-Scriptum, éd. de l’Orante, X). Kierkegaard pense ainsi que la reconnaissance de la vérité ne peut être le seul redoublement de la pensée par l’être : elle consiste bien plutôt dans le “ comment le sujet se rapporte à la vérité ”. Avant le “ ce que ” que le langage objectif peut tenir pour exprimer la vérité, prime donc le “ comment ” je me situe par rapport à elle, et qui suppose un “ saut ”, à la jonction de l’être et du temps, dans “ l’instant ”. La vérité, c’est le “ comment le sujet opère la reprise de sa liberté dans la répétition ”.

Toutefois, ce saut qui prétend nous faire reconnaître la vérité que le savoir totalisant ou d’entendement ne prétend nous faire connaître, par l’Absolu ou les catégories logiques, que comme une connaissance transindividuelle, n’est pas celui du philosophe aux yeux bandés et qui tombe dans l’abîme : c’est le pas du danseur qui exulte, après un difficile effort à la reconquête de sa liberté. La subjectivité est ainsi requise pour que l’individu auparavant abandonné aux catégories du savoir abstrait ne risque pas de “ se retrouver hors de lui-même ”, croyant illusoirement réaliser son essence : “ Que l’on définisse empiriquement la vérité comme l’accord de ma pensée avec l’être, ou plus idéalement comme l’accord de l’être avec ma pensée, il faut bien voir si dans les deux cas, l’esprit humain appliqué à la connaissance n’est pas relégué par quelque duperie dans l’indéterminé (…) et si, jouet de l’imagination, il ne devient pas quelque chose que nul existant n’a été et ne sera jamais ” (ib. Nous soulignons).

Il importe en effet de maintenir que le devenir est libre et ne coïncide pas avec la “ fin d’un système ” nécessaire qui est reportée indéfiniment dans l’histoire. Alors l’individu n’est-il plus confondu avec l’Universel et l’instant avec le moment. Chacun se rapporte librement à ce qui lui paraît la vérité en la reconnaissant précisément à ce qu’elle s’apparente à un travail infini de l’intériorité en soi-même assimilable à cette “ passion de l’existence dans le temps ” qu’est la foi pour Kierkegaard. Exister en vue de la vérité, c’est œuvrer à l’accomplissement patient de soi dans le temps en promouvant un rapport au vrai qui rende compte du paradoxe qu’est la présence de l’éternité dans le temps et du temps dans l’instant, du possible et du nécessaire dans le réel. Contre l’observation objective qui ne produit qu’une connaissance abstraite, l’examen de l’intériorité comme passion infinie de l’existence se manifeste comme seule reconnaissance acceptable de la vérité. Car elle enseigne à transmettre celle-ci, sur le modèle de l’Evangile selon saint-Jean : “ Je suis la vérité, le chemin, la vie ” (XIV, 6), non par la violence mais dans l’effacement de soi qui fait don à l’autre de sa liberté : “ L’incertitude objective maintenue dans l’appropriation de l’intériorité la plus passionnée, telle est la définition de la vérité, la plus haute vérité qui soit pour un existant ” (ib. ; nous soulignons).

Jean Wahl a bien raison de dire dans ses Etudes kierkegaardiennes que “ la théorie de la vérité est chez Kierkegaard une théorie de la croyance ”. Mais il rajoute : “ et cette croyance, c’est l’amour de l’éternité ”. Ainsi retrouvons-nous à la fin de ce chemin un renvoi à la ration des “ vérités éternelles ” et de l’ “ irrésistibilité de la croyance ” chez Descartes par lequel nous avions entrepris de le frayer. Il nous reste à déterminer en conclusion en quoi cette croyance qu’est l’amour de la vérité, selon le mot de saint-Augustin cité en introduction, peut resplendir dans le langage.

Or, cette liberté du sujet dans la précarité de son rapport au monde et à l’histoire, liberté indispensable faute de laquelle le savoir objectif n’est rien, n’est-ce pas, au confluent des pensées de Descartes, Hegel et Heidegger, Kierkegaard qui l’accomplit ? S’emportant contre les tentatives des différentes connaissances d’entendement voulant à tout prix se donner un objet, et contre la logique de Hegel qui intègre la temporalité d’une dialectique de la pensée où se déploie dans un mouvement conjoint l’être et la pensée, Kierkegaard demande qu’on n’omette pas la question du sujet. Critiquant directement le système totalisant de Hegel, le rationalisme des Lumières et la pensée de Lessing dans la 2ème partie du Post-Scriptum, il entend rappeler qu’un système où l’Absolu est résultat ne donne pas droit de cité à l’individu existant. “ Car exister, c’est devenir ”.

Et ce devenir du sujet existant, Kierkegaard ne le conçoit pas autrement que dans le déploiement de la subjectivité dans son rapport au vrai. “ La vérité est la subjectivité ” clame Johannes Climacus dans le Post-Scriptum. Afin d’éviter toute dérive subjectiviste, on préfèrera cette traduction : “ la vérité, c’est de devenir sujet ”. Kierkegaard craint en effet que dans l’unité de l’être et de l’objet, l’existant soit manipulé et son rapport à la vérité oblitéré. Or il est essentiel que ce rapport soit clarifié et spécifié : “ Le système, c’est l’unité du sujet-objet, de l’objet et de la pensée (…) Au contraire, l’existence les sépare (…). Parler philosophiquement, ce n’est pas tenir un langage fantastique à des êtres eux-mêmes fantastiques, mais à des existants ” (Post-Scriptum, éd. de l’Orante, X). Kierkegaard pense ainsi que la reconnaissance de la vérité ne peut être le seul redoublement de la pensée par l’être : elle consiste bien plutôt dans le “ comment le sujet se rapporte à la vérité ”. Avant le “ ce que ” que le langage objectif peut tenir pour exprimer la vérité, prime donc le “ comment ” je me situe par rapport à elle, et qui suppose un “ saut ”, à la jonction de l’être et du temps, dans “ l’instant ”. La vérité, c’est le “ comment le sujet opère la reprise de sa liberté dans la répétition ”.

Toutefois, ce saut qui prétend nous faire reconnaître la vérité que le savoir totalisant ou d’entendement ne prétend nous faire connaître, par l’Absolu ou les catégories logiques, que comme une connaissance transindividuelle, n’est pas celui du philosophe aux yeux bandés et qui tombe dans l’abîme : c’est le pas du danseur qui exulte, après un difficile effort à la reconquête de sa liberté. La subjectivité est ainsi requise pour que l’individu auparavant abandonné aux catégories du savoir abstrait ne risque pas de “ se retrouver hors de lui-même ”, croyant illusoirement réaliser son essence : “ Que l’on définisse empiriquement la vérité comme l’accord de ma pensée avec l’être, ou plus idéalement comme l’accord de l’être avec ma pensée, il faut bien voir si dans les deux cas, l’esprit humain appliqué à la connaissance n’est pas relégué par quelque duperie dans l’indéterminé (…) et si, jouet de l’imagination, il ne devient pas quelque chose que nul existant n’a été et ne sera jamais ” (ib. Nous soulignons).

Il importe en effet de maintenir que le devenir est libre et ne coïncide pas avec la “ fin d’un système ” nécessaire qui est reportée indéfiniment dans l’histoire. Alors l’individu n’est-il plus confondu avec l’Universel et l’instant avec le moment. Chacun se rapporte librement à ce qui lui paraît la vérité en la reconnaissant précisément à ce qu’elle s’apparente à un travail infini de l’intériorité en soi-même assimilable à cette “ passion de l’existence dans le temps ” qu’est la foi pour Kierkegaard. Exister en vue de la vérité, c’est œuvrer à l’accomplissement patient de soi dans le temps en promouvant un rapport au vrai qui rende compte du paradoxe qu’est la présence de l’éternité dans le temps et du temps dans l’instant, du possible et du nécessaire dans le réel. Contre l’observation objective qui ne produit qu’une connaissance abstraite, l’examen de l’intériorité comme passion infinie de l’existence se manifeste comme seule reconnaissance acceptable de la vérité.

Car elle enseigne à transmettre celle-ci, sur le modèle de l’Evangile selon saint-Jean : “ Je suis la vérité, le chemin, la vie ” (XIV, 6), non par la violence mais dans l’effacement de soi qui fait don à l’autre de sa liberté : “ L’incertitude objective maintenue dans l’appropriation de l’intériorité la plus passionnée, telle est la définition de la vérité, la plus haute vérité qui soit pour un existant ” (ib. ; nous soulignons). Jean Wahl a bien raison de dire dans ses Etudes kierkegaardiennes que “ la théorie de la vérité est chez Kierkegaard une théorie de la croyance ”. Mais il rajoute : “ et cette croyance, c’est l’amour de l’éternité ”. Ainsi retrouvons-nous à la fin de ce chemin un renvoi à la ration des “ vérités éternelles ” et de l’ “ irrésistibilité de la croyance ” chez Descartes par lequel nous avions entrepris de le frayer. Il nous reste à déterminer en conclusion en quoi cette croyance qu’est l’amour de la vérité, selon le mot de saint-Augustin cité en introduction, peut resplendir dans le langage.


Conclusion

Ce qui importe par conséquent dans la “ reconnaissance de la vérité ”, c’est avant toutes choses le langage par lequel elle se dit. C’est que, “ vraisemblablement ”, le chemin qu’est la vérité ne se réduit pas à la méthode (méta-hodos en grec : le chemin accompagné de son mode d’emploi, balisé par des repères objectifs de la reconnaissance objective). Bien au contraire requiert-elle de sortir de soi et d’affronter l’Autre (non le monde objectif mais l’homme, l’histoire) avant que de revenir à soi.
Tout le drame de cette reconnaissance et de cette difficile quête tient alors dans le monologue de Bérenger dans la pièce de Ionesco, Tueurs sans gages (Gallimard, 1948). Bérenger y est victime, dans ses proches et dans ses biens, d’un tueur dont il ne comprend pas les mobiles. Il ne cesse de soliloquer mais en lui posant des questions afin de connaître sa vérité. Par ses paroles, il espère que l’autre lui répondra et lui donnera un minimun de repères. Mais le tueur hausse les épaules, ricane et ne dit pas un mot. Bérenger ne peut trouver une vérité par delà les mots et à laquelle il pourrait se raccrocher, où il serait à même de se reconnaître.

Il ne cesse de pousser l’Autre à lui répondre afin qu’il puisse lui-même s’entendre et trouver ce chemin qui mène à la vérité, en passant nécessairement par l’autre : “ Ecoutez, je vais vous faire un aveu : moi aussi souvent, je doute de tout, du sens et de l’utilité de la vie, de mes valeurs et de toutes les dialectiques (…) Je ne sais plus du tout où j’en suis, moi, je ne sais plus. Peut-être vous êtes dans l’erreur, peut-être l’erreur n’existe pas, peut-être c’est nous qui sommes dans l’erreur de vouloir exister…Je ne sais, je ne sais. Qu’en pensez-vous ? Expliquez-vous, expliquez-vous donc (…)”.

Mais devant le silence et le mutisme de l’Autre, il ne sert plus de vérité à dire. Bérenger comprend que l’individu seul ne peut reconnaître la vérité, mais qu’elle lui échappe aussi quand il est perdu dans le groupe cédant à ses instincts grégaires. Peut-être même pousse-t-il l’angoisse jusqu’à croire que la vérité n’existe pas, qu’elle n’est que ce masque qui cache la mauvaise conscience face au chaos du monde, à la vanité du moi et de son langage.
Encore cette ultime reconnaissance n’est-elle pas dérisoire, loin s’en faut, puisqu’elle l’amène à prendre conscience que le destin de toute vérité est d’être dite, ce qui suppose ne retour l’écoute de l’Autre, le lieu de son discours et l’écho de sa parole.

frederic grolleau

copyright : www.fredericgrolleau.com

 

 

par frederic grolleau publié dans : ARTICLES PRESSE & DOSSIERS
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