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"La conscience, Pinocchio et Socrate"

Publié le 4 Décembre 2022, 19:31pm

Catégories : #Philo (exposés)

"La conscience, Pinocchio et Socrate"

Proposition de traitement par Mlle Luna Prat-Passet, T3, Lycée naval de Brest, octobre 2022.

 

Pinocchio est le deuxième long-métrage d'animation et « Classique d'animation » des studios Disney, sorti en 1940 et inspiré du conte de Carlo Collodi, Les Aventures de Pinocchio (1881). Au début du long métrage, après que Geppetto (créateur du pantin) a prié la bonne étoile/l'étoile des souhaits afin que Pinocchio (pantin en bois) devienne un vrai petit garçon, la fée bleue surgit dans la nuit. Celle-ci réalise une partie du vœu du créateur et donne vie au pantin. Or celui-ci est toujours fait de bois, il n’a rien d’humain, à part cet art de la parole dont elle lui a fait don.

La suite du souhait de Geppetto dépend alors de Pinocchio. La fée lui donne alors comme mission de faire preuve de loyauté, d’obéissance, de franchise, de bravoure…Pour être doté de ses valeurs (ce qui peut avoir un caractère ou un sens d'une importance précieuse et digne d'être estimée par un jugement), il doit donc choisir entre la route bonne ou mauvaise.
Or, en vue du fait qu’il n’est pas humain, celui-ci ne possède pas de conscience, Jiminy Cricket intervient donc pour lui expliquer cette notion particulière et est désigné, ensuite, de conscience et de guide pour le pantin.

Un “live action” de ce long métrage est sorti en septembre 2022, réalisé par Robert Zemechis. Ce film reprend énormément de passages du premier classique d’animation des studios Disney. Seulement, le live action est beaucoup plus complet et nous permet de percevoir des passages importants comme par exemple celui où l’on voit le professeur de l’école “jeter” vulgairement Pinocchio du fait de son apparence (“c’est un pantin et non un petit garçon comme ses camarades”--> c’est cette conscience qui lui manque).

Dans le cadre de notre étude, la fée bleue qualifie Pinocchio de pantin vivant, peint de façon à ressembler à un véritable petit garçon, qui doit montrer sa force afin de remplir la dernière tâche du souhait. Néanmoins comme nous le savons, Pinocchio a l’apparence de et non une conscience. Elle demande alors au Cricket, Jiminy, s'il connaît la différence entre le bien et la mal et celui-ci lui répond que “bien évidemment”. Disney a tendance a anthropomorphisé (L’anthropomorphisme est l'attribution de caractéristiques du comportement ou de la morphologie humaine à d'autres entités comme des dieux, des animaux, des objets, des phénomènes, des idées et voire à des êtres d'un autre monde le cas échéant) ses personnages dont le plus connu est Mickey, une souris. <

Jiminy est alors désigné de conscience temporaire, le temps que Pinocchio développe la sienne jusqu’à temps qu'il devienne un vrai petit garçon donc un homme C'est pour cela également que le matériau de bois est choisi car il symbolise dans certaines mythologies l’idée selon laquelle l’homme de bois expliquerait la création de l’homme.

https://www.youtube.com/watch?v=-qpb-yi6M70 (2022)

https://youtu.be/OJ_Z-XEfv1w (1940)

Selon Disney, la conscience est un guide (“Laissez toujours votre conscience être votre guide”, Walt Disney). Comme nous pouvons le remarquer dans le long métrage de Pinocchio ainsi que dans le “live action”, Jiminy donne également une définition de ce terme qui est : “La conscience, c’est cette tranquille petite voix que personne ne veut entendre. C’est à cause de ça que tout va mal de nos jours”. Ainsi que la fée bleue lorsqu’elle prononce le nouveau rôle de Jiminy par l’étoile du soir :“Je te nomme, par l’étoile du soir, conscience de Pinocchio, grand chancelier de la connaissance du bien et du mal et son guide sur l’étroit chemin du devoir”.?

On observe également que Jiminy Cricket n'est pas choisi au hasard car nombreuses cultures considèrent le cricket comme porteur de bonne chance et de sagesse. Disney utilise également le cricket dans Mulan (cri kee). Ainsi, les deux morales de Pinocchio, pour Disney et Collodi , ne sont pas exactement les mêmes.
En effet, Disney réalise des longs métrages féeriques et destinés aux enfants, c’est pour cela qu’il réadapte toutes les versions notamment avec par exemple La belle au bois dormant des frères Grimm. La morale de Pinocchio est alors d’être pourvu de valeurs ainsi que d’être à l’écoute de notre conscience car, comme nous pouvons l’observer, lorsque le pantin n’écoute par le Cricket, il est manipulé ou mis sur la route “mauvaise”. Par exemple avec Grand coquin et Gédéon (un renard et un chat très manipulateur et influençable ici)

En outre, dans la version de Collodi, la morale n’est pas joyeuse : celle-ci nous montre la version dans laquelle Pinocchio emprunte la route “mauvaise”. On observe que si nous n’écoutons pas les adultes et notre conscience, on peut être ligoté, torturé et assassiné - ce qui est bien plus violent par rapport à la version Disney.

En ayant comparé les deux films, nous pourrions nous demander : sommes-nous guides de notre conscience ou au contraire, esclave de celle-ci ? Contrairement à Disney, Socrate à une approche différente du terme de Conscience. En effet selon lui la conscience est une sorte de démon : on dit que Socrate se promenait dans l’Antiquité grecque avec un démon → sorte de voix de la conscience morale qui est la capacité de chacun à saisir le bien et la mal (Génie est la définition latine du terme de démon (daïmon) ).Elle apparaît comme une entité psychique, relativement proche de la conscience au sens courant mais qui interfère dans ses actes seulement pour indiquer à quel moment la parole doit intervenir (contrairement à Walt Disney).

Nous pourrions alors nous demander si la conscience permet à l’Homme de devenir plus grand (psychologiquement) et qui, de Disney ou Socrate, définit le plus précisément le terme de “conscience”. Premièrement, la conscience vient de cum et scire en latin, qui signifie savoir être. La conscience est en effet une connaissance qui est avec soi et qui nous accompagne. On peut distinguer la conscience morale qui est une capacité à chacun de saisir le bien et le mal (rôle de Jiminy ici) : il y a la conscience de soi qui est une faculté humaine à se penser et enfin nous avons la conscience psychologique qui est une capacité de représenter ses actes et ses pensées.
Puis, on peut constater que l’éducation pour Disney est primordiale car celle-ci nous apprend à faire la différence entre le bien et le mal. Cela voudrait donc dire que notre conscience morale se développe avec l’éducation. La route de l’école dans Pinocchio est une sorte de métaphore du chemin de la vie, là où nous pouvons rencontrer des obstacles pour accomplir le bien et où il est souvent facile de s’écarter et difficile de revenir ( par exemple avec la rencontre de grand coquin et de Gédéon).

Pinocchio n’est ni bon ni mauvais, mais il doit apprendre et grandir pour atteindre la sagesse et, par conséquent, continuer sur la bonne voie avec l’aide de sa conscience morale temporaire, Jiminy. Néanmoins, Pinocchio est naïf est n’écoute pas toujours Jiminy qui lui tient lieu d'ami et de conseiller, tout en préfigurant la dialogicité de l'âme avec elle-même qui est source de confiance en l'autre, du sens de l'amitié et du pardon ( comme il le dit, la conscience, c'est cette petite voix que personne n'écoute).
Enfin, l’éducation libère notre savoir et nous amène à prendre de bonnes décisions et à ne pas nous laisser tromper (elle développe conscience morale ). Or dans le “live action”, Pinocchio rencontre un immense obstacle dans son cursus pour réaliser la fin du souhait de Geppetto : il est “viré” de l’école du fait de son apparence. Dans l'histoire de l'éducation, l'apport de Socrate consiste dans l'idée que l'éducation n'est pas un processus de transmission de quelque chose ni un processus d'imposition d'un contenu ou d'une norme, mais qu'elle est un processus de formation au sein duquel autrui est appelé à assumer et à légitimer sa propre pensée… (conscience de soi, on apprend à se penser, et psychologique, on apprend à représenter ses pensées).

Nous pourrions par la suite nous poser la question : “notre âme est-elle démonique ou démoniaque?' 'Cette question renvoie à un des traits majeurs du socratisme (enseignement de Socrate ou aspects éthiques de cet enseignement). Démonique signifie relatif au démon ou daimôn, qui est le fait d'un démon, d’origine surnaturelle. Un « démon » l’accompagne [Socrate], qui fait entendre sa voix quand un avertissement est nécessaire. Il croit si bien à ce « signe démonique » qu’il meurt plutôt que de ne pas le suivre : […] (Henri Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion.
Alors que démoniaque signifie  : possédé par un démon. Être vivant, en effet, pour Socrate comme pour Pinocchio, ne consiste pas seulement à grandir sous le soleil (la sagesse, la lumière) mais à actualiser les possibles inscrits en soi. Cela suppose donc courage, confiance et honnêteté puisqu'il s'agit, face à l'adversité, de se construire une expérience source de sagesse. Ainsi notre âme est démonique et non démoniaque car cette conscience qui fait " autorité " ne désigne rien d'autre alors que ce point libre en l'homme qui se présente comme une énigme constante.

C’est là où se situe le territoire de l'éthique (ensemble des conceptions morales + portant sur les jugements moraux et dont le concept est donc très proche de celui de la morale. C'est une réflexion fondamentale de tout peuple afin d'établir ses normes, ses limites et ses devoirs), lieu - inaccessible en l'homme - à la fois le plus intime et le plus étranger.
Pinocchio l'apprend à ses dépens qui n’écoute pas Jiminy, lorsqu'un sujet est au pied du mur de sa vie, que l'éthique se manifeste tout en lui. C'est donc en bonne partie ce daimôn (souvent lié à l’interdiction) avec lequel devise Pinocchio qui causera la mort de Socrate, qui préfère suivre ses recommandations, plutôt que songer à son intérêt entendu.

Le daimôn socratique, loin de ne faire qu’empêcher, favorise la bonne rencontre au bon moment qui rend possible le dialogue en même temps que la rupture avec la sociabilité ordinaire et la vie civique. Il traduit donc une exigence accrue d’intériorisation du moi. Ainsi, chez Walt Disney, la conscience permet de ne faire que le bien (les erreurs sont très peu présentes → conscience morale, connaissance du bien et du mal) et chez Socrate, la conscience est un daimôn qui intervient dans les actes seulement pour indiquer à quel moment la parole doit intervenir→ conscience morale aussi.
Or, Socrate est libre de ne pas écouter sa conscience mais, comme le dit Jiminy Cricket, le monde va mal puisque que les gens n'écoutent pas leur conscience

 

Ainsi, chez les deux protagonistes, la conscience morale est la connaissance du bien ou du mal.
Néanmoins, nous pouvons être guides de notre conscience, ce qui ne mène pas parfois au chemin de la sagesse mais au chemin de l’apprentissage de nos erreurs.

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