Les CSF ou la tapisserie littéraire
A l'origine rubrique de la homepage de lelitteraire.com réservée à son fondateur pour qu'il y exprime régulièrement sa lecture critique d'un opus de prédilection, Les Chroniques de San Fredo lancées sur le net en mars 2004 deviennent l'année suivante une émEntretien saission de webtv enregistrées dans les locaux parisiens de la librairie/maison d'édition Autrement, près de Bastille. L'émission se dévéloppe de manière plus considérable à partir du Salon du Livre 2006...
"Gouverner, à écrit Merleau-Ponty dans Humanisme et terreur, c’est prévoir l’imprévisible." Faire de la webtv aussi. Aussi les Chroniques de Sans Fredo doivent-elles faire face à l’impévu le vendredi 5 mai lorsque, arrivé à 9h25 sur le lieu du tournage, derrière le jardin du Luxembourg, Frederic Grolleau constate que celui-ci est fermé (il le restera jusqu’à 11h). O infamie !
En avance d’une demi-heure, le fort cordial Laurent Léguevacque (deuxième invité) est déja sur place, tout droit débarqué de Tours, ne sachant au juste quelle porte forcer... Le pire des scénarios possibles eu égard à une matinée de tournage bien remplie est en train d’advenir, bientôt matérialisé par la personne de Tzvetan Todorov, premier invité, se présentant 4 minutes plus tard à l’endroit convenu, rejoint dans la foulée par Frédéric Tenentap, co-producteur et réalisateur de l’émission. Il faut se rendre à l’évidence au bout de 15 mn d’attente : point en ces lieux pourtant réservés le tournage ne se fera !
C’est alors que le sieur Tenentap met à contribution sa faconde légendaire afin de convaincre un noble tapissier, sis à quelques encablures, de nous autoriser à utiliser l’arrière-salle de sa boutique pour que nous y fassions défiler nos auteurs. Ce qui sera fait, T. Todorov se disant plutôt charmé par ce lieu atypique fleurant bon l’artisanat parisien.

C’est ainsi, entre carcasses de fauteuils, outils à tapisser et mètres de tissus que le préfacier des Oeuvres de Vassili Grossmann (R. Laffont, Bouquins, 2006) se lance dans une présentation passionnée de l’auteur de Vie et destin et de Tout passe, pointant avec justesse l’apport de Grosmann à la dénonciation du totalitarisme et revenant également sur la figure des trois autres auteurs au destin tragique, O. Wilde, R.M Rilke & T. Tsveïatana, de ses Aventuriers de l’absolu (R. Laffont, 2006) paru naguère.
Assis dans un coin de l’atelier, Laurent Lèguevacque ne perd semble-t-il pas une miette de la discussion puis remplace T. Todorov afin de répondre aux rouées questions mettant à mal sa conception paradoxale de la justice dans Plaidoyer pour le mensonge (Denoël, 2006). L’ancien juge, ayant démissionné de la magistrature pour casue de désaccord de fond, sait de quoi il parle et le constat qu’il dresse des dysfonctionnement des juges d’instruction et de la "fonctionnarisation" de leur sens de l’écoute au profit d’experts "experts en rien" fait froid dans le dos, juste après la déconfiture du proces d’Outreau.
L’entretien achevé, San Fredo a juste le temps de rallumer son téléphone portable pour recevoir l’appel de l’attachée de presse accompagnant l’universitaire Jacques Rancière : tous deux attendent dans la rue, ne trouvant pas l’endroit (et pour cause !) ou a lieu l’enregistrement. Un brin décontenancé par le local à tapisserie où on lui propose de s’exprimer, J. Rancière n’en fait pas moins rugir son moteur conceptuel et revient avec fougue sur les préssuposés de son article "De la peur à la terreur" paru dans Les aventures de la raison politique ( Métaillié, collectif, 2006). Au croisement des 2 films M. le Maudit de Fritz Lang et Mystic river de Clint Eastwood, il retrace comment l’humanité est passé d’une économie de la peur de type aristotélicienne au programme américain du War on terror. L’entretien clos, il faudra une dernière course de San Fredo dans les rues avoisinantes - qui a dit que la télé était un métier de fainéant ? - pour mettre la main sur André Gluckmann, dernier invité patrouillant dans le secteur.
Cet ultime enregistrement, qui sera suivi d’un café au troquet du coin, amène l’auteur de l’autobiographique Une rage d’enfant (Plon, 2006) à revenir sur les épisodes marquants de son enfance et sur les grands engagements de sa vie, quelques prises de positions limpides étant au passage mises en place en ce qui concerne les affres du communisme, la "napoléonite", la "tentation de Combray" ou encore les évènements de Tchétchénie. Grand orateur, Glucksmann surpend par son apaisement ...et par un sens critique que ni le passage des ans ni la maladie n’ont visiblement émoussé.
Retrouvez tous ces entretiens à partir du 17 mai sur www.sanfredo.com, partenaire de lelitteraire.com
frederic grolleau
T. Todorov, Oeuvres de Vassili Grossmann (R. Laffont, Bouquins, 2006) et Les Aventuriers de l’absolu (R. Laffont, 2006)
J. Rancière, "De la peur à la terreur" in Les aventures de la raison politique ( Métaillié, collectif, 2006).
L. Lèguevacque,Plaidoyer pour le mensonge (Denoël, 2006).
A. Glucksmann, Une rage d’enfant (Plon, 2006)
copyrights : www.fredericgrolleau.com & www.lelitteraire.com
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Caroline Maurel-Lemoine au Marché d’art contemporain de Bastille (26 avril - 1er mai 2006)
Tous deux sont bien des échantillons, des exemplaires du celluloïd trademark mais le traitement de leur posture hiératique, de la fixité obsessionnelle de leur regard comme la focalisation minutieuse portée sur leurs segmentations articulaires déjouent ce que serait une trop claire (et rapide et rassurante) identification à des jouets singeant les comportements humains. Les couleurs sont souvent vives et décalées par rapport à la réalité ; le procédé est simple et accessible. En utilisant des symboles populaires, qui marquent l’inconscient dès l’enfance, Caroline Maurel-Lemoine s’inscrit bien dans la mouvance popartienne, mais elle sait s’éloigner des devenus classiques Mickey Mouse ou Marilyn Monroe pour s’inspirer des êtres de celluloïd, ces déchets simili-vivants, ces objets de rebut tout aussi bien « récupérés (repensés) par l’Arte Povera qui peuvent à l’envi devenir objets d’art. Idéal et génial pied de nez du figuratif guère prisé en France à l’expressionnisme abstrait.
Chacun peut y voir une invitation ludique à imaginer la scène, le dialogue qui ont précédé, la scène, le dialogue qui suivront, ou encore un violent éclairage des rapports secrets qu’entretiennent entre eux les jouets enfantins quand leurs petits propriétaires et les adultes leur tournent le dos. Et si « Etre, c’est être perçu » (esse est percipi), comme l’indiquait dans son immatérialisme idéaliste le fort philosophe êvéque Berkeley ? Telle est bien la sempiternelle Comédie humaine et Balzac, là encore, n’est guère loin. Cercle vertueux parfait, les modèles ayant servi d’inspiration à l’artiste pour chaque saynète trônent dans le stand, sur des étagères, rejouant en écho et en effet de miroir les scènes primales qui les auréolent. Qui vivra verra. Et réciproquement. 

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