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Vendredi 24 février 2006 5 24 /02 /Fév /2006 22:12

Le super-héros ne (se) pense pas, il fait, c’est bien connu.


L’histoire
Partis à bord de la station spatiale d’un riche industriel, Victor Fatalis, pour étudier dans l’espace une tempête magnétique, quatre astronautes (Reed Richards, Susan Storm, Ben Grimm et Johnny Storm) se retrouvent soumis à des radiations cosmiques et se transforment en supers-héros dotés de pouvoirs extraordinaires, de même que le docteur Fatalis. Reed (Mr Fantastic), le leader du groupe, homme élastique à ses heures, Sue (La Femme invisible), Johnny (La Torche), dont le corps est fait de flammes et Ben (La Chose), personnage à la peau écailleuse et orange constitué de pierres, vont désormais devoir unir leurs forces pour déjouer les plans du maléfique Victor Fatalis...


Surprise ?
On attendait sans grande surprise cette nouvelle adpatation par Hollywood des séries comics éditées avec un franc succès par Marvel Inc.et qui consituent à elles seules un pan entier de la mythologie U.S. Après X-Men, Daredevil, Hell Boy, Batman Begins et autres Spider- Man, voici donc réduits au format DVD THE FANTASTIC FOUR...
Ce qui surprendra davantage, c’est la modestie de l’ensemble, tant en ce qui concerne le casting que les effets spéciaux. Ni superstars pour camper les super-héros ni cahier de charges démesuré pour faire tressauter spectateur sur son sofa, le film sert surtout à camper les décors au profit d’une probable suite, la cible privilégiée au niveau marketing étant visiblement les adolescents. Tim Story (TAXI, BARBERSHOP) décide d’éviter les doutes et incertitudes que partagent Spider-Man et les X-Men pour proposer des aventures d’un quatuor où l’intensité n’est guère au rendez-vous.
Ce qui fait la substance même des Quatre fantastiques - série créée en 1961 par Stan Lee et Jack Kirby, soit justement leur pluralité : il s’agissait là du premier rassemblement atypique de super-héros-malgré-eux et parvenant à s’unifier dans leur lutte contre le Mal - est laissé de côté au profit d’une pâle rivalité amoureuse entre Reed et Fatalis eu egard aux charmes (disons plastiques) Sue, et à la franche chamaillerie qui règne entre Johnny et Ben, autant d’éléments qui figurent dans la bande dessinée originaire.


Je suis ce que je fais
Il êut été pourtant fort intéressant de jouer la carte de la « publicité » qui caractérise ces super-héros, qui n’ont jamais caché leur identité puisque, et ce premier opus l’atteste, c’est au vu et au su de tous qu’ils assument dans la cité leur extra-ordinaire statut - dussent-ils en payer un prix élevé, à l’instar de Ben, que sa femme aimée quitte lorsqu’elle découvre, non sans effroi, qu’il est devenu une (immonde) « Chose » pierreuse... Une geste ostensible à nuancer par le fardeau de la surhumanité, la solitude, l’exclusion qu’elle implique en même temps, mais cette noirceur psychique est écartée. N’en déplaise à Descartes, celui qui n’a point besoin de dissimuler ses agissements sous cape (« larvatus prodeo »), ne saurait en passer par les affres d’un cogito. Le super-héros ne (se) pense pas, il fait, c’est bien connu.


Elasticité démesurée des membres, invisibilité, transformation immédiate en torche vivante, minéralisation d’un corps devenu massif : ces mutations touchant les quatre protagonistes vont paradoxalement leur permettre de lutter contre les projets de conquête du pouvoir d’un scientifique milliardaire qui se "métallise" au fur et à mesure que le délire et la frustration s’emparent de Fatalis (fatalité alors ou conséquence d’un principe psychologique antérieur insoupçonné ?) et égare sa raison - Fatalis étant de fait plus victime de lui-même que d’une expérience scientifique ayant mal tourné (il se dit d’ailleurs que ce méchant inspira George Lucas pour son célèbre Dark Vador !)
Point de refexion ou de mise en abyme du primat de l’appparence sur l’essence, de la métamorphose sur l’existence, les amateurs de débats philosophico-métaphysiques repasseront. De même l’hystérie médiatique ou le poids moral du pouvoir financier et scientifique qui sont les thèmes fondamentaux du comic ne sont-ils qu’illustrés ici au lieu d’être approfondis. Ben en reste au fait de savoir s’il doit abandonner son image de bête de foire menaçante pour assumer un statut de justicier, en abdiquant donc son humanité. Il passe à l’acte, certes, mais on ne sait au juste pourquoi.
On en reste donc à un niveau fort plat là où, en droit, dev(r)aient être présentées des relations dramatiques, en fonction du funeste hasard qui fait que ce qui tire Fatalis (devenant le sombre Dr Bloom) vers le Mal attire le quatuor vers le Bien. A même rayonnement cosmique effets radicalement opposés donc. Plutôt que cela, on assiste aux molles répliques entre les uns et les autres et à un ennui global quand on connaît le potentiel, scénaristique et graphique, du comic.


En privilégiant la linéarité et la prévisibilité d’un récit sans faille ni rebondissements majeurs, Tim Story n’en fait pas des tonnes, en restant à une prudente présentation des protagonistes qui a au moins le mérite d’être efficace et de ne pas brouiller les pistes interprétatives. Rarement la photo cinématographique s’est-elle employée à s’agenouiller ainsi devant une « série » de clichés.
Bref, il s’agit là, au premier degré, d’un film tourné en famille (les acteurs sont tous issus de séries du petit écran) et destiné à la famille, ce qui explique sans doute sa popularité auprès du jeune public depuis sa sortie en DVD. Laquelle s’agrémente, il importe de le souligner, d’une superbe qualité d’image dans la compression (précision impeccable du piqué, richesse du contraste et élégante saturation des couleurs) tandis que la VO DTS est un pur régal tant sont légion les séquences où Les 4 F assurent des envolées sonores qui honorent haut la main l’installation home cinéma.

Du côté des bonus
Pendant que vos enfants gloussent dans le salon il vous reste nonobstant l’indéniable qualité des bonus du collector pour prendre votre revanche, avec en particulier un making of qui a la particularité d’être plus long que le film ! Les éditions Universal proposent là un produit vraiment intéressant qui vaut qu’on s’y arrête. Les techniciens y évoquent la création des effets visuels du film, pendant que les comédiens, visiblement fort détendus aux côtés de de leur réalisteur Tim Story multiplient les remarques drolatiques.

frederic grolleau

Les quatre fantastiques - Édition collector
Editeur : Universal Prix : 31,00 euros.

Disque 1 :
Film au format 2.35 (16/9 compatible 4/3)
Anglais Dolby Digital 5.1 Français
olby Digital 5.1et DTS 5.1 Sous-titres français, anglais
Commentaire audio de Avi Arad, Ralph Winter, Kevin Feige, Michael France, Mark Frost, Simon Kinberg
Le Fantastic Tour : Journal de bord de Jessica Alba (22min)
Vidéoclips : Come on, come in et Everything burns
Inside look : X-Men 3

Disque 2 :
Making-of : Les 4 Fantastiques
Making of : Créer les personages
Documentaire sur le Building Baxter
Les 4 Fantastiques : Fabrication d’une scène 4 scènes coupées : Reed tests plants (1min 04s), Planetarium with kiss (1min 02s), Reed and Sue walk (1min 08s), Wolverine insert (18s)
9 scènes multi-angle
Les essais des acteurs
Bandes-annonces et spots TV


copyright
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Par frederic grolleau - Publié dans : critik DVD
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Dimanche 29 janvier 2006 7 29 /01 /Jan /2006 15:20

Du trou au trou, la conséquence est bonne : The Deer Hunter

Le trou de l’être
Tout commence dans un trou, au sens figuré. Et y retourne. Dans une petite ville industrielle de Pennsylvanie, cinq ouvriers sidérurgistes de l'équipe de nuit se retrouvent dans un bar, après leur travail. Ils s'apprêtent à fêter le mariage de l'un d'entre eux, Steven (John Savage) et son départ avec deux autres, Michael (Robert De Niro) et Nick (Christopher Walken), tous trois par ailleurs jeunes amateurs de chasse au daim et au cerf, appelés au Vietnam. Deux ans plus tard, la guerre sévit toujours et ces derniers se retrouvent prisonniers dans un camp vietcong...Ceux qui reviendront, resteront marqués à jamais, dans leur esprit et/ou leur corps, par les horreurs qu'ils ont subies au Vietnam.

Cimino, qui s’intéresse principalement au point de rupture entre l’ordinaire et l’horreur, filme  les aventures d'un groupe de jeunes immigrés russes, quittant famille, travail, loisirs et amis, pour rejoindre un court instant l'enfer du Viêtnam. Il le constate, la guerre ne fait qu’accentuer les disparités génétiques et les acquis psychologiques de chacun : le chasseur reste le plus stable, le plus froid et le plus efficace combattant, tandis que le rêveur trop sensible aux douleurs occasionnées par l'ennemi, devra résister ou succomber. Devenu métaphore récurrente, le trou dans toute sa polysémie guette celui qui se relâche. Non pas qu’on y échappe – le décoré Michael revient ainsi prendre sa place dans son trou en Pennsylvanie, hanté par ce qu’il a vu et vécu pendant le conflit, par l'impact psychologique de la barbarie de la guerre sur l'être humain – mais il existe plusieurs sorte de trous, nécessitant une initiation rituelle particulière.

Le trou dans l’être
Lauréat de cinq oscars dont celui du meilleur film et celui du meilleur réalisateur, Voyage au bout de l'enfer est un grand film sur l'amitié et les conséquences psychologiques de l'épreuve du feu. Après une longue et statique première moitié de film qui saisit sous tous les angles anodins la vie médiocre des trois amis dans leur trou originaire, la séquence forte est celle de l’emprisonnement des trois soldats. Non pas tant parce qu’ils sont au « trou », façon de parler, que parce que les détenus jouent chaque jour, contraints par leur tortionnaires qui y voient matière à parier, leur vie à la roulette russe (le comble pour des Lituaniens !). Pour espérer survivre un peu plus longtemps, ils sont obligés de se livrer à des duels entre prisonniers, jusqu'à la mort d'un des deux participants. Le perdant est celui qui n’ose appuyer sur la gâchette (il est alors envoyé dans une cage infestée de rats immergée dans le fleuve) ou celui qui, ayant appuyé, voit sa tempe s’auréoler d’un trou rouge crachant un geyser de sang.


D’un trou à l’autre, stase par définition de l’intimité de l’individu, l’être se déshumanise, perd sa qualité d’être. Dans ces circonstances, il n’est de bouche-trou qui vaille. Geôle infecte ou blessure mortelle provoquée par l’arme à feu, la béance d’être remplace la vie. De peur d’être troués définitivement, les trois amis jouent le tout pour le tout et, retournant le crescendo de la roulette russe à leur avantage, parviennent à s’échapper. Un seul d’entre eux toutefois reviendra intact dans son foyer…Encore ce chasseur ayant été traqué comme gibier n’aura-t-il bien évidemment plus la même perception de l’existence et laissera–t-il, reparti en montagne sur les pistes d’un cerf, la vie sauve à ce dernier – qui le fixe au moment du coup de feu d’un oeil noir atone, sorte de trou à l’envers qui se veut miroir de la valeur intrinsèque de tout vivant. Trou rouge versus trou noir.
C’est que Michael est devenu sensible à l'innocence, qu’il élève au rang suprême tandis que  la vie humaine, supprimable à volonté par la malchance et le hasard, lui apparaît absurde, tout comme la guerre.

Le trou d’être
Multioscarisé en 1979 - Meilleur réalisateur pour Michael Cimino (qui recevra également à ce titre le Golden Globe) , Meilleur montage, Meilleur film, Meilleur son, Meilleur acteur dans un second rôle pour Christopher Walken -, The Deer hunter (« Le Chasseur de daims » : soulignons le titre décalé) expose ce qu’il en est d’hommes se retrouvant forcés à vivre en permanence à proximité de la mort. D’une mort arbitraire, ludique et perverse, sans fondement aucun. A mi-chemin de la détresse psychologique de De Niro et de la tétraplégie de John Savage, c’est Christopher Walken, joueur professionnel des milieux clandestins, fou et drogué, devenu accro au jeu et au spectre du trou létal, qui incarne à son paroxysme la démence de celui qui a trop dansé au bord des précipices – avant de finir au fond d’un trou tombal, zombie vidé de sa propre mémoire, automate réduit à répéter chaque soir à Saigon le même geste actualisant la seule liberté qui lui reste : presser le canon contre sa tempe, enclencher la détente, reculer l’échéance du trou ultime.
Resté là, hagard et perdu, pour « faire son trou », Nick n’a plus que des (n’est plus que) trous de mémoire… Ainsi s’achève la démonstration implacable de Cimino, illustrant la destruction du soldat en tant qu'être humain. Aucun des trois amis n’est en effet décédé sur le champ de bataille à proprement. parler, certes, chacun sera toutefois anéanti par le conflit …de différentes manières. La guerre fait trou dans le sujet, dirait l’autre.

Il est vrai, ce n’est pas loin d’être la morale de l’oeuvre, pour qui aspire à faire le « tour » de la question, qu’un trou peut toujours en cacher un autre. Le combattant qui a goûté au Vietnam à de fortes doses d'adrénaline, n’éprouve plus dorénavant de plaisir qu’à pratiquer un nouveau « jeu » (qui est le masque d’un « je » cela va sans dire) : celui de la roulette russe continuée ou celui de la vie, à réinventer avec les moyens qui restent. Michael lui-même, une fois démobilisé, ne sera pas lui non plus capable de redevenir celui qu'il était avant. Le retour au trou n’efface en rien les autres trous qui précèdent, tous porteurs de mort.
Faut-il aller plus loin et demander qui creuse le trou, qui a créé le Jeu ? Les longues séquences de la première partie du film (le mariage, les scènes de chasse), l'éloignement de la guerre elle-même, la roulette russe, l'énorme gâchis humain résultant du conflit, tout cela qui troue l’écran tend à dénoncer une dérisoire volonté de puissance des États-Unis. The Deer Hunter : une épopée de la défaite, une évocation de destins individuels brisés et une fresque d’une Amérique traumatisée qui établit en quoi du trou au trou, la conséquence est bonne.

Frédéric Grolleau

Voyage au bout de l'enfer (The Deer hunter)
Film britannique, américain (1978).
Réalisé par Michael Cimino
Guerre, Drame. Durée : 3h 03mn.
Avec Robert De Niro, Meryl Streep, Christopher Walken, John Cazale, John Savage.

Date de sortie DVD : 23 mai 2005
Suppléments : Commentaire audio, Entretiens, filmographies, bande-annonce
Editeur : Studio Canal
Prix : 20,00 €.


copyright fredericgrolleau.com

Par frederic grolleau - Publié dans : critik DVD
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