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fredericgrolleau.com


Rennes 2 - cours 3 Initiation Philosophie & Cinéma 23 09 21

Publié le 27 Septembre 2021, 20:32pm

Catégories : #université Rennes 2 - initiation philo & ciné

Rennes 2 - cours 3 Initiation Philosophie & Cinéma 23 09 21

NB : tous les extraits vidéo sont consultables sur  la chaîne youtube de F. Grolleau

Retour récapitulatif sur la séance 2

Commentaire du texte de Heidegger reprenant la position de Platon et Aristote sur l'étonnement :

le sens du pathos et de l'archè

Fiche méthodologique sur le commentaire de texte en philosophie

Reprise du lien entre le thaumazein et The Truman show

 

fin de l'introduction :
Lecture du texte de  " l'allégorie de la caverne " de Platon

Retour sur Le passe-muraille et la question de la transparence/invisibilité comme dépassement de la matière sensible

----> lien avec la thématique du miroir (transition Neo/Orphée -  voir le statut du Sujet)

----> lien avec le mythe de Gygès

 

==>> la preuve en image et en son : Atelier 3 - Matrix

Mise en perspective à l'appui de Matrix I

Lire une analyse détaillée de Matrix I par F. Grolleau

Voir "l'allégorie de la Matrice"

 

à suivre :

- la philosophie comme boucle/sample : where is my mind ? (the colapse)

- lien entre  l'étonnement/archè chez Heidegger et l'an/archisme de Jack /Tyler Durden dans Fight Club

- commentaire image 2 La Caverne

- le statut de la réminiscence chez Platon (ou le bug/ déjà vu" de la Matrice)  

- Présenter le lien entre  conscience et illusion, entre le « Marionnettiste » (Puppet Master) de Ghost in the Shell et le spectre des digits informatiques verts empruntés en 1999  par les Wachowski au générique de Mamoru Oshii en 1995.

- Gygès et la liberté" à travers "The black hole"

- la perspective d'être un cerveau dans un cuve (Hilary Putnam, Raison, vérité, histoire)
---> voir la séquence animée par filosofix
 

- question de l'illusion et du bonheur à reprendre en relation avec The Truman show

extrait à commenter  : le steak dans Matrix I (extrait 5)

---> voir The Truman Show versus Matrix

---> voir The Truman show : faut-il préférer le bonheur à la vérité ? (scène finale TTS, 7 mn)

---> voir La caverne, l'illusion et la vérité selon Platon/Matrix (extrait 8)

 

- Prolongement de la question du statut problématique de la réalité avec les textes d'Alain et de Descartes

- illustration : Matrix et la cuillère (extrait 6)

 

Notes des étudiant(e)s sur  cette séance :

30 09 21
Explication du texte Heidegger
Pathos est lié à la souffrance, arché est un principe comme le commandement, commencement, fondement. S'opposer à l’arché, revient alors au mot an-arché qui va désigner l’anarchie et la révolte ( cf le sens de Fight Club)
Ici, le pathos est lié à l’émotion, et notamment l’étonnement, qui est comme nous l’avons dit, source de la philosophie.

L’étonnement permet le réveil des gens, mais une fois éveillés, l’étonnement disparaît. Selon Heidegger, la philosophie est liée aux sentiments, aux émotions car c’est elle qui provoque l’étonnement nécessaire au déclenchement de la  réflexion. De ce fait, tous les Hommes sont capables de philosopher s’ils savent s’étonner et remettre en question.

Présentation du film Matrix I, en fonction d'une lecture platonicienne des extraits proposés

Par rapport au film Matrix, Néo, quand il doit rentrer dans la matrice, doit souffrir de se détacher des liens à la matrice pour pouvoir exister dans la réalité pour lui-même. Il a le choix de prendre la pilule bleue ou rouge, savoir  ou rester dans l’ignorance.
La définition de la matrice ici est une machine , une I. A qui se sert de l’énergie des humains et qui les cultive.
Néo donne sa définition de la réalité comme étant ce qu’il perçoit grâce à ses sens sauf que c’est faux puisque c’est d'abord et avant tout un message électrique envoyé au cerveau (le même que celui  montré dans le générique d'ouverture de Fight Club - dont nous apprendrons qu'il ne porte pas sur une réalité objective mais correspond plutôt à une schize dans l'esprit du protagoniste - sur le modèle de celle qui agite le héros de Shutter Island chez Scorsese par ex).
 
Les seules limites que nous avons seront celles que nous fixe notre perception de la réalité mais on peut s'en affranchir si cette perception est modifiée ou cette réalité définie à nouveaux frais voire abrogée (cf. "le désert du réel" évoqué par Morpheus qui renvoie à Morphée et au sommeil sociétal dont il importe de se réveiller - en validant le bon sens de l'étonnement).

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Notes de Mlle Zoé Letard :

Conception de l’étonnement en philosophie 
= interroger l’ordre le plus ordinaire des choses, par des choses fantasmagoriques 
- philosophie d’Aristote, de la métaphysique : pouvoir réveiller de l’endormissement, la léthargie, celui qui serait trop facilement bercé par les sensations
- cf maïeutique socratique « accoucher les esprits » : interrogation ironique constante de Socrate, la léthargie environnante 
- philosopher permettrait de s’extirper de sa torpeur

- The Truman Show, film de Jim Carrey, 1998
= incarne la position philosophique idéale d’une personne confrontée à une réalité évidente selon elle, mais dont elle découvre progressivement  qu’elle est une simulacre (dispositif vidéo géant dont elle est à son insu le protagoniste principal). L’objectif étant de vendre un émission de téléréalité à des millions de spectateurs.
- produits publicitaires qui sont immiscés dans les plans du film
- capacité de mettre en abyme notre rapport à la perception

- la réalité doit-elle être pensée pour nous sur le mode d’une vérité assignée (un ensemble d’éléments incontestables, universels, sur lequel on pourrait  s’entendre sans débat, compromis, contradictions) ou n' est-elle pas plutôt un dispositif illusoire par lequel nous serions dupés ?

- M. Heidegger, Qu’est-ce que la philosophie ?, Questions II, traduction de Guy Karl

« Platon dit (Théétète, 155d) : « D’un philosophe ceci est le pathos : l’étonnement. Il n’existe pas d’autre origine de la philosophie » ou bien « Car c’est tout à fait de quelqu’un qui cherche à savoir (philosophos), ce sentiment (pathos), s’étonner (thaumazein) : il n’y a pas d’autre point de départ (archè) de la quête du savoir (philosophia) que celui-là » 

= étymologie de « pathos » : d’un terme péjoratif lié à la souffrance, la pathologie, le pathétique. 
- le ramener du côté d’un sentiment à un sens plus large
= terme « archè » : fondateur de la langue philosophique, qui signifie « principe » en 3 sens
- le principe comme commencement
- le principe comme fondement
- le principe comme commandement
- l’opposition à l’arché, quand on nie un soubassement à une institution en place, vient du privatif -an, qui donne le terme d’anarchie = tradition de la protestation, de la rébellion attribuée aux philosophes

« L’étonnement, en tant que pathos, est l’archè de la philosophie. Le mot grec archè nous devons le comprendre dans son sens plein. Il désigne ce d’où quelque chose procède. Mais ce « d’où » n’est pas abandonné en chemin, bien plus, l’archè accède, comme le dit le verbe archein, à ce qui règne. Le pathos de l’étonnement ne se tient pas simplement au début de la philosophie comme par exemple le lavage des mains qui précède l’opération du chirurgien. L’étonnement porte et traverse la philosophie de son règne. Aristote dit la même chose (Métaphysique, A, 2, 982b) : « par l’étonnement les hommes accédèrent maintenant comme au début au développement souverain du philosopher » (à ce d’où le philosopher procède et qui détermine continûment le cours du philosopher). »

- déterminer en quoi le fait de s’étonner serait fondateur d’un mode de penser propre à la philosophie

« Il serait très superficiel, et avant tout très peu grec, si nous pensions que Platon et Aristote n’établissaient que ceci, que l’étonnement est la cause du philosopher. S’ils étaient de cet avis cela signifierait : à un moment quelconque les hommes se sont étonnés, au sujet de l’étant, qu’il est, et de ce qu’il est. Poussés par cet étonnement ils commencèrent à philosopher. »

- redressement des erreurs d’interprétation
- « l’étant » est une notion centrale dans la philosophie de Heidegger, qui traduit toutes les modalités par lesquelles il y a quelque chose de relatif à l’être, en tant qu’elles sont actualisés.
- il s’agit d’un étonnement au regard de l’étant, de ce qu’il est et comment il est : réflexion métaphysique sur le sens de l’être en tant qu’être.

« Sitôt que la philosophie fût entrée en chemin l’étonnement comme impulsion devint superflu, si bien qu’il disparut. »

- l’étonnement est le point de départ où les gens se réveillent de la léthargie où ils se complaisaient, et suite à ce déclic l’étonnement disparaît.

«  Il pouvait disparaître puisqu’il n’était qu’une instigation. Mais : l’étonnement est archè – il continue de commander chaque pas de la philosophie. L’étonnement est pathos. »

- basculement dans le texte, il y a bien un étonnement en philosophie pour Heidegger, ce qui donne raison à Platon et Aristote, mais pas au sens où on l’entend habituellement.
= l’étonnement comme impulsion est nécessaire pour se poser des questions, mais après il prend une autre forme qui rejoint le pathos, une forme de "sentiment" (pas de pathologie). 
- la philosophie est plutôt basée sur la réflexion et l’intellect, donc si on affirme que l’on veut s’étonner parce que les sentiments nous trompent, et en même temps dire que cet étonnement est de l’ordre du sentiment, cela revient à une grande contradiction.

« Nous traduisons d’habitude pathos par passion, bouillonnement de sentiments. Mais pathos est lié à paschein, souffrir, endurer, supporter, mener à terme, se laisser porter, se laisser déterminer par. Il est osé, comme toujours en pareil cas, de traduire pathos par disposition (Stimmung) (…) Mais nous devons risquer cette traduction parce que seule elle nous protège de nous représenter pathos dans un sens moderne et psychologique. Ce n’est qu’en comprenant pathos comme disposition que nous pouvons au plus près caractériser le thaumazein, l’étonnement. Dans l’étonnement nous nous tenons en arrêt. Nous reculons en quelque sorte devant l’étant, devant le fait qu’il est, ainsi, et pas autrement. » 

- Heidegger récupère les notions de Platon et Aristote pour se les attribuer et les repenser.
- Tous les hommes sont capables de philosopher si on considère que nous sommes nous-mêmes une forme d’ étant : des être dotés de conscience qui pensent.
- A la condition d’être capable de ne plus valider les choses qu’on validait avant et de nous demander d’où ces chose proviennent, se dirigent…
= reculer devant l’ étant.

- Platon , livre VII, La République, « Allégorie de la caverne »

- processus de personnification
- Platon laisse entendre que la perception qui est la nôtre de la réalité n’est peut-être pas dans l’objectivité de celle que l’on pense.

= Socrate discute avec le frère de Platon et il décrit un lieu imaginaire qui pour lui représente quelque chose d’assez réaliste.
- débat qui cherche à jeter les bases d’une société qui serait idéale (première utopie avant l’apparition de ce terme par T. More) parce qu’elle aurait une justice qui ne serrait pas corrompue.
- L’homme le plus savant de l'Antiquité y est condamné injustement parce qu’il dérangerait l’ordre mise en place à Athènes, notamment l’ensemble des spécialistes/experts (sophistes) qui confisquent le sens de la réalité et qui monopolisent les connaissances et les savoirs
- Socrate, par sa lucidité, veut emmener tout les citoyens auprès de lui pour leur faire ouvrir les yeux

- que dit ce texte sur le statut de la sensation ?
- de quoi nous informe-t-il au sujet de la perception ?
- quel rapport y a- t-il entre le lieu de la caverne décrite et la question de la vérité ?
- en quoi a-t-il une relation étroite avec la discipline philosophique ?

« —  Si donc ils pouvaient s'entretenir ensemble (les prisonniers de la caverne) ne penses-tu pas qu'ils prendraient pour des objets réels les ombres qu'ils verraient ? 
— Il y a nécessité.
— Et si la paroi du fond de la prison avait un écho, chaque fois que l'un des porteurs parlerait, croiraient-ils entendre autre chose que l'ombre qui passerait devant eux ?
— Non, par Zeus, dit-il.
— Assurément, repris-je, de tels hommes n'attribueront de réalité qu'aux ombres des objets fabriqués.
— C'est de toute nécessité. »

- il y a là une sorte de dispositif audiovisuel, telles des images projetées sur un écran face aux prisonniers, éclairées par une lumière qui se trouve derrière ces même prisonniers, et du son accompagne ces images.

- Ce texte (dans la limite du passage étudié) pose une interrogation sur le cadre du monde dans lequel nous vivons. On y retrouve à l’intérieur de la caverne une représentation de la société humaine.
- texte canonique
- les prisonniers de la cavernes sont des individus forcés de rester dans un dispositif social et politique qu’ils n’ont pas choisi et auquel ils ne correspondent pas.
- on utilise l’habitude et la confiance qu’ont les individu en leurs 5 sens pour les duper.
- des porteurs font passer derrière un murs des emblèmes qui se projettent en ombre chinoise sur les parois de la caverne, ces images sont accompagnées de sons

La thèse philosophique = ces prisonniers sont une représentation de nous, et la vie ordinaire dans la réalité que nous croyons être la nôtre est en fait cette condition d’emprisonnement.  Nous sommes donc trompés par ces individus porteurs d’emblèmes, et qui nous font croire en des choses qui ne sont pas la réalité.
Un de ces prisonniers arrive à s’échapper, parvient à sortir de la Caverne et parvient à contempler une fois dehors «  les cieux et la vraie lumière de toutes choses » 
- le feu dans la caverne est un calque du soleil et de la lumière naturelle, et devient la lumière sociale.
- C’est ce qui nous fait croire en une sorte d’évidence alors que ce n’est qu’un mensonge, un duplicata. = réflexion sur la copie (+ cf  The Truman Show) et s’échapper de ce dispositif est très compliqué.
- Les « marionnettistes » : nom donné aux individus portant les emblèmes, tirent les ficelles de la représentation sans être violents ou en empêchant les prisonniers de se détacher, parce que la difficulté et que ces dernier ne savent pas qu’ils sont emprisonnés.

[A retenir « il y a étonnement, thaumazein, interrogation, stupeur, quand on sort du rêve éveillé dans lequel on serait plongé ; et cela tient au fait que l’on accepte de considérer que l’évidence n’est plus évidente »
- l’évidence vient du latin « evidere » et « videre » signifie voir. Est donc par étymologie, évident ce qui est très visible.
- Que cette évidence perceptive intersubjective n’est qu’une illusion collective, et ne soit pas une évidence, c’est une chose que beaucoup de personnes se refuseraient à admettre.
- Il faut consentir à ce que cette évidence doive faite l'objet d'une démonstration, qu’elle ne peut pas simplement et uniquement reposer sur les critères sensoriels]

Donc vers -5 siècles avant J-C il y a une question viscérale ( ils’agit peut-être du Pathos pour Heidegger) : le premier étonnement est de considérer que ce qui fait sens pour tout le monde mérite d’ être mise à plat, d’ex-pliquer ce qui était contenu dans le support originaire et d'en comprendre la forme originaire.

- Si les prisonniers savaient qu’ils l’étaient, ils pourraient faire le choix minimal du libre arbitre, soit de rester dans la caverne= servitude volontaire,  soit d’en sortir (celui qui en sort est assimilé au philosophe, l’homme éduqué)
- Mais ces individus sont dépendants en terme de représentation, de l’ensemble des codes culturels dont ils ne s’étonnent plus.
= le concept  de liberté se dit dans un vocabulaire qui est déjà l’objet d’une manipulation. En font partie non pas seulement les images des emblèmes qui sont projetés, mais aussi les sons qui les accompagnent également.
Il est possible que nos catégories de pensée, notre capacité langagière aient été depuis toujours pour nous, tellement conditionnées qu’elles n’ont jamais correspondu  à ce qui existe à l’extérieur de la société où nous sommes + nous n’en avons pas les aptitudes langagière pour signifier cela, donc pas de réponse.

L’homme éduqué qui parvînt à sortir de la caverne et voir la « vérité absolue » :
- cela interroge le dispositif culturel, l’ensemble de l’éducation dont nous somme tous le reflet.
- comment faire pour sortir du dispositif si nous ne savons pas que nous sommes dans un dispositif ? = ignorance de l’humanité
= et s’il se trouvait que nous n’avions jamais été dans une situation où nous aurions été confrontés à la réalité même, et si nous étions depuis toujours dans un dispositif illusoire qui nous trompe ?

Thèse de Platon : les objets eux-mêmes sont tronqués dans le processus d’acculturation linguistique et culturelle.
ex : si l’objet représentant un cheval est accompagné du son disant que c’est une orange, alors les individu de la caverne penseront que cette figure à la crinière, aux quatre pattes, etc.… est une orange. = inversion
- il faut donc interroger la manière dont le langage lui-même prétend désigner la vérité, puisqu’il est toujours arbitraire, sous une convention.
- Si on a été bercé d’illusions depuis toujours = lavage de cerveau, il est possible qu’il soit impossible que les citoyens athéniens soient jamais dans la vérité, puisqu’ils sont trompés en permanence.

Le seul qui peut être apte à faire ce cheminement est Socrate, mais quand il redescend dans la caverne pour faire de l’ironie, faire accoucher les esprits dans sa maïeutique, il est mis à mort.
= soit nous sommes ignorants et peut-être heureux de l’être, soit il faut se réveiller !

- qu’est-ce qui amène les dirigeant à inventer un dispositif de ce genre plutôt que de laisser librement les gens à disposer d’eux-mêmes ?
= dès qu’il y a politisation, certains en profitent pour exploiter les autres, les dominer en les empêchant d’avoir accès à la réalité première, d’une vérité fondamentale
- contrôle du langage
- requalification du rôle des individus
- extermination de l’esprit critique

 - Platon, La République, livre II, « Le mythe de Gygès »
= texte fondateur, ayant une grande influence sur la science-fiction et notamment par l’auteur J.R.R Tolkien (auteur Le Seigneur des Anneaux)
- mythe raconté par Platon : Gygès est un berger qui trouve par hasard dans les entrailles de la Terre, un cadavre avec un anneau à l’intérieur de son corps qui permet de rendre invisible. Cf Le Passe-Muraille vu en intro
= quel pouvoir donnerait pour l’être humain la capacité que nous avons d’être invisible aux yeux des autres ?
- question de la rectitude morale : avec la transparence, l’ubiquité, est-ce que l’on ferait le bien ou bien commettrait-on des actions répréhensibles aux yeux de la morale ?
= Gygès utilise l'anneau pour se rendre au palais séduire la reine et comploter avec elle la mort du roi pour prendre sa place.
- si on possédait un pouvoir qui permet de défier les lois de la perception habituelles, les conséquences seraient terribles pour nos congénères.
Cf Le passe-muraille, Marcel Aymé 

Matrix : avoir un pouvoir qui permet de ne pas être prisonnier de la réalité, pour la tyrannie ou bien pour l’humanité ?
- film réalisé par les Wachowski et sorti en 1999
- Néo, joué par Keanu Reeves, est le protagoniste de l’histoire. Il travaille dans une société le jour et a des activités illégales de hacking la nuit (= compétence techniques, le dark web)
- Il évolue à première vue aux US dans un monde assignable
- Sur le dark Web, il entend parler d’un certain Morpheus qui tiendrait des thèses qui remettent en question l’évidence perceptive, et Néo se renseigne sur le sujet.

Séquence 1 : La pilule rouge 

Néo rencontre Morpheus ( cf Morphé, le rêve dont on doit se réveiller) qui incarne l’équivalent de Socrate. Il lui propose  le choix de l’étonnement philosophique : le  thaumazein, par une pilule rouge, ou bleue pour rester dans la Caverne platonienne (appelée ici la Matrice) qui est la société dont les marionnettistes sont des logiciels informatiques. Donc refuser l’arché : considérer que le mensonge est mieux que la vérité et se complaire dans l’ignorance. En prenant la pilule rouge, Neo accepte la remise en question des sensations et de la perception et doit aussi accepter que la matière n’est plus ce qu’elle est. S’il n’est pas prêt à accepter ce thaumazein, alors il restera dans la matrice.

Séquence 2 : La renaissance de Neo 

Ce n’est pas parce que Néo voit réellement quelque chose au-delà de la lumière du miroir qui se réfléchit que, pour autant, ce qu’il voit est la vérité même, car il y a à l'oeuvre un dispositif de simulation. 
Pour sortir de la léthargie, il faut commencer par un bouleversement des repères sensoriels afin de disqualifier le corps et pour que ce soit l’esprit qui voit la réalité (voir le code, les digits informatiques qui ont créé la Matrice). Mais c’est une transformation angoissante, car cela signifie que le philosophe doit mourir  à la fausse réalité pour renaître dans le lieu de la vérité ( cf, la dialectique pour Platon : abandonner le monde des apparences qui nous trompe, pour accéder à l’origine première, fondamentale de toutes choses). 

Séquence 3 : Qu'est-ce que la Matrice ? Qu'est-ce que le réel ? 

Morpheus explique ce qu’est la Matrice et les conséquences qu’elle engendre sur l’esprit. On y retrouve un travail de conditionnement qui demande à Néo de se libérer, bien qu’il y ait une résistance qui se met en place parce qu’il est encore prisonnier de la Caverne. Morpheus lui propose d’en sortir et de rester dans son vaisseau, qui est lui, dans un niveau intermédiaire de la réalité et donc n’est pas encore dans une vérité objective (comme un no man’s land topologique, c’est un espace de réflexion dialectique où l’on se libère des lois de la matière.

Pourquoi ce conditionnement ? Parce que, quand on est prisonnier des apparences, on génère un minimum d’énergie pour croire en ce qu’on voit, et cette énergie est recyclable et elle peut être utilisée par les machines, par l'I.A  dans certaines structures. Mais pour qu’elle ait un sens de production, et pour qu'il y ait une cohérence entre le geste physique et sa représentation intellectuelle/mentale, il faut que les personnes croient que ce qu’elles perçoivent existe. 
Les Hommes qui sont dans une alvéole et branchés de toutes parts à des bioports sont trompés pour créer de l’énergie nécessaire à un monde factice de robots.

- Qu’est-ce que le réel  ? Un signal électrique interprété par notre cerveau. Il y a une mécanique biologique en nous qui fait que nous passons notre temps à somatiser : notre corps est comme une chambre d’enregistrement par laquelle passent des informations que nous reconstruisons intellectuellement pour leur donner du sens. 

- Faut il partant croire en ce que nous voyons, qu’est-ce que voir veut dire, est-ce que voir signifie savoir ?
= voir la mise en abyme avec le fondu de la Matrice qui passe par le retour à l'appareil de télévision au sein de la Matrice, où l’on voit la firme où Neo travaillait.
- Les deux laveurs de vitre au début du film sont en fait les réalisateurs Wachowski, et cette vitre qu’ils nettoient renvoie à l’écran de télévision, le problema grec  : nous-mêmes sommes dans un dispositif matriciel où les images sont déjà des illusions.
- Nous avons un schéma qui se dessine : référence au rêve, ce que c’est que d’être éveillé, ce que serait la réalité et comment l’atteindre par autre chose que la médiation corporelle ?

Séquence 4 : L’entraînement au Dojo 

- Néo se libère progressivement des lois de la matière spirituellement, son corps ne fait plus écran ; ce qui veut dire qu’il n’est plus ce corps qu’il croyait être dans la Matrice.
- point de vue cinématographique : Néo incarne celui qui a été sauvé par Morpheus, et va à son tour sauver l’humanité toute entière.
- dans le vaisseau, ils sont assis sur des sièges vétustes et connectés par la nuque : même système que dans l’alvéole de la Matrix, et ce combat n’a lieu que dans leur tête, c’est un combat intellectuel. Donc ce combat imaginaire ne tient pas compte des lois classiques du pathos (la douleur du corps n’existe plus). CF le somâ sêma de Platon : "le corps est le tombeau de l'âme" !
- Nous devenons plus forts lorsque on le sait, affirme Morpheus, et non quand on le croit seulement, c’est-à-dire quand on a fait l’effort "dialectique" de penser que nos capacités ne découlent pas/ ne sont pas fonction d’une limite corporelle mais de la compréhension intellectuelle du monde.
- L’audace est de savoir jusqu’où on doit aller trop loin (comme l'affirmait Sacha Guitry), en validant des thèses philosophiques qui annulent le fait que notre rapport à la réalité serait essentiellement perceptif. 

Questions d’ouverture :
- Est-ce que percevoir la réalité signifie simplement la recevoir en la subissant ? (question séance 1)
- Est-ce que percevoir la réalité ne revient pas plutôt et au contraire à toujours la construire ?

voir la séance 4

 

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