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Vendredi 28 avril 2006

Le n° 1 du polar britannique enferme la mélancolie dans une bouteille

 

Rebus CCC
On s’était un peu emporté la dernière fois à l’évocation du mystère du loup-garou londonien qui nous avait laissés sur notre faim. L’offense est réparée tant cette treizième aventure traduite en français des pérégrinations de l’inspecteur John Rebus témoigne de la maestria de Ian Rankin.
Notre enquêteur préféré fume toujours de manière inconsidérée, s’enfile ses rasades de whisky qu’il tempère de-ci de-là par quelques Irn-Bru locales et fait parfois le coup de poing quand une grosse colère l’emporte. Bref, on retrouve notre attachant Rebus, bouru et macho, à cette exception près qu’il est ici moins passionné que d’habitude par la musique rock.

 

Si ce récit captive, c’est parce que Rankin joue à fond la carte de l’insurrection anti-hierarchique et de l’asocialité qui colle au policier comme une seconde peau. Jugez un peu : après avoir lancé un mug de thé au visage de la superintendante Gil Templer, notre lascar est envoyé d’entrée de jeu à l’Académie de police écossaise de Tullalian, une école pour flics aussi blasés que borderline qui ruent un peu trop dans les brancards. Et le voici incorporé à « la Horde sauvage » de cinq autres officiers et collègues estimés par leurs supérieurs « dangereusement » rebelles au sens du travail en équipe et à la légalité... Dans un tel contexte,les idées noires du dépressif et alcoolique Rebus ne peuvent que faire mouche, surtout quand la Horde sauvage est affectée à la reprise d’une vieille enquête inaboutie de Glasgow ...où il s’avère que Rebus lui-même pourrait ne pas avoir été franc du collier, avec mort d’homme à la clef !

 

Mêlées à une autre enquête, en cours celle-là, portant sur l’assassinat d’Edward Marber, marchand d’art galeriste en vue d’Edimbourg, les pistes se fondent et se confondent, matinées qui plus est d’un troisième noeud gordien de l’intrigue : l’enquête interne que mène en fait et sans fanfare le sous-marin Rebus à Tullalian afin de démasquer une bande de policiers véreux. La présence dans ce panier de crabes de Big Ger Cafferty, le caïd de la côte est avec lequel Rebus entretient une complicité douteuse, rajoute un élément de suspense supplémentaire et le lecteur - qui lit moins trois livres en un qu’un livre en trois dimensions - se régale d’un bout à l’autre de ce Rebus Grand Cru Classé (CCC).
Seules quelques coquilles sont à déplorer, qui n’entachent en rien les soliloques existentiels du flic écossais chez qui casuistique et efficacité ne font jamais bon ménage. N° 1 du polar britannique, Rankin peut se féliciter : il est bel et bien parvenu à enfermer la mélancolie dans une bouteille.

frederic grolleau

   
 

Ian Rankin, Une dernière chance pour Rebus (trad. Freddy Michalski), Le Masque/Librairie des Champs Elysées, 2006, 524 p. - 21,50 euros.

copyrights : www.fredericgrolleau.com et www.lelitteraire.com

par frederic grolleau publié dans : critik ROMANS
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Vendredi 28 avril 2006

Les CSF au Parc

A l'origine rubrique de la homepage de lelitteraire.com réservée à son fondateur pour qu'il y exprime régulièrement sa lecture critique d'un opus de prédilection, Les Chroniques de San Fredo lancées sur le net en mars 2004 deviennent l'année suivante une émission de webtv enregistrées dans les locaux parisiens de la librairie/maison d'édition Autrement, près de Bastille.  L'émission se dévéloppe de manière plus considérable à partir du Salon du Livre 2006...

 Vendredi 21 avril 2006. Au matin, Les Chroniques de San Fredo accueillent, en partenariat avec lelitteraire.com et la société de production OnTv.Tv-Tenentap, Pierre Jourde (L’Oeuvre du propriétaire, L’archange Minotaure), Ptiluc (Rat’s tome 8, Les Humanoïdes Associés) et Frédéric Poincelet (Mon bel amour, Ego comme X). La série d’entretiens a lieu dans un restaurant ayant ouvert depuis quelques semaines ses portes : Le Parc, 33 rue de Vaugirard, dans le sixième arrondissement parisien.
Ambiance chaleureuse et café de rigueur, les auteurs s’abandonnent bientôt au confort molletonné d’un rouge canapé pour se livrer aux questions de Frédéric Grolleau, alias San Fredo (ces entretiens seront consultables prochainement...).

 

 
Influencé davantage par les excellents petits fours sucrés du Parc que par les murs tout capitonnés de cuir blanc du petit salon qui l’entourent, Ptiluc est déjà tout sourire : malgré un franchissement difficile des portes vitrées et opaques du Parc, casque de moto et sac "gonflable" obligent, "tout baigne" pour lui comme en témoigne le titre de son huitième opus de la série Rat’s.
Comme à l’accoutumée, les rats et les crapauds se battent pour savoir qui le premier arrivera sur l’île. Les gags se succèdent selon la logique et le dynamisme cartoonesque qui sont la clef de voûte de la saga - palme spéciale à Marinette la fille rate du chef qui explose tous ses coreligionnaires à coups de harangues en se dopant au "pouvoir", et on se régale lorsque le scénariste-dessinateur, qui est connu pour ne pas avoir la langue dans la poche, explique pourquoi les premières pages sacrifient le pseudo-poète du raffiot des rongeurs avant de livrer sa vision de la société et de la production artisitique contemporaines.

Moins chanceux que Ptliuc, Pierre Jourde qui a erré rue de Vaugirard avant de trouver l’entrée du Parc doit laisser passer son tour (il était prévu le premier à l’origine...) avant de pouvoir prendre la parole. Est-ce son attitude coutumière ou l’attente au comptoir, l’universitaire qui est aussi romancier (Prix Renaudot des lycéens dernièrement avec Festins secrets) et critique (La littérature sans estomac, Le crétinisme alpin, Le Jourde et Naulleau...) apparaît plus mesuré.
L’anthologie de textes censés appartenir au mystérieux Propriétaire ici mis en avant lui donne l’occasion de jouer à nouveau de la satire et de la parodie, mise en abyme du grotesque sur laquelle il revient avec force détails, ce qui permet au passage de débattre des limites de la "critique professionnelle" et de ce que faire de la littérature veut dire. Rassurez-vous, pour le meilleur et le pire, Philippe Sollers n’est pas oublié...

 
Il est midi trente lorsque le discret Frédéric Poincelet fait son apparition, quasi sur la pointe des pieds. Surprennent la douceur de son regard et la ténuité de la voix lorsqu’on connaît son sens du portait dès lors qu’il s ’agit de croquer les menus gestes du quotidien de couples exposés aux affres de l’amour, à ses petits ravissements comme à ses grandes morts.
Déjà les premiers clients se pressent au bar arqué et la musique se fait plus forte dans les salles du Parc. Frédéric Poincelet ose à peine hausser le ton pour revenir sur l’ensemble de son parcours de graphiste, de dessinateur et d’auteur : s’il semble s’étonner du succès rencontré par cette très belle bande dessinée pour adutes qu’est Mon bel amour (en ligne sur le site du Monde en ce moment, salué par Chronic’art, les Inrocks et A nous Paris) - qu’il prend soin de distinguer de toute confession purement autobiographique ! -, il y voit aussi le signe de sa propre maturité et le fruit attendu de son engagement dans les terres, parfois mouvantes, de la BD. Les pistes qu’il livre ici permettent en tout cas de prendre la mesure du sens de son travail chez Ego comme X : puisse cet entretien contribuer à le faire connaître encore plus !

Fable animalière tirant du côté de la SF, parodie de littérature se prenant au sérieux pour mieux se moquer d’elle et réalisme du dessin accusant les pleins sexuels et les creux incommunicationnels de l’amour au quotidien, les Chroniques de San Fredo, fidèles en cela à l’esprit du litteraire.com, mêlent délibérément les genres afin d’en extraire le suc critique. Qu’on se le dise !

frederic grolleau

   
 

-  Ptiluc, Rat’s - Tome 8, Les Humanoïdes Associés, 2006, 48 p. - 9,45 €.
-  Pierre Jourde, L’Oeuvre du Propriétaire, L’Archange Minotaure, 20O6, 115 p. - 14,00 €.
-  Frédéric Poincelet, Mon bel amour, Ego comme X, 2006, 175 p. - 28,00 €.

copyright : www.fredericgrolleau.com et www.lelitteraire.com 

par frederic grolleau publié dans : TV FG
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