Jeudi 21 août 2008
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La magie cesse d’opérer à partir de la page 46.
Le lion est mort ce soir
La sortie d’un nouvel album de "Blake et Mortimer" est en soi un
événement qui suppose toujours le même rituel : une fois le pieux document en mains, cup of tea à l’appui, entreprendre si possible au calme de se délecter avec lenteur de cet
enivrant parfum d’enfance.
Quatrième aventure réalisée par le duo Sente-Juillard afin de poursuivre le grand œuvre d’un Jacobs ayant médité la leçon de l’arrêt brutal de l’épopée hergéenne, conformément aux derniers
souhaits du grand créateur, "Le sanctuaire de Gondwana" ne déroge point à la règle rigoriste de confection qui sied au genre : longs récitatifs, voyages dépaysants, intrigue fantastique
(plus que policière ici), archéologie, couleurs surannées et décors kitchissimes, l’indécrottable Olrik, déguisements et rebondissements à la happy end de bon aloi.
Sur le papier, tout commence avec la découverte par un professeur
Mortimer des plus affaiblis après son périple en Antarctique que
la roche gravée qu’il en a ramenée daterait de plus de 350 millions d’années - un temps d’avant les dinosaures - et que les gravures de cette pierre sont identiques aux inscriptions
d’une bague trouvée en Afrique, sous le lac du Ngorongoro par un paléontologue devenu fou ensuite... Suspense, suspense donc.
Reste que, si le lecteur est indéniablement charmé par le périple de Mortimer en Afrique coloniale, dans l’ancien Tanganyka devenu le Kenya et la
Tanzanie actuels, la magie de la rencontre avec une civilisation disparue et de mystérieux guerriers cesse d’opérer à partir de la page 46. Elle réapparaît il est vrai quelques pages plus loin,
avec un retournement à la Volte-face qui n’est pas malhabile, mais le cœur n’y est plus. À qui la faute ? Non pas au fait que cette suite des "Sarcophages du 6e continent"
soit décousue, mais plutôt au fait que le parti pris explicatif de l’intrigue tienne à l’apparition d’une pseudo-entité fantastique, ultime legs d’une civilisation humaine ayant existé quelque
350 millions d’années avant notre ère, qui sent le réchauffé et paraît assez expéditif : on s’attendait à mieux et il eût certainement mieux valu une suite qu’une fin en queue de poisson
sur ce modèle !
Entre temps néanmoins, parmi quelques autres scènes d’action
gratuites, on aura vu, bien servi par le dessin de Julliard, impeccable épigone de Jacobs, un massacre total d’animaux emblématiques de la savane : éléphant, lion, lycaons (une grosse
dizaine), presque un hippopotame - tout y passe. Mais ils sont devenus fous ces colons, by Jove !
En substance, ce titre est par conséquent surtout à réserver aux passionnés de "Blake et Mortimer", qui sauront apprécier les clins d’œil disséminés ici et là aux titres précédents et,
véritable trouvaille ici, les retours de personnages apparus dans d’autres aventures (jacobsiennes ou postjacobsiennes) qui s’inscrivent avec perfection dans ce concept de synthèse
architectonique/diachronique des aventures de nos deux héros.
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frédéric grolleau
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André Juillard (dessinateur), Yves Sente (scénariste ), Blake et Mortimer - Tome 18 : "Le
sanctuaire du Gondwana", Blake et Mortimer, 56 p. - 14,00 €.
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Publié dans : critik BD
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Jeudi 4 janvier 2007
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22:44
Avec ce deuxième volet de l’Intégrale, on plonge avec délectation dans un hommage à l’alchimie et aux châteaux médiévaux...
Où l’on retrouve notre électronicienne de choc, bien loin cette fois-ci de la planète Vinéa dont elle a rencontré les bleus habitants dans le tome 1 de cette Intégrale. Toujours teintées de fantastique, les péripéties de Yoko sont donc moins proches de la science-fiction que dans "De la Terre à Vinéa". Les trois volumes ici rassemblés, L’Orgue du Diable, La Frontière de la Vie et Le Feu de Wotan - quid de L’Or du Rhin d’ailleurs, non repris dans cet épais volume ? - nous permettent avec grand plaisir, de renouer avec le doucereux graphisme et la description minutieuse des lieux fort réalistes chers à Leloup, formé aux studios de Hergé.
Tiraillée entre l’Orient dont elle provient, en tant que "Fille du vent" et l’espace auquel elle aspire (la saga vinéenne), Yoko évolue en ces pages dans le troisième côté du triangle qui lui est imparti, soit l’Europe et en particulier l’Allemagne. Ce deuxième volet de l’Intégrale débute donc avec à-propos par L’Orgue du diable où notre héroïne, au contact de sa nouvelle amie, l’organiste Ingrid Hallberg, plus introvertie que Khâny la Vinéenne, décide dès les premières bulles d’affronter le méchant de service qui a relancé une machine diabolique - un orgue gigantesque du Moyen Age pouvant émettre des ultrasons capables d’aliéner ou tuer et alimenté par un souffle quasi hydraulique ! - dans les souterrains d’une sinistre bâtisse médiévale (Le Château du Katz).
Il est toujours amusant de voir comment Leloup enclenche le scénario (pas de longues p(l)ages destinées à installer l’intrigue : ça démarre toujours sur les chapeaux de roue... ou les flancs d’un bateau en l’occurrence). Le scénario n’est pas si noir que cela au demeurant et Karl le mécréant ressemble étrangement au méchant vinéen de l’album intégral antérieur tandis que miss Tsuno parvient à escalader une paroi abrupte de falaise en mini-jupe et escarpins - tenue du plus bel effet...
Il n’empêche, le récit fonctionne et interpelle à merveille, idéalement mis en relief par un dessin très fouillé qui joue le rôle d’un personnage à part entière dans la narration. Le dessinateur est ici "chez lui", comme il s’en explique dans le dossier en début d’ouvrage où il célèbre l’Allemagne comme le pays de l’imaginaire, par opposition à la France qui compte tant d’adeptes du cartésianisme rationnel.
Hymne au Rhin et à la célèbre Lorelei, L’orgue du Diable est bel et bien l’album qui nous semble le plus original, bien que ce soit à La Frontière de la Vie (dédié au double thème du développement du sang artificiel et de la prolongation de la vie par hibernation) que soit revenu le plus grand succès de la série, l’album-clef ayant conquis le public féminin (rien d’étonnant vu que Yoko Tsuno incarne l’éternel féminin, ce dont témoigne ici la fonction de seconds couteaux dévolue aux insipides Pol et Vic) alors que Le Feu de Wotan (voué à la récupération vénale d’un rayon destructeur infernal) se veut un polar technologique qui fait une part moins belle aux sentiments humanistes qui imprègnent la série.
Ne boudons donc pas notre joie et plongeons avec délectation dans cet hommage à l’alchimie et à la fascination qu’inspirent les châteaux ouvert par cet Orgue diabolique, deuxième opus dans la chronologie de la série. Et non des moindres.
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Roger Leloup, Intégrale Yoko Tsuno - Tome 2 : "Aventures allemandes", Dupuis, 2006, 162 p. - 16,00 €.
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Par frederic grolleau
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Publié dans : critik BD
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