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Vendredi 22 février 2008
Non une apologie du consumérisme bourgeois mais une comédie fort révolutionnaire !

 

Réedité par le Cherche-Midi quasi pour la première fois depuis 1952 - exception faite d’une publication en 1992 dans le tome 1 des Œuvres Complètes de Jacques Prévert dans La Pléiade avec des annotations de Danièle Gasiglia-Laster et Arnaud Laster - Guignol est le second des deux livres pour enfants que Jacques Prévert et Elsa Henriquez ont créés ensemble. Si le ton y est certes enfantin, Prévert dénonce, une fois n’est pas coutume, l’injustice et les méfaits des bien-pensants.

 

Il profite de cette période de consommation outrée que représente Noël pour fustiger, le temps d’une fable des plus actuelles mettant aux prises un "individu", un "Monsieur" et un "chien", ceux que l’indigence, la misère et l’abandon indiffèrent. Ceux-là mêmes qui prêtent volontiers attention aux canidés à ne pas mettre dehors tant le climat est froid et qui ne voient pas autour d’eux les dégâts causés par l’exclusion non plus que les difficultés des mal-logés et des sans-abris.
Réputé (à raison !) pour sa maîtrise de la langue française et de ses ambivalences, Prévert s’inspire donc dans ces vingt-huit pages fort poétiques de l’origine subversive, qu’on oublie souvent, de Guignol pour utiliser ce théâtre populaire (méprisé par conséquent par les élites) comme un paravent contre les nantis de toute sortes. Un Guignol lyonnais au départ porte-parole des ouvriers dont les revendications et l’exigence de bonheur social ont été réduites, las, au cours du temps à un amusement infantile...

 

Ainsi, paradoxalement, ce texte sur Noël en feuilleton aux couleurs toniques s’inscrit moins dans une apologie du consumérisme bourgeois que dans la veine des pièces révolutionnaires du Groupe Octobre. Jamais le petit monde irréel illustré par Elsa Henriquez n’a paru aussi conforme aux mœurs de notre temps, et il ne faut sans doute pas s’en louer. Qui a dit que la conscience politique ne pouvait pas commencer à l’âge des culottes courtes, lequel n’interdit en rien de nourrir des idées un peu plus longues ? 

frederic grolleau

Jacques Prévert, Guignol (illustrations de Elsa Henriquez), Le Cherche Midi, 2007, 32 p.- 9,00 €
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Vendredi 22 février 2008

Le repas du corps n’est souvent que le prélude au repos de l’âme.

 

Pour ceux qui croiraient que tous les repas sont insipides et qu’ils ne sauraient avoir un sens philosophique, les auteurs de ce savoureux Manuel de survie dans les dîners en ville s’attachent avec humour (et érudition !) à montrer, après le réputé Ventre des philosophes de Michel Onfray, combien la dynamique et le relationnel impliqués par le partage des mets supposent au contraire moult interrogations confinant à la sagesse. Car le repas du corps n’est bien souvent que le prélude au repos de l’âme...

 

Il suffit ainsi de se plonger en focale intérieure sur une soirée fictive - allant de l’apéritf au digestif - pour traquer les poncifs philosophiques qui sont légion en ces parisiennes soirées et traquer de conserve les répétitifs concepts mondains maculant, las, les conversations dînatoires. Les mots à la mode (métaphysique, ontologique, hypermoderne... etc.) sont passés sans pitié au crible critique pour êtres rendus à leur vérité première, loin des faux paradoxes ou des concepts fumeux. Ou de l’art d’apprendre pourquoi le le rock a des fondements présocratiques et pourquoi un chien peut être taxé de "situationniste".

 

À leur façon, Sven Ortoli et Michel Eltchaninoff - qui écument à l’ordinaire pacifiquement la rédaction de Philosophie magazine davantage que les cocktails mond(a)ins - présentent tant pour les apolliniens que les dyonisiaques un régal de banquet philosophique faisant la nique aux apparences trompeuses comme aux discours de rhéteurs (une poignée de branchés putassiers déjà has been) en mal de charisme.
Bel objet livresque (lettrines, illustrations d’en-tête, fil argenté de la première de couverture... etc.) fort pince-sans-rire, ce petit livre tout en second degré, qui a une consonance assez machiavélienne (sinon machiavélique) avec son art consommé de spéculer sur le poids des apparences urbaines, se parcourt avec un appétit égal d’un bout à l’autre, notre préférence allant à la rencontre avec une inconnue dans l’ascenseur à la Zizek (prodrome du repas), et à la séquence "In vino veritas".

 

Sel de l’esprit ou fine sauce jamais daubesque, la philosophie se voit donc reconnaître ici une place plus agréable (voire décisive) qu’on pourrait le penser, rappelant à l’envi la formule de Kant dans L’Anthropologie d’un point de vue pragmatique selon laquelle sagesse bien ordonnée ne peut commencer qu’entre amis sachant faire bombance autour d’une table. C’est dit, trink !

frederic grolleau

Sven Ortoli et Michel Eltchaninoff, Manuel de survie dans les dîners en ville, Seuil, 2007, 158 p. - 14,00 €.
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