Le n° 1 du polar britannique enferme la mélancolie dans une bouteille
Rebus CCC
On s’était un peu emporté la dernière fois à l’évocation du mystère du loup-garou londonien qui nous avait laissés sur notre faim. L’offense est réparée tant cette treizième aventure traduite en français des pérégrinations de l’inspecteur John Rebus témoigne de la maestria de Ian Rankin.
Notre enquêteur préféré fume toujours de manière inconsidérée, s’enfile ses rasades de whisky qu’il tempère de-ci de-là par quelques Irn-Bru locales et fait parfois le coup de poing quand une grosse colère l’emporte. Bref, on retrouve notre attachant Rebus, bouru et macho, à cette exception près qu’il est ici moins passionné que d’habitude par la musique rock.
Si ce récit captive, c’est parce que Rankin joue à fond la carte de l’insurrection anti-hierarchique et de l’asocialité qui colle au policier comme une seconde peau. Jugez un peu : après avoir lancé un mug de thé au visage de la superintendante Gil Templer, notre lascar est envoyé d’entrée de jeu à l’Académie de police écossaise de Tullalian, une école pour flics aussi blasés que borderline qui ruent un peu trop dans les brancards. Et le voici incorporé à « la Horde sauvage » de cinq autres officiers et collègues estimés par leurs supérieurs « dangereusement » rebelles au sens du travail en équipe et à la légalité... Dans un tel contexte,les idées noires du dépressif et alcoolique Rebus ne peuvent que faire mouche, surtout quand la Horde sauvage est affectée à la reprise d’une vieille enquête inaboutie de Glasgow ...où il s’avère que Rebus lui-même pourrait ne pas avoir été franc du collier, avec mort d’homme à la clef !
Mêlées à une autre enquête, en cours celle-là, portant sur l’assassinat d’Edward Marber, marchand d’art galeriste en vue d’Edimbourg, les pistes se fondent et se confondent, matinées qui plus est d’un troisième noeud gordien de l’intrigue : l’enquête interne que mène en fait et sans fanfare le sous-marin Rebus à Tullalian afin de démasquer une bande de policiers véreux. La présence dans ce panier de crabes de Big Ger Cafferty, le caïd de la côte est avec lequel Rebus entretient une complicité douteuse, rajoute un élément de suspense supplémentaire et le lecteur - qui lit moins trois livres en un qu’un livre en trois dimensions - se régale d’un bout à l’autre de ce Rebus Grand Cru Classé (CCC).
Seules quelques coquilles sont à déplorer, qui n’entachent en rien les soliloques existentiels du flic écossais chez qui casuistique et efficacité ne font jamais bon ménage. N° 1 du polar britannique, Rankin peut se féliciter : il est bel et bien parvenu à enfermer la mélancolie dans une bouteille.
frederic grolleau
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Ian Rankin, Une dernière chance pour Rebus (trad. Freddy Michalski), Le Masque/Librairie des Champs Elysées, 2006, 524 p. - 21,50 euros. |
copyrights : www.fredericgrolleau.com et www.lelitteraire.com
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Vendredi 21 avril 2006. Au matin, Les Chroniques de San Fredo accueillent, en partenariat avec lelitteraire.com et la société de production OnTv.Tv-Tenentap, Pierre Jourde (L’Oeuvre du propriétaire, L’archange Minotaure), Ptiluc (Rat’s tome 8, Les Humanoïdes Associés) et Frédéric Poincelet (Mon bel amour, Ego comme X). La série d’entretiens a lieu dans un restaurant ayant ouvert depuis quelques semaines ses portes : Le Parc, 33 rue de Vaugirard, dans le sixième arrondissement parisien.
Influencé davantage par les excellents petits fours sucrés du Parc que par les murs tout capitonnés de cuir blanc du petit salon qui l’entourent, Ptiluc est déjà tout sourire : malgré un franchissement difficile des portes vitrées et opaques du Parc, casque de moto et sac "gonflable" obligent, "tout baigne" pour lui comme en témoigne le titre de son huitième opus de la série Rat’s.
Il est midi trente lorsque le discret Frédéric Poincelet fait son apparition, quasi sur la pointe des pieds. Surprennent la douceur de son regard et la ténuité de la voix lorsqu’on connaît son sens du portait dès lors qu’il s ’agit de croquer les menus gestes du quotidien de couples exposés aux affres de l’amour, à ses petits ravissements comme à ses grandes morts.
Ptiluc, Rat’s - Tome 8, Les Humanoïdes Associés, 2006, 48 p. - 9,45 €. 
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