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Mercredi 28 décembre 2005

Le Cri du sanglier        

Denoël, 2004, 254 p.

Présentation de l'éditeur
Le sanglier prend la parole. Il fustige les chasseurs et refuse de finir en cuissot à la Saint-Hubert. Il reconnaît volontiers ses défauts - terre à terre, sans retenue sexuelle - et confesse qu'il aime plus que tout s'embauger. Voici donc le " cochon ", contre toute attente, instruit, hédoniste, policé mais aussi pourchassé, bu, cuisiné, mythologisé.
Cette fable, anthropomorphique, où Pindare coexiste avec le Muppet's Show, est le prétexte à une lecture . de la nature, de l'histoire et de la civilisation humaines ; et derrière cette détestation de la chasse, c'est finalement toute notre bonne vieille société qui est passée au crible.
Manière de dictée de Mérimée - version vénerie -, ce monologue iconoclaste, qui relève d'une ironie mordante, renoue avec la tradition du roman d'édification. Et chacun en vient à souhaiter que l'hallali ait un dénouement heureux.

 

 

REVUE DE PRESSE

 

 

 

L'écrivain-sanglier

Quand un philosophe se prend pour un sanglier, cela donne un objet étrange. « Le cri du sanglier », deuxième roman de Frédéric Grolleau, 35 ans, ancien prof de philo et critique littéraire, raconte les tribulations d'un sanglier. Dans la lignée de « Truismes », de Marie Darrieussecq, le narrateur se glisse dans la peau de la bête. « Notre monde est une jungle où les hommes se comportent comme des animaux », explique Frédéric Grolleau. Dans un style atypique, où les références les plus éclectiques cohabitent, de Marc Aurèle à Jean-Paul Gaultier, en passant par Rambo et Heidegger, l'auteur poursuit sa métaphore jusqu'à l'hallali.


A lire comme une fable anthropomorphique burlesque ou comme un traité de savoir-vivre du sanglier. Le livre regorge de citations philosophico-mythologiques et de recettes à base de marcassin ! Le lecteur s'y promène comme dans une encyclopédie, ouverte à la lettre S. Un pari audacieux mais déroutant.

Emilie Trevert

© le point 18/03/04 - N°1644 - Page 114 - 184 mots


 

          


Le sanglier, sa vie, son oeuvre

Frédéric Grolleau signe un livre insolite sur son animal fétiche

Les obsessions animalières peuvent s'avérer fécondes. Tel jeune homme rêve de saucisse, de pâté, d'andouille... et hop ! il se fait charcutier. Frédéric Grolleau, lui, rêve au sanglier. Il pense sanglier, respire sanglier, rit sanglier, geint sanglier. On s'attendrait presque à voir surgir deux courtes défenses de sa mauresque en broussaille.
Après un premier roman sur les souffleurs de verre (Monnaie de verre, 2002), Grolleau poursuit ici sa voie singulière en consacrant aux enfants de la bauge un ouvrage des plus étranges. Son Cri du sanglier est un roman-patchwork-précis-dico-pamphlet-hommage. Bref, un livre atypique , hors normes, où l'auteur dresse la statue - et le tombeau - de son animal fétiche.


Impossible à résumer tant il se ramifie, ce livre vous apprend aussi bien la recette de marcassin aux tomates confites qu'il vous récite le Sanglier de Théodore de Banville, il expose les origines celtes de la mythologie sanglière et développe le glossaire des innombrables termes liés à cet animal. On ne sait jamais si l'on est dans l'exégèse ou la farce, le traité ou la parodie. C'est ce qui est drôle, et même plus que ça. Car l'auteur aime son sanglier. Il est son dieu, son maître.
Alors, rendons-lui hommage en hurlant à ses côtés sous les futaies : Vla-au ! Vla-au !

Nicolas d'Estienne d'Orves.

 Le Figaro Magazine   n° 18544 mars 2004

 

 

Frédéric Grolleau invité de Franz-Olivier Giesbert dans le Cultures et dépendances du mercredi 10 mars 2004  (France 3) :  "Toujours de Gaulle"  

Invités :
Amiral Philippe de Gaulle :"De Gaulle mon père"  volume 1 et 2, Plon

Pierre Messmer : "Ma part de France", éditions F.-X. de Guibert

Maurice Druon : "Le Franc-parler", aux éditions du Rocher

Vladimir Fedorovski : "Le Roman du Kremlin", aux éditions du Rocher

Olivier Adam :"Passer l’hiver", aux éditions de l'Olivier

Christine Orban :"La mélancolie du dimanche ", aux éditions Albin Michel

Frédéric Grolleau : "Le cri du sanglier", aux éditions Denoël

Daniel Picouly :"La treizième mort du chevalier", aux éditions Grasset

 

Ô lecteur, ne t'aventure pas dans cet éclat vocal sans ton fil d'Ariane ni tes petits cailloux blancs, car deux précautions valent mieux qu'une...

Bauge cinq étoiles

La quatrième de couverture - du reste fort appétante - présente Le Cri du sanglier comme une "fable anthropomorphique". Voilà qui sonne un peu réducteur pour ce texte foisonnant où références, citations et expressions se côtoient, se télescopent, se mêlent en une complexité jubilatoire. Car "fable" supposerait que l'on puisse ramener le tout sous la conduite logique d'un récit, d'une "histoire" comme l'on dit communément. Et là, en l'occurrence, rien de moins aisé. L'apparence même des pages - mots soulignés, notes de bas de page dont l'étendue par endroits vient à supplanter celle du texte, documents ajoutés comme en un collage - confère au texte une dimension plastique qui rend superflue la question de savoir s'il y a ou non un "récit", notion dont relèvent maintes catégories littéraires parmi lesquelles aucune n'est susceptible d'accueillir Le Cri du sanglier.

La chose est donc entendue : pas d'étiquette possible, rien de commode à quoi se raccrocher pour évoquer ou comparer, pas de systématique (comme il en existe, par exemple, pour le sanglier, cf p. 155) à la disposition du chroniqueur qui aurait succombé à ce Cri comme les compagnons d'Ulysse aux chants des sirènes. Reste alors un recensement détaillé de ces particularités : un usage surabondant de termes dialectaux ou relevant du jargon de la vénerie, un style azimuté où les circonvolutions d'une syntaxe élégante et désuète croisent le fer avec néologismes, abréviations et expressions pour le moins familières, la planéité de la page approfondie par les perspectives qu'offre la démultiplication des zones de lecture (notes bas de page, annexes, glossaire), les références incessantes (et ce dans tous les domaines de ce qu'il est convenu d'appeler la "culture")... enfin un " je " qui abolit la distinction d'usage entre narrateur et auteur tant les deux s'y lisent à la fois séparément et de conserve.
Pour un peu, on soupçonnerait l'auteur de s'être abandonné aux vertiges créatifs que son propos ouvrait devant lui ; on le dirait parfois emporté par une sorte de frénésie d'écriture, lâchant la bride à ses phrases qui, contournées à souhait le plus souvent, prennent un essor tout soudain et galopent ventre à terre pour aller buter contre un point bienvenu à quelques pages de là. Pas toujours facile à suivre, l'ami Grui-Grui - en bon gibier habitué à la traque...

L'auteur semble avoir voulu d'une seule pierre faire plusieurs coups : nous entrouvrir les portes de sa bibliothèque, fustiger la bêtise et l'orgueil humains, se jouer de diverses formes discursives, jongler avec les niveaux d'écriture, donner libre cours à sa passion lexicographique, se poser en enseignant, prendre prétexte
littéraire pour changer d'incarnation, et dessus tout cela, élaborer une partie fine de mystification avec les lecteurs en les obligeant à se lancer dans un continuel jeu de piste... qu'il prend un malin plaisir à redoubler encore en les conviant à une étape de "chasse au trésor" via le site dédié au Cri*. D'ailleurs, pour aller dans le sens évidemment ludique qui oriente ce livre, pourquoi ne pas inciter ceux qui en arpenteront les pages à pousser le jeu jusqu'à interrompre leur lecture le temps de préparer puis de déguster les recettes proposées ? A prendre aussi au pied de la lettre ( !) l'invite de l'auteur en découpant les pages suivant les pointillés ?

Le meilleur comparant qui se pourrait trouver à ce livre étrange serait une forêt, une forêt dense, touffue, parcourue de boutis et de vermillis qu'il faut déchiffrer à force de curiosité et de persévérance... non, mieux que cela : ces pages sont un véritable vortex sylvestre, fruit d'une expérience à n'en pas douter hallucinogène qui, refusant de s'avouer comme telle, dissimule sa luxuriance débridée sous les dehors chatoyants d'un lexique et d'une syntaxe aussi rares et précieux que le serait la création inédite d'un grand chef haut toqué au Michelin. Et voilà le sanglier - il ne manquait plus que cela à sa panoplie - devenu emblème d'une cause pas encore perdue - Frédéric Grolleau le prouve ici : celle de la littérature virtuose.

isabelle roche

*P. 194 : "Pour accéder au chapitre inédit qui présente le sens du secret et
l'importance du retrait pour un sanglier, le lecteur de ces pages est invité à se
reporter au sous-bois retiré accessible sur le site du Cri [...]"

www.lelitteraire.com

 

 

 

 
 Etats d’âme d’un paisible phacochère 


Voilà une manière bien surprenante – et ô combien efficace – de renouveler cette veine intimiste qui avait fini par lasser plus d’un lecteur, ennuyé des réflexions moroses de narrateurs qui, en panne de sujet, en venaient à faire de l’insipide anti-roman de leurs existences vides le centre d’un monde sans pitié. Car le cœur inquiet dont on assiste ici aux épanchements était bien gros. Non que cela présage de vaines pleurnicheries ; en réalité, il s’agit de celui d’un sanglier.

A travers le regard bien sympathique d’un animal méconnu qu’on découvre au fil des pages, s’offre une réflexion enjouée, quoique sans illusion, sur la cruauté d’une société au sein de laquelle il est très difficile de n’être ni chasseur ni proie. Bien qu’il utilise un langage parfois déroutant, ce débonnaire sanglier s’avère d’agréable compagnie et se révèle un guide attentif à instruire ses lecteurs. Cet ouvrage fourmille en effet de références aux sources infiniment variées, et de définitions qui aident le néophyte à se repérer parmi la jungle de termes techniques dans laquelle le sanglier a installé sa ludique existence de gentilhomme campagnard.

Conscient de sa finitude, il l’est, sans aucun doute : n’est-ce pas lui qui, le premier, nous suggère maintes façons de l’accommoder de manière à flatter nos papilles qu’il éduque au bon goût ? Et, quoi qu’il en soit, la chasse perpétuellement présente, dont il est un discret et bien involontaire protagoniste, ne lui permettrait de toutes façons pas de l’oublier. La violence est l’environnement ordinaire du sanglier, et lorsqu’un semblable constat sort de la bouche d’un vieil humaniste tel que lui, nul doute qu’il faille comprendre qu’un destin comparable attend également l’être humain.

Pour autant, s’il ne se plaint pas, il se laisse parfois aller à des aveux qui, soyons-en sûrs, en disent long sur ses rêves de jeune marcassin fougueux, qu’il se sera résolu à enterrer en vieillissant, comme tant d’autres. Lorsqu’il se décrit comme un animal foncièrement attaché à l’idée d’un monde paisible dans lequel il aurait toute latitude d’assouvir des désirs simples, et de jouir des petits plaisirs quotidiens offerts par une existence irénique, c’est une manière de plaider en faveur d’une coopération sereine dédiée à l’édification d’une société épicurienne.

Et sa manière de grommeler gentiment à l’oreille d’un lecteur désarçonné par ses cabrioles un peu lourdes autant que par ses boutades redoutablement fines, le rend tellement attachant que l’on finirait par se laisser bercer par ce songe heureux, si lui-même ne se chargeait de nous rappeler à la réalité, laquelle ne se laisse pas si facilement nimber d’hédonisme.

Entre fantaisie et philosophie de vie, cette œuvre se révèle donc rafraîchissante, éclectique, et peut-être même un peu prophétique. Mais attention, derrière cette joyeuse façade, se cache un essai à prendre au sérieux !

Aurore Lesage (Mis en ligne le 05/10/2004 )
 www.parutions.com



Jeune écrivain natif des Vosges, il pousse le « cri du sanglier » pour se faire entendre.

NANCY. - A 12 ans, il avait lu tout San Antonio. A 25, il enseignait la philosophie au Prytanée militaire de La Flèche... Frédéric Grolleau vient de commettre le plus étrange des objets littéraires, un peu à son image de touche-à-tout érudit et espiègle. Il ne faut pas prendre l'enfant des Vosges pour un cochon sauvage et pourtant : ne s'est-il pas glissé sous le cuir d'un sanglier !

A la manière de l'héroïne de « Truismes », il s'est métamorphosé : « Nous étions chasseurs hors du commun ; nous sommes devenus chassés de pacotille, voilà tout », écrit-il. Mais sous prétexte de parler au nom des gorets, il dit son fait à la société. Ni roman, ni essai. Pamphlet.

Un « instituteur fabuleux »

« Le cri du sanglier » (Denoël, 250 pages, 16 euros) se présente comme un long et très ironique monologue, ponctué de recettes de cuisine à découper (noisettes de marcassin au cidre et aux pommes, côtelettes aux tomates confites... ), constellé de notes en bas de page, piqué de dépêches et de réclames, complété d'annexes et suivi d'un glossaire.

C'est du côté du tunnel de Sainte-Marie que Frédéric Grolleau, né à Epinal en 1969, dans une famille originaire des Sables d'Olonne, a appris la nature avec son père qui « savait faire naître » devant ses yeux d'enfant, « de magiques cascades dans la forêt vosgienne ».

Et c'est grâce à un « instituteur fabuleux », Michel Blanchard, à Ban de Laveline, qu'il s'est pris de passion pour la littérature : « C'était ma seule ouverture au monde, la télévision n'est venue que plus tard », se souvient-il, « j'empruntais chaque semaine tout ce que je pouvais à la Bibliothèque de Saint-Dié ».

Au gré des mutations paternelles, Frédéric Grolleau s'est retrouvé adolescent en région parisienne, « le début du désenchantement », assure-t-il. Etudes classiques, plutôt brillantes. Devenu professeur, agrégatif en philosophie, envoyé en mission un peu partout en France, il est passé de classes prépas en zones sensibles : « J'ai dû me mettre à la boxe française pour me sentir bien dans ma peau », précise-t-il.

En parallèle, il s'est lancé dans le journalisme littéraire en ligne. Animateur d'une émission sur Canal Web, collaborateur d'un dictionnaire des idées politiques, lecteur, puis éditeur, il a conçu son premier roman « Monnaie de verre », un an après sa fille, en 2002. C'est quand il a été débarqué de ses emplois et qu'il a dû se résoudre à s'inscrire à l'ANPE (en disponibilité de l'Education nationale, il ne reprendra un poste qu'en septembre), que Frédéric Grolleau s'est jeté dans l'écriture de ce second roman : « Je me sentais comme une bête qu'on veut abattre, comme un gibier qu'on traque ».

Son livre, il le reconnaît, est « exigeant ». Révolté, il s'indigne à sa façon de la fracture sociale : « Les sangliers aujourd'hui », dit-il, « sont les gens en rupture de ban ».

Michel Wagner

 

 

Si certains écrivains recourent parfois au service d’un nègre pour les aider, les seconder ou les remplacer dans l’écriture d’un manuscrit, l’animal Grolleau a choisi, quant à lui, un sanglier pour se faciliter la plume et s’aiguiser les crocs sémantiques et drolatiques. On peut dire sans emphase que tout le monde se réjouira de cette trouvaille littéraire et grégaire. L’esprit de la forêt et Dame Nature, les premiers. Il y a fort à parier que les critiques littéraires et gastronomiques se régaleront de concert, les épicuriens aussi.

Mille milliards de truffes, cette idée excellente ; et qui pourrait bien remplir l’auge de l’auteur de millions d’euros bien gagnés ; a fait naître un ouvrage noir et rose tout bonnement inclassable et jubilatoire, à ne surtout pas mettre sous les yeux de n’importe quel gland inculte ! Vla-au Vla-au Vla-au ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! Que c’est bon de pousser ce son expiatoire sans aucune sorte de complexe. « L’homme est un sanglier pour l’homme ». Démonstration dans le texte.

Non madame, « Le cri du sanglier » n’est pas un livre comme les autres. De prime abord, c’est un livre objet, joli à regarder, pratique à l’emploi qui se dévore la gueule ouverte comme une encyclopédie d’un autre âge, délicieusement surannée, érudite et joviale.

Balayant les idées reçues, on découvre un narrateur cultivé, bout-en train, à l’humour débridé teinté d’élégance et de bon sens populaire, autant que d’audace canaille et de références philosophiques de premier ordre. Une belle bête à la hure sympathique, aux deux mirettes intelligentes, aux dagues séduisantes, au pinceau pénien de toute beauté, au nez fin et au goût culturel sûr. Un sanglier, un Wilsau bien en chair plein d’esprit, de faconde et de fraîcheur maniant le verbe haut comme aucun être humain ni congénère avant lui.

copyright frédéric vignale. F. Grolleau, Paris, Café K, janvier 2006

Ainsi donc sur plus de deux cent pages qui n’ont rien à envier aux pochardes bâclées de Diderot, on se balade dans les feuillages, on fait des cochonneries avec ce nouvel ami bien moins rustre, rural, plouc et lourdingue qu’on ne pourrait croire, on prend plaisir à se vautrer en sa compagnie dans une boue qui fait du bien au corps et à l’âme. Un bain de jouvence pour les sens et les plaisirs intellectuels vivaces du Cortex. Les gorets ont tellement de choses à nous apprendre et on ne le savait que trop peu.

Entre l’essai, le roman, la satire sociale et l’ovni qu’on ne pourra ranger dans quelconque genre, Frédéric Grolleau et ses champs lexicaux en annexe et dans le texte nous offre un petit livre noir tout simplement historique que l’on est heureux de posséder, fier de faire découvrir à la plèbe et à ceux qui considèrent que les achalandages de librairies ne sont plus ce qu’ils étaient. Dans une tradition séculaire et débonnaire, avec ce qu’il faut de distance et de tact, Grolleau marque de sa patte, de son sabot le monde des lettres et prépare sa statue de sanglierophile à l’orée des bois jolis.

Dans la série « j’apprends-des-mots-tout-en-me-divertissant-et-en-prenant-un-bon-bol-d’air », « Le cri du sanglier » est l’ouvrage qu’il vous faut consommer à feu doux, contre la morosité et la bêtise des hommes.

Vous cherchiez la recette d’un bon Sanglier, ne cherchez plus, voilà la plus succulente qui soit !

frédéric vignale

 

Frédéric Grolleau fait son sanglier littéraire !! 

"Selon Ovide, dans les Remèdes de l’amour, « Un roquet tient quelquefois un sanglier en arrêt » Un proverbe danois stipule que « Souvent le marcassin expie les méfaits du sanglier »

Entre deux maux et deux mots il faut savoir choisir le moindre. Afin de faire la lumière sur la relation dialectique qui unit le marcassin et le sanglier à l’Homme, les éditions Denoël font paraître début février Le Cri du Sanglier. Un « roman qui s’essaye » de Frédéric Grolleau dont l’enjeu consiste à la fois à poser un véritable art de vivre propre au sanglier et à transformer cette charmante bête en un curieux philosophème, soit un « lieu commun » théorique pour penser la décadence de notre société...

 : Pénétrez en avant-première dans le sous-bois touffu de cette nouvelle contrée :

Chassez-le vous même : Sanglier- Quizz de culture générale

1) Le sanglier vient du latin singularis porcus, qui signifie : porc solitaire.


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Vrai ou faux ?

2) « Conduire les animaux à la boucherie et, soûl de meurtre, les faire cuire, non pas pour s’en nourrir et s’en rassasier, mais afin d’y trouver du plaisir et d’en repaître sa gloutonnerie, il n’y a pas de nom pour désigner un tel forfait et un tel crime »


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est une citation de Porphyre, Héraclite ou Elisabeth de Fontenay ?

3) « A l’est de l’arc conurbain, les partionistes germanophones [...] du Mouvement pour l’Indépendance Totale de l’Alsace-Lorraine affrontent les partisans de la Nouvelle-Bourgogne rassemblés sous la bannière du "nouveau Sanglier des Ardennes", un soi-disant descendant du fameux Connétable, et ses unités de Téméraires ».


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est une formule de Maurice G. Dantec dans Villa Vortex
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Vrai ou faux ?

 : Venez participer à notre Quizz sur le site du Cri du Sanglier :


Mettez -vous l’eau à la bouche :

Noisettes de Marcassin au cidre et aux pommes.
Retirer la peau. Couper en noisettes, passer dans l’huile et saupoudrer de poivre en insistant avec la paume de la main. Laisser au froid 2 heures.
Faire un fond avec les os et les parures.

Faire revenir au tour avec la garniture aromatique.

Dégraisser et déglacer avec le cidre et le calvados.

Réduire lorsqu’il reste un quart de litre de sauce puis faire monter avec du beurre.

Faire sauter les noisettes dans du beurre et cuire doucement. Garder rosé. Servir sur des croûtons frits avec une demi pomme fruit rôtie. Napper avec la sauce

Ingrédients pour 4 personnes
1 selle de marcassin de 1 kg-
100 g de beurre
huile
5 cl de calvados
20 cl de cidre- poivre en mignonnette."

www.lemague.net

 

 

 

 

par frederic grolleau publié dans : ROMANS PERSONNELS
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Mercredi 28 décembre 2005

Monnaie de verre

Editions Nicolas Philippe, 2002, 431 p.

Quatrième de couverture
Murano, 1672: le vacarme qui règne dans les ateliers de verrerie couvre les chuchotements des conspirateurs, le râle des mourants et les soupirs des amants. Dans cette atmosphère où le verre est enjeu de pouvoir, le destin de Leonara, fille d'une grande famille de verriers, se noue au gré des machinations et des faux-semblants.

 La passion et le verre, la passion du verre, la jettent sur les routes incertaines d'Italie et de France, de Murano à Versailles, de Venise à Paris. Monnaie de verre entraîne le lecteur dans un parcours à la fois historique et littéraire où la frontière entre fiction et document se redéfinit à chaque coin de ruelle. Professeur de philosophie et de culture générale, Frédéric Grolleau a présenté les émissions littéraires de canalweb.net. Éditeur et critique littéraire, il vit à Paris.

SDM
Roman historique bien documenté qui a pour décor Venise et la France à la fin du 17e siècle. Ce sont les secrets des maîtres verriers de Murano, ardemment convoités par Colbert qui veut relancer l'industrie française de la verrerie, qui fournissent la trame de cette histoire où complots, passion et vengeance forment une sauce relevée.

revue de presse

      Dimanche 23 juin 2002

 

 


Nancéien d'ailleurs

Romancier en capitale

Frédéric Grolleau, jeune, trouvait la Place Stanislas fantastique. « Pour un enfant né à saint-Dié, Nancy était une découverte fabuleuse. » Aujourd'hui encore, il avoue conserver une grande affection pour la ville. Lycée et théâtre furent les lieux de sa jeunesse et émaillent mille et un souvenir d'adolescence. Sa vie se partagera ensuite entre Paris, où il étudie la philosophie, et la Cité Ducale. Puis les voyages vont se raréfier. La capitale a des atouts avec lesquels il est difficile de rivaliser. L'exploitation des nouvelles technologies fut de ceux-là.
Passionné par les possibilités d'Internet, Frédéric quitte son poste de professeur de philosophie et de culture générale pour une réorientation originale : critique littéraire on-line. Pages philo ou BD, sciences humaines ou science-fiction, il marque de son éclectisme le site internet paru.com.
Mais comme il faut se renouveler, expérimenter, il se lance dans l'aventure canalweb où il animera une émission jusqu'en 2001. Participant en parallèle aux revues le Philosophoire et Res Publica, intervenant sur divers sites et magazines, le Lorrain perce les hauts-lieux du Paris littéraire.
Mieux, il prend une longueur d'avance en occupant le poste de responsable éditorial pour manuscrit.com, maison d'édition électronique où les écrits sont jugés par un comité de grands lectrues. Une révolution pour le microcosme parisien.

« La transparence devient opaque. »

S'il se plaît à lire les autres, Frédéric Grolleau, n'hésite pas à prendre la plume. Auteur de trois essais philosophiques à destination des classes préparatoires, son premier roman « Monnaie de verre » s'adresse à un large public.
« Je me suis interrogé sur la manière d'intéresser les gens à l'histoire du verre et j'ai opté pour le roman historique. » Deux ans auront été nécessaires pour finaliser le projet, deux ans de recherche, d'écriture, de corrections, parfois même de doutes, d'angoissses. Au verre de son enfance, qu'il soit belle pâte nancéienne ou cristallin de Baccarat, Frédéric Grolleau a préféré l'exotisme vénitien.
Au final, un plongeon de 320 pages dans le 17ème siècle italien. Complot politique sur l'île de Murano aux abords de la majestueuse Venise. Les verriers
expatriés par les nobles sur ce morceau de terre forment une caste exceptionnellement prolifique.
Le contexte est avéré historiquement, n'en reste pas moins une intrigue imaginaire fidèle bien ficelée. 1672, Leonara assiste à la mort de son amant assassiné par une épée de verre. L'ambiance est campée, peuvent suivre les pérégrinations du personnage avide de vengeance dans un monde empli de faux-semblants, de machinations. Jeu permanent sur la transparence et le miroitement, le verre comme enjeu de pouvoir est au coeur du roman. Tour à tour acteur, sujet à la réflexion philosophique, l'histoire du verre s'offre au lecteur de la manière la plus ludique qui soit. En guise de prélude à une romance sur du verre d'ici ?

Nicolas Durand

                                www.parutions.com
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Souffleur d’histoire(s) 

Deux amants italiens issus de familles rivales, obligés de s’aimer dans la clandestinité, ça rappelle tout de suite quelque chose. Si par son postulat de départ, Monnaie de verre évoque irrésistiblement un certain chef-d’œuvre de Shakespeare, le parallèle, pourtant, doit être vite abandonné. Car ici, Frédéric Grolleau fait mourir son Roméo dès les premières lignes du roman. Et qui plus est, assassiné par la famille de son aimée, Leonora. Les deux clans, les Neri et les Vettori, ne s’aiment pas : tous deux verriers de père en fils à Murano, ils gardent jalousement les secrets de leurs techniques. Et n’entendent pas risquer de les voir éventés. Leonora, pourtant, vole ce qu’elle peut dans la cachette de son père et prend la fuite. Comme par fidélité à Taddeo qui a payé leur amour de sa vie, elle part pour Altare, entre Gênes et Savone, où ils avaient rêvé d’ouvrir boutique à deux. Elle y sera seule, pour s'initier au métier de souffleuse. En même temps qu'au statut de femme, et de fugitive. Entre l’Italie et la France, entre le trop séduisant Bruno et la cour de Louis XIV, elle entend bien, enfin, décider de son destin.

On pourrait croire, à lire ce qui précède, avoir affaire à un classique roman historique. Certes, ce livre en est un, mais aussi bien davantage. L’intrigue est menée avec application et tous les rebondissements nécessaires pour tenir le lecteur en haleine sont habilement distillés. Mais le plus déroutant, c’est le reste, tout le reste. Car dans ce roman à tiroirs, Frédéric Grolleau se plaît à brouiller les pistes. Il écrit autant une histoire que l’Histoire, quasi-scientifique voire pédagogique, de la fabrication du verre. Incises, notes de fin de volume - qui auraient peut-être gagné à être en bas de page -, le lecteur plonge dans des techniques qui lui sont inconnues avec une curiosité vorace.

Ces histoires de nature différente, entremêlées, sont évoquées dans un style fleuri, franchement osé tant il dénote dans la vague actuelle où le langage s'appauvrit toujours plus. Ici, on retrouve des mots oubliés, des "mithridatiser", des "algarades", des "opalescence" maniés avec justesse mais aussi distance. Car Frédéric Grolleau n’est pas un de ces nostalgiques de la langue d’hier. S’il l’utilise, c’est autant pour rendre hommage à un genre disparu que pour s’en amuser. Cette parodie qui s’avoue à peine donne le ton exact qu’il fallait à un roman ambitieux où le plaisir de la fiction vient épauler la pédagogie de la science.

Thomas Bronnec (Mis en ligne le 28/06/2002 )



www.lemague.net

Monnaie de verre : rendons à son auteur la monnaie de sa pièce cristalline.
par Frédéric Vignale
   
  
Sur le papier des intentions littéraires, l’idée était plutôt séduisante. Prendre comme décor romanesque l’île de Murano en 1672, son ambiance surannée et glorieuse, ses bassesses et ses mesquineries de salon et le verre comme enjeu de toutes les convoitises - comme le sera l’or noir quelques siècles plus tard - était même diablement machiavélique : philosophie, quand tu nous tiens ! Encore fallait-il y mettre la manière, ne pas tomber dans la caricature grossière, éviter une intrigue trop opaque, n’être ni ennuyeux ni transparent, avoir un style coloré et surtout ne pas trop abuser du chianti. Mission réussie pour le fin stratège Frédéric Grolleau, qui ressuscite le drame historique new-wave sans trahir le passé, rend un bel hommage aux lettres classiques et modernes avec un roman qui brise la glace de la banalité et ne manque ni de verve ni de second degré ou de cynisme déguisé.

Ce " road-movie " haletant en diligence tient avec maestria toutes ses promesses ; c’est un patchwork inspiré qui ne ressemble à aucun autre produit sur le marché du livre. Une vraie découverte qui pourtant sera mal comprise, mal lue, vite cataloguée roman historique ou pis encore. Car Monnaie de verre est encore plus novateur qu’il n’y paraît, c’est un livre-objet, une encyclopédie à tiroirs, à trappes, à passages secrets dont la première lecture n’est qu’une étape.

Bienvenue dans le premier livre interactif qui saura vous distraire, vous informer, vous parler d’amour et vous faire rêver. Monnaie de verre, c’est un cédérom livresque comme il n’y en avait encore jamais eu, car peu d’écrivains ont su comprendre aussi bien que Grolleau les mécanismes intrinsèques des mondes virtuels. Ce livre a réussi à transposer de manière littéraire le principe de l’hypertexte, ce qui est une prouesse qui vaut le coup d’épée et qui mérite d’être soulignée à sa juste valeur.

Alors que ses semblables se noient dans la modernité du contemporain, dans le trash et la réalité sordide, cet ancien professeur de philosophie bien dans son siècle a choisi pour son premier roman d’en évoquer un autre. Ce jeu de masques, cette mise à distance nous montrent notamment que, malgré l’évolution du décor, la mutation géopolitique et le passage des années, les hommes sont égaux à eux-mêmes dans leur humanité, leurs maladresses ou leur propension à faire le mal. L’amour des vieilles dentelles est là, jamais singé ni forcé ou plagié abusivement. Malgré le travail d’historien fort documenté qu’il a fallu à son auteur pour mettre au point le canevas de ce drame, on ne sent pas l’effort, la démonstration est brillante, les mots coulent comme le verre en fusion. Sans tomber dans le théâtral ou le grand-guignol, Grolleau lui rend hommage en demi-teintes : on est en pleine commedia dell’arte, avec souffleurs - de verre. L’auteur sait créer une atmosphère, une ambiance pleine de sous-entendus. Le jeu de dupes permanent que ce livre met en œuvre ne prend pas le lecteur en otage ; il l’emmène dans un imaginaire, une création de l’esprit - dont il ne manque pas d’ailleurs ; on surfe et on en redemande.

Frédéric Grolleau, aspirateur malin du monde et de l’histoire des hommes, rend grâces à l’Italie de ses amis Di Sarno et Di Folco, entourés d’invités prestigieux comme Hobbes, Barbey d’Aurevilly, Saint-Denys, Morandini ou Musset au travers de citations savamment introduites, car c’est un art de savoir choisir une citation et de la placer en exergue. On se plonge dans cette fresque avec une réelle jubilation, car Grolleau a su transcender son concept initial, qui aurait pu être ennuyeux sans cet art que possède l’auteur pour donner des coups d’épée juste aux bons endroits, sans cette justesse d’effets de matière mesurés ou moirés.

Grolleau est un esthète du style ; il fait partie de ces rares auteurs adeptes du dandysme des syntagmes ; chaque phrase sonne juste, il y a chez ce garçon-là une élégance précieuse qui force le respect. Un charme désuet et efficace accompagne tout le roman, qui n’est autre qu’une course pour survivre dans un milieu hostile où chacun ne fait que chercher sa place.

Soyons clair : cette plongée dans le corporatisme verrier n’est bien évidement qu’un prétexte. Un joli prétexte plutôt ingénieux, qui appelle toutes les métaphores, les champs lexicaux les plus subtils. Le titre même de l’ouvrage pourrait bien être la clef de tous les secrets...

Mais parlons plus avant de l’intrigue qui remplit l’escarcelle de cette Monnaie de verre. La princesse au soulier de verre de cette " conterie " - spécialité verrière - répond au doux prénom de Leonara. Cette fille d’une illustre famille croisera le destin du beau Taddeo. Détail astucieux, l’homme droit et vertueux n’est pas physiquement le Latin que l’on pourrait imaginer trouver dans pareille histoire. Ce grand gaillard blond et loyal deviendra l’amant de la belle et sera assassiné devant ses yeux.

Contrainte à une fuite tragique afin de sauver son existence menacée, elle prendra des chemins de traverse qui l’entraîneront vers des exils où elle trouvera trouver la vengeance et l’aventure. Chaque épisode de ce drame humain très crédible, où aucun ingrédient ne manque, n’est qu’une des pièces éparpillées qui nous amèneront vers une révélation finale pour le moins inattendue.

Au-delà de toute contingence, historique ou autre, Frédéric Grolleau nous parle d’amour et de sentiments forts. Tout cela n’est qu’un vaste travail sur l’humain avec un grand H, sa psychologie, son cœur amoureux et exalté.

Cet hommage discret à La Princesse de Clèves porte en lui une véritable réflexion philosophique sur les destinées et les passions brisées... comme le verre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

le 01/06/2002

Revue Res Publica (P.U.F)

Venise – plus exactement Murano – , à la fin du XVIIe siècle ; voilà pour le décor et l’époque. L’intrigue, maintenant : une jeune fille – belle et intrépide, comme il sied à une héroïne – dérobe par vengeance à son maître-verrier de père les précieuses formules dont dépend la qualité de ses productions. Il faut dire que l’auguste patriarche avait ordonné à ses trois fils d’assassiner l’amant de sa fille. Rivalité entre familles oblige. Tandis qu’on est emporté par les développements de cette tragédie mâtinée d’espionnage, on apprend, à l’occasion, à partir de quoi se fabrique le verre, ce qui conditionne sa finesse, sa transparence, ses couleurs…

Mais qui limiterait sa lecture à celle d’un thriller historique associant avec brio suspense et érudition commettrait une erreur et se priverait de l’aspect peut-être le plus séduisant du roman. Monnaie de verre est en effet éminemment ludique ; moins par les multiples rebondissements et péripéties que par les références dont le texte regorge. Références qui d’ailleurs vont du simple clin d’œil – tel le titre du premier chapitre, «Arsenic et belles dentelles» – aux mises en abîme plus subtiles ; ainsi les jeux de transparences et d’opacités dont le verre se fait le creuset se transposent-ils aisément dans le texte, où les nombreuses épigraphes, les locutions non traduites en fin de chapitre et les notes font assaut d’ambivalence en offrant des clefs tout en obstruant la lisibilité. Il y a surtout le style, léché à l’extrême, précis, nourri de tournures complexes et de mots rares, longs en bouche, goûteux à souhait ; un style qui ménage, par petites touches ironiques, une distance rédhibitoire entre le narrateur et le texte et, partant, entre celui-ci et le lecteur ; un style aussi qui manie les métaphores brillantes et audacieuses, telle celle appliquée au viol – trois mots dont la puissance est accrue par l’ellipse verbale : «Un autodafé anatomique.»

Enfin, il faut évoquer le joyeux brassage de clichés littéraires qui, mis au service de l’intrigue, n’en sont pas moins déconstruits par l’ironie du ton ou bien les astuces de construction. Ainsi, pour satisfaire aux attendus du polar, l’action commence-t-elle dès la première phrase : «A plusieurs reprises, les trois assaillants plongèrent leur lame dans le corps du malheureux.» Mais cette fracassante entrée en matière se complexifie aussitôt ; le moment de l’agonie est étiré aux dimensions d’un chapitre entier, dilaté à coups d’acrobaties chronologiques insufflant ici et là toutes sortes d’informations qui ancrent le récit dans un contexte à la fois historique et narratif.
Tout concourt donc à rendre impossible une posture de lecture stable : l’on est entraîné de droite et de gauche, bousculé à l’envi dans ses habitudes de lecture. Mais avec, à la clef, cet indicible plaisir de se laisser prendre à un jeu dont on n’est pas tout à fait dupe – sans être certain pour autant de quoi que ce soit…

Le plus bel hommage à Monnaie de verre eût sans doute été un article au énième degré, maniant pour mieux les moquer tous les poncifs de la critique littéraire. Nous nous contenterons de céder à l’un des attendus de celle-ci – sans recul aucun, et avec un enthousiasme pleinement assumé – en invitant les lecteurs à se plonger sans tergiverser dans ce livre tant sa lecture est jubilatoire, hautement jouissive et enrichissante.

Isabelle Roche

L'Idéaliste littéraire/Librairing

Le transparent et l'opaque

A un lecteur pressé, il peut sembler que ce premier roman de Frédéric Grolleau appartienne simplement au genre historique : la Venise de la fin du XVIIème siècle en constitue effectivement le cadre. Toutefois, on rencontre dans ce roman beaucoup de pièges à déjouer et plus d'un compartiment à double-fond. Ou pour mieux dire, la pièce de monnaie de verre qui en constitue l'enjeu trouble, a son revers secret. La fuite de Leonara, héritière d'une illustre famille de verriers de Murano, les Neri, et témoin impuissant du meurtre de son amant Taddeo, héritier de la famille des Vettori, l'entraînera dans une série de péripéties dont la signification et la vérité se dévoileront progressivement aux yeux du lecteur, de même que le secret ultime de la pièce à conviction qu'elle détient par devers elle. Par sa fuite, l'héroïne réussira-t-elle à sauver sa vie ? Parviendra-t-elle à se venger ? Ou bien ne serait-elle pas la victime d'une machination de plus grande ampleur ?

Or il s'agit aussi d'un roman d'amour bien sûr, la complexité des sentiments n'ayant d'égal que la perversité des combinaisons que la raison ourdit. Ce récit est également un roman parodique, parodie du roman et roman de la parodie qui nous renvoie ironiquement du rêve à la réalité et de la réalité au rêve, de la précision historique du "fait vrai" (à grand renfort de notes et de savantes bibliographies) aux envolées romanesques propres au monde de la fiction et de l'imaginaire. Et ce texte est encore un roman d'initiation à sa façon, initiation au métier des verriers dont la technique et le savoir-faire nous deviennent plus familiers à mesure que nous pénétrons les pensées et les sentiments de l'héroïne. Les perpétuelles métamorphoses liées à l'art de la verrerie y servent de substrat à la rêverie. Mais il y a plus : initiation à l'art du mensonge et aussi bien de la vérité, c'est une véritable initiation philosophique par conséquent, où les infinis reflets et autres miroitements du verre nous rappellent à la nécessaire vigilance du jugement. Présence de Descartes : la clarté transparente et la distinction cristalline de nos pensées y sont obtenues au prix d'une série d'épreuves qui passent par le doute, la peur ou l'angoisse, et qui confinent parfois à la déraison, dans un imbroglio qu'il nous revient à coup sûr de démêler.

A l'image de la pâte molle et siliceuse, réminiscence du morceau de cire, qui est soufflée au bout d'une tige et qui prend forme peu à peu sous les yeux de l'artisan-verrier (la fragile "paraison"), le roman de Frédéric Grolleau emprunte donc tour à tour plusieurs visages qui lui sont comme autant de masques : celui de l'intrigue policière, du roman historique, de l'histoire d'amour ou de l'initiation philosophique. Pourtant, sous toutes ces formes contrapuntiques, nous jugeons bien qu'il s'agit d'un seul et même fil narratif. N'avons-nous pas là en effet un bel exemple de cette oeuvre "polyphonique" que Milan Kundera appelait de ses voeux dans L'Art du roman ?

Jean-Claude Poizat

 

Un secret de lame pèse sur l’île de Murano, en cette fin de 17e siècle : le verre. Emules et autarciques, les noblesses de cristal qui le détiennent se préservent jalousement. C’est pour cela que Léonora Neri, fille d’une influente famille de verriers, décide de s’enfuir. Elle dérobe à la volée le cahier de formules de son père, ainsi qu’un mystérieux objet de verre. Pendant cet exil, qui la mène de Venise à Versailles (en passant par la sublime ville de Paris), elle va se découvrir une passion pour les intrigues et, paradoxalement, pour la transparence.

Bienvenue dans l’univers enchanté des verreries ! Monnaie de verre est le premier roman de Frédéric Grolleau, professeur de philosophie et de culture générale. Avant toute chose, nous sommes en droit de nous demander pourquoi l’auteur a choisi ce thème. En faisant des achats dans une boutique spécialisée, celui-ci découvre qu’en 1291, les verriers de Venise furent exilés sur l’île de Murano, afin de protéger l’armada vénitienne menacée par le feu. De ce fait “ils bénéficièrent du droit de battre leur propre monnaie… de verre ! ”

Mené sous forme de tiroirs à fonds multiples, l’intrigue n’a pas fini de nous surprendre.

Italie, 1672. Le rideau se lève sur une scène à forte connotation Shakespearienne. Toutefois, le parallèle meurt avec le beau Roméo dès les premières lignes. De quoi ravir les lecteurs blasés de lyrisme ! Ce n’est donc pas un livre romantique, mais une œuvre contemporaine où les cités de verre y sont décrites avec souci. Véritable sac à malice, nous ne pouvons non plus le classer uniquement dans le genre historique. Car malgré le décor et l’époque, on découvre également que l’auteur alterne brillamment fiction et Histoire.

Léonora Neri s’enorgueillissant d’exercer un métier d’hommes (surréaliste pour l’époque !) nous impressionne par sa capacité à déjouer les complots, autant politiques, économiques, qu’amoureux. L’héroïne a bien du caractère et le thème est enchanteur quand de toutes parts, l’enjeu reste le même : la domination de l’homme par l’esthétisme.

Ce roman s’inscrit donc dans un genre particulier, où réalité et littérature se redéfinissent et s’alternent à chaque fin de paragraphe. Le pari est osé. Le résultat est soufflant. Monnaie de verre est un premier acte. On espère qu’il ne restera pas sans suite.

Carine Pigny

www.sitartmag.com

Fabriquer un verre solide, à la forme harmonieuse, transparent et aux couleurs chatoyantes c’est ce qu’aimeraient savoir faire les artisans français en cette fin de 17e siècle, mais les secrets de fabrication restent jalousement gardés sur l’île de Murano…
Ce livre se présente sous la forme d’un thriller historique ou Léonara, fille d’une grande famille de verriers italiens, cherche à venger la mort de son amant, ce qui la conduira sur les routes d’Italie et de France, instrument involontaire d’une machination politique.

Dans les premiers chapitres, alors que l’intrigue se met lentement en place et que l’on découvre le monde impitoyable de Murano, où s’affrontent trois familles de verriers, ce roman est d’abord un documentaire où l’on apprend beaucoup de choses (un peu trop ?) sur la fabrication du verre, tandis que l’auteur emploie un style quelque peu fastidieux ; utilisant de nombreux mots italiens ou un vocabulaire ‘vénitien’ inutile pour se plonger dans l’ambiance du roman (« des pupilles qui hésitent entre le topaze et le vert de la lagune », « le corsage au lacis complexe ainsi que la longue jupe en soie qu’elle porte lui semblent aussi pesants que le sommet du campanile »), de même qu’il ponctue chaque fin de chapitre par des citations latines qui paraîtront peut-être obscures aux non-initiés mais en feront sourire d’autres (« homo allegre post coïtum ») ; par la suite, l’aventure prenant le pas sur le documentaire, la lecture se fait plus légère.

L’aspect historique est néanmoins fort intéressant, on apprend, par exemple, l’existence de «spadassins du verre» chargés de punir les traîtres à la cause de Murano en leur plongeant dans le corps une épée de verre qui se brise en libérant de l’arsenic, plus ou moins dilué selon la durée souhaitée de l’agonie de la victime. Par contre, on regrettera que ne soient pas plus développées les explications concernant la monnaie de verre qui donne son titre au roman : il faut aller fouiller dans les notes en fin d’ouvrage pour comprendre pleinement les rouages de la machination inventée par les Français !
Monnaie de verre est donc un ouvrage à double tranchant, comportant une intrigue ingénieuse et bien construite qui plaira à la plupart des lecteurs mais qui est alourdie par de trop nombreuses précisions techniques.

Anne Weber  (janvier 2003)

par frederic grolleau publié dans : ROMANS PERSONNELS
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