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fredericgrolleau.com


Rennes 2 - cours 11 et dernier, Initiation Philosophie & Cinéma 06 12 21 (conclusion 2e partie)

Publié le 27 Novembre 2021, 12:52pm

Catégories : #université Rennes 2 - initiation philo & ciné

Rennes 2 - cours 11 et dernier, Initiation Philosophie & Cinéma 06 12 21 (conclusion 2e partie)

NB : tous les extraits vidéo sont consultables sur  la chaîne youtube de F. Grolleau

suite et fin de la conclusion du cours (voir 1ere partie de la conclusion) :

 

---> illustration 2 de la méthode cartésienne avec The Village (N. Shyamalan, 2004).

voir la bande annonce VOST

Notre esprit dispose de 2 facultés, l'entendement (faculté de comprendre, finie) et la volonté (faculté de juger, affirmer ou nier, infinie). Tout le problème vient de cette disproportion en nous. Comme notre entendement est fini, autant dire qu'il est aveugle : nous ne voyons pas l'avenir mais pas plus le présent car nous avons une connaissance limitée de ce qui nous entoure. pour éviter de se perdre dans ce monde qui nous dépasse, on peut être tenté par le repli frileux sur soi : nous pouvons alors décider de n'agir qu'à condition de  connaître à l'avance le résultat de notre action (l'entendement fini prend alors le pas sur la volonté infinie, il la limite à ne vouloir que ce qu'il connaît).

C'est là une existence confortable, bien réglée mais qui suppose un isolement total, le refus de toute altérité, de tout risque, de toute nouveauté - une vie autarcique qui ressemble à la mort. Le Village de Shyamalan met ainsi en scène une communauté rurale qui vit dans le confort et la peur, isolée du reste du monde par une forêt hostile peuplée de créatures effrayantes. Pourtant, une jeune fille aveugle décide d'affronter cette forêt interdite pour aller en ville  chercher le médicament qui sauvera son amoureux très malade. Deux amis voyants l'accompagnent mais l'abandonnent rapidement, transis de peur car voir les a desservis et la jeune aveugle se retrouve seule. Mais la cécité, paradoxalement, l'avantage : elle ne peut avoir peur de ce ce qu'elle ne voit pas. Elle illustre la condition humaine doté d'un entendement fini mais d'une volonté infinie : elle incarne le précepte cartésien selon lequel, quand l'entendement ne peut fournir de clés, c'est à la volonté de donner la résolution nécessaire pour mener l'action.

 

Car une action ne peut être décisive que si elle est décidée. Cf ci-dessus la seconde maxime du Discours : "être le plus ferme le plus résolu en mes actions que je pourrais..." Celui qui voudrait sortir de la forêt par le meilleur chemin (le plus court) aimerait être éclairé par l'entendement mais que faire quand rien ne nous indique par où sortir ? Sur quels principes alors fonder notre action ? Ne sommes-nous pas condamnés à errer dans la forêt de l'irrésolution ? Non, répond Descartes, il suffit de choisir une direction, au hasard s'il le faut, et de s'y tenir. Même si vous prenez le plus long chemin pour sortir de cette forêt, vous serez mieux hors de cette forêt que perdu dans son milieu. ici, pour décider, il n'y a pas besoin de savoir : ce qui fait qu'un choix est bon, ce n'est pas le contenu du choix, c'est qu'on s'y tient. Aux voyageurs perdus, il suffira pour s'en sortir de marcher toujours le plus droit qu'ils peuvent vers un même côté et ne le changer point pour de faibles raisons"  - autrement dit, de suivre la volonté. Ce que fait la jeune fille aveugle (ce qui fait tout de même qu'ensuite elle tombe dans un trou).

La disproportion entre notre entendement et notre volonté était la source de nos erreurs mais on voit que cet écart est aussi la source de notre grandeur : nous pouvons sauver nos choix de hasard en tenant bon. On ne juge pas la valeur d'un choix à son contenu mais à sa fermeté. Car la volonté nous ouvre une dimension divine. 

2) l'illusion comme déformation consentie : le cinéma comme école de perception

 --->Matrix, la fille en rouge (reprise du motif de D. Aronofsky, Requiem for à Dream ?) 

Descartes explique dans le Traité des passions de l'âme que les passions déforment la réalité. Matrix repose sur l'idée que ces déformations sont à la  source de toutes les illusions dont nous sommes victimes. Après avoir choisi la pilule rouge de la vérité, Néo est entraîné par Morpheus dans les arcanes de la Matrice. Emporté par la foule dans cette séquence, il a un problème d'attention et tombe dans le piège perceptif tendu par le programme d'entraînement : dans cet univers gris, une jolie fille habillée en rouge. Faire attention (cf. Leibniz et les "petites perceptions") est le problème de tout humain plongé dans la confusion de la vie.  Morpheus utilise l'imagination au service de l'entendement : en plongeant néo dans une illusion contrôlée, il lui donne les moyens de s'entraîner à contrôler ses passions.   

Ainsi, le film est un moyen de s'entraîner à percevoir. Benjamin développait dans L'Oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique que le cinéma était un simulateur permettant d'apprendre à percevoir (de manière distrait et indirecte) des mouvements mécaniques de plus en plus rapides, ce qui était adapté à l'agressivité du mode de vie moderne urbain industrialisé.

D'où le montage hystérique de certains films d'actions et les ellipses de plus en plus nombreuses à l'intérieur de la narration des films. Ce qui fait que le spectateur moderne a changé de style de perception. Les films, comme Matrix, sont des programmes d'entraînement, des manières de former le spectateur à de nouveaux types de perception. S'entraîner à percevoir, c'est pouvoir se déprendre de ce qu'on perçoit. C'est permettre à l'esprit de moins dépendre du corps. Le cinéma est une école des passions, de l'attention. 

La fille en rouge peut coûter la vie à Néo car elle prend trop de place : en attirant son attention, elle déforme son réel. "Toutes nos passions, écrit Descartes (Lettre à Elisabeth, 15 septembre 1645), nous représentent les biens à la recherche desquels elles nous incitent, beaucoup plus grands qu'ils ne sont véritablement ; et (...) les plaisirs du corps ne sont jamais si durables que ceux de l'âme, ni si grands, quand on les possède, qu'ils paraissent, quand on les espère. Ce que nous devons soigneusement remarquer, afin que, lorsque nous nous sentons émus de quelque passion, nous suspendions notre jugement, jusques à ce qu'elle soit apaisée ; et que nous ne nous laissions pas aisément tromper par la fausse apparence des biens de ce monde."

Tout comme la passion se définit par la déformation qu'elle fait subir aux objets sur lesquels elle porte, de même la caméra dispose d'un jeu d'objectifs, avec différentes focales,  plus ou moins de profondeur de champ ( ou zone de netteté : clarté et distinction), de la courte-focale (ou grand angle) qui surdimensionne les objets proches à la longue focal qui écrase les perspectives. 

Ainsi, le cinéma  nous permet d'expérimenter toutes les déformations perceptives et passionnelles : et en nous habituant à ces déformations, on peut apprendre à les corriger. En se déprenant de tous les illusions qui nous entourent et nous aveuglent, on peut percevoir de manière plus fin  et rigoureuse la réalité et accéder ainsi intellectuellement/spirituellement à la vérité qu'elle sous-tend. 

bouclage de la boucle : 

Where is my mind des Pixies : seul l'esprit/la conscience peut faire "colapse" en se décalant d'avec la réalité perceptive.

THIS THE END (my friends)

 

Notes des étudiant(e)s sur  cette séance :

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