Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

fredericgrolleau.com


L'illusion : Caravage, "L’incrédulité De Saint Thomas" (1603)

Publié le 12 Janvier 2022, 10:47am

Catégories : #Exercices philo

L'illusion : Caravage, "L’incrédulité De Saint Thomas" (1603)

Consigne :

Proposez une problématisation philosophique à partir de l'analyse du tableau ci-dessous.

 

Proposition de traitement  par Messieurs  Colombat, Rousseau, Gérard, Bozkurt, Pasquette, Lavollée et CAyrosue, lycée Jean MAcé de Rennes, TG2, janvier 2022.

En guise de propos liminaire, on peut voir en ce tableau une référence à la gestion médicale désastreuse d'autrefois (Moyen-Age et Temps Modernes). En effet l'homme s'apparentant à un "savant" s'approche du "patient" pour tripoter la plaie de ce dernier, bien évidemment sans aucune précaution sanitaire.
On peut faire le rapprochement avec l'ensemble du corpus dramaturgique de Molière, et plus précisément sa dernière pièce Le Malade Imaginaire parue en 1673. Celle-ci établit une sévère critique envers les médecins, ces derniers sachant davantage réciter des formules en latin que soigner, étant par conséquent de véritables charlatans.

Mais passons dès à présent à l'exégèse philosophique de cette toile. Pour commencer on peut entrevoir une interprétation freudienne de cette scène. L'homme au premier plan à droite "pénétrant les entrailles" de l'individu en face de lui. Le fait qu'il n'y ait pas de sang autour de la plaie montre que son porteur est "soigné" et non "blessé" par l'acte en question. On y voit une corrélation directe avec la psychanalyse ou le fait de s'introduire dans les méandres de l'inconscient pour tenter de guérir le patient de ses maux intrinsèques.
Ainsi, cette interprétation fait écho à notre propos en préambule, à savoir l'idée de la médecine (même si il s'agit là de celle de l'âme).

Mais c'est loin d'être la seule interprétation possible concernant ce clair-obscur. L'homme au premier plan à gauche, très éclairé, peut très clairement s'apparenter au Christ (marque des clous dans ses mains, blessure de la lance, port de la Sainte Tunique, cheveux long, etc). Ses trois observateurs se trouvant autour de lui peuvent être assimilés à des philosophes helléniques (port de la barbe, front plissé, regard concentré).
En raison de la présence des philosophes grecs, Jésus devient alors de, par son caractère Divin, l'incarnation du monde intelligible ou du monde supralunaire (c'est-à-dire le Monde des Idées selon le schéma platonicien, là où se trouve le Beau, le Bien, le Vrai). Cela fait directement référence à la phrase de Nietzsche dans sa préface de Par-delà Bien et Mal : "le Christianisme est un platonisme pour le peuple". A travers ce prisme on peut imaginer que les observateurs tentent d'atteindre ce lieu ; l'un deux est à deux doigts de la vérité (sans mauvais jeu de mots) mais pourtant son regard semble dévié : il est dans l'erreur malgré tout. Ce qui nous permet d'enchaîner avec notre dernière interprétation se basant sur la vison spinoziste.

Comme dit précédemment, l'homme au premier plan est donc dans le faux. Plus qu'une erreur, c'est une illusion qu'il subit (la différence étant qu'une illusion se rattache selon Freud à un désir particulier). Cette dernière est celle du libre arbitre, qui n'existe pas selon Spinoza. Ainsi dans cette exégèse, le Christ étant l'incarnation du Divin, il est également l'incarnation de la Nature puisque Spinoza est panthéiste : Dieu est dans Tout, Tout est dans Dieu, Dieu EST la Nature. Dans le paradigme spinoziste, seule cette dernière est réellement libre. De fait, Jésus est l'incarnation paroxysmique de la liberté ontologique.
Ce qui vient justifier notre affirmation précédente, à savoir que l'homme plaçant son doigt dans la côte du Christ croit posséder le libre arbitre étant lui même proche de la liberté. Nonobstant, il se trompe royalement puisque celle-ci n'est qu'un simulacre, en raison du déterminisme régissant toute chose. Mais cette approche n'exclut pas purement la liberté puisque qu'il est possible de l'atteindre (d'une certaine manière) dans l'acceptation de notre condition et la recherche du rapport de causalité qui nous détermine.

Par ailleurs, si l'on reprend le schéma de pensée évoqué précédemment selon lequel le Christ serait l'incarnation de la Vérité, on peut également voir à l'oeuvre ici la représentation de Spinoza à travers le second observateur (celui du milieu) puisque qu'il parvient à réconcilier matérialisme et idéalisme. En effet, le matérialisme est symbolisé par l'homme au plus près du Christ (donc trop près du corps), et l'idéalisme est représenté par l'homme se trouvant derrière Jésus (donc trop loin dans les principes métaphysiques).
Ainsi, celui du milieu (Spinoza), se trouvant à la bonne distance, peut saisir la vérité transcendantale (sur la question de la liberté notamment).

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article